ISIS DEVOILEE https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1 Thu, 29 Oct 2020 16:06:21 +0000 Joomla! - Open Source Content Management fr-fr bon.christo@free.fr (MAITRE M) ISIS DÉVOILÉE https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/386-isis-devoilee https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/386-isis-devoilee

ISIS DÉVOILÉE

 

 

CLEF DES MYSTERES DE LA SCIENCE ET DE LA THEOLOGIE ANCIENNES ET MODERNES

 

VOLUME I – SCIENCE PREMIERE PARTIE

H.P. BLAVATSKY

 

 

 

Traduction de Ronald JACQUEMOT entièrement révisée par le Docteur Paul THORIN

 

 "Cecy est un livre de bonne Foy."

 MONTAIGNE

 

NOTE DU TRADUCTEUR

 

Dans l'impossibilité de recourir au texte original français de nombreuses citations, nous avons dû retraduire d'après le texte de la traduction anglaise.

[7]

 

PREFACE

 

L'ouvrage que nous présentons aujourd'hui à l'appréciation du public est le fruit de rapports étroits avec des adeptes de l'Orient, fruit, aussi, de l'étude de leur science. Il est offert à ceux qui sont disposés à accepter la vérité partout où elle se trouve, et à la défendre, même en bravant les préjugés populaires les plus enracinés. C'est une tentative pour aider l'étudiant à découvrir les principes essentiels sous-jacents à tous les systèmes philosophiques de jadis.

Ce livre est écrit en toute sincérité. Il a pour but de rendre justice à tous et de dire la vérité sans malice ni parti pris. Mais il n'a point de merci pour l'erreur intronisée, ni de respect pour l'autorité usurpée. Il réclame pour un passé méconnu et pour ses œuvres, le crédit qui leur a été trop longtemps refusé, et il demande la restitution à chacun de ce qui lui a été subrepticement emprunté, la réhabilitation de réputations glorieuses mais calomniées. C'est uniquement dans cet esprit et dans ce but que ses critiques sont exercées sur toutes les formes de cultes, sur toute foi religieuse, sur toute hypothèse scientifique. Les hommes et les partis, les sectes et les écoles ne sont en ce monde que des éphémères d'une seule journée ; la vérité dressée sur son rocher inébranlable est seule éternelle et souveraine.

Nous ne croyons pas en une magie qui dépasse la portée de l'intelligence humaine, ni au "miracle", qu'il soit divin ou diabolique, s'il implique une transgression des lois de la nature existant de toute éternité. Cependant, nous admettons la proposition de l'illustre auteur de Festus, à savoir que le cœur humain ne s'est pas encore pleinement exprimé et que nous n'avons pas encore atteint, ni même compris, toute l'étendue de ses pouvoirs. Est-il excessif de croire que l'homme devrait développer de nouveaux sens et entrer en contact plus étroit avec la nature ? La logique de l'évolution doit nous l'apprendre, si on la pousse jusqu'à ses conséquences légitimes. Si, quelque part, dans la ligne ascendante du végétal, ou de l'ascidie à l'homme le plus noble, une âme a été évoluée, douée de qualités intellectuelles, il ne peut pas être déraisonnable de déduire et de croire, qu'une faculté de perception se développe également dans l'homme, lui permettant d'entrevoir des [8] faits et des vérités au-delà de notre entendement ordinaire. Nous acceptons toutefois sans hésiter l'assertion de Biffé, que : "l'essentiel est immuable. Que nous taillions le marbre dans la masse duquel se cache la statue ou que nous établissions une à une les assises de pierre jusqu'à l'achèvement du temple, le NOUVEAU résultat que nous obtiendrons ne sera qu'une idée ancienne. La dernière de toutes les éternités trouvera son âme sœur dans la Première".

Lorsqu'il y a des années, nous voyagions pour la première fois en Orient, explorant les réduits de ses sanctuaires déserts, deux questions attristantes et sans cesse renaissantes obsédaient notre pensée : Où est DIEU ; Qu'est-il ? Qui a jamais vu l'ESPRIT immortel de l'homme, de façon à être certain de son immortalité ?

C'est lorsque nous étions le plus anxieux de résoudre ces problèmes difficiles, que nous nous trouvâmes en rapport avec certains hommes, doués de pouvoirs si mystérieux et de connaissances si profondes, que nous pouvons véritablement leur donner le titre de Sages de l'Orient. Nous prêtâmes une oreille attentive à leurs enseignements, et ils  nous montrèrent qu'en combinant la science avec la religion on peut arriver à démontrer l'existence de Dieu et l'immortalité de l'esprit humain, comme on démontre un problème d'Euclide. Pour la première fois nous reçûmes l'assurance que la philosophie Orientale n'admettait point d'autre foi qu'une foi absolue et immuable dans la toute-puissance du soi immortel de l'homme. On nous apprit que cette toute-puissance vient de la parenté de l'esprit de l'homme et l'Ame Universelle-Dieu ! Ce dernier, disent ces sages, ne peut jamais être prouvé qu'à l'aide du premier. L'esprit humain prouve l'Eprit Divin, comme une goutte d'eau démontre l'existence d'une source dont elle provient. Dites à celui qui n'aurait jamais vu d'eau qu'il existe un océan il vous croira sur parole, ou il refusera de l'admettre. Mais faites tomber dans sa main une goutte d'eau, et il se trouvera en présence d'un  fait  duquel  il  pourra  déduire  le  reste ;  Il  pourra  par degrés, comprendre qu'il peut exister un océan sans borne et insondable. La foi aveugle ne sera plus nécessaire ; elle sera remplacée par la connaissance. Lorsqu'on voit un homme mortel déployer des facultés prodigieuses, se rendre maître des forces de la nature, et entrouvrir aux regards le monde de l'esprit, l'esprit réfléchi est pénétré de la conviction que, si l'Ego spirituel d'un seul homme peut le faire, la puissance de l'Esprit-Père doit être relativement aussi grande que l'océan passe la simple goutte d'eau en volume et en force. Ex nihilo nihil fit ; prouvez l'âme humaine au moyen de ses merveilleux pouvoirs et vous aurez prouvé Dieu !

Dans nos études, nous avons appris que ce que l'on nomme mystères ne sont pas des mystères. Les noms et les lieux, qui, [9] pour les esprits de l'Occident, n'ont d'autre signification que celle tirée des fables de l'Orient nous ont été montrés comme des réalités, nous sommes entrés en esprit avec révérence, dans le temple d'Isis ; il nous a été permis de soulever à Saïs, le voile de "Celle qui est, qui a été et qui sera" ; nous avons regardé par la déchirure du rideau du Saint des Saints à Jérusalem, et même interrogé la mystérieuse Bath-Kol dans les cryptes qui existaient jadis sous l'édifice sacré. La Filia Vocis – la fille de la voix divine – nous a répondu du haut de son trône de clémence, derrière le voile, et la science, la théologie, toutes les hypothèses et les conceptions humaines, nées d'une connaissance imparfaite des choses ont perdu pour toujours à nos yeux leur caractère d'autorité 1. La seule Divinité vivante a parlé par  son oracle, l'homme, et nous nous tenons pour satisfait. Une pareille connaissance est inestimable ; et elle n'est cachée qu'à ceux qui la dédaignent, la tournent en ridicule ou en nient l'existence.

1 Lightfoot assure que cette voix qui a été employée dans les temps anciens comme un témoignage venant du ciel, "était réellement produite à l'aide de l'art magique" (vol. II, p. 128). Ce dernier terme a toujours été pris dans un sens dédaigneux, précisément parce qu'il a été et qu'il est encore mal compris. L'objet de cet ouvrage est de corriger l'opinion erronée au sujet de "l'art magique".

 

De ceux-ci, nous appréhendons les critiques, la censure, et peut-être aussi l'hostilité, quoique les obstacles que nous ayons à rencontrer sur notre route ne viennent ni de la validité des preuves, ni des faits authentiques de l'histoire, ni du défaut de sens commun du public auquel nous nous adressons. Les tendances de la pensée moderne  vont visiblement vers le libéralisme aussi bien en religion qu'en science. Chaque jour amène les réactionnaires plus près du point où ils devront abandonner  l'autorité despotique  qu'ils  ont  si  longtemps  exercée sur la conscience publique. Lorsque le Pape peut en arriver à lancer l'anathème contre tous ceux qui soutiennent la liberté de la presse et de la parole 2, contre ceux qui prétendent que, dans un conflit entre les lois civiles et les lois ecclésiastiques, la loi civile doit l'emporter, ou bien encore qu'une méthode d'enseignement laïc puisse être approuvée ; Ou encore   lorsque

M.  Tyndall  porte-voix de la science du XIXème siècle, déclare  que "la position inexpugnable de la science peut être définie  en  ces quelques mots 4 : Nous exigeons de la théologie tout le domaine de la théorie cosmologique et nous le lui arracherons" le résultat n'est point difficile à prévoir. [10]

Des siècles d'assujettissement n'ont pas congelé le sang des hommes au point de le faire cristalliser autour du noyau de la foi aveugle, et le XIXème siècle assiste aux efforts du géant qui brise les liens lilliputiens et se remet sur ses pieds. Même l'Eglise protestante d'Angleterre et d'Amérique, actuellement occupée à la révision du texte de ses Oracles, sera tenue de montrer l'origine et les mérites de ce texte. Le temps où on dominait les hommes par des dogmes est passé.

Notre ouvrage est donc un plaidoyer pour la reconnaissance de la philosophie Hermétique, la Religion-Sagesse, autrefois universelle, comme la seule clé possible de l'Absolu en science et en théologie. Nous nous dissimulons si peu la gravité de notre entreprise que nous pouvons, d'ores et déjà, dire que nous ne serions pas surpris de voir se liguer contre nous :

Les chrétiens qui verront que nous mettons en question les preuves de l'authenticité de leur foi.

Les savants qui trouveront leurs prétentions à  l'infaillibilité mises dans le même sac que celles de l'Eglise Catholique Romaine et, que sur certains points, les sages et les philosophes de l'antiquité sont classés plus haut qu'eux.

Les Pseudo-Savants, nous combattrons, naturellement, avec acharnement.

 2 Encyclique de 1864.

3 Le Pape Pie IX.

4 Fragments of science.

 

Les gens d'Eglise libéraux, et les libres penseurs s'apercevront que nous n'acceptons pas ce qu'ils font mais que nous réclamons la reconnaissance de la vérité totale.

Les hommes de lettres et diverses autorités qui cachent leur croyance réelle par égard pour les préjugés populaires.

Les mercenaires et les parasites de la presse qui prostituent sa puissance plus que royale et déshonorent une noble profession ; ils trouveront aisé de tourner en dérision des choses trop étonnantes pour leur compréhension, car, pour eux, la valeur d'un alinéa est supérieure à celle de la sincérité. Beaucoup nous critiqueront honnêtement ; D'autres le feront hypocritement. Mais nous avons foi en l'avenir.

La lutte actuellement engagée entre le parti de la conscience publique et celui de la réaction a déjà produit un assainissement du ton de la pensée ; elle ne peut manquer d'aboutir au rejet de l'erreur et au triomphe de la Vérité. Or, nous le répétons, c'est pour un avenir meilleur que nous luttons. [11]

Et pourtant, lorsque nous envisageons l'amère opposition que nous aurons à affronter, qui mieux que nous, en entrant dans l'arène, aurait le droit d'inscrire sur son bouclier, le salut du gladiateur Romain à César : "Moritorus te salutat".

 

H.P. BLAVATSKY. New-York, septembre 1877.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:33:52 +0000
DEVANT LE VOILE https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/387-devant-le-voile https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/387-devant-le-voile

DEVANT LE VOILE

 

Jeanne. – Faites flotter nos couleurs sur les remparts !

 (Henri VI, acte IV.)

"Ma vie entière a été vouée à l'étude de l'homme, de sa destinée et de sa félicité."

 J.-R. BUCHANAN M. D.

 Outlines of Lectures on Anthropology.

 

Dix-neuf siècles se sont écoulés, nous dit-on, depuis que la nuit de l'idolâtrie et du paganisme a été dissipée pour la première fois par la lumière divine du christianisme et il y a deux siècles et demi que le brillant flambeau de la science moderne est venu éclairer les ténèbres de l'ignorance des âges. On veut nous faire croire que c'est dans les limites respectives de ces époques que s'est produit le véritable progrès moral et intellectuel de l'humanité. Les anciens philosophes suffisaient à leurs générations, mais n'étaient que des illettrés comparés aux hommes de science modernes. L'éthique du paganisme suffisait probablement aux besoins des peuples ignorants de l'antiquité, mais la véritable voie de la perfection morale, comme le chemin du salut, n'a été enseignée que depuis l'avènement de la lumineuse "étoile de Bethléem". Auparavant, la barbarie était la règle, la vertu et la spiritualité l'exception. Aujourd'hui, les plus obtus peuvent lire la volonté de Dieu dans la révélation de sa parole ; les hommes ont tout intérêt à s'améliorer ; aussi deviennent-ils de jour en jour meilleurs.

C'est ce qu'on affirme ; quels sont les faits ? D'une part un clergé dogmatique, dépourvu de spiritualité, et trop souvent, débauché ; un nombre infini de sectes, et trois grandes religions qui se combattent ; la discorde au lieu de l'union ; des dogmes sans preuves ; des prédicateurs cherchant l'effet, et des paroissiens avides de richesses et de plaisirs ; l'hypocrisie et la bigoterie enfantées par les exigences tyranniques de la respectabilité ; tout cela est aujourd'hui la règle, la sincérité et la véritable piété sont des exceptions. D'autre part des hypothèses scientifiques bâties sur le sable ; absence d'accord sur une seule question ; la jalousie et les querelles haineuses ; une tendance générale vers le matérialisme. [14] La lutte à mort entre la science et la théologie pour l'infaillibilité – "la bataille des âges".

A Rome, le prétendu siège du christianisme, le supposé successeur de Pierre est en train de miner l'ordre social au moyen du réseau omniprésent de ses agents fanatiques, et il les pousse à révolutionner l'Europe pour sa suprématie temporelle aussi bien que spirituelle. Nous voyons celui qui se dit le "vicaire du Christ"fraterniser avec les Musulmans anti-chrétiens, contre une autre nation chrétienne, et invoquer la bénédiction de Dieu pour les armes de ceux qui, pendant de longs siècles, ont combattu par le feu et le glaive les prétentions de son Christ à la divinité ! A Berlin – un des grands centres du savoir – les professeurs de sciences exactes modernes, se détournent des résultats tant vantés des lumières de la période ouverte par Galilée et cherchent à moucher la chandelle du grand Florentin ; bref, ils essaient de prouver que le système héliocentrique, voire même la rotation de la terre, ne sont que des rêves enfantés dans le cerveau  de savants égarés ; selon eux, Newton ne serait qu'un visionnaire, et tous les astronomes passés et présents ne sont que d'habiles calculateurs de problèmes invérifiables 5.

Entre ces deux Titans en guerre – La Science et la Théologie – un public perdant rapidement toute croyance en l'immortalité personnelle de l'homme, en un Dieu quelconque, et qui tombe vite au niveau d'une vie purement animale. Voilà où nous en sommes aujourd'hui, sous le plein soleil de cette ère scientifique et chrétienne !

Serait-il équitable de condamner à une lapidation critique le plus humble et le plus modeste des auteurs, parce qu'il refuse de se soumettre à l'autorité de ces deux antagonistes ? Ne devons nous pas prendre comme aphorisme de ce siècle la déclaration de Horace Greeley : "Je n'accepte sans réserves, l'opinion de qui que ce soit, mort ou vivant ? 6". Quoi qu'il en soit, telle sera notre devise, et ce principe sera notre guide tout au long de cet ouvrage.

 5 Voir les dernières pages du chapitre XV.

6 Recollections of a Busy life, p. 147.

 

Parmi les nombreuses productions phénoménales de notre siècle, l'étrange croyance des Spirites a surgi des ruines branlantes des religions se disant révélées et des philosophies matérialistes ; cependant, cette croyance est peut-être un dernier refuge transactionnel entre les deux. Il n'est pas étonnant que ce fantôme inattendu des temps pré-chrétiens n'ait guère trouvé faveur auprès de notre siècle positif et sérieux. Les temps ont bien changé ; il n'y a pas longtemps qu'un prédicateur bien connu à Brooklyn, disait du haut de la chaire, que si Jésus revenait et se comportait [15] dans les rues de New-York, comme il l'avait fait à Jérusalem, il ne tarderait pas à se retrouver en prison 7. A quel accueil le Spiritisme pouvait-il donc s'attendre ? A première vue, il n'est ni engageant ni rassurant. Informe et contrefait, tel un enfant aux mains de sept  nourrices, il sort maintenant de l'adolescence bancale et mutilée. Ses ennemis sont légion ; ses amis et protecteurs une poignée. Mais qu'importe ! Quand la vérité a-t-elle jamais été acceptée à priori ? Parce que les défenseurs du Spiritisme ont exagéré ses qualités dans leur fanatisme, et sont restés aveugles à ses imperfections, ce n'est pas une raison pour mettre en doute sa réalité ? Il est impossible de contrefaire un modèle si ce modèle n'existe pas. Le fanatisme des Spirites est lui-même la preuve de l'authenticité et de la possibilité de leurs phénomènes. Ils nous fournissent des faits à étudier, et non des affirmations à admettre sans preuves. Il n'est pas admissible que des millions d'hommes et de femmes raisonnables soient le fait d'une hallucination collective. Aussi tandis que le clergé, s'en tenant à son interprétation de la Bible, et la science aux possibilités qu'elle reconnaît à la nature, refusent de l'écouter avec impartialité, la vraie science et la vraie religion gardent le silence et attendent patiemment les développements ultérieurs.

7 Henry Ward Beecher.

 

Toute la question des phénomènes repose sur la compréhension exacte des anciennes philosophies. A qui devons-nous nous adresser dans le doute, sinon aux sages antiques, puisque, sous prétexte de superstition, les modernes nous refusent une explication ? Demandons-leur donc ce qu'ils savent de la science et de la religion authentiques ; non pas sur les détails, mais sur une large compréhension de ces vérités jumelles – si fortes dans l'union, si faibles lorsqu'on les divise. En outre, nous aurions peut-être avantage à comparer cette science moderne tant vantée, avec l'ignorance antique ;   cette   théologie   moderne   perfectionnée   avec   les "Doctrines Secrètes" de l'ancienne religion universelle. Il nous sera peut-être alors possible de trouver un terrain neutre où nous pourrions les atteindre toutes deux et en tirer profit.

Seule la philosophie platonicienne, le plus parfait résumé des systèmes abstraits de l'Inde antique, peut nous fournir ce terrain neutre. Bien que plus de vingt-deux siècles et quart se soient écoulés depuis la mort de Platon, les esprits éclairés du monde s'occupent encore de ses écrits. Il fut, au sens le plus plein du mot, l'interprète du monde. Le plus grand philosophe de l'ère pré-chrétienne a reflété pieusement, dans ses ouvrages, le spiritualisme des philosophes Védiques, qui vécurent des milliers d'années avant lui, ainsi que son expression métaphysique. Vyasa, [16] Djeminy, Kapila, Vrihaspati, Soumati et tant d'autres ont transmis leur marque indélébile, à travers les siècles, sur Platon et son école. Nous avons donc la preuve que la même sagesse a été révélée à Platon et aux antiques sages Hindous. Bravant ainsi l'action du temps, que peut être cette sagesse, sinon divine et éternelle ?

Platon enseignait que la justice subsistait dans l'âme de son possesseur et en était le suprême bien. "Les hommes, proportionnellement à leur intelligence, ont admis ses prétentions transcendantes." Néanmoins, ses commentateurs, presque unanimes, hésitent à aborder les passages impliquant que sa métaphysique est fondée sur une base solide et non sur des conceptions idéales.

Mais Platon ne pouvait admettre une philosophie dénuée d'aspiration spirituelle ; pour lui les deux n'en faisaient qu'un. Pour l'ancien sage  grec, il n'y avait qu'un seul but : la véritable connaissance. Il ne considérait comme authentiques philosophes, ou étudiants de la vérité, que ceux qui possédaient la connaissance de ce qui existe réellement, à l'encontre de ceux qui se contentent de la simple apparence ; De ce qui existe en toute éternité, en opposition avec ce qui est transitoire ; ce qui est permanent, en opposition avec ce qui grandit et dépérit, qui tour à tour se développe et est détruit. "Au-delà de toutes existences finies et des causes secondaires, au- delà de toutes lois, de toutes idées et de tous principes, il y a une INTELLIGENCE ou ESPRIT [νοǔς, nous, l'esprit], le premier principe de tout principe, l'Idée Suprême sur laquelle se fondent  toutes  les  autres idées ; le Monarque et le Législateur de l'Univers ; la substance ultime d'où toute chose tire l'être et l'essence, la Cause première et efficiente de tout ordre, harmonie, beauté, excellence et bonté, qui imprègne tout l'Univers – auquel on donne le nom, en raison de sa prééminence ou de  son excellence, de Bien Suprême, de Dieu, (ò θεòς) le Dieu au-dessus de tout (ò επι παסι θεòς) 8." II n'est ni la vérité ni l'intelligence, mais "il en est le père". Bien que cette essence éternelle des choses ne soit pas perceptible pour nos sens physiques, elle peut être saisie par la pensée de ceux qui ne sont pas volontairement fermés. Jésus répondit à ses disciples choisis, "II vous a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais cela ne leur a pas été donné ; (aux πoλλοł) c'est pourquoi je leur parle en paraboles (ou images), parce qu'en voyant ils ne voient point et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent" 9

Porphyre, de l'école néo-platonicienne, nous affirme que la philosophie de Platon était enseignée et représentée dans les Mystères. Nombreux sont ceux qui l'ont mis en doute ou qui même l'ont nié ; et Lobeck, dans son Aglaophomus, a été jusqu'à [17] représenter les orgies sacrées comme de simples spectacles faits pour captiver l'imagination. Comme si Athènes et la Grèce tout entière, pendant plus de vingt siècles, avaient été chaque cinquième année à Eleusis pour assister à  une solennelle farce religieuse ! Saint Augustin, le père Evêque d'Hippone, a répondu à de pareilles assertions. Il déclare que les doctrines des Platoniciens d'Alexandrie étaient les doctrines ésotériques originelles des premiers disciples de Platon, et il décrit Plotin comme un Platon ressuscité. Il donne aussi les raisons qu'avait le grand philosophe, pour voiler le sens intime de son enseignement 10.

 8 Cocker : Christianity and Greek Philosophy, IX, p. 377.

9 Evangile selon saint Mathieu, XIII, 11, 13.

10 Les accusations d'athéisme, celle d'introduire des dieux étrangers, et de corrompre la jeunesse athénienne, portées contre Socrate, fournissaient une ample justification à Platon, pour cacher le secret de ses doctrines. Sans doute, le langage particulier, ou jargon des alchimistes, avait un même but. Les chrétiens de toute nuance, et tout spécialement l'Eglise de Rome, ont employé sans scrupule, la prison, la roue et le bûcher, contre tous ceux qui enseignaient même la  science naturelle, contraire aux doctrines de l'Eglise. Le Pape Grégoire le Grand, condamna même l'usage grammatical du Latin comme une hérésie. Le crime de Socrate consistait à révéler à ses disciples la doctrine secrète au sujet des dieux, enseignée dans les Mystères, ce qui était un crime capital. Aristophane l'accusa même d'introduire dans la république le nouveau dieu Dinos, comme démiurge ou créateur, et le seigneur de l'univers solaire. Le système hélio-centrique faisait également partie des Mystères ; par conséquent lorsque Aristarque, le Pythagoricien l'enseigna  ouvertement, Cléanthe déclara que les Grecs devaient lui demander raison et le condamner comme blasphémateur contre les dieux (Plutarque). Mais Socrate n'avait jamais été initié et, par conséquent, n'a rien divulgué de ce qui lui avait été révélé.

 

Quant aux Mythes, Platon déclare dans le Gorgias et le Phédon, qu'ils étaient les véhicules de grandes vérités qui valaient d'être cherchées. Toutefois, les commentateurs sont si peu en rapport avec le grand philosophe, qu'ils se voient obligés de reconnaître qu'ils ignorent "où le mythe commence et où la doctrine prend fin". Platon dissipa la superstition populaire au sujet de la magie et des démons, il transforma les idées exagérées de son époque, en théories rationnelles et en conceptions métaphysiques. Peut-être ne pourraient-elles résister à la  méthode inductive de raisonnement établie par Aristote ; elles sont, néanmoins, satisfaisantes au plus haut degré, pour ceux qui admettent l'existence d'une faculté plus haute de connaissance ou d'intuition, pour servir de critérium de la vérité.

Toute sa doctrine étant basée sur la présence du Mental Suprême, Platon enseignait que le nous, l'esprit, ou âme rationnelle de l'homme, étant "engendré par le Père Divin", avait une nature apparentée, homogène même, à la Divinité, et qu'elle était capable de contempler, les réalités éternelles. Cette faculté de contempler la réalité d'une manière directe et immédiate, appartient à Dieu seul ; l'aspiration à cette connaissance constitue ce qu'on entend par philosophie – l'amour de la sagesse. [18] L'amour de la vérité fait partie de l'amour du bien ; de sorte que, prédominant tout désir de l'âme, la purifiant et l'assimilant au divin, il gouverne ainsi chaque acte de l'individu ; il amène l'homme à participer à la Divinité, à communier avec elle, et le rétablit à l'image de Dieu. "Cette envolée", dit Platon, dans le Théététe, "consiste à se rendre pareil à Dieu et cette assimilation est le fait de devenir juste et saint par la sagesse."

II a toujours été soutenu que la base de cette assimilation est la préexistence de cet esprit en nous. Dans l'allégorie du chariot tiré par les chevaux ailés, donnée dans le Phèdre, il représente la nature psychique comme composée ou double ; le thumos, ou partie épithumétique, est formé de la substance du monde des phénomènes ; Et le θνµοειδές, thumoeides, dont l'essence est en relation avec le monde éternel. La vie terrestre actuelle est une chute et une punition. L'âme réside dans "le tombeau que nous nommons le corps", et, dans son état incorporé, avant d'avoir été soumis à la discipline de l'éducation, l'élément noëtique, ou spirituel, est "dormant". La vie est donc un rêve, plutôt qu'une réalité. Comme les captifs dans la grotte souterraine, décrite dans La République, le dos tourné à la lumière, nous ne percevons que l'ombre des objets et nous les prenons pour les objets eux-mêmes. N'est-ce pas là la notion de Maya, l'illusion des sens de la vie physique, qui est un des traits si caractéristiques de la philosophie bouddhique ? Mais si nous ne nous sommes pas complètement donnés à notre nature sensuelle, ces ombres éveillent en nous la réminiscence d'un monde plus élevé que nous avons habité autrefois ? "L'esprit intime garde un souvenir vague et indéfini de son état de félicité pré-natale, ainsi qu'une aspiration instinctive et proleptique à son retour. "Il appartient à la discipline de la philosophie de l'arracher à la servitude des sens, de l'élever jusqu'à l'empyrée de la pensée pure, à la vision de la vérité, de la beauté et de la bonté éternelles. "L'âme", dit Platon dans son Théététe, "ne peut entrer dans la forme d'un homme, si elle n'a jamais connu la vérité. Ce souvenir est celui des choses que notre âme a vues autrefois lorsqu'elle voyageait avec la Divinité, dédaignant les choses qui existent pour nous aujourd'hui, mais contemplant ce qui est REELLEMENT. C'est pourquoi seul le nous, ou esprit, du philosophe (l'étudiant de la vérité supérieure) est muni d'ailes ; car, autant qu'il lui est possible, il se rappelle toutes ces choses, dont la contemplation rend la Divinité elle-même divine. En faisant un usage judicieux des souvenirs de sa vie antérieure, en se perfectionnant constamment dans les parfaits mystères, l'homme devient véritablement parfait – un Initié de la Sagesse Divine."

Cela peut nous faire comprendre pourquoi les plus sublimes scènes des Mystères étaient toujours de nuit. La vie de l'esprit [19] intérieur est la mort de la nature externe ; et la nuit du monde physique annonce le jour du monde spirituel. Par conséquent, on adorait plutôt Dionysius, le soleil- nocturne, qu'Hélios, l'astre du jour. Dans les Mystères on symbolisait la condition préexistante de l'esprit et de l'âme, la chute de celle-ci dans la vie terrestre et dans Hadès, les misères de cette vie, la purification de l'âme et son retour à la félicité divine, ou la réunion avec l'esprit. Theon, de Smyrne, compare avec raison la discipline philosophique aux rites mystiques : "On pourrait, dit-il, appeler la Philosophie l'initiation aux véritables arcanes, et l'instruction aux mystères authentiques. Cette initiation est divisée en cinq parties : I, la purification préalable ; II, l'admission à participer aux rites secrets ; III, la révélation époptique ; IV, l'investiture ou intronisation ; V, la cinquième est le résultat de toutes les précédentes, l'amitié et la communion intime avec Dieu, et la jouissance de cette béatitude qui découle de la relation intime avec des êtres divins. Platon appelle epopteia, ou vue personnelle, la contemplation parfaite des choses  qu'on  saisit  intuitivement,  les  idées  et  les  vérités  absolues.  Il considère également l'acte de ceindre le front, et le couronnement, comme analogue à l'autorité qu'on reçoit de ses instructeurs et pour entraîner les autres dans la même contemplation. Le cinquième degré est la félicité la plus parfaite qui en découle, et, suivant Platon, c'est une assimilation à la divinité aussi parfaite que la chose est possible pour des êtres humains 11."

11 Voyez Thomas Taylor : Eleusinian and Bacchic Mysteries, p. 47, New-York : J.-W. Bouton, 1875.

 

Tel est le Platonisme. Ralph Waldo Emerson dit que "Platon est la source de tout ce qui est encore écrit et discuté par des hommes de pensée". Il absorba le savoir de son temps, celui de la Grèce de Philœus à Socrate ; puis celui de Pythagore en Italie ; et aussi tout ce qu'il put apprendre de l'Egypte et de l'Orient. Il était si complet, qu'il embrassait dans sa doctrine toutes les philosophies de l'Europe et de l'Asie ; et à la culture et à la contemplation, il joignait la nature et les qualités du poète.

En général, les partisans de Platon adhéraient strictement à  ses théories psychologiques. D'autres, par contre, comme Xénocrate, se lançaient dans des spéculations plus avancées. Speusippe, neveu et successeur du grand philosophe, fut l'auteur de l'Analyse numérique, traité des nombres pythagoriciens. Certaines de ses spéculations ne se rencontrent pas dans les Dialogues écrits ; mais comme il était un auditeur des conférences non publiées de Platon, Enfield a probablement raison en disant qu'il ne différait pas de son maître. Bien qu'il ne soit pas nommé, il est évidemment l'antagoniste critiqué par Aristote, lorsque celui-ci [20] prétendait opposer l'argument de Platon à la doctrine de Pythagore, pour qui la base de toutes choses nombre, ou plutôt qu'elle est inséparable de la notion des nombres. Il s'attacha tout spécialement à montrer que  la doctrine Pythagoricienne, en ce qu'elle présuppose que les nombres et les grandeurs existent en dehors des choses. Il affirmait encore que Platon enseignait qu'il ne pouvait exister une connaissance véritable si l'objet de cette connaissance n'était pas porté au-delà ou au-dessus du monde sensible.

Mais Aristote n'était pas un témoin digne de foi. Il dénatura Platon et fit presque une caricature des doctrines de Pythagore. Il existe un canon de l'interprétation, qui devait nous guider dans tout examen d'opinions philosophiques : "L'esprit humain, par l'opération nécessaire de ses propres lois, se voit contraint d'entretenir les mêmes idées fondamentales et le cœur humain se nourrit des mêmes sentiments au cours des ages." Pythagore éveilla sans doute la plus profonde sympathie intellectuelle de son temps, et ses doctrines exercèrent une influence considérable sur l'esprit de Platon. Son idée maîtresse était qu'il existait un principe permanent d'unité sous les formes, changements et autres phénomènes de l'univers. Aristote affirmait qu'il enseignait "le nombre était le principe de toute entité". Ritter pense que la formule de Pythagore doit être prise symboliquement, ce qui est sans doute exact. Aristote associe ces nombres " formes"et aux "idées" de Platon. Il va jusqu'à déclarer que Platon a dit que "les formes sont des nombres" et que "les idées sont des existences substantielles – des êtres réels". Platon n'a toutefois rien enseigné de semblable. Il déclarait que la cause finale était la Bonté Suprême – το αγαθόν. "Les idées sont des objets de pure conception pour la raison humaine, et elles sont des attributs de la Raison Divine 12" Et il n'a jamais dit que "les formes sont des nombres". Ce qu'il a dit, nous le trouvons dans le Timée" : Dieu forma les choses comme elles apparurent dans  le principe, suivant les formes et les nombres."

12 Cousin. Histoire de la Philosophie, I, IX.

 

La science moderne reconnaît que toutes les lois supérieures de la nature prennent la forme d'exposé quantitatif. C'est peut-être une élaboration plus complète ou une affirmation plus explicite de la doctrine de Pythagore. On considérait les nombres comme la meilleure représentation des lois de l'harmonie qui pénètre le cosmos tout entier. Nous savons également qu'en chimie, la doctrine des atomes et des lois des combinaisons sont en réalité, et pour ainsi dire, arbitrairement, définies par les nombres. Ainsi que le dit M.W. Archer Butler : "Le Monde dans toutes ses [21] divisions est une arithmétique vivante dans son développement, et une géométrie réalisée dans son repos."

La clé des dogmes de Pythagore est la formule générale de l'unité dans la multiplicité ; l'un évoluant le multiple et le pénétrant. C'est l'antique doctrine de l'émanation en quelques mots. L'apôtre Paul lui-même l'acceptait comme exacte. Eς αuτοù, χαιδίxuτοū, χαι εις αuτον τά πάvτα. Toutes choses viennent de lui, sont par lui et en lui. Cette idée est nettement Hindoue et Brahmanique ainsi que nous le constatons par la citation suivante :

 "Lorsque la dissolution – Pralaya – est parvenue à son terme, le Grand Etre – Para-Atma ou Para-Pourousha – le Seigneur existant par lui-même, duquel et par lequel toutes choses ont été, sont et seront. décida d'émaner les diverses créatures de sa propre substance." (Manava-Dharma-Sastra, Livre 1, slokas 6 et 7.)

La Décade mystique 1 + 2 + 3 + 4 = 10 est une des manières d'exprimer cette idée. L'Un, c'est Dieu ; Deux, la matière ; Trois, combinant la Monade et la Duade, et participant de la nature des deux, est le monde phénoménal : la Tétrade, ou forme de perfection, exprime le vide de tout ; et la Décade, somme de tout, implique le cosmos tout entier. L'univers est la combinaison d'un millier d'éléments et néanmoins l'expression d'un esprit unique – chaos pour les sens, cosmos pour la raison.

Toute cette combinaison de la progression des nombres dans l'idée de création est Hindoue. L'Etre existant par lui-même, Swayambhou ou Swayambhouva, ainsi que le nomment quelques-uns, est un. Il émane de lui-même la faculté créatrice, Brahma ou Pourousha (le mâle divin), et l'un devient Deux ; de cette Duade, l'union du principe purement intellectuel avec le principe de la matière, évolue un troisième qui est Viràdj, le monde phénoménal. C'est de cette trinité invisible et incompréhensible, la Trimourti Brahmanique, qu'évolue la seconde triade qui représente les trois facultés, la créatrice, la conservatrice et la transformatrice. Celles-ci sont représentées par Brahma, Vishnou et Shiva, mais elles se fondent de nouveau et toujours en une. L'Unité, Brahma, ou comme le nomment les Védas, Tridandi, est le dieu de la triple manifestation, qui donna naissance au Aum symbolique, abréviation de Trimourti. Ce n'est qu'au moyen de cette trinité, toujours active et tangible pour nos sens, que le Monas invisible et inconnu peut se manifester au monde des mortels. Lorsqu'il devient Sarira, c'est-à-dire celui qui revêt une forme visible, il représente tous les principes de matière, tous les germes de vie, il est Pourousha, le dieu à trois faces, ou triple pouvoir, l'essence de la triade Védique. "Que les Brahmas apprennent la Syllabe sacrée (Aum) les trois paroles de Savitri, et qu'ils lisent journellement les Védas". (Manou, livre IV, sloka 125.) [22]

"Après avoir produit l'univers, Celui dont le pouvoir est incompréhensible disparut de nouveau, absorbé dans l'Ame  Suprême.  Après  s'être  retirée  dans  les ténèbres primitives, la grande Ame demeure dans l'inconnu, et est dénuée de toute forme….

Lorsque après avoir de nouveau réuni les principes élémentaires subtils, elle entre dans une semence végétale ou animale, elle prend chaque fois une nouvelle forme.

Ainsi, par des alternatives d'éveil et de repos, l'Etre Immuable fait revivre et mourir éternellement toutes les créatures existantes, actives et inertes."

 (Manou. Livre I. Sloka 50 et suivantes.)

 

Qui a étudié Pythagore et ses spéculations sur la Monade, laquelle après avoir émané la Duade, se retire dans le silence et les ténèbres et crée ainsi la Triade, comprendra d'où venait la philosophie du grand Sage de Samos, et, après lui, celle de Socrate et de Platon.

Speusippe paraît avoir enseigné que l'âme psychique ou thumétique était immortelle, de même que l'esprit ou âme rationnelle ;  nous exposerons plus loin ses raisons. De même que Philoléus et Aristote dans leurs investigations sur l'âme, il fait un élément de l'éther ; de sorte qu'il y avait cinq éléments principaux pour correspondre aux cinq figures régulières de géométrie. Cela devint aussi une des doctrines de l'école d'Alexandrie 13. Et, de fait, il y eut beaucoup de choses dans les doctrines des Philalèthes qu'on ne rencontre pas dans les ouvrages des anciens Platoniciens, mais qui furent, sans doute, enseignées en substance par le philosophe lui-même, mais qui, par suite de sa réticence habituelle, ne furent pas couchées par écrit, étant trop occultes pour être publiées ouvertement. Speusippe, et Xénocrate après lui, tenaient comme leur grand maître, que l'anima mundi, ou âme mondiale n'était pas la Divinité, mais une manifestation. Ces philosophes n'ont jamais conçu l'Un comme une nature animée 14. L'Un originel n'existait pas comme nous concevons ce terme. Ce n'est que lorsqu'il s'unit au multiple – existence émanée (la monade et la duade) qu'un être fut formé. Le τίµιον vénéré – le quelque chose manifesté – demeure dans le centre comme dans la circonférence, mais ce n'est que la réflexion de la Divinité – l'Ame Mondiale 15. Dans cette doctrine, nous trouvons l'esprit du Bouddhisme ésotérique.

13 Thomas Taylor. Theoritic Arithinetic, Londres, 1816, "sur les Nombres Pythagoriciens".

14 Platon. Parmenid, 141.E

 15 Voyez Stobens, Eclogues, I, 862.

16 Sextus Empiricus. Adv. Math., VII, 145.

 

Une Idée humaine de Dieu est la lumière aveuglante que l'homme voit reflétée dans le miroir concave de son âme, et cependant ce n'est pas véritablement Dieu, mais seulement son reflet. Sa [23] gloire est là, mais c'est la lumière de son propre Esprit que l'homme voit, et c'est tout ce qu'il supporte de regarder. Plus le miroir est clair, plus l'image divine resplendira. Toutefois, le monde extérieur ne peut s'y montrer en même temps. Chez le Yogi extatique, chez le Voyant illuminé, l'esprit brillera comme le soleil de midi ; mais l'éclat disparaît pour la victime avilie par l'attraction terrestre, car le miroir a été terni par les taches de matière. De tels hommes renient leur Dieu, et priveraient aussi, en même temps, volontiers, l'humanité de son âme.

PAS DE DIEU, PAS D'AME ? Quelle angoissante et destructrice pensée ! Cauchemar affolant d'un dément – Athée présentant à sa vue enfiévrée une succession ininterrompue et hideuse d'étincelles de matière cosmique créées par personne ; surgissant d'elles-mêmes, existant par elles-mêmes, se développant elles-mêmes ; ce Soi, non Soi, car il n'est rien et personne, dérivant en ne venant de nulle part ; aucune Cause ne le pousse, puisqu'il n'en existe aucune, et qu'il ne se rue nulle part. Et tout cela dans un cercle d'Eternité, aveugle, inerte et – SANS CAUSE. En comparaison de cette notion, qu'est la conception erronée du Nirvana Bouddhique elle-même ! Le Nirvana est précédé de transformations et de métempsychoses spirituelles sans nombre, pendant lesquelles l'entité ne perd pas une seule seconde le sentiment de sa propre individualité, et qui dureront peut-être pendant des millions de siècles avant d'atteindre le NEANT Final.

Bien que d'aucuns aient considéré Speusippe comme inférieur à Aristote, le monde lui est redevable de la définition et de l'explication de beaucoup de choses que Platon a laissées obscures dans sa doctrine du Sensible et de l'Idéal. Sa maxime était : "L'Immatériel est connu au moyen de la pensée scientifique, le Matériel au moyen de la perception scientifique" 16.

 Xénocrate a commenté beaucoup de théories et enseignements oraux de son maître. Lui aussi tenait en très haute estime la doctrine de Pythagore, son système de nombres et sa mathématique. Ne reconnaissant que trois degrés de la reconnaissance, la Pensée, la Perception et l'Envisagement (ou connaissance par l'Intuition), il enseignait que la première avait affaire à tout ce qui est au-delà du ciel ; la Perception aux choses du ciel ; et l'Intuition au Ciel lui-même.

Nous retrouvons ces mêmes théories, et presque dans le même langage, dans le Manava-Dharma-Sastra, à propos de la création de l'homme : "Il (Le Suprême) prit de sa propre essence le souffle immortel qui ne périt pas dans l'être, et il donna à cette âme de l'être le guide souverain d'Ahankara (la conscience de l'égo). Il [24] donna alors à cette âme de l'être (l'homme) l'intellect formé par les trois qualités, et les cinq organes de la perception extérieure."

Ces trois qualités sont l'Intelligence, la Conscience et la Volonté ; correspondant à la Pensée, la Perception et l'Envisagement de  Xénocrate. II développa, plus que Speusippe, la relation entre les nombres et les Idées, et il s'éleva au-dessus de Platon dans sa définition de la doctrine des Magnitudes Indivisibles. Les ramenant à l'idéal de leurs éléments primaires, il démontra que toute figure, toute forme, naît de la ligne indivisible la plus ténue. Il est évident que Xénocrate entretenait  les mêmes idées que Platon au sujet de l'âme humaine (supposée être un nombre), bien qu'Aristote l'ait contredit, de même que tous les autres enseignements de ce philosophe 17. C'est une preuve concluante que beaucoup des doctrines de Platon furent données oralement, même s'il était prouvé que Xénocrate, et non Platon, fut le premier à enseigner la théorie des Magnitudes indivisibles. Il fait procéder l'Ame de la première Duade, et l'appelle un nombre mû par lui-même 18. Théophraste fait remarquer qu'il envisageait et éliminait cette théorie de l'Ame mieux qu'aucun autre Platonicien. Il échafauda sur elle la doctrine cosmologique et démontra qu'il existait de toute nécessité, dans chaque recoin de l'espace universel, une série successive et progressive d'êtres animés et pensants, bien que spirituels 19. Selon lui, l'Ame Humaine est un composé des propriétés les plus spirituelles de la Monade et de la Duade, possédant les principes les plus élevés des deux. Si, comme Platon et Prodicus, il parle des Eléments comme de Puissances Divines, en les appelant des dieux, ni lui, ni les autres n'y mettaient la moindre idée anthropomorphe. Krische prétend qu'il ne leur donne le nom de dieux que pour éviter de confondre ces pouvoirs élémentaires avec les dœmons du monde inférieur 20 (les Esprits Elémentaires). Puisque l'Ame du Monde interpénètre le Cosmos  tout entier, les animaux eux-mêmes doivent aussi avoir  quelque  chose  de divin 21. Cette doctrine est aussi celle des Bouddhistes et des Hermétistes, et Manou concède même aux plantes et au plus petit brin d'herbe, une âme vivante.

17 Metaph, 407, a, 3.

18 Appendice au Timée.

19 Stob : Ecl., 1, 62.

20 Krische : Forsch, p. 322, etc.

21 Clem. Alex Stro, v. 590.

22 Plutarque. De Isid, chap. 25, p. 360.

23 "Plato und die Alt. Akademie".

 

Suivant cette théorie, les dæmons sont des êtres intermédiaires entre la perfection divine et la corruption humaine 22 ; il les divise en deux classes, qui, elles-mêmes, se subdivisent en beaucoup d'autres. Mais il dit expressément que l'âme individuelle, [25] ou personnelle, est le principal dæmon gardien de chaque homme et qu'aucun dæmon n'a plus de puissance sur nous que le nôtre propre. Ainsi le Dæmon de Socrate est le dieu ou l'Entité Divine qui l'inspira pendant toute sa vie. Il dépend de l'homme lui-même d'ouvrir ou de fermer ses perceptions à la voix Divine. De même que Speusippe, il attribuait l'immortalité au ψuγη, le corps psychique, ou âme irrationnelle. Toutefois quelques philosophes Hermétistes ont enseigné que l'âme n'a une existence continue, séparée, qu'autant qu'elle conserve des particules terrestres ou matérielles, dans son passage à travers les sphères ; et qu'après purification absolue, celles-ci sont annihilées, et seule la quintessence de l'âme se fond dans l'esprit divin (le Rationnel) ; les deux ne font dès lors plus qu'un.

Zeller nous dit que Xénocrate défendait de manger la chair des animaux, non parce qu'il voyait dans les animaux quelque parenté avec l'homme, puisqu'il leur attribuait une faible conscience divine, mais, "pour la raison opposée, de peur que l'irrationalité des âmes animales n'obtienne par cela même une certaine influence sur nous 23". Nous croyons toutefois que c'était plutôt parce que, de même que Pythagore, il avait eu pour maîtres et pour modèles les sages hindous. Cicéron nous montre Xénocrate méprisant tout, sauf la vertu la plus élevée 24 ; et il décrit la sévère austérité sans tache de son caractère 25. "Notre but est de nous libérer de la sujétion de l'existence sensorielle, de vaincre les éléments Titanesques de notre nature terrestre, au moyen de la nature Divine." Zeller lui fait dire 26 : "Même dans les aspirations secrètes de nos cœurs, la pureté est le devoir le plus grand, et, seules, la philosophie et l'initiation aux Mystères nous aident à atteindre ce but."

Crantor, autre philosophe qui faisait partie des premiers temps de l'académie de Platon, concevait l'âme humaine comme formée de la substance primaire de toute chose, la Monade ou l'Un et de la Duade ou le Deux. Plutarque s'étend longuement sur ce philosophe, lequel, comme son maître, croyait que les âmes étaient réparties dans les corps terrestres comme punition et exil.

Bien que certains critiques ne croient pas qu'Héraclite ait adhéré strictement à la philosophie primitive de Platon 27, il professait la même morale. Zeller nous le montre enseignant, ainsi que Hicetas et Eephantus, la doctrine Pythagoricienne de la rotation diurne de la terre, et l'immobilité des étoiles fixes, mais il [26] ajoute qu'il ignorait la révolution annuelle de la terre autour du soleil, et le système héliocentrique 28. Mais il y a tout lieu de croire que ce système était enseigné dans les Mystères, et que Socrate mourut pour athéisme, c'est-à-dire pour avoir divulgué cette connaissance sacrée. Héraclite adoptait pleinement les notions de Pythagore et de Platon, sur l'âme humaine, ses facultés et ses propriétés. Il la décrit comme une essence lumineuse et éminemment éthérée. Il affirme que l'âme habite la voie lactée avant de descendre "dans la génération", ou existence sublunaire. Ses dæmons, ou esprits, sont des corps aériens et vaporeux.

24 Turc, v. 18, 51.

25 Idem. Cf., p. 559.

26 Platon et l'Anc. Académie.

27 Ed. Zeller. Philos. der Griech.

28 Plato und die Alt. Akademie.

 

La doctrine des nombres de Pythagore, en relation avec les choses créées, est clairement écrite dans l'Epinomis. Son auteur, en véritable Platonicien,  affirme  que  la  sagesse  ne  s'obtient  que  par  une étude approfondie de la nature occulte de la création ; seule, elle nous assure une existence de félicité après la mort. Cet ouvrage spécule grandement sur l'immortalité de l'âme, mais son auteur ajoute que nous ne pouvons arriver à cette connaissance que par une compréhension parfaite des nombres ; car celui qui ne peut distinguer une ligne droite d'une courbe, n'aura jamais assez de sagesse pour entreprendre la démonstration mathématique de l'invisible, c'est-à-dire que nous devons nous assurer de l'existence objective de notre âme (le corps astral) avant d'apprendre que nous possédons un esprit divin et immortel. Jamblique dit la même chose, ajoutant, toutefois, que c'est un secret appartenant à la plus haute initiation. Le Pouvoir Divin, dit-il, éprouve de la répugnance pour ceux qui "rendent manifeste la nature de l'icostagonus", c'est-à-dire ceux qui enseignent le moyen d'inscrire le dodécaèdre dans la sphère 29.

 29 Un des cinq solides en géométrie.

 

L'idée que les "nombres" possédant la plus grande vertu, produisent toujours le bien et jamais le mal, a rapport à la justice, à l'égalité de caractère, et à tout ce qui est harmonieux. En disant que chaque astre est une âme individuelle, l'auteur veut dire ce que les initiés Hindous et les Hermétistes enseignaient avant lui, c'est-à-dire que chaque astre est une planète indépendante, qui, comme notre terre, possède une âme propre, chaque atome de matière étant imprégné du flux divin de l'âme du monde. Elle respire et elle vit ; elle sent et elle souffre de même qu'elle jouit de la vie à sa manière. Quel est le naturaliste qui est préparé à le nier, preuves en mains ? Nous devons donc considérer les corps célestes comme les images de dieux ; participant aux pouvoirs divins dans leur substance ; et bien que n'étant pas immortels dans leur âme individuelle, leur action dans l'économie de l'univers mérite les honneurs divins, comme ceux qu'on rend aux [27] dieux mineurs. L'idée est claire, et il faut vraiment être mal intentionné pour la dénaturer. Si l'auteur de l'Epinomis place ces dieux ignés au-dessus des animaux, des plantes, et même de l'humanité, lesquels selon lui, étant tous des créatures terrestres, sont classés plus bas, qui peut prouver qu'il a tout à fait tort ? Il faut approfondir la métaphysique abstraite des anciennes philosophies, pour comprendre que les diverses incorporations de leurs conceptions, sont fondées, après tout, sur une compréhension identique de la nature de la Cause Première, de  ses attributs et de sa méthode.

 En outre, lorsque l'auteur de l'Epinomis place entre ces dieux les plus hauts et les plus bas (les âmes incarnées) trois classes de dæmons peuplant l'univers d'êtres invisibles, il est plus rationnel que nos savants modernes, qui ouvrent entre ces deux extrêmes un vaste hiatus, terrain de jeu de forces aveugles. De ces trois classes, les deux premières sont invisibles ; leurs corps sont éther pur et feu (esprits planétaires) ; les daimons de la troisième classe ont des corps vaporeux ; ils sont généralement invisibles, mais se rendent parfois concrets et deviennent visibles pendant quelques instants. Ce sont les esprits terrestres ou nos âmes astrales.

Ce sont ces doctrines qui, étudiées par analogie et d'après le principe de correspondance, amenèrent les anciens et amèneront peut-être aussi, petit à petit, les Philalètes modernes, vers la solution des plus grands mystères. La science moderne est sur le bord du gouffre sombre qui sépare le monde spirituel du monde physique ; les yeux fermés, détournant la tête, elle affirme le gouffre sans fond et infranchissable, alors qu'elle n'aurait qu'à descendre dans ce gouffre la torche qu'elle tient en main pour se rendre compte de son erreur. Mais le disciple patient de la philosophie Hermétique a jeté un pont au-dessus de l'abîme.

Tyndall, dans ses Fragments of Science, fait la triste confession suivante : "Si vous me demandiez si la science a résolu, ou s'il est probable qu'elle puisse résoudre aujourd'hui le problème de l'univers, je me vois forcé d'avouer que j'en doute." Quand il revient, plus tard, sur cette opinion en assurant à ses auditeurs que la preuve expérimentale l'a amené à découvrir, dans la matière tant décriée, la "promesse et les potentialités de toute vie", il ne faisait que plaisanter. Il serait aussi difficile, pour le professeur Tyndall, de fournir la preuve définitive et irréfutable de ce qu'il avance, qu'il l'était, pour Job, de mettre le harpon dans la gueule du léviathan.

Pour éviter la confusion qui peut résulter du fréquent emploi de certains termes dans un sens différent de celui qui est familier au lecteur, quelques explications seront utiles. Nous désirons ne laisser aucun prétexte à malentendus ou à fausses interprétations. La Magie peut avoir une signification pour une classe de lecteurs [28] et une autre pour ceux d'une autre classe. Nous lui donnerons donc le sens qu'elle a dans l'esprit de ceux qui l'étudient et la pratiquent en Orient. Il en sera de même des termes Science-Hermétique, Occultisme, Hiérophante, Adepte, Sorcier, etc., sur la signification desquels on est peu d'accord depuis quelque temps.   Quoique les distinctions entre les termes soient très souvent insignifiantes – purement ethniques – il peut néanmoins être utile, pour le lecteur en général, de savoir au juste en quoi elles consistent. Nous en donnons donc quelques-unes par ordre alphabétique.

AETHROBATIE est le mot grec qui désigne le fait d'être soulevé ou de se mouvoir dans l'air ; ce que les spirites modernes nomment lévitation. Elle peut être consciente ou inconsciente. Dans le premier cas, c'est de la magie ; dans le second, c'est le résultat d'une maladie ou d'un pouvoir qui nécessite quelques mots d'explication.

Une explication symbolique de l'aéthrobatie est donnée dans un vieux manuscrit Syriaque, traduit au XVème siècle par un alchimiste nommé Malchus. Au sujet du cas de Simon le Mage, on lit "Simon prosterné face contre  terre  murmura  à son oreille : O terre, ma mère, donne-moi, je te prie, un peu de ton souffle et je te donnerai le mien ; "libère-moi, ô mère, pour porter tes paroles aux étoiles, et je reviendrai fidèlement vers toi". Et la Terre concentrant son énergie sans qu'elle eût à en souffrir, envoya son Génie insuffler de son souffle à Simon, pendant qu'il  lui  donnait  du sien ; et les étoiles se réjouirent d'être visitées par le Puissant."

Ici, le point de départ est le principe électro-chimique, d'après lequel les corps semblablement électrisés, se repoussent mutuellement, tandis que ceux électrisés différemment s'attirent. "La notion la plus élémentaire de la chimie, dit le professeur Cooke, montre que, tandis que des radicaux de nature opposée se combinent avec avidité, deux métaux ou deux métalloïdes proches ne montrent que très peu d'affinité l'un pour l'autre."

En fait, la terre est un corps magnétique ; ainsi que plusieurs savants l'ont constaté, elle est un vaste aimant, comme l'affirmait Paracelse il y a trois cents ans. Elle est chargée d'une forme d'électricité – (appelons-la positive) – qu'elle développe continuellement par une  action spontanée dans sa partie intérieure ou centre de mouvement. Les corps humains, comme toutes les autres formes de matière, sont chargés de l'autre électricité (négative). C'est-à-dire que les corps organiques et inorganiques, abandonnés à eux-mêmes, se chargent constamment et involontairement et dégagent l'électricité de nom contraire à celle de la terre elle-même. Or, qu'est-ce que le poids ? Simplement la force d'attraction de la [29] terre. "Sans l'attraction de la terre, vous n'aurez point de poids", dit le professeur Stewart 30, et si vous aviez une terre deux fois plus lourde, l'attraction serait double." Comment se soustraire à cette attraction ? D'après la loi mentionnée plus haut, il y a une attraction entre notre planète et les organismes terrestres, qui retiennent ces derniers à sa surface. Mais la loi de gravitation a été contrariée dans bien des cas, par des lévitations de personnes ou d'objets inanimés. Comment l'expliquer ? Les conditions de notre organisme physique, disent les philosophes théurgistes, dépendent largement de l'action de notre volonté. Bien réglée, elle peut produire "des miracles", et, entre autres, un changement de cette polarité électrique, en transformant par exemple l'électricité négative en positive. Dès lors, les relations de l'homme avec la terre-aimant, d'attractives deviennent répulsives, et la gravitation cesse pour lui. Il devient, par conséquent, aussi naturel, pour l'homme, de s'élever dans les airs, autant que dure cette force répulsive, que ce l'était auparavant de demeurer rivé au sol. La hauteur de sa lévitation, dans ces conditions, sera proportionnelle à la plus ou moins grande faculté qu'il possède de charger son corps d'électricité positive. Ce pouvoir d'agir ainsi sur les forces physiques une fois acquise, la modification de son poids serait aussi facile que de respirer.

L'étude des affections nerveuses a permis de  constater  que, même dans le cas de somnambulisme ordinaire, aussi bien que dans les phénomènes de somnambulisme provoqué, le poids du corps paraît diminué. Le professeur Perty fait mention d'un Somnambule, Koehler, qui, étant dans l'eau, ne pouvait point s'enfoncer, mais flottait. La voyante de Prevorst s'élevait à la surface de son bain, et ne pouvait y être maintenue assise. Il parle aussi d'Anna Fleisher, qui, étant sujette à des attaques d'épilepsie, fut souvent vue par le surintendant de l'établissement s'élevant dans l'air ; une fois, en présence de deux témoins dignes de foi (deux doyens), elle s'éleva à une hauteur de plus de deux mètres au-dessus de son lit, dans une position horizontale. Un cas analogue, celui de Marguerite Rule, est cité par Upham, dans son "History of Salem Zvitchcraft" 31 "Chez des sujets extatiques, ajoute le professeur Perty, l'élévation dans l'air a lieu beaucoup plus fréquemment que chez les somnambules. Nous sommes   si habitués à considérer la gravitation comme quelque chose d'absolu et d'immuable, que l'idée d'un soulèvement complet ou partiel, en opposition avec cette loi, paraît inadmissible ; néanmoins, il y a des phénomènes où la gravitation est surmontée au moyen de forces matérielles. Dans plusieurs maladies, comme, par exemple, la [30] fièvre nerveuse, le poids du corps humain semble augmenter, tandis que, dans tous les cas des extatiques, il paraît être diminué. Il peut y avoir, de même, d'autres forces que matérielles pour contrecarrer cette puissance.

30 The Sun and the Earth. Conférence de Manchester, 13 nov. 1872.

31 (Histoire des Sorcières de Salem).

 

Un journal de Madrid, El Criterio Espiritista, d'une date récente, rapporte le cas d'une jeune paysanne, près de Santiago, qui offre un intérêt tout spécial à ce propos. "Deux barres de fer aimanté, tenues horizontalement au-dessus d'elle à un demi-mètre de distance, suffisaient à tenir son corps suspendu en l'air."

Si nos médecins expérimentaient sur de tels sujets lévités, ils les trouveraient fortement chargés de fluide électrique de même nature que celui du lieu qui, suivant la loi de la pesanteur, devrait les attirer ou plutôt empêcher leur lévitation. Si quelques cas de désordres physiques nerveux, aussi bien que l'extase spirituelle, produisent sur le sujet ces mêmes effets inconsciemment, cela prouve que si cette force dans la nature était convenablement étudiée, elle pourrait être réglée à volonté.

ALCHIMISTES – Ce mot vient de A1 et de Chemi, le feu ou le dieu et patriarche : Kham qui est aussi le nom de l'Egypte. Les Rosicruciens du moyen âge tels que Robertus de Fluctibus (Robert Fludd), Paracelse, Thomas Vaughan (Eugenius Philalethes), Van Helmont et autres, étaient tous des alchimistes qui cherchaient l'esprit caché dans toute matière inorganique. Quelques-uns, que dis-je ! La grande majorité des hommes ont accusé les alchimistes de charlatanisme et de mensonge. Assurément, des hommes comme Roger Bacon, Agrippa, Henry Kunrath et l'Arabe Geber (celui qui, le premier, apporta en Europe quelques-uns des secrets de la chimie) peuvent difficilement être tenus pour des imposteurs et encore moins pour des insensés. Les savants qui réforment la physique sur les bases de la théorie atomique de Démocrite, telle qu'elle a été reformulée par John Dalton, oublient pour leur commodité que Démocrite d'Abdère était un alchimiste, et qu'un esprit capable de pénétrer si avant dans une certaine direction, dans les secrètes opérations de la nature, a dû avoir de bonnes raisons d'étudier pour devenir un philosophe hermétique.

 Olaus Borrichias dit qu'il faut chercher le berceau de l'alchimie dans des temps les plus reculés.

LUMIERE ASTRALE. – C'est la lumière sidérale de Paracelse et des autres philosophes hermétiques. Physiquement, c'est l'éther de la science moderne. Métaphysiquement, et dans son acception spirituelle ou occulte, l'éther est quelque chose de plus que ce qu'on s'imagine souvent. Il est bien démontré dans la physique occulte et dans l'alchimie, qu'il renferme dans ses ondes sans limites, non seulement la promesse et les potentialités de toute [31] sorte de vie telle que l'entend M. Tyndall, mais encore la réalisation de la puissance de toute espèce d'esprit. Alchimistes et Hermétistes croient que leur éther astral ou sidéral, outre les propriétés ci- dessus du soufre et celles de la magnésie blanche et rouge, ou magnes, est l'anima mundi, l'atelier de la Nature et du cosmos, aussi bien spirituellement que physiquement. Le "grand magisterium" s'affirme dans le phénomène du mesmérisme, dans la "lévitation" d'êtres humains et d'objets inertes, et on peut l'appeler l'éther envisagé sous son aspect spirituel.

La dénomination astral est ancienne et elle était employée par quelques Néo-Platoniciens. Porphyre décrit le corps céleste, toujours joint à l'âme, comme "immortel, lumineux, et ressemblant à une étoile". La racine de ce mot vient peut-être du mot Scythe : Aist-aer  qui signifie étoile, ou du mot assyrien Istar qui, suivant Burnouf, à le même sens. Comme les Rosecroix envisageaient le réel comme directement opposé à l'apparent ; ils enseignaient que ce qui paraît lumière pour la matière n'est qu'obscurité pour l'esprit et ils cherchaient celui-ci dans l'océan astral de feu invisible qui enveloppe le monde ; ils prétendent avoir suivi la trace de l'esprit divin, également invisible, qui adombre chaque homme et est, à tort, appelé âme, jusque devant le trône du Dieu Invisible et Inconnu. Comme la grande cause doit toujours rester invisible et impondérable, ils ne pouvaient prouver leurs assertions que par la démonstration  de ses effets sur le monde matériel, en les faisant descendre de l'inconnu des causes dans l'univers connu des effets. Ils démontraient que cette lumière astrale pénètre tout le cosmos et, dans son état latent, jusqu'à la molécule la plus ténue du rocher, s'appuyant, pour cela, sur le phénomène de l'étincelle que l'on fait jaillir du silex et de toute autre pierre, dont l'esprit, lorsqu'il est violemment troublé, se révèle aux regards sous forme d'étincelle, et disparaît aussitôt dans le domaine de l'inconnu.

 Paracelse l'appelle la lumière sidérale, empruntant le terme au latin. Il considère la foule des étoiles (y compris notre terre) comme des parties condensées de la lumière astrale, "tombées dans la génération et la matière", mais dont les émanations magnétiques ou spirituelles conservent constamment une incessante inter-communication entre elles et la source- mère de tout – la lumière astrale. "Les étoiles exercent sur nous un mouvement d'attraction et nous en exerçons un semblable sur elles", dit-il. Le corps est le bois, et la vie est le feu, qui vient, comme la lumière, des étoiles et du ciel. "La magie, dit-il encore, est la philosophie de l'alchimie 32". Tout ce qui appartient au monde spirituel  doit  nous [32] venir par l'intermédiaire des étoiles et si nous sommes en bonne amitié avec elles, nous arriverons à produire les effets magiques les plus grands.

32 De Ente Spirituali, lib. IV ; de Ente astrorum, lib. I ; et opera omnia, vol. I, pp. 634 et 699.

 

"Comme le feu traverse les parois d'un poêle en fonte, les étoiles passent à travers l'homme avec toutes leurs propriétés et pénètrent en lui, comme la pluie dans la terre qui, grâce à elle, produit des fruits. Or, remarquez-le, les étoiles entourent la terre comme la coquille l'œuf ; l'air passe et pénètre à travers la coquille jusqu'au centre du monde." Le corps humain est soumis à une double loi, comme la terre, les planètes et les étoiles ; il attire et repousse, car il est saturé d'un double magnétisme, l'influx de la lumière astrale. Toute chose est double dans la nature. Le magnétisme est positif et négatif, actif et passif, mâle et femelle. Pour l'humanité, la nuit constitue un repos après l'activité du jour ; elle rétablit ainsi l'équilibre dans la nature humaine aussi bien que cosmique. Lorsque le mesmériseur aura appris le grand secret qui consiste à polariser l'action et à douer son fluide d'une force bisexuelle, il sera devenu le plus grand magicien vivant. La lumière astrale est donc androgyne, car l'équilibre est la résultante de deux forces opposées, réagissant éternellement l'une sur l'autre. Le résultat de cette réaction c'est la VIE. Lorsque les deux forces sont étendues et restent inactives assez longtemps pour s'égaler et aboutir à un repos complet c'est la MORT. Un être humain peut souffler le chaud ou le froid et il peut absorber de l'air chaud ou froid. Un enfant sait comment régler la température de son souffle ; mais aucun physiologiste n'a encore appris d'une manière certaine à se préserver de l'air chaud ou froid. La lumière astrale seule, principal facteur en magie, peut nous dévoiler tous les secrets de la nature. La lumière astrale est identique à l'Akasa des Hindous, terme que nous allons maintenant expliquer.

 AKASA. – Littéralement, ce mot, en sanscrit, signifie firmament ; mais, dans son sens mystique, il a la signification de ciel invisible ; ou, comme les Brahmanes l'appellent dans le sacrifice du Soma (le Gyotishtoma Agnishtoma) c'est le dieu Akasa ou le dieu Firmament. La langue des Vedas montre que les Indous d'il y a cinquante siècles lui attribuaient les mêmes propriétés que les lamas Tibétains d'aujourd'hui, et qu'ils le regardaient comme la source de vie, le réservoir de toute énergie et le moteur de toutes les transformations de la matière. Dans son état latent, il répond exactement à l'idée que nous avons de l'éther universel ; à l'état actif, il devient l'Akasa, le dieu tout-puissant, dirigeant tout. Dans les mystères et sacrifices Brahmaniques, il joue le rôle de Sadasya, présidant aux effets magiques des cérémonies religieuses ; de plus, il a son prêtre spécial, ou Hotar, qui prit son nom. Dans l'Inde, [33] comme en d'autres contrées de l'antiquité, les prêtres sont sur la terre les représentants de différents dieux ; chacun d'eux prend le nom de la divinité au nom de laquelle il agit.

L'Akasa est l'agent indispensable de toute Kritya (opération magique) soit religieuse, soit profane. L'expression brahmanique : Brahma jinvati : " Susciter le Brahma" signifie : éveiller le pouvoir qui se trouve latent au fond de toute opération magique de cette nature, car les sacrifices védiques ne sont que de la magie cérémonielle. Ce pouvoir est l'Akasa ou électricité occulte ; c'est aussi dans un certain sens l'Alkahest des alchimistes ou le dissolvant universel, la même anima mundi que la lumière astrale. Au moment du sacrifice, cette dernière s'imprègne de l'esprit de Brahma, et devient ainsi, momentanément, Brahma lui-même. C'est évidemment là l'origine du dogme chrétien de la transubstantiation. Quant aux effets les plus généraux de l'Akasa, l'auteur d'un des ouvrages les plus modernes sur la philosophie occulte (l'Art magique), donne pour la première fois une explication très intelligente et intéressante de l'Akasa dans ses rapports avec les phénomènes attribués à son influence par les fakirs et les lamas.

ANTHROPOLOGIE. – C'est la science de l'homme qui embrasse entre autres choses :

La Physiologie, branche de la science naturelle qui étudie les mystères des organes et leurs fonctions dans l'homme, dans les animaux et les plantes. Elle comprend aussi, et spécialement :

 La Psychologie, cette grande science de l'âme, de nos jours si négligée, âme considérée tant comme entité distincte de l'esprit, que dans ses relations avec l'esprit et le corps. Dans la science moderne, la psychologie s'occupe seulement, ou principalement, des conditions du système nerveux et ignore, presque totalement, l'essence et la nature psychique. Les médecins appellent psychologie la science qui traite de l'aliénation mentale, et la chaire qui, dans les facultés, est consacrée à l'étude de la folie, porte cette étiquette.

CHALDEEENS OU KASDIM. – Ce fut d'abord une tribu, et, plus tard, une caste de savants cabalistes. Ils étaient les savants, les mages de Babylone, astrologues et devins. Le célèbre Hillel, précurseur  de Jésus dans la philosophie et la morale, était Chaldéen. Frank, dans sa Kabbala, signale la ressemblance intime qui existe entre la doctrine secrète de l'Avesta et la métaphysique religieuse de la Chaldée.

CREATION. – Le lecteur est prévenu que le mot est employé par l'auteur avec l'unique dessein de ne pas créer de confusion inutile. Pour nous "création" veut toujours dire la formation de [34] quelque chose à l'aide de matériaux préexistants. Le terme Evolution n'étant pas encore assez usité, nous avons préféré la vieille expression. Inutile d'ajouter que nous ne croyons pas à la création spontanée, même d'un atome. La matière est éternelle ; ce que nous en voyons est la substance concrète et visible d'un TOUT spirituel et abstrait.

DACTYLES (daktulos, doigt). – Nom donné aux prêtres du culte de.Kybelé (Cybèle). Quelques archéologues font dériver ce mot de : dactulos, mot grec qui signifie : "doigt" parce qu'ils étaient dix ; comme les doigts des mains. Nous ne croyons pas néanmoins que cette hypothèse soit exacte. Les nombres de Pythagore en donneront une idée bien plus correcte.

DÆMONS. – Nom donné par les peuples de l'antiquité, et particulièrement par les philosophes de l'école d'Alexandrie, à tous genres d'esprits, bons ou mauvais, humains ou autres. Cette désignation est souvent synonyme de dieux et anges. Mais quelques philosophes ont essayé, avec raison, de faire une juste distinction entre ces nombreuses classes.

 DÉMIURGE OU DEMIURGOS. – L'artisan : Le Suprême Pouvoir qui a bâti l'Univers. Les franc-maçons ont tiré de ce mot leur : "Architecte Suprême". Les principaux magistrats de certaines cités Grecques portaient ce titre.

DERVICHES. – Ou "enchanteurs tourneurs", comme on les appelle. A part les austérités de la vie, la prière et la contemplation, les dévots Mahométans n'offrent que peu de ressemblance avec le "fakir" Indou. Ce dernier, peut devenir Samnyasi ou saint et mendiant sacré ; le premier, ne dépasse jamais la seconde classe de manifestations occultes. Le derviche peut être aussi un puissant magnétiseur, mais il ne se soumettra jamais aux incroyables épreuves et aux châtiments que s'afflige le fakir qui invente de nouveaux supplices avec une frénésie toujours croissante jusqu'à ce que la nature succombe et qu'il meure en d'affreuses et lentes tortures. Les opérations les plus terribles, telles que se faire écorcher les membres vifs, se faire amputer les orteils, les pieds, les jambes, arracher les yeux, se laisser enterrer vif jusqu'au cou et passer des mois entiers dans cette cruelle position, paraissent être des jeux d'enfant pour eux. Une des tortures la plus courante, à laquelle ils se soumettent est celle du Tshiddy-Parvady 33. Elle consiste à suspendre le "fakir" à l'une des branches mobiles d'une sorte [35] de gibet que l'on voit dans le voisinage de beaucoup de temples. A l'extrémité de cette branche, est fixée une poulie sur laquelle passe une corde terminée par un crochet en fer. Ce crochet est plongé dans le dos du fakir qui, inondant le sol de son sang est enlevé en l'air ; puis on le fait tourner autour du bras du gibet. Depuis le début de cette cruelle opération jusqu'à ce qu'il soit décroché, ou que la chair se déchire sous le poids du corps et qu'il tombe sur la tête des spectateurs, pas un muscle de sa face ne remue. Il reste calme et grave et aussi maître de lui que s'il prenait un bain rafraîchissant. Le "fakir" aura un sourire de mépris en présence de toutes les tortures imaginables, persuadé que, plus son corps mortel est mortifié, plus son corps intérieur, spirituel, deviendra brillant et saint. Mais  jamais le derviche, ni dans l'Inde, ni dans d'autres pays Musulmans, ne se soumettrait à de pareilles épreuves.

 33 Plus communément nommé : charak-poûjâ.

 

DRUIDES. – Caste sacerdotale qui florissait dans la Grande-Bretagne et dans la Gaule.

 

ESPRIT. – Le défaut d'un accord mutuel des écrivains dans l'emploi de ce mot a eu pour résultat une confusion complète.   On en fait communément un  synonyme d'âme,  et les auteurs de dictionnaires renforcent cet usage. C'est la conséquence naturelle de notre ignorance de l'autre mot, et de notre rejet de la classification des anciens. Nous essayons, ailleurs, de rendre claire la distinction qui existe entre ces deux termes "esprit" et "âme". II n'y a pas, dans cet ouvrage, de passage plus important. En attendant, nous nous contenterons de dire que l' "esprit" est le voũς nous de Platon, le septième principe immortel, immatériel, et purement divin de l'homme, la couronne de la Triade humaine, tandis que :

L'âme est le ψuγή ou le nephesh de la Bible, le principe vital, ou le souffle de vie que tout animal, jusqu'aux infusoires, partage avec l'homme et possède comme lui. Dans les traductions de la Bible ce terme est rendu indifféremment par les mots vie, sang, âme. "Ne tuons pas son nephesh", dit le texte original ; "Ne le tuons pas" traduisent les chrétiens (Genèse XXXVII, 21.) et ainsi de suite.

ESPRITS ELEMENTAUX. – Les créatures évoluant dans les quatre règnes de la terre, de l'air, du feu et de l'eau, et appelées par les cabalistes : gnomes, sylphes, salamandres et ondines. On peut les appeler les forces de la nature ; ils agissent, soit comme agents serviles des lois générales, soit comme agents employés par les esprits désincarnés, purs ou impurs, et par les adeptes vivants [36] de la magie et de la sorcellerie, pour produire des phénomènes déterminés. Ces êtres ne deviennent jamais des hommes 34.

 34 Les personnes qui croient au pouvoir de clairvoyance mais qui sont disposées à douter de l'existence, dans la nature, d'autres esprits que des esprits humains désincarnés, seront intéressées par la lecture du compte rendu d'observations de clairvoyance paru dans le London Spiritualist du dames blanches, etc. Ils ont été vus, redoutés, bénis, chassés et invoqués dans toutes les parties du globe et dans tous les temps. Devons-nous donc admettre que tous ceux qui en ont rencontré étaient des hallucinés ?

 

Sous la désignation générale de fées et de nymphes des bois, ces esprits des éléments apparaissent dans le mythe, la fable, la tradition ou la poésie de toutes les nations anciennes ou modernes. Les noms qu'on leur donne sont légion : péris, devs, djins, sylvains, satyres, faunes, elphes, nains,  kohigans,  farfadets,  kobolds,  ondines,  dryades,  goblins,   goules, 29 juin 1877. Au moment où un orage allait éclater, la voyante aperçut un "esprit lumineux émergeant d'un nuage sombre et traversant l'espace avec la rapidité de l'éclair. Quelques minutes après, elle vit une ligne diagonale d'esprits sombres dans les nuages". Ce sont les Marouts des Vedas. (Voir Rig-Veda-Sanhita de Max Muller).

Mrs Emma Hardinge Britten, conférencière bien connue et estimée, écrivain et clairvoyante, a publié des récits de ses fréquentes expériences avec les esprits élémentaires.

 Ces élémentaux sont, en spiritisme, les principaux agents des esprits désincarnés, mais jamais visibles dans les séances spirites, et ce sont eux qui y produisent tous les phénomènes, sauf les subjectifs.

ESPRITS ELEMENTAIRES. – A proprement parler, les âmes désincorporées des hommes dépravés ; ces "âmes" s'étant séparées finalement avant la mort, de leur esprit divin, ont ainsi perdu toute chance d'immortalité. Eliphas Levi et quelques autres Cabalistes ne font guère de distinction entre les esprits élémentaires, qui furent des humains, et les êtres qui peuplent les éléments et sont les forces aveugles de la nature. Séparées de leur corps, les âmes (que l'on nomme aussi "corps astrals"), de personnes purement matérielles sont irrésistiblement attirées vers la terre, où elles ont une existence temporaire et limitée, parmi les éléments en affinité avec leur nature grossière. Pour n'avoir jamais cultivé leur spiritualité pendant leur vie naturelle, mais toujours subordonné celle-ci à ce qui est grossier et matériel, elles sont maintenant impropres à la carrière plus élevée des êtres purs désincarnés, pour lesquels l'atmosphère terrestre est étouffante et méphitique et qui aspirent à la fuir. Après un laps de temps plus ou moins long, ces âmes matérielles se désagrègent et, finalement, se fondent, atome par atome, comme une colonne de nuée, dans les éléments environnants.[37]

ESSENIENS. – De Asa, le guérisseur, secte juive que Pline dit avoir vécu près de la Mer Morte, "per millia seculorum", pendant des milliers de siècles. Quelques auteurs ont supposé qu'ils étaient des ultra-Pharisiens ; d'autres, qui pourraient être dans le vrai, supposent que ce sont les descendants des Benim Nabim de la Bible et qu'ils étaient des "Kénites" et des Nazarites. Ils avaient beaucoup d'idées et de pratiques bouddhiques ; il est aussi à remarquer que les prêtres de la Grande Mère à Ephèse, de Diane-Bhavani aux nombreuses mamelles, étaient également désignés de la même façon. Eusèbe, et, après lui, De Quincey, déclare que ce sont les premiers chrétiens, ce qui est plus que probable. Le titre de "frère" usité dans l'Église primitive était une appellation Essénienne : Ils formaient une fraternité, un koinobion ou communauté, comme celle des premiers convertis. Or, il faut remarquer que, seuls, les Saducéens ou Zadokites, la caste  sacerdotale  et  leurs  partisans,  ont  persécuté  les  chrétiens.  Les Pharisiens étaient généralement scholastiques et doux et prenaient souvent parti pour eux. Jacques le Juste demeura Pharisien jusqu'à sa mort ; par contre, Paul ou Aher était tenu pour schismatique.

ÉVOLUTION. – C'est le développement des ordres supérieurs d'animaux issus des inférieurs. La science moderne, dite exacte, s'en tient à une évolution physique unilatérale, évitant prudemment et ignorant l'évolution spirituelle plus élevée, ce qui obligerait nos contemporains à reconnaître la supériorité des philosophes et psychologues anciens. Les sages de l'antiquité, en remontant à l'INCONNAISSABLE, prenaient pour point de départ la première manifestation de l'invisible, l'inévitable, et, par un raisonnement de logique stricte, l'absolue nécessité de l'Etre  Créateur, le Démiurge de l'Univers. Pour eux, l'évolution commençait avec le pur esprit, qui, descendant de plus en plus bas, prenait finalement une forme visible et compréhensible, et devenait matière. Arrivés à ce point, ils spéculèrent suivant la méthode de Darwin, mais sur une base bien plus étendue et bien plus large.

Dans le Rig-Veda-Sanhita, le livre le plus ancien du monde 35 auquel les plus prudents des Indianistes et des Sanscritistes assignent une antiquité de deux à trois mille ans avant Jésus-Christ), il est dit dans le premier livre "Hymnes aux Marouts" :

"Le Non-Etre et l'Etre sont au plus haut des Cieux, dans le lieu de naissance de Daksha, dans le sein d'Aditi."

 (Mandala 1 soukta 166)

35 Traduit par Max Müller, Prof. de Philologie Comparée à Oxford.

 

"Dans le premier temps des Dieux, l'Etre (la Divinité compréhensible) était né du Non-Etre (celui que nulle intelligence ne peut [38] comprendre) ; après lui, naquirent les Régions (l'invisible), et d'elles naquit Outtanapada".

"D'Outtanapada naquit la Terre et de la Terre naquirent les Régions (visibles). Daksha naquit d'Aditi, et Aditi de Daksha."

 (Mandala, 1 soukta 166 et suiv.)

 Aditi, c'est l'Infini, et Daksha est daksha-pitarah dont le sens littéral est les pères des dieux, ce que Max Muller et Roth traduisent par les pères de la force, "conservant, possédant et accordant des facultés". Il est donc facile de constater que "Daksha né d'Aditi et Aditi née de Daksha" signifie ce que les modernes appellent "la corrélation des forces" d'autant plus que nous trouvons les lignes suivantes dans ce passage (traduit par Prof. Muller) :

"Je fais d'Agni la source de tous les êtres, le père des forces"(III, 27, 2). C'est l'idée claire et identique qui prévalait dans les doctrines des Zoroastriens, des Mages et des philosophes de la fin du moyen âge. Agni est dieu du feu, de l'Ether Spirituel, la substance même de l'essence divine du Dieu Invisible présent dans chaque atome de Sa création et appelé par les Rose-croix le "Feu Céleste". Si seulement nous comparons soigneusement les versets de ce même Mandala dont l'un dit : "Le ciel est votre père, la terre votre mère, Soma votre frère, et Aditi votre sœur" (1, 191, 6), avec l'inscription qui figure sur les Tables d'Emeraude d'Hermes, nous y trouvons la même base de philosophie métaphysique, des doctrines identiques !

"Comme toutes choses furent produites par la médiation d'un seul être, toutes choses dérivèrent de cette seule chose, par adaptation : Son père est le soleil, sa mère est la lune, etc. Sépare la terre du feu, le subtil du grossier. Ce que j'avais à dire sur l'opération du soleil est complété".

 (Table d'Emeraude) 36

36 Comme nous traiterons plus loin de la parfaite identité des doctrines philosophiques et religieuses de l'antiquité, nous ne nous étendrons pas sur ce sujet, pour le moment.

37 Rig-Veda-Anhita, p. 234.

 

 Le professeur Max Muller voit dans ce Mandala" enfin une sorte de théogonie,    quoique    remplie    de    contradictions" 37.    Les alchimistes, cabalistes et adeptes de la philosophie mystique y trouveront un système parfaitement défini de l'évolution dans la Cosmogonie d'un peuple qui vivait des milliers d'années avant notre ère. Ils y trouveront en outre une parfaite identité de pensée, et même de doctrine, avec la philosophie Hermétique et celle aussi de Pythagore et de Platon.

Dans l'Evolution, telle qu'on commence maintenant à la comprendre, on suppose la matière douée d'une tendance à prendre une forme plus élevée – hypothèse clairement exprimée par Manou et les autres philosophes Indous de la plus haute antiquité. L'arbre [39] des philosophes en est une illustration dans le cas de la solution de sels de zinc 38. La controverse engagée entre les partisans de cette école et les Emanationnistes peut être brièvement exposée ainsi : l'Evolutionniste arrête toute recherche aux frontières de l' "Inconnaissable", l'Emanationniste croit que rien ne peut évoluer, ou, pour être plus clair, il suppose que rien ne peut sortir de la matrice et naître, à moins que ce phénomène n'ait été précédé d'une phase d'involution, ce qui montre que la vie vient d'une puissance spirituelle qui est au dessus de tout.

38 Il s'agit ici de l'une de ces végétations cristallines obtenues, en chimie, par des précipités de sels déterminés (N. de l'E.).

 

FAKIRS. –– Dévots religieux de l'Inde. Ils sont généralement attachés aux pagodes Brahmaniques et suivent les lois de Manou. Un fakir strictement religieux est absolument nu à l'exception d'un petit morceau d'étoffe appelée dhoti, autour des reins. Il porte les cheveux longs et s'en sert comme des poches, y piquant divers objets, tels qu'une pipe, une petite flûte nommée vagudah dont les sons jettent les serpents dans une torpeur cataleptique et parfois sa baguette de bambou, d'un pied de long environ, avec les sept nœuds mystiques. Le fakir reçoit cette baguette magique, de son gourou le jour de son initiation, en même temps que les trois mantrams qui lui sont communiqués "de la bouche à l'oreille". On ne verra jamais un fakir sans ce puissant auxiliaire ; c'est, à ce qu'ils prétendent tous, la baguette divinatoire et la cause de tous les phénomènes occultes produits par eux 39. Le Fakir brahmanique se distingue complètement du    mendiant musulman de l'Inde et que l'on appelle aussi fakir dans certaines parties du territoire britannique.

39 Philostrate assure que, de son temps, les Brahmines pouvaient opérer les cures les plus merveilleuses en prononçant simplement certaines paroles magiques. "Les Brahmines Indiens portent un bâton et un anneau au moyen desquels ils peuvent faire presque tout ce qu'ils veulent". Origène, dans son livre Contra Celsum, déclare la même chose. Mais si on ne joint pas un fort fluide magnétique, par le regard, par exemple, et sans autre contact, aucun mot magique ne sera efficace.

 

HERMETISTES. – D'Hermès, le dieu de la Sagesse connu en Egypte, en Syrie et en Phénicie sous les noms de Thoth, Tat, Adad, Seth et Sat-an (qu'il ne faut pas prendre dans le sens où l'entendent les Musulmans et les Chrétiens), et en Grèce sous celui de Kadmos. Les cabalistes l'identifient avec Adam Kadmon, la première manifestation de la Puissance Divine, et avec Enoch. Il y a eu deux Hermès ; le plus ancien fut le Trismégite et, le second, une émanation, une "permutation" du premier, le frère et le précepteur d'Isis et d'Osiris. Hermès est le dieu de la sagesse sacerdotale, comme Mazeus. [40]

HIEROPHANTE. – Révélateur de la Science Sacrée. L'Ancien, le chef des Adeptes aux initiations, qui expliquait aux néophytes la  science secrète, portait ce titre. En Hébreu et en Chaldéen le terme était Peter qui veut dire ouvreur, dévoileur. Par conséquent, le Pape, comme successeur des hiérophantes des anciens Mystères, siège sur la chaire païenne de Saint-Pierre. La haine de l'Eglise Catholique contre les alchimistes et la science astronomique et secrète, s'explique par le fait que ces connaissances étaient une antique prérogative de l'hiérophante ou représentant de Pierre, qui gardait les mystères de la vie et de la mort. C'est pourquoi des hommes tels que Bruno, Galilée et Kepler, et même Cagliostro, qui empiétèrent sur le domaine réservé à l'Eglise, ont été condamnés et mis à mort.

Chaque nation a eu ses mystères et ses hiérophantes. Les Juifs eux- mêmes eurent leur Pierre – Tanaïm ou Rabbin, tels que Hillel, Akiba 40 et autres fameux cabalistes, qui, seuls, pouvaient enseigner le terrible savoir contenu dans la Merkaba. Il y eut, autrefois, dans l'Inde, un hiérophante ; il y en a aujourd'hui plusieurs, répandus dans le pays, attachés aux principales Pagodes, et connus comme Brahma-âtmâs. Dans le Tibet, le chef hiérophante est le Dalaï ou Talé-Lama de Lha-ssa 41. Parmi les nations chrétiennes,  les  Catholiques  seuls  ont  conservé  cette  coutume païenne, dans la personne de leur Pape, quoiqu'ils aient pitoyablement rabaissé la majesté et la dignité de cette fonction sacrée.

 40 Akiba, ami d'Aher, qu'on dit avoir été l'apôtre Paul de l'histoire chrétienne. Tous deux sont censés avoir visité le Paradis. Aher rapporta des branches de l'Arbre de la Connaissance, et se détacha ainsi de la vraie religion (juive). Akiba revint en paix. Voyez deuxième Epître aux Corinthiens, chap. XII.

41 Taley signifie : Océan ou Mer.

 

INITIES. – On appelait ainsi, dans l'antiquité, ceux qui avaient été initiés aux arcanes enseignés par les hiérophantes des Mystères. Dans les temps modernes, s'appellent ainsi ceux qui ont été initiés par les adeptes de la science mystique à la connaissance de ses mystères, mystères qui, malgré le cours des siècles, ont encore un petit nombre de véritables fidèles sur la terre.

CABALISTES. – De Kabala, tradition orale, non écrite. Le cabaliste est l'homme qui étudie la "science secrète", qui interprète le sens caché des Ecritures à l'aide de la Cabale symbolique, et qui, par ce moyen, explique le sens réel du texte. Les Tanaïm furent les premiers cabalistes, parmi les Juifs. Ils parurent à Jérusalem vers le commencement du IIIème  siècle avant

l'ère chrétienne. Les livres d'Ezéchiel, de Daniel, d'Henoch et l'Apocalypse de saint Jean sont purement cabalistiques. Cette doctrine secrète [41] est identique à celle des Chaldéens, et renferme en même temps beaucoup de la science des Perses ou "magie".

LAMAS. – Moines Bouddhistes qui sont à la religion lamaique du Tibet, ce que sont par exemple, les moines à la religion  catholique romaine. Chaque lama est sujet du grand Talé-Lama, le Pape Bouddhique du Tibet à Lha-ssa, réincarnation du Bouddha ; mais tout lama initié ne relève que du Teschu-Lama, le grand Initié et adepte qui demeure à Shi- ga-tsé.

MAGE. – De Mag ou Maha. Ce mot est la racine du mot Magicien. Dans les temps pré-védiques. Maha-âtma (la grande Ame ou Esprit), dans l'Inde, eut ses prêtres. Les Mages étaient les prêtres du dieu du feu. Nous les trouvons parmi les Assyriens et les Babyloniens aussi bien que chez les Perses, adorateurs du feu. Les trois mages, nommés aussi rois, que l'on dit avoir fait des présents d'or, d'encens et de myrrhe à l'enfant Jésus, étaient comme les autres des adorateurs du feu et astrologues, car ils virent son étoile. Le grand-prêtre des Parsis, à Sourat, est appelé Mobed. Certains auteurs font dériver le mot mage de Megh ; Meh-ab veut dire quelque chose de grand, de noble. Suivant Kleuker, les disciples de Zoroastre étaient appelés Meghestom.

 MAGICIEN. – Ce terme était autrefois un titre de renommée et de distinction qui, depuis, a été entièrement détourné de sa véritable signification. Jadis synonyme de tout ce qui était honorable et digne d'être vénéré, de possesseur de la sagesse et de la science, il a été dégradé au point d'être devenu une épithète pour un fourbe, un jongleur, un charlatan, en un mot, un homme qui a vendu son âme au diable, qui fait un mauvais usage de son savoir et l'emploie à des choses viles et dangereuses, s'il faut en croire le clergé et une masse de niais superstitieux qui croient qu'un magicien est un sorcier et un enchanteur. Mais les chrétiens oublient apparemment que Moïse était aussi un magicien, et que Daniel fut "un Maître des magiciens, des astrologues, des chaldéens et des devins" (Daniel V. II).

Donc, le mot Magicien, scientifiquement parlant, est dérivé de Magh, Mah (Hindi), ou du sanscrit MANA, "grand". C'est un homme versé dans les sciences secrètes ou ésotériques ; à proprement parler un sacerdote.

MANTIQUE. – De µαγτεις manteis, prophète. Délire prophétique. Le don de prophétie était développé dans cet état. Les deux mots sont presque synonymes. L'un était aussi estimé que l'autre. Pythagore et Platon tenaient ce don en haute estime, et Socrate engageait ses disciples à étudier l'art mantique. Les Pères de l'Eglise qui blâmaient si sévèrement la frénésie mantique chez [42] les prêtres païens et les Pythies, n'hésitaient pas à l'employer pour leur propre compte. Les Montanistes qui tirent leur nom de Montanus, évêque de Phrygie considéré comme divinement inspiré, rivalisaient avec les manteis ou prophètes. "Tertullien, Augustin et les martyrs de Carthage", dit l'auteur de Prophecy, Ancient and Modern, "furent de ce nombre", et il ajoute : "les Montanistes paraissent avoir imité les Bacchantes par le sauvage enthousiasme qui caractérisait leurs orgies". Les opinions sont partagées au sujet de l'origine du mot mantique. Au temps de Melampus et de Prœtus, roi d'Argos, il y avait le célèbre Mantis le Voyant, et, à peu près à cette époque, vivait aussi Manto, fille du prophète de Thèbes, prophétesse elle-même. Cicéron décrit la prophétie et le délire mantique en disant "que dans les replis les plus cachés de l'esprit, se trouve enfoui et confiné le don divin de prophétie, impulsion divine qui, lorsqu'elle se manifeste avec grande intensité, est appelée fureur" (frénésie, folie).

Mais il est encore une autre étymologie possible pour le mot mantis, et nous doutons fort que les philologues y ait jamais pensé. Il est peut-être possible, en effet, que la folie mantique ait une origine beaucoup plus ancienne encore. Les deux coupes du sacrifice du mystère de Soma, employées pendant les rites religieux, et généralement connus sous le nom de Grahâs, sont respectivement nommées Soukra et Manti 42.

42 Voyez Aptarepa Brahmanan, 3, 1.

 

C'est dans cette dernière coupe : manti ou manthi que, dit-on, Brahma est "réveillé". Pendant que l'initié boit (si peu que ce soit) de cette liqueur sacrée, Soma, le Brahma, ou plutôt son "esprit" personnifié dans le dieu- Soma, entre dans l'homme et prend possession de lui. De là, vision extatique, clairvoyance et don de prophétie. Les deux genres de divination, naturelle et artificielle sont provoqués par le Soma. La coupe Soukra réveille tout ce que la nature a donné à l'homme. Elle unit l'esprit et l'âme, et ceux-ci, par leurs propres nature et essence, qui sont divines, ont la prescience des choses futures, comme le démontrent des rêves, des visions inattendues et des pressentiments. Le contenu de l'autre coupe, la manti qui "réveille le Brahma" met l'âme en communication, non seulement avec les dieux mineurs, les esprits bien informés mais non pas omniscients – mais encore avec l'essence divine la plus élevée. L'âme reçoit une illumination directe de la présence de son "dieu" ; cependant, comme il ne lui est pas donné de se rappeler certaines choses, qui ne sont bien connues que dans le ciel, la personne initiée est généralement saisie d'une sorte de frénésie sacrée, et, lorsqu'elle en revient, elle ne se souvient que de ce qui lui est permis de se rappeler. [43]

Quant à l'autre genre de voyants et de devins, ceux qui en font profession et une source de bénéfices, on dit qu'ils sont possédés par un gandharva, une sorte de divinité qui, nulle part n'est moins honorée que dans l'Inde.

MANTRA. – Mot sanscrit qui renferme l'idée de "Nom Ineffable". Quelques mantras, lorsqu'ils sont prononcés suivant la formule magique enseignée dans l'Atharva Veda, produisent un effet instantané et merveilleux. Dans son sens général, cependant, un mantra est, ou simplement une prière aux dieux et aux puissances du ciel, telle qu'elle est enseignée dans les livres Brahmaniques et particulièrement dans Manou, ou bien un charme magique. Dans son sens ésotérique, le "mot" du mantra, ou parole mystique, est appelé par les Brahmes Vâch et se trouve dans le mantra qui, littéralement, signifie les parties des livres sacrées qui sont considérées comme les Srouti ou révélation divine directe.

 MARABOUT. – Pèlerin mahométan qui a été à La Mecque ; un saint dont le corps est placé, après la mort, dans un sépulcre ouvert bâti à la surface du sol comme tous les autres édifices, mais au milieu des rues et des places publiques. Placé dans l'intérieur de la petite et unique chambre de ce tombeau (on peut voir aujourd'hui plusieurs de ces sarcophages de brique et de mortier dans les rues et les places du Caire), la dévotion des passants entretient à la tête, une lampe qui brûle toujours. Les tombes de quelques-uns de ces marabouts ont une grande renommée pour  les miracles qu'on leur attribue.

MATÉRIALISATION. – Terme employé par les spirites pour le phénomène au cours duquel un esprit se "revêt d'une forme matérielle". L'expression bien moins contestable : manifestation de forme a été proposée par M. Stainton Moses de Londres. Lorsque la nature réelle de ces apparitions sera mieux comprise, on adoptera sans doute un terme encore mieux approprié au phénomène. Il est inadmissible d'appeler ces apparitions des esprits matérialisés, car ce ne sont point des esprits, mais des statues animées.

MAZDÉENS. – De (Ahoura) mazda (Yasma de Spiegel, XI). C'étaient les anciens nobles Persans qui rendaient un culte à Ormuzd, rejetant les images, ils inspirèrent aux Juifs la même horreur pour toute représentation concrète de la divinité. Au temps d'Hérodote ils paraissent avoir été remplacés par les Mages. Les Parsis et les Ghebers (geberim ; les puissants, Gen. VI et X. 8) semblent, en effet, avoir été des fidèles des Mages. Par suite d'une curieuse confusion, Zoro-Aster, (Zéro, un cercle, un fils, ou prêtre : Aster, Ishtar, ou Astarte (étoile, dans le dialecte Aryen), [44] titre du chef des Mages et des adorateurs du feu ou Sourya-Ishtara) est souvent confondu, à l'heure actuelle, avec Zara-toustra, le célèbre apôtre Mazdéen (Zoroastre).

METEMPSYCHOSE. – Ce mot signifie : le progrès de l'âme, d'un moment donné de l'existence à un autre. Le mot a été vulgairement employé pour indiquer la renaissance dans des corps d'animaux. Il est en général mal compris par toutes les classes de la Société, en Europe et en Amérique, même par un grand nombre de savants. L'axiome cabaliste : "Une  pierre  devient  une  plante,  une  plante  un  animal,  un  animal   un homme, un homme un esprit, et un esprit un dieu", est expliqué dans le Manava-Dharma-Sastra comme en d'autres livres brahmaniques.

MYSTERES. – Teletai, en grec (les fins), terme analogue à teleuteia ou mort. Les mystères comportaient des pratiques, tenues généralement secrètes aux profanes non initiés, et aux cours desquelles, à l'aide de représentations dramatiques et autres moyens, étaient enseignés l'origine des choses, la nature de l'esprit humain, les rapports de ce dernier avec le corps, la méthode de purification et la restauration à une vie supérieure. On y enseignait aussi, et de la même manière, la physique, la médecine, la musique, l'art divinatoire. Le Serment d'Hippocrate n'était qu'une obligation d'ordre mystique. Hippocrate était prêtre d'Asklepios,  prêtre dont quelques écrits furent par chance rendus publics. Par contre, les Asclepiades étaient des initiés au culte du serpent d'Æsculape, comme les bacchantes désignaient celles du culte de Dyonisos ; ces deux rites furent finalement absorbés dans celui d'Eleusis. Nous reviendrons sur les mystères, dans les chapitres suivants.

MYSTIQUES. – Les initiés. Toutefois, au moyen âge, et à des époques ultérieures, ce terme fut appliqué à des personnalités tels que Böhme le Théosophe, Molinos le Quiétiste, Nicolas de Bâle, etc. qui croyaient à la possibilité d'une communion intérieure et directe avec Dieu, communion analogue à l'inspiration des prophètes.

NABIA. – Clairvoyance, divination ; le plus ancien et le plus considéré des phénomènes mystiques ; Nabia est le nom que donne la bible au don de prophétie ; il est, à juste titre, rangé au nombre des pouvoirs spirituels tels que : divinations, visions clairvoyantes, extases, oracles. Alors qu'enchanteurs, devins, astrologues mêmes sont rigoureusement condamnés dans les livres de Moïse, le don de prophétie, la voyance et nabia y paraissent être des dons du ciel. Autrefois, on les appelait tous Epoptaï, mot grec signifiant voyants, clairvoyants ; ils furent plus tard désignés sous la dénomination [45] de Nebim, "pluriel de Nebo, dieu babylonien de la sagesse". Les cabalistes font une distinction entre voyant et magicien l'un étant passif, l'autre actif. Nebirah est celui qui regarde dans l'avenir, c'est le clairvoyant ; Nebi-poel est celui qui possède des pouvoirs magiques. Nous constatons qu'Elie et Appollonius eurent recours aux mêmes procédés pour s'isoler des influences gênantes du monde extérieur ; ils s'enveloppaient la tête d'un châle de laine, sans doute parce que ce tissu est mauvais conducteur de l'électricité.

 OCCULTISTE. – Celui qui étudie les diverses branches de la science occulte. Le terme est employé par les cabalistes français. (Voir les œuvres d'Eliphas Levi). L'occultisme, embrasse toute la série des phénomènes psychologiques, physiologiques, cosmiques, physiques et spirituels. Il est dérivé du mot occulte caché, secret. Il s'applique par conséquent à l'étude de la Cabale, de l'astrologie, de l'alchimie et de toutes les  sciences secrètes.

DIEUX PAIENS. – Cette expression de Dieux est  faussement comprise par la plus grande partie des lecteurs, comme s'appliquant aux idoles. L'idée qui y est attachée n'est pas celle de quelque chose d'objectif ou d'anthropomorphe. A l'exception des cas où le mot : "dieux" s'applique à des entités planétaires divines (des anges), ou à des esprits désincorporés d'hommes purs, ce mot porte dans l'esprit du mystique, Hotarh Indou, Mage Mazdéen, hiérophante Egyptien, ou disciple des philosophes Grecs – l'idée d'une manifestation visible ou reconnaissable d'une puissance invisible de la nature. Ces diverses puissances occultes sont invoquées sous le nom de divers dieux qui personnifient ces pouvoirs à ce moment- là. C'est ainsi que chacune des innombrables divinités des  Panthéons Indou, Egyptien et Grec, est tout simplement une des forces de "l'Univers Invisible". Lorsque le Brahmane officiant invoque Aditya qui, dans son rôle cosmique est la déesse-soleil, il commande simplement à cette puissance (personnifiée en un dieu) qui, selon lui, "réside dans le Mantra comme Vâch sacrée". Ces dieux-forces sont allégoriquement envisagés comme les Hotars divins du Suprême, tandis que le prêtre, le Brahmane, est le Hotar humain qui officie sur terre, et représentant cette puissance particulière, il devient une sorte d'ambassadeur, investi des pouvoirs de celui qu'il représente.

PITRIS. – On croit généralement que le terme Hindou Pitris s'applique aux esprits de nos ancêtres directs, de personnes désincarnées. De là, l'argument de certains spirites pour qui les fakirs et autres thaumaturges de l'Orient sont des médiums ; les spirites [46] avouent être incapables de produire quelque chose sans le secours des Pitris, dont ils sont les dociles instruments. C'est une erreur à plus d'un point de vue. En premier lieu, les Pitris d'abord ne sont point les ancêtres des hommes actuellement vivants, mais bien ceux du genre humain ou race Adamique ; ce sont les esprits de races humaines qui, sur la vaste échelle de l'évolution descendante, ont précédé nos races d'hommes, et qui, tant au point de vue physique qu'au point  de  vue  spirituel,  étaient  de  beaucoup  supérieurs  à  nos modernes pygmées. Dans le Manava-Dharma-Sastra ils sont appelés les Ancêtres Lunaires.

PYTHIE OU PYTHONISSE. – Webster écarte très rapidement ce mot en disant que c'était le nom donné à la personne qui rendait les oracles dans le temple de Delphes et à toute femme supposée douée de l'esprit de divination – une sorcière – ce qui n'est ni flatteur, ni exact, ni juste. Une pythie, d'après Plutarque, Jamblique, Lamprias et autres, était une sensitive nerveuse ; elle était choisie jeune et pure dans les classes les plus pauvres. Attachée au temple, dans l'enceinte duquel elle était logée à l'écart de tous, et chez elle n'était admis que le prêtre ou voyant. Elle n'avait aucune communication avec le monde extérieur, et sa vie était plus stricte et plus ascétique que celle des nonnes catholiques. Assise sur un trépied de bronze placé au-dessus d'une fissure du sol à travers laquelle montaient des vapeurs enivrantes, ces exhalaisons souterraines pénétraient tout son organisme et produisaient en elle le délire prophétique. Dans cet état anormal, elle rendait des oracles. Elle était quelquefois appelée ventriloqua vates 43, prophétesse ventriloque.

Les anciens plaçaient l'âme astrale de l'homme ψuγχη, ou sa soi- conscience dans le creux de l'estomac. Les Brahmanes partagent cette croyance, avec Platon et d'autres philosophes. Ainsi, nous trouvons dans le quatrième verset du second Hymne Nabhanedishtha ce qui suit : "Ecoutez, ô enfants des dieux (esprits), celui qui parle par son nombril (nâbhâ) car il vous salue dans vos demeures !"

Bien des Sanscritistes reconnaissent que cette croyance est une des plus anciennes parmi les Hindous. Les fakirs modernes, aussi bien que les anciens gymnosophistes s'unissent à leur Atman, et à la Divinité, en restant immobiles, en concentrant toute leur pensée sur leur nombril. Comme dans les phénomènes somnambuliques modernes, le nombril était regardé comme le "cercle du [47] soleil", le siège de la lumière divine interne 44. Le fait que de nombreux somnambules modernes sont capables de lire des lettres, d'entendre, de sentir et de voir par cette partie du corps, doit-il  être considéré comme une simple coïncidence, ou devons-nous en fin de compte admettre que les sages de l'antiquité en savaient un peu plus que nos modernes Académiciens sur les mystères physiologiques et psychologiques ? Dans la Perse moderne, lorsqu'un "magicien" (souvent tout simplement un magnétiseur), est consulté à propos de vols ou d'autres circonstances embarrassantes, il se fait des manipulations sur le creux de l'estomac et se met ainsi en état de clairvoyance. Des Parsis modernes, remarque un traducteur des Rig vedas, croient encore que leurs adeptes ont dans le nombril, une flamme qui dissipe pour eux toutes ténèbres et leur fait découvrir le monde spirituel aussi bien que les choses invisibles ou éloignées. Ils l'appellent la lampe du Deshtour ou grand-prêtre, la lumière du Dikshita (l'initié) qu'ils désignent encore par une foule de noms.

43 V. Panthéon : Myths, p. 31 ; et Aristophane dans Vœstas, 1er, reg. 28.

44 L'oracle d'Apollon se trouvait à Delphes, la ville du δεбΦuς, matrice ou abdomen ; la place du temple était nommée l'omphalos ou nombril. Les symboles sont féminins et lunaires ; nous rappelant que les Arcadiens étaient appelés Proselemis, pré-Hellenes ou antérieurs à la période dans laquelle le culte lunaire Ionien et Olympien fut introduit.

 

SAMOTHRACES. – Désignation des Dieux honorés en Samothrace dans les Mystères. Ils étaient considérés comme identiques avec les Kabires, les Dioscures, et les Corybantes. Leurs noms étaient mystiques et masquaient ceux de Pluton, Cérès ou Proserpine, Bacchus et Æsculape ou Hermès.

SAMANEENS OU CHAMANS. – Nom d'un ordre de Bouddhistes chez les Tartares, spécialement ceux de Sibérie. Il est possible qu'ils soient apparentés aux philosophes connus anciennement sous le nom de Brachmanes que l'on confond parfois avec les Brahmanes 45. Ils sont tous des magiciens, ou plutôt des sensitifs ou des médiums développés artificiellement. Actuellement, ceux qui remplissent les fonctions sacerdotales parmi les Tartares sont fort ignorants et bien inférieurs aux fakirs en fait de connaissances et d'éducation. Les hommes et les femmes peuvent être Chamans. [48]

45 D'après les récits de Strabon et de Megasthenes qui visitèrent Palipothras, il paraîtrait que les sectaires appelés par eux Samanéens, ou prêtres brachmanes étaient tout simplement des bouddhistes. "Les réponses singulièrement subtiles des Samanéens ou philosophes brahmanes, dans leur entre-vue avec le conquérant, sont évidemment empreintes de l'esprit de la doctrine bouddhique", nous dit Upham. Voir "History and Doctrine of Buddhism" et "Chronologie" par Hale (vol. III, p. 238).

 

SOMA. – Ce breuvage sacré des Hindous correspond à l'ambroisie des Grecs ou au nectar que buvaient les dieux de l'Olympe. Une coupe de Kykeon était bue aussi par le myste dans l'initiation Eleusinienne. Celui qui boit de cette liqueur atteint aisément Bradhna, le lieu de splendeur (le ciel). Le Soma connu des Européens n'est pas le breuvage authentique mais un substitut ; seuls les prêtres initiés peuvent goûter au Soma véritable, et les rois et les rajahs eux-mêmes, lorsqu'ils font les sacrifices reçoivent le substitut. Haug avoue dans son Aytareya Brahmanan, que ce n'est point le Soma qu'il a goûté et qu'il a trouvé mauvais, mais bien le jus de la racine du Nyagradha, plante qui croît sur les collines de Pouna. Nous savons positivement que la majorité des prêtres sacrificateurs du Dekkan ont perdu le secret de la composition du véritable Soma. Il ne se trouve ni dans les livres de rituel ni dans la tradition orale. Les vrais sectateurs de la religion Védique primitive sont fort peu nombreux ; ils sont considérés comme les descendants des Rishis, les vrais Agnihôtris, les initiés aux grands Mystères. Le Soma est aussi vénéré dans le Panthéon Hindou, car il est appelé le Soma-Roi. Celui qui en boit est admis à participer au roi céleste, car il en est imprégné, comme les Apôtres Chrétiens et leurs disciples étaient imprégnés du Saint-Esprit et purifiés de leurs péchés. Le Soma fait de l'initié un homme nouveau ; il renaît à une vie nouvelle, il est transformé, et sa nature spirituelle l'emporte sur la nature physique ; il reçoit le pouvoir divin de l'inspiration, et, chez lui, la faculté de clairvoyance est développée désormais au plus haut degré. D'après l'explication exotérique, le soma est une plante, mais c'est aussi un ange. Il met forcément l'esprit intérieur, supérieur, de l'homme, qui est angélique, comme le soma mystique, en relation intime avec son "âme irrationnelle" ou corps astral et, ainsi unis tous les deux par la puissance du breuvage magique, ils s'élèvent au-dessus de la nature physique et participent durant leur vie à la béatitude et aux gloires ineffables du Ciel.

Le Soma des Hindous est ainsi tant au point de vue mystique qu'à d'autres, la même chose que la cène eucharistique pour les Chrétiens. L'idée est la même. Au moyen des prières du sacrifice – les mantras – cette liqueur est censée se transformer, sur-le-champ, en Soma réel, ou en ange, ou même en Brahma lui-même. Quelques missionnaires se sont fort indignés de cette cérémonie, d'autant plus que, généralement parlant, les Brahmanes emploient en remplacement une sorte de liqueur spiritueuse. Mais les Chrétiens croient-ils moins fermement à la transubtantiation du vin banal de la Communion, en sang de Jésus-Christ, parce que ce vin est plus ou moins chargé d'alcool ? L'idée symbolique qui s'y rattache n'est- elle pas la même ? Cela n'empêche point les Missionnaires [49] de dire que l'heure de l'absorption du Soma est le moment propice pour Satan qui se cache alors au fond de la coupe du sacrifice Hindou 46.

46 De leur côté, les païens pourraient bien demander aux missionnaires quelle sorte d'esprit se cache au fond de leur bouteille de bière du sacrifice. Le journal évangélique de New-York l'Indépendant nous informe que, dernièrement, un voyageur Anglais a trouvé en Birmanie une église de la mission Baptiste où l'on employait pour le service de communion, sans doute avec la bénédiction de Dieu, de la bière de Bass à la place de vin. Les circonstances modifieraient, paraît-il, les conditions du culte !

 

THEOSOPHES. – Au moyen âge, c'était le nom sous lequel étaient connus les disciples de Paracelse du XVIème siècle, les prétendus philosophes du feu, Philosophi per ignem. De même que les Platoniciens, ils considéraient l'âme (ψuχή) et l'esprit divin (voŭς) comme une parcelle du grand Archos – une flamme tirée de l'Océan éternel de lumière.

La Société Théosophique à laquelle ces volumes sont dédiés par l'auteur comme une marque d'affectueuse sympathie, a été organisée à New-York en 1875. Le but de ses fondateurs était de faire des expériences pratiques sur les pouvoirs occultes de la Nature, de recueillir et  de répandre parmi les Chrétiens, des enseignements sur les philosophies religieuses de l'Orient. Plus tard, il a été décidé de propager chez les "pauvres païens enténébrés", des preuves des résultats pratiques du Christianisme, qui leur permettent de bien connaître et d'apprécier les deux faces de la médaille, dans les pays où les Missionnaires sont à l'œuvre. Dans ce but, elle a établi des relations avec des associations et des personnalités, dans tout l'Orient, et elle leur fournit des rapports authentiques sur les crimes et les méfaits ecclésiastiques, sur les schismes et les hérésies, sur les controverses et litiges, sur les divergences de doctrine, les critiques et les révisions de la Bible, dont la Presse de l'Europe Chrétienne et de l'Amérique s'occupe constamment. La chrétienté a été longuement et minutieusement tenue au courant du degré de dégradation et d'abrutissement dans lequel le Bouddhisme,  le Brahmanisme et le Confucianisme ont plongé leurs sectateurs abusés, et bien des millions ont été prodigués dans les missions étrangères sur ces faux rapports. La Société Théosophique, voyant tous les jours des exemples de cet état de choses, conséquence d'enseignements, et surtout des exemples chrétiens, a jugé simplement juste et équitable de faire connaître ces faits en Palestine, dans l'Inde, à Ceylan, au Cachemire, en Tartarie, au Tibet, en Chine et au Japon, où elle a partout des correspondants influents. II y aura sans doute aussi beaucoup à dire, sur la conduite des missionnaires, à ceux qui les aident de leur bourse. [50]

THEURGISTES. – De θεος dieu et έργον travail. La première école de théurgie pratique, dans la période chrétienne, fut fondée par Jamblique chez les Platoniciens d'Alexandrie ; mais les prêtres attachés aux temples d'Egypte, d'Assyrie et de Babylone, et qui prenaient une part active aux évocations des dieux durant les Mystères sacrés, étaient désignés par ce nom dès la plus ancienne période archaïque. Leur but était de rendre les esprits visibles aux yeux des mortels. Un théurgiste était un homme versé dans la connaissance ésotérique des sanctuaires de tous les grands peuples. Les Néo-Platoniciens de l'école Jamblique étaient appelés Théurgistes parce qu'ils pratiquaient la dite "magie cérémonielle" et évoquaient les "esprits" des héros, dieux, et daïmonia (entités spirituelles divines). Dans les rares cas où la présence d'un esprit visible et tangible était nécessaire, le théurgiste devait donner à l'apparition une partie de sa chair et de son sang, il avait à accomplir la theopœa, ou la "création de dieux", par un procédé mystérieux bien connu des modernes fakirs et Brahmanes initiés de l'Inde. Voici ce que l'on trouve dans le Livre des Evocations des Pagodes, et qui montre la parfaite identité de rites et de cérémonial de la théurgie brahmanique la plus ancienne avec celle des Platoniciens d'Alexandrie :

"Le Brahmane Grihasta (l'évocateur) devra être dans un état de complète pureté avant de se hasarder à évoquer les Pitris."

Après avoir préparé une lampe, du santal, de l'encens, etc., après avoir tracé les cercles magiques que lui a enseignés le gourou supérieur, afin de tenir à l'écart les mauvais esprits, "il cesse de respirer, et appelle le feu à son aide pour disperser son corps". Il prononce un certain nombre de fois le mot sacré et "son âme s'échappe de son corps, et son corps disparaît, et l'âme de l'esprit évoqué descend dans le double corps et l'anime". Alors, "son âme (Grihasta) rentre dans son corps dont les particules subtiles se sont de nouveau agrégées après avoir formé de leurs émanations un corps aérien pour l'esprit qu'il a évoqué".

Maintenant qu'il a formé pour les Pitris un corps avec les particules les plus essentielles et les plus pures de son propre corps, le grihasta, une fois les cérémonies du sacrifice accomplies, peut "converser avec les âmes des ancêtres et les Pitris, et leur poser des questions sur les mystères de l'Etre et les transformations de l'impérissable".

 "Ensuite, après avoir éteint sa lampe, il doit la rallumer, mettre en liberté les mauvais esprits exclus de ce lieu par les cercles magiques, et quitter le sanctuaire des Pitris" 47. [51]

L'école de Jamblique était distincte de celle de Plotin et de Porphyre, qui étaient très hostiles à la magie cérémonielle et à la théurgie pratique qu'ils tenaient pour dangereuses, quoique ces deux hommes éminents crussent fermement en elles. La Magie théurgique ou bienveillante, et la Goëtique ou nécromancie noire et mauvaise eurent la même réputation prédominante durant le premier siècle de l'ère chrétienne 48. Mais jamais aucun des philosophes pieux et de haute moralité, dont la renommée est venue jusqu'à nous, pure de tout reproche, n'a pratiqué d'autre genre de magie que la théurgique ou bienveillante ainsi que la désigne Bulwer- Lytton. "Quiconque est bien instruit sur la nature des apparences divinement lumineuses (Φέσµατα) connaît aussi pourquoi il est ordonné de s'abstenir de tout volatile (nourriture animale), et cela spécialement à ceux qui ont hâte d'être délivrés des rapports terrestres et d'être mis en relations avec les dieux célestes", dit Porphyre 49.

Tout en refusant de pratiquer lui-même la théurgie, Porphyre, dans sa Vie de Plotin, parle d'un prêtre d'Egypte qui, "à la requête d'un certain ami de Plotin (lequel ami pourrait bien être Porphyre lui-même, remarque Taylor), fit apparaître à Plotin, dans le temple d'Isis à Rome, le daimon familier, ou, en langage moderne, l'Ange gardien de ce philosophe" 50.

L'idée populaire qui a prévalu était que les théurgistes, aussi bien que les magiciens, opéraient des prodiges tels qu'évoquer les âmes ou ombres des héros et des dieux, et faisaient d'autres actes de thaumaturgie, grâce à des pouvoirs surnaturels.

YAJNA. – "Le Yajna", disent les Brahmanes, existe de toute éternité, car il procède de l'Etre-Suprême, le Brahma-Prajapâti dans lequel il était à l'état de sommeil depuis le "non commencement". Il est la clé du Traividia, la science trois fois sacrée, contenue dans les versets du Rig qui enseignent les Yagous ou les mystères des sacrifices. "Le Yajna" existe comme une chose invisible, de tout temps ; il est comme la force latente de l'électricité dans la machine électrique, n'exigeant que le concours de certaines opérations de l'appareil approprié pour se manifester. On suppose qu'il s'étend de l'Ahavaniga ou feu du Sacrifice au ciel, formant un pont ou une échelle, grâce auxquels le sacrificateur peut communiquer avec le monde des dieux et des esprits et même monter vivant jusqu'à leurs demeures 51. [52]

Ce Yajna est encore une des formes de l'Akasa, et le mot mystique qui l'appelle à l'existence, prononcé mentalement par le Prêtre, est le Mot Perdu recevant l'impulsion par la FORCE DE LA VOLONTÉ.

Pour compléter la liste, nous ajouterons maintenant que, dans le cours des chapitres suivants, toutes les fois que nous emploierons le mot Archaïque, nous entendrons les temps antérieurs à Pythagore. Par le mot Ancien nous désignons les temps qui ont précédé la venue de Mahomet, et lorsque nous parlerons du Moyen âge nous voudrons indiquer le temps écoulé de Mahomet à Martin Luther. Il sera seulement nécessaire d'enfreindre cette règle, lorsque, de temps en temps, ayant à parler des peuples d'une antiquité antérieure à Pythagore, nous adopterons l'usage commun en les appelant "Anciens".

47 Book of Brahmanical Evocations, part. III.

48 Bulwer-Lytton. Derniers jours de Pompéi, p. 147.

49 Select Works, p. 159.

50 Idem, p. 92.

51 Aytareya Brahmana. Introduction.

 

 

*

*        *

 

Avant de clore ce chapitre initial, nous tenons à présenter quelques mots d'explication au sujet du plan de cet ouvrage. Son but n'est point d'imposer au public les vues personnelles et les théories de l'auteur ; il n'a pas non plus les prétentions d'une œuvre scientifique qui vise à révolutionner certains domaines de la pensée. C'est plutôt un abrégé sommaire des religions, des philosophies et des traditions universelles du genre humain, avec leur exégèse, dans l'esprit de ces doctrines secrètes dont aucune, grâce aux préjugés et à la bigoterie, n'est parvenue à la chrétienté autrement que sous une forme tellement mutilée, qu'il est impossible de les juger sainement. Depuis le temps des malheureux philosophes du moyen âge, les derniers qui aient eu le courage de traiter ces doctrines secrètes dont ils étaient les dépositaires, peu d'hommes ont osé braver la persécution et les préjugés, en enregistrant leur savoir. En thèse générale ces rares fidèles n'ont jamais rien écrit pour le public, mais seulement pour ceux de leur époque et des temps postérieurs qui possédaient la clé de leur langage. La multitude qui ne comprend ni eux ni leur doctrine, s'est habituée à les considérer en masse comme des charlatans ou des rêveurs. De là le mépris si peu mérité dans lequel est graduellement tombée l'étude de la plus noble des sciences, celle de l'homme spirituel.

En entreprenant de faire des recherches au sujet de la prétendue infaillibilité de la Science et de la Théologie Modernes, l'auteur a été forcé, même     au risque de passer pour prolixe, de faire constamment des comparaisons entre les idées, les découvertes et les prétentions de leurs représentants, et celles des philosophes et des instructeurs religieux de l'antiquité. Des choses séparées [53] par de longs siècles ont été ainsi rapprochées, car c'est seulement ainsi que la priorité et l'analogie des découvertes et des dogmes peuvent être déterminées. En discutant les mérites de nos savants contemporains, leurs propres aveux d'échecs dans les recherches expérimentales de mystères impénétrables, de chaînons manquants à leurs théories, leur inaptitude à comprendre les phénomènes naturels et leur ignorance des lois du monde causal, ont établi la base de la présente étude. La Psychologie a été si négligée, et l'Orient est si éloigné, que peu de nos chercheurs iront étudier cette science, là ou seulement elle est comprise ; nous passerons donc particulièrement en revue les spéculations et l'attitude des autorités reconnues, au sujet des phénomènes psychologiques modernes, qui ont commencé à se manifester à Rochester et qui se sont maintenant répandus dans l'univers entier. Nous désirons montrer comment leurs fréquents échecs étaient inévitables et comment ils continueront fatalement à l'être, jusqu'à ce que ces prétendues autorités de l'Occident viennent trouver les Brahmanes et les Lamas de l'Extrême- Orient, pour leur demander humblement de leur apprendre l'alphabet de la véritable science. Nous n'avons formulé contre les savants aucune accusation qui ne soit justifiée par leurs propres publications, et si nos citations des annales de l'antiquité dépouillent quelques-uns d'entre eux de ce que jusqu'ici ils avaient considéré comme des lauriers bien acquis, la faute en est à la Vérité et non pas à nous. Aucun homme digne du titre de philosophe, ne voudrait se parer des honneurs qui appartiennent à un autre.

Profondément intéressé à la titanesque lutte actuellement engagée entre le matérialisme et les aspirations spiritualistes du  genre humain, notre constant effort a été de réunir dans les chapitres suivants, comme autant d'armes dans un arsenal, tous les faits et tous les arguments qui peuvent aider le spiritualisme à triompher. Enfant chétif et informe, le matérialisme d'Aujourd'hui est né du brutal Hier. A moins que sa croissance ne soit arrêtée, il pourrait se rendre maître de nous ! Il est l'enfant bâtard de la Révolution française, une réaction contre des siècles de répression et de bigoterie religieuse. Pour éviter l'écrasement de ces aspirations spirituelles, la destruction de ces espérances, la mort de cette intuition qui nous enseigne l'existence d'un Dieu et d'un au-delà, nous devons montrer nos fausses théologies dans toute leur difformité, et faire la distinction entre la religion divine et les dogmes humains. Notre voix s'élève en faveur de la liberté spirituelle, et nous plaidons pour l'affranchissement de toute tyrannie, que ce soit celle de la SCIENCE ou celle de la THÉOLOGIE.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:34:50 +0000
PREMIÈRE PARTIE - SCIENCE - CHAPITRE PREMIER - DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/388-premiere-partie-science-chapitre-premier-de-vieilles-choses-sous-des-noms-nouveaux https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/388-premiere-partie-science-chapitre-premier-de-vieilles-choses-sous-des-noms-nouveaux

PREMIÈRE PARTIE

SCIENCE

"L'INFAILLIBILITE" DE LA SCIENCE MODERNE

 

[57]

 

 

CHAPITRE PREMIER

DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX

 

"Ego sum qui sum".

 Axiome de Philosophie Hermétique.

Nous avons commencé notre recherche au point où la conjecture moderne replie ses ailes infidèles. Et, pour nous, nous avions les éléments communs de science que les sages d'aujourd'hui méprisent  comme d'extravagantes chimères, ou dont ils désespèrent d'explorer les mystères insondables.

 BULWER-LYTTON, Zanoni.

 

Il existe quelque part, dans ce vaste univers, un vieux Livre – un livre tellement vieux que nos modernes antiquaires pourraient examiner ses pages un temps infini et cependant ne pas s'accorder tout à fait quant à la nature du support sur lequel il est écrit. C'est le seul exemplaire original existant actuellement. Le plus ancien document hébreu sur la science occulte – le Siphra Dzeniouta – a été compilé d'après ce livre et ce fut à une époque où on le considérait déjà comme une relique littéraire. Une de ses illustrations représente la Divine Essence émanant d'Adam 52 comme un arc lumineux en train de former un cercle. Après avoir atteint le plus haut point de la circonférence, la Gloire ineffable se courbe pour revenir vers la terre et amène dans son tourbillon un type supérieur d'humanité. Plus elle approche de notre planète plus l'Emanation devient ombreuse, si bien qu'en touchant le sol, elle est aussi noire que la nuit.

 52 Adam est ici employé dans le sens du mot grec Anthropos

 

D'après les philosophes hermétistes de tous les temps (et leur conviction serait basée sur une expérience de soixante-dix mille ans) 53, la matière, en raison du péché, devient, au cours des temps, plus grossière et plus dense que lors de la formation de l'homme ; au commencement, le corps humain était d'une [58] nature semi-éthérée et, avant la chute, l'homme communiquait librement avec les univers maintenant invisibles. Mais, depuis, la matière est devenue la formidable barrière entre nous et le monde des esprits. Les plus vieilles traditions ésotériques enseignent aussi qu'avant l'Adam mystique, de nombreuses races d'êtres humains ont vécu et sont mortes, chacune faisant place à une autre. Ces types antérieurs étaient-ils plus parfaits ? L'un d'eux appartenait-il à cette race ailée d'hommes mentionnée par Platon dans Le Phèdre ? La solution de ce problème est du domaine de la science. Les cavernes de France et les reliques de l'âge de pierre fournissent un point de départ.

53 Les traditions des Cabalistes orientaux prétendent que leur science est plus ancienne encore. Les savants modernes peuvent en douter et rejeter cette prétention. Mais ils ne peuvent point démontrer qu'elle est fausse.

 

En cours de cycle, les yeux de l'homme s'ouvrirent de plus en plus jusqu'au moment où il vint à connaître "le bien et le mal" autant que les Elohim eux-mêmes. Ayant atteint son apogée, le cycle commença sa courbe descendante. Lorsque l'arc atteignit un certain point qui le plaçait parallèlement à la ligne fixe de notre plan terrestre, l'homme fut pourvu par la nature "de vêtements de peau" et le Seigneur Dieu "les revêtit".

Cette croyance à la préexistence d'une race beaucoup plus spirituelle que celle à laquelle nous appartenons maintenant, peut être suivie en remontant les traditions les plus anciennes de presque chaque peuple. Dans l'ancien manuscrit Quiché, publié par Brasseur de Bourbourg – le Popol Vuh – les premiers hommes sont désignés comme appartenant à une race douée de la raison et de la parole, dont la vue était illimitée, connaissant, d'emblée, toutes choses. D'après Philon le Juif, l'air est rempli d'une multitude d'esprits, dont certains sont affranchis du mal et immortels, d'autres pernicieux et mortels. "Nous descendons des enfants d'EL et nous devons redevenir les enfants d'EL". La déclaration du gnostique anonyme qui a écrit l'Evangile selon saint Jean est claire : "A tous ceux qui L'ont reçu, c'est-à-dire à tous ceux qui pratiquent la doctrine ésotérique de Jésus, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu." Cette déclaration désigne  la  même  croyance.  "Ne savez-vous point que vous êtes des Dieux ?"s'écrie le Maître. Platon décrit admirablement dans Le Phèdre, l'état antérieur de l'homme et ce qu'il redeviendra : avant et après la "perte de ses ailes "" quand "il vivait parmi les dieux et qu'il était lui-même un dieu dans le monde aérien". Depuis les temps les plus reculés, les philosophies religieuses ont envisagé que l'Univers entier était rempli d'êtres divins et spirituels de diverses races. De l'une d'elles, dans le cours des âges, sortit Adam, l'homme primitif.

Les Kalmoucks et quelques tribus de Sibérie décrivent aussi dans leurs légendes des créations antérieures à notre race présente. Ces êtres, disent- ils, étaient doués de connaissances presque [59] sans limites et, dans leur audace, ils allèrent jusqu'à la menace de se révolter contre le grand Esprit, leur chef. Pour les punir de leur présomption et les humilier, il les enferma dans des corps et, de cette façon, enferma leurs sens. Ils ne peuvent s'évader que par un long repentir, la purification et le développement. Suivant eux, leurs Shamans jouissent, à l'occasion, des pouvoirs divins possédés autrefois par tous les êtres humains.

 La Bibliothèque Astor, de New-York, s'est récemment enrichie du fac- similé d'un Traité Egyptien de médecine écrit au XVIème siècle avant Jésus-Christ (ou, plus précisément, en 1552), ce qui, selon la chronologie communément adoptée, est l'époque où Moïse avait juste 21 ans. L'original est  écrit  sur  l'écorce  intérieure  d'un  Cyperus  papyrus  et  le  professeur

Schenk, de Leipzig, l'a déclaré non seulement authentique mais encore le plus parfait qu'on ait jamais vu. Il consiste en une simple feuille de papyrus jaune foncé, de la plus belle qualité, 30 centimètres de large sur plus de 20 mètres de long et formant un rouleau divisé en 110 pages, toutes soigneusement numérotées. Il a été acheté en Egypte en 1872-1873 par l'archéologue Ebers "d'un riche arabe de Luxor". La New-York Tribune, commentant ce fait, s'exprime ainsi : "ce papyrus porte en lui-même la preuve qu'il est un des six Livres Hermétiques sur la Médecine mentionnés par Clément d'Alexandrie."

L'éditeur dit en outre : "Au temps de Jamblique, en 363 après J.-C., les prêtres Egyptiens montraient quarante-deux livres qu'ils attribuaient à Hermès (Thuti). Parmi ces livres, au dire de cet auteur, trente-six contenaient l'histoire de toutes les connaissances humaines : les six derniers traitaient de l'anatomie, de la pathologie, des affections des yeux, des instruments de chirurgie, et des médicaments 54. Le papyrus d'Ebers est, incontestablement, l'un de ces anciens ouvrages hermétiques."

54 Clément d'Alexandrie assure que, de son temps, les prêtres Egyptiens possédaient quarante-deux livres canoniques.

 

Si un rayon de lumière aussi éclatant a été projeté sur la science ancienne des Egyptiens par la rencontre fortuite (?) d'un archéologue allemand avec un riche Arabe de Luxor, comment pouvons-nous savoir quel rayon de soleil peut se glisser dans les cryptes sombres de l'histoire, grâce à quelque rencontre également fortuite entre quelque autre Egyptien fortuné et quelque autre étudiant entreprenant de l'antiquité !

Les découvertes de la science moderne ne sont point en désaccord avec les plus anciennes traditions qui attribuent une incroyable antiquité à notre race. Ces dernières années, la géologie, qui jusqu'alors n'avait pu trouver trace de l'homme antérieurement à la période tertiaire, a découvert avec preuves irréfutables à l'appui, [60] que l'existence de la race humaine est antérieure à la dernière glaciation d'Europe, c'est-à-dire remontent à plus de 250.000 ans. C'est une rude pilule à avaler, pour la Théologie Patristique, mais c'est un fait accepté par les anciens philosophes.

De plus, des outils fossiles ont été retrouvés en même temps que des restes humains qui prouvent que l'homme chassait à ces époques reculées et savait faire du feu. Mais le dernier pas dans cette recherche de l'origine de la race n'a point encore été fait. La science s'arrête court en attendant de nouvelles preuves. Malheureusement, l'anthropologie et la psychologie ne possèdent pas de Cuvier ; les géologues et les archéologues  sont incapables de reconstruire, d'après les fragments découverts, jusqu'à présent, le squelette complet de l'homme triple physique, intellectuel et spirituel. Les outils fossiles de l'homme qu'on a découverts, sont d'autant plus mal dégrossis et plus grossiers que la géologie pénètre plus avant dans les entrailles de la terre : d'où la science conclut que plus on approche de l'origine des hommes, plus ils ont dû être sauvages et proches de la brute. Etrange logique ? Les restes trouvés dans les grottes de Devon prouvent-ils qu'il n'existait point de races contemporaines qui fussent éminemment civilisées ? Lorsque la population actuelle de la terre aura disparu, si quelque archéologue de la "race future" creuse le sol et y découvre des instruments  ayant  appartenu  à  l'une  de  nos  tribus  de  l'Inde ou de l'île d'Andaman, pourra-t-il légitimement conclure que les hommes du XIXème siècle "sortaient à peine de l'âge de pierre"

C'était, récemment, la mode de souligner "les insoutenables conceptions d'un passé inculte". Comme s'il était possible de masquer sous une épigramme les emprunts intellectuels grâce auxquels les réputations de tant de philosophes modernes se sont établies ! Tyndall est toujours prêt à dénigrer les philosophes de l'antiquité – dont pourtant plus d'un savant distingué a retiré honneur et crédit en se bornant à vêtir leurs idées à sa façon ; ainsi les géologues semblent de plus en plus enclins à tenir pour établi que toutes les races archaïques étaient simultanément dans la plus grossière barbarie. Mais ce n'est pas l'opinion de tous les gens faisant autorité. Quelques-uns des plus éminents soutiennent même le contraire. Max Muller, par exemple, dit : "Bien des choses nous sont encore inintelligibles : le langage hiéroglyphique de l'antiquité ne nous révèle que la moitié des intentions inconscientes de l'esprit. Cependant, quel que soit le climat où nous la trouvions, plus l'image de l'homme se dresse devant nous, plus elle nous paraît noble et pure dès le commencement. Peu à peu, nous apprenons à comprendre même ses erreurs, et nous commençons même à interpréter ses rêves. Aussi loin que nous puissions [61] remonter d'après les traces que l'homme a laissées, dans les couches les plus profondes de l'histoire, nous constatons le don divin  d'une intelligence saine et sobre dont il fut doté dès le début. Aussi l'idée d'une humanité émergeant lentement des bas-fonds de la bestialité ne peut plus être soutenue" 55.

55 Chips from a german Work Shop. Vol.II, p.7, Comparative Mythology.

 

Comme l'on prétend qu'il n'est point philosophique de rechercher les causes premières, les savants ne s'occupent aujourd'hui que d'examiner leurs effets physiques. Le champ d'investigation se trouve alors limité par la nature physique. Lorsqu'une fois ses limites seront atteintes, les recherches devront s'arrêter et il faudra recommencer le travail. Avec tout le respect qu'on leur doit, nos savants ressemblent à des écureuils dans leurs cages ; ils sont, eux, condamnés à tourner et à retourner sans cesse leur "matière". La science est une grande puissance et ce n'est point à nous, pygmées, qu'il appartient de la discuter. Mais les "savants"eux-mêmes ne sont pas plus la science personnifiée que les hommes de notre planète ne sont  la  planète  elle-même,  Nous  n'avons  pas  le  droit  de  demander au "philosophe de nos jours" d'accepter sans discussion une description géographique du côté obscur de la lune, nous n'avons pas davantage le pouvoir de le contraindre à cet égard. Mais si, par suite de quelque cataclysme lunaire, un sélénite était transporté dans la sphère d'attraction de notre atmosphère, et s'il débarquait sain et sauf à la porte du Dr Carpenter, ce dernier pourrait être justement accusé de manquer à son devoir professionnel s'il laissait échapper cette occasion de résoudre un problème physique.

Pour un homme de science c'est toujours blâmable de se refuser à des recherches au sujet d'un phénomène nouveau ; que ce phénomène se manifeste à lui sous la forme d'un homme tombé de la lune,  ou qu'il s'agisse d'un fantôme apparu dans la ferme Eddy.

Que ce soit par la méthode d'Aristote ou celle de Platon, nous n'avons pas besoin de nous attarder à la rechercher ; Mais c'est un fait, qu'on prétend que les deux natures – interne et externe – de l'homme, étaient parfaitement connues des anciens andrologues. Malgré les hypothèses superficielles des géologues, nous commençons à recueillir  presque chaque jour des preuves qui corroborent les assertions de ces philosophes.

Ils divisaient en cycles les interminables périodes de l'existence humaine sur cette planète. Dans chaque cycle, le genre humain atteignait, graduellement, le point culminant de la plus haute civilisation pour retomber ensuite, graduellement, dans la barbarie la plus abjecte. La hauteur à laquelle la race, dans sa montée, est plusieurs fois parvenue ne peut être que vaguement [62] soupçonnée, grâce aux monuments antiques et merveilleux qui survivent, et en lisant les descriptions qu'Hérodote a laissées d'autres œuvres extraordinaires dont il ne reste plus de traces aujourd'hui. Même à son époque, les structures gigantesques de maintes pyramides et de bien des temples renommés n'étaient déjà plus que des monceaux de ruines. Dispersés par la main impitoyable du Temps, ces monuments sont décrits par le Père de l'Histoire comme "les témoins vénérables de la gloire depuis longtemps abolie de nos ancêtres". Il "évite de parler des choses divines" et il ne donne à la postérité que l'imparfaite description, d'après ouï-dire, de quelques merveilleuses chambres souterraines du Labyrinthe où gisaient – et gisent encore – cachés, les restes sacrés des Rois Initiés.

 Nous pouvons encore nous faire une idée du haut degré de civilisation atteint à certaines périodes de l'antiquité par les descriptions historiques de l'âge des Ptolémées. Cependant, à cette époque déjà, les arts et les sciences étaient considérés comme en décadence et bien des secrets en étaient perdus. Dans les récentes fouilles de Mariette Bey, au pied des Pyramides, on a exhumé des statues en bois et d'autres reliques qui montrent que, longtemps avant la période des premières dynasties de l'Egypte, on était parvenu à une perfection et à un raffinement artistique capable d'exciter l'admiration des plus ardents panégyristes de l'art grec. Bayard Taylor décrit ces statues dans une de ses conférences et nous dit que la beauté des têtes aux yeux de pierres précieuses et aux paupières de cuivre ne peut point être surpassée. Bien au-dessous de la couche de sable dans laquelle ont été trouvés les restes qui figurent dans les collections de Lepsius, d'Abbott et du British Museum, on a trouvé enfouies des preuves tangibles de la doctrine Hermétique des Cycles que nous avons exposées déjà.

Le Dr Schlieman, l'Helléniste enthousiaste, a découvert récemment, au cours de fouilles pratiquées en Troade, des preuves nombreuses du changement graduel de la barbarie à la civilisation et de la civilisation à la barbarie. Si les hommes antédiluviens ont donc été nos maîtres en certaines sciences, s'ils ont connu et merveilleusement pratiqué des arts que nous tenons maintenant pour perdus, ils peuvent également avoir excellé dans les sciences psychologiques. Une pareille hypothèse peut être tenue pour aussi raisonnable que toute autre jusqu'à ce que quelque preuve du contraire vienne l'infirmer.

Tout vrai savant admet qu'à bien des égards le savoir humain est encore dans l'enfance. Est-ce parce que notre Cycle a commencé à une époque relativement récente ? Ces Cycles, suivant la philosophie chaldéenne, n'embrassent pas tout le genre humain en même temps. Le professeur Draper confirme partiellement cette [63] théorie : il dit que les périodes que la géologie "a trouvées commodes pour diviser la marche de l'homme dans la civilisation, ne sont pas des époques infranchissables, qu'elles ne valent pas simultanément pour toute la race humaine". Il donne comme exemples les Indiens nomades de l'Amérique qui, en ce moment, sortent à peine de l'âge de pierre. Ainsi, plus d'une fois, par mégarde, les savants ont confirmé le témoignage des anciens.

Tout cabaliste, bien au courant du système des nombres de Pythagore et de sa géométrie, peut démontrer que les idées métaphysiques de Platon étaient fondées sur les principes mathématiques les plus stricts. "Les vraies mathématiques, dit le Magicon, sont cette chose avec laquelle toutes les sciences supérieures ont une étroite connexion ; les mathématiques ordinaires ne sont qu'une trompeuse fantasmagorie. Leur infaillibilité, tant vantée, vient uniquement de ce qu'elles ont pour bases des matériaux, des conditions et des références dont elles se réclament". Les savants qui croient avoir adopté la méthode d'Aristote tout simplement parce qu'ils se traînent, à moins qu'ils ne courent ou remontent, des particuliers démontrés aux universaux, glorifient cette méthode de philosophie inductive et repoussent celle de Platon qu'ils accusent de n'être pas substantielle. Le professeur Draper déplore que des mystiques spéculatifs,  tels qu'Ammonius Saccas et Plotin, aient pris la, place des "sévères géomètres de d'ancien museum" 56. Il oublie que, de toutes les sciences, la géométrie est la seule qui procède des universaux aux particuliers, or c'est précisément la méthode adoptée par Platon dans sa philosophie. Tant que la science exacte limitera ses observations aux choses physiques, et progressera à l'instar d'Aristote, elle ne pourra certainement pas échouer. Mais, quoique le monde matériel n'ait pas de bornes pour nous, il n'en est pas moins limité et, par conséquent, le matérialisme tournera, éternellement, dans ce cercle vicieux, impuissant à s'élever plus haut que la circonférence ne le lui permettra. La théorie cosmologique des nombres que Pythagore avait apprise des hiérophantes égyptiens est seule capable de réconcilier les deux unités : la matière et l'esprit, et permet à chacune d'elles de démontrer l'autre, mathématiquement.

 56 Conflit entre la Religion et la Science, ch. I.

 

Les nombres sacrés de l'Univers, dans leur combinaison ésotérique, résolvent le grand problème, expliquent la théorie du rayonnement et le cycle des émanations. Les ordres inférieurs, avant de se développer en ordres supérieurs, doivent émaner des ordres spirituels plus élevés et, arrivés au point tournant, être réabsorbés de nouveau dans l'infini. [64]

La physiologie, comme tout le reste, en ce monde de constante évolution, est sujette à la révolution cyclique. Comme elle paraît maintenant émerger à peine des ombres de l'arc inférieur, il pourra être démontré un jour qu'elle avait atteint le plus haut point de la circonférence longtemps avant l'époque de Pythagore.

 Mochus le Sidonien, physiologiste qui professait la science de l'anatomie, florissait longtemps avant le Sage de Samos et ce dernier reçut les instructions sacrées des disciples et des descendants de Mochus. Pythagore, le pur philosophe profondément versé dans les phénomènes les plus élevés de la nature, noble héritier de la science antique, eut l'ambition grandiose de délivrer l'âme de l'entrave des sens et de la contraindre à se rendre compte de sa puissance : aussi doit-il vivre éternellement dans la mémoire des hommes.

Le voile impénétrable du secret absolu était jeté sur les sciences enseignées dans le sanctuaire. Telle est la cause du dénigrement des philosophies antiques. Platon et Philon le juif ont même été accusés, par plusieurs commentateurs, d'absurdes inconséquences : alors que le sens caché dans le dédale des contradictions métaphysiques si embarrassantes pour le lecteur du Timée, n'est que trop évident. Mais Platon a-t-il jamais été lu avec compréhension par ceux qui se sont donné la mission d'expliquer les classiques ? C'est la question qui s'impose en raison des critiques que l'on trouve dans des auteurs tels que Stalbaüm, Schleirmacher, Ficinus (Traduction latine), Heindorf, Sydenham, Buttmann, Taylor et Burges. Pour ne rien dire des autres dont l'autorité est moindre. Les allusions voilées, faites par le philosophe grec, aux choses ésotériques ont, évidemment, dérouté au dernier point ces commentateurs. Non seulement ils suggèrent avec un sang-froid éhonté que, dans certains passages difficiles, c'était une autre phraséologie qu'on voulait certainement employer ; mais encore, dans certains cas, ils font des changements audacieux. Le vers d'Orphée : Son chant clôt l'ordre de la sixième race… Qui ne peut être interprété que comme une allusion à la sixième race développée dans les évolutions consécutives des sphères 57 fait dire à Burges que ce vers "était, évidemment, tiré d'une cosmogonie dans laquelle l'homme est censé avoir été créé le dernier 58. Lorsqu'on entreprend d'éditer les ouvrages d'un autre, ne devrait-on pas, au moins, comprendre ce que veut dire l'auteur ?

57 Dans un autre passage, nous expliquons avec quelque minutie la philosophie Hermétique de l'évolution des sphères et de leurs diverses races.

58 Burges. Œuvres de Platon, p. 207, note.

 

En vérité, les anciens philosophes paraissent être, généralement, considérés par nos critiques modernes, mêmes les plus affranchis de préjugés, comme dépourvus de cette profondeur et de cette [65] parfaite connaissance des sciences exactes dont notre siècle se vante tant. On va même jusqu'à mettre en doute qu'ils aient compris le principe scientifique fondamental : Ex nihilo nihil fit. S'ils ont soupçonné l'indestructibilité de la matière – disent ces commentateurs – c'est moins en vertu d'une formulé solidement établie que d'un raisonnement intuitif et par analogie.

Nous soutenons l'opinion contraire. Les spéculations de ces philosophes sur la matière étaient ouvertes à la critique publique, mais leur enseignement, touchant les choses de l'esprit, étaient profondément ésotérique. Liés par serment au secret et au religieux silence sur les questions abstraites relatives aux rapports entre l'esprit et la matière, ils rivalisaient d'ingéniosité pour dissimuler leurs véritables opinions.

La doctrine de la métempsycose a été amplement ridiculisée par les savants et rejetée par les théologiens. Pourtant, si elle avait été comprise, correctement dans son application à l'indestructibilité de la matière et l'immortalité de l'esprit, on aurait reconnu que c'était une conception sublime. Ne devrions-nous pas étudier la question en nous plaçant au point de vue des anciens avant de nous hasarder à jeter le discrédit sur ceux qui l'enseignaient ? La solution du grand problème de l'éternité n'appartient ni à la superstition religieuse ni au grossier matérialisme. L'harmonie et l'équiformité mathématique de la double évolution – spirituelle et physique – ne sont élucidées que dans les nombres universaux de Pythagore : son système fut complètement bâti sur ce qu'on appelle "le Discours métrique" des Védas Hindous. C'est tout récemment  à peine qu'un des plus érudits des sanscritistes, Martin Haug, entreprit la traduction de l'Aitareya Brahmana du Rig-Véda, jusqu'alors tout à fait inconnu : ses explications établissent, sans conteste, l'identité des systèmes Pythagoricien et Brahmanique. Dans l'un comme l'autre, la signification ésotérique est tirée du nombre : dans le premier, de la relation mystique de chaque nombre avec tout ce qui est intelligible pour l'esprit de l'homme ; et, dans  le second, du nombre des syllabes dont chaque vers des Mantras est formé. Platon, l'ardent disciple de Pythagore, avait adopté si complètement ce système, qu'il soutenait que le dodécaèdre était la figure géométrique employée par le Demiurge pour édifier l'univers. Quelques-uns de ces chiffres avaient une signification particulièrement solennelle. Par exemple, quatre, dont le dodécaèdre est le triple, était tenu pour sacré par les Pythagoriciens. C'est le carré parfait et aucune des lignes qui le limitent ne dépasse l'autre d'un seul point. C'est l'emblème de la justice morale et de l'équité divine géométriquement exprimée. Tous les pouvoirs, toutes les grandes symphonies de la nature physique et spirituelle se trouvent inscrites dans le carré parfait : le nom ineffable [66] de Celui qui, autrement, n'aurait pas de nom susceptible d'être prononcé, était remplacé chez les anciens mystiques par ce nombre sacré QUATRE et constituait pour eux le plus impérieux et le plus solennel des serments : la Tétractys.

Si la métempsycose de Pythagore pouvait être complètement expliquée et comparée, avec la théorie moderne, de l'évolution, on verrait qu'elle lui restitue tous les chaînons manquant à sa chaîne. Mais qui parmi nos savants voudrait perdre ses moments précieux à étudier les divagations des anciens ? Malgré les preuves, non seulement ils contestent aux peuples des temps archaïques, mais encore aux philosophes des temps anciens, toute connaissance positive du système Héliocentrique. Les "Vénérable Bede", les Augustin, les Lactance semblent avoir étouffé sous leur ignorance dogmatique toute foi dans les théologiens plus anciens des siècles pré-chrétiens. Mais, aujourd'hui, la philologie et une connaissance plus approfondie de la littérature sanscrite nous ont, en partie, mis à même de laver les anciens de ces imputations imméritées. Dans les Védas, par exemple, nous trouvons la preuve positive que depuis plus de 2.000 ans avant J.-C. les sages et les érudits Hindous ont connu la sphéricité de notre globe et le système Héliocentrique. Il s'ensuit que Pythagore et Platon connaissaient bien ces vérités astronomiques, car Pythagore avait acquis la science en Inde, ou de gens qui y étaient allés et Platon répétait fidèlement ses enseignements. Nous citerons deux passages de l'Aitareya Brahmana.

Dans le. "Mantra du Serpent" 59, le Brahmana déclare : Ce Mantra est celui qui a été vu par la Reine des Serpents, Sarparajni ; parce que la terre (iyam) est la Reine des Serpents, car elle est la mère et la reine de tout ce qui se meut (sarpat). Au commencement, elle n'était qu'une tête (ronde) sans cheveux, c'est-à-dire sans végétation. Elle perçut alors ce Mantra qui confère à ceux qui le connaissent le pouvoir de prendre toutes les formes qu'ils peuvent désirer. Elle "prononça le Mantra", c'est-à-dire : elle fit le sacrifice aux dieux et, en conséquence, elle put immédiatement revêtir une apparence tachetée, elle devint bariolée et put reproduire toutes les formes à sa convenance, changeant une forme en une autre. Ce Mantra commence par les mots : Ayam gaûh pris'nir akramit (X, 189)".

 59 Texte sanscrit de l'Aitareya Brahmana, Rig-Véda, V, ch. II, vers 23.

 

Cette description de la terre sous la forme d'une tête ronde et chauve, molle au début, durcissant ensuite après avoir reçu le souffle du dieu Vâyou, le seigneur de l'air, suggère forcément l'idée que les auteurs des livres sacrés Védiques savaient que la terre était ronde ou sphérique, qu'elle avait été en outre une masse [67] gélatineuse au début, qu'elle se refroidit peu à peu, sous l'influence de l'air et du temps. Voilà pour leur connaissance de la sphéricité de notre globe. Nous allons maintenant offrir le témoignage sur lequel nous basons notre assertion que les Hindous étaient parfaitement au courant du système Héliocentrique, deux mille ans, au moins, avant J.-C.

Dans le même traité, le Hotar (prêtre) est instruit de la manière dont les Shastras doivent être répétés et comment les phénomènes du lever et du coucher du soleil doivent être expliqués. Il y est dit : "L'agnishtoma est celui (ce dieu) qui brûle. Le soleil ne se couche ni ne se lève jamais ; lorsqu'on croit que le soleil est couché, il ne l'est pas ; on se trompe, car, étant arrivé au bout de la journée, il produit deux effets opposés : la nuit pour ce qui est dessous et le jour de l'autre côté. Lorsqu'on se figure, le matin, que le soleil se lève, voici ce qu'il fait : ayant atteint l'extrémité  de la nuit, il se met à produire deux effets opposés : le jour pour ce qui est dessous et la nuit de l'autre côté. De fait, le soleil ne se couche jamais et il ne se couche pas pour celui qui a cette connaissance." 60.

Cette phrase est tellement concluante que le traducteur du Rig-Véda, le Dr Haug, lui-même, est forcé de le faire remarquer et il dit que ce passage contient "la négation de l'existence d'un lever et d'un coucher du soleil", et que l'auteur suppose donc que le soleil "reste toujours dans sa même haute position" 61.

Dans un des plus anciens Nivids, Rishi Routsa, un sage hindou de l'antiquité la plus reculée, explique l'allégorie des premières lois imposées aux corps célestes. Pour avoir fait ce qu'elle n'aurait pas dû faire, Anâhit (Anaïtis ou Nana, la Vénus Perse), représentant la terre dans la légende, est condamnée à tourner en rond autour du soleil. Les Sattras ou sessions des sacrifices 62 prouvent d'une façon incontestable que, dès le XVIIIème ou le XXème siècle avant J.-C., les Hindous avaient fait des progrès considérables en astronomie. Les Sattras duraient un an "et n'étaient pas autre chose qu'une imitation de la course annuelle du soleil. Ils étaient divisés en deux parties distinctes, dit Haug, et chacune d'elles était composée de six mois de trente jours l'un. Entre les deux, se trouvait le Vishouvan (équateur ou jour central) coupant le Sattras entier en deux moitiés 63. Ce savant, quoiqu'il assigne la composition de l'ensemble des Brahmanas à la période qui va de 1400 à 1200 avant J.-C., est d'avis que le plus ancien de ces hymnes peut être placé tout au commencement de la littérature védique, [68] entre 2400 et 2000 avant J.-C. Il ne voit point de raison pour considérer les Védas comme moins anciens que les livres sacrés des Chinois. Or, comme le Shu King, ou Livre d'Histoire et les chants de sacrifice du Shi King, ou Livre des Odes, ont une antiquité démontrée remontant à 2200 avant J.-C. nos philologues pourraient encore être obligés, avant longtemps, d'avouer qu'en matière de connaissances astronomiques les Hindous antédiluviens étaient leurs maîtres.

60 Aitareya Brahmana, livre III, c. v., 44.

61 Aitareya Brahm., vol. II, p. 242.

62 Ait. Brahm., livre IV.

63 Septenary Institutions ; Stone him to Death, p. 20.

 

De toutes façons, des faits prouvent que certains  calculs astronomiques étaient aussi corrects chez les Chaldéens du temps de Jules César, qu'ils le sont aujourd'hui. Lorsque le calendrier fut réformé par le conquérant, on trouva que l'année civile correspondait si peu avec les saisons que l'été se confondait avec les mois d'automne et les mois d'automne avec le plein hiver. C'est Sosigène, l'astronome chaldéen, qui rétablit l'ordre dans ce chaos en reculant le 25 mars de quatre-vingt-dix- jours et en le faisant ainsi correspondre avec l'équinoxe vernale, et ce fut encore Sosigène qui fixa la longueur des mois telle qu'elle subsiste aujourd'hui.

En Amérique, l'armée de Montézuma trouva que 1e calendrier des Aztèques donnait un nombre égal de jours et de semaines à chaque mois. L'extrême correction de leurs calculs astronomiques ne permit aux vérifications ultérieures de relever aucune erreur, tandis que les Européens qui débarquèrent au Mexique en 1519 étaient, grâce au calendrier Julien, en avance de onze jours à peu près sur le temps exact.

C'est aux traductions scrupuleuses et inestimables des Livres Védiques et aux recherches personnelles du Dr Haug, que nous devons les renseignements qui corroborent les prétentions des philosophes Hermétiques. On peut facilement prouver que la période de Zarathustra Spitama (Zoroastre) est d'une antiquité inimaginable. Les Brahmanas, auxquels Haug attribue une existence de 4.000 ans, racontent les guerres religieuses entre les anciens Hindous qui vivaient dans les temps prévédiques et les Iraniens. Les combats entre les Devas et les Asouras, les premiers représentant les Hindous et les seconds les Iraniens, sont narrés tout au long dans les livres sacrés. Comme le prophète Iranien fut le premier à s'insurger contre ce qu'il appelait "l'idolâtrie" des Brahmanes, le premier qui les qualifia de devas (diables), à quelle époque remontait donc cette crise religieuse ?

 "Cette lutte, répond le Dr Haug, doit avoir paru aux auteurs des Brahmanas remonter aussi loin que les exploits du roi Arthur aux écrivains anglais du XIXème siècle".

Tous les philosophes de quelque notoriété ont admis et soutenu la doctrine de la métempsycose l'exprimant plus ou moins intelligiblement, dans son sens ésotérique, telle qu'elle était [69] enseignée par les Brahmanes, les Bouddhistes et plus tard par les Pythagoriciens. Origène et Clément d'Alexandrie, Synésius et Chalcidius y croyaient tous et les gnostiques, reconnus incontestablement par l'histoire comme les hommes les plus raffinés, les plus érudits et les plus éclairés 64, croyaient également tous à la métempsycose. Socrate professait des doctrines identiques  à celles de Pythagore : tous deux, pour expier leur philosophie divine, périrent de mort violente. La populace à toujours été la même dans tous les temps. Le matérialisme était et sera toujours aveugle aux vérités spirituelles. Ces philosophes soutenaient, d'accord avec les Hindous, que Dieu avait infusé dans la matière une parcelle de Son Divin Esprit qui anime et meut chaque particule. Ils enseignaient que les hommes ont deux âmes, de nature diverse et différant tout à fait : l'une est périssable, c'est l'Ame Astrale ou le corps interne fluidique ; l'autre est incorruptible et immortelle, c'est l'Augoeidès ou parcelle de l'Esprit Divin. L'Ame Astrale, mortelle, périt à chaque changement graduel, au seuil de chaque nouvelle sphère, et se transforme, en se purifiant, à chaque nouvelle incarnation. L'homme astral, tout intangible et invisible qu'il puisse être pour nos sens mortels et terrestres, est encore composé de matière, quoiqu'elle soit sublimée.

 64 Voir Gibbon. "Decline and Fall of the Roman Empire".

 

Pour des raisons politiques à lui personnelles, Aristote gardait un silence prudent sur certaines doctrines ésotériques, cependant il exprimait très clairement son opinion à ce sujet. Pour lui, les âmes humaines étaient des émanations de Dieu finalement résorbées dans la Divinité. Zénon, fondateur des Stoïciens, enseignait qu'il y a dans la nature deux qualités éternelles : l'une active ou masculine, l'autre passive ou féminine. La première est de l'éther pur, subtil, c'est l'Esprit Divin,  l'autre est absolument inerte par elle-même jusqu'à son union avec le principe actif. L'Esprit Divin, agissant sur la matière, produit le feu, l'eau, la terre et l'air : il est le seul principe efficient moteur de toute la nature.

Les Stoïciens, de même que les sages Hindous, croyaient à la résorption finale. Saint Justin croyait que ces âmes émanent de la Divinité et Tatien l'Assyrien, son disciple, déclare que "l'homme est aussi immortel que Dieu lui-même" 65.

Le verset si profondément significatif de la Genèse : "Et à toutes les bêtes de la terre, à tous les oiseaux de l'air, à tout ce qui se meut sur la terre, j'ai donné une âme vivante" devrait arrêter l'attention des lettrés Hébreux capables de lire les Ecritures dans le texte original et les dispenser de suivre la traduction erronée dans laquelle on lit : "où il y a de la vie" 66. [70]

Depuis le premier chapitre jusqu'au dernier, les traducteurs des livres sacrés des Juifs ont faussement interprété le sens des textes. Ils ont même changé l'orthographe du nom de Dieu, comme le prouve Sir W. Drummond. Ainsi El, correctement écrit, devrait se prononcer Al car dans l'original il y a Al. Or, d'après Higgins, ce mot signifie le dieu Mithra, le soleil, le conservateur, le sauveur. Sir W. Drummond montre que Beth-El signifie la maison du Soleil, en traduction littérale, et non de Dieu. "El, dans la composition de ces noms Chananéens, ne signifie pas Deus mais Sol" 67. C'est ainsi que la Théologie a défiguré la Théosophie antique et la Science l'ancienne Philosophie 68.

 65 Voir Turner et aussi les Anacalypsis de G. Higgins

66 Genèse, 1, 30.

67 Voir William Drummond : Œdipus judicus, p. 250.

68 Les premiers Pères de l'Eglise et les théologiens qui les ont suivis se sont trouvés dans l'absolue nécessité de commettre ces pieuses fraudes. C'est évidemment parce que, s'ils avaient laissé subsister le mot al tel que le donne l'original, il devenait trop clair, sauf pour les initiés, que le Jéhovah de Moïse et le Soleil étaient identiques. Les multitudes ignorant que les anciens hiérophantes ne considéraient le soleil visible que comme un emblème du soleil central invisible et spirituel, auraient alors accusé Moïse, comme l'ont fait d'ailleurs beaucoup de commentateurs, d'adorer les corps planétaires et, en un mot, de s'être rendu coupable de Sabianisme.

69 Exode, XXV, 40.

 

Faute d'avoir compris ce grand principe philosophique, les méthodes de la science moderne, quoique exactes, n'aboutiront qu'au néant. Il n'est point une de ses branches qui puisse démontrer l'origine et la fin des choses. Au lieu de chercher la trace des effets en partant de la source première, la science procède inversement. Les types les plus élevés, dit- elle, résultent tous de l'évolution de types inférieurs. Elle part du bas du cycle, n'ayant pour se guider dans le grand labyrinthe de la nature, qu'un fil de matière. Aussitôt ce fil rompu et la direction perdue, elle recule, effrayée, devant l'Incompréhensible et s'avoue impuissante. Ce n'est point ainsi que procédaient Platon et ses disciples. D'après lui, les types inférieurs sont simplement les images concrètes des types abstraits les plus élevés. L'âme qui est immortelle a un commencement arithmétique, de même que le corps en a un géométrique. Ce commencement, en sa qualité de reflet du grand ARCHÆUS universel, est doué d'un mouvement propre et, du centre se diffuse sur tout le corps du microcosme.

C'est la triste compréhension de cette vérité qui fait avouer à Tyndall l'impuissance de la science, même sur le monde matériel. "L'assemblage primitif des atomes, dont dépend toute l'action ultérieure, déjoue une puissance supérieure à celle du microscope". "En présence de l'excessive complexité de telles études, longtemps avant que l'observation puisse élever la voix, l'intelligence la mieux préparée, l'imagination si raffinée et si bien réglée qu'elle soit se détournent stupéfaites et n'osent pas envisager le problème. Nous restons muets d'étonnement, sous l'influence d'une stupeur que le [71] microscope ne peut dissiper. Non seulement nous doutons de la puissance de l'instrument, mais encore nous nous demandons si nous possédons les éléments intellectuels aptes à nous faire saisir et comprendre les ultimes énergies structurales de la nature".

La figure géométrique fondamentale de la Cabale, cette figure que la tradition et les doctrines ésotériques nous disent avoir été donnée par Dieu lui-même à Moïse sur le mont Sinaï 69 contient, dans sa combinaison grandiose parce qu'elle est simple, la clé du problème universel. Cette figure contient en elle-même toutes les autres. Pour ceux qui savent la maîtriser, il n'y a nul besoin d'exercer l'imagination. Il n'y a pas de microscope terrestre qui puisse être comparé à la perception spirituelle.

Et même pour ceux qui ne sont point versés dans la GRANDE SCIENCE, la description de la genèse d'une graine, d'un fragment de cristal, de tout autre objet, donnée par un psychomètre-enfant bien préparé, vaut tous les télescopes et tous les microscopes de la "science exacte".

Il peut y avoir plus de vérité dans la pangenèse aventureuse de Darwin que Tyndall appelle "un spéculateur prenant son essor" que dans les hypothèses timides et bornées de ce dernier. Comme beaucoup de penseurs de son genre, Tyndall enferme son imagination "dans les limites précises de la raison". La théorie du germe microscopique contenant en lui "un monde de germes moindres", s'étend jusqu'à l'infini, dans un sens, au moins. Elle dépasse le monde de la matière et commence inconsciemment, à s'aventurer dans le monde de l'Esprit.

Si nous acceptons la théorie du développement des espèces  de Darwin, nous trouvons que son point de départ est placé devant une porte ouverte. Nous sommes libres avec lui de rester à l'intérieur ou de franchir le seuil au-delà duquel commence l'illimité et l'incompréhensible ou plutôt l'Indicible. Si notre langage moral est inadéquat pour exprimer ce que notre esprit entrevoit vaguement dans le grand "au-delà" – pendant notre séjour sur cette terre – il faut qu'il y parvienne, jusqu'à un certain point, dans l'Eternité hors du temps.

Il n'en va pas de même de la théorie du professeur Huxley sur "la Base Physique de la Vie". Sans égard pour la formidable quantité des négations venant de ses confrères allemands, il crée un protoplasme universel et en voue désormais les cellules à devenir les fontaines sacrées du principe de toute vie. En représentant ce principe comme identique dans l'homme vivant et dans le mouton mort, dans une ortie ou dans un homard ; en enfermant dans la cellule moléculaire du protoplasme le principe de vie et en [72] l'isolant de l'influx divin qui s'exerce à chacune des évolutions consécutives – il se ferme toute issue possible. Comme un habile tacticien, il convertit ses "lois et ses faits" en sentinelles auxquelles il a le soin de confier la garde à chaque porte. Le drapeau sous lequel il rallie ses conceptions porte comme inscription le mot "nécessité". Mais, à peine l'a- t-il déployé, qu'il en raille l'inscription : il l'appelle "une vaine ombre de ma propre imagination".

 Les doctrines fondamentales du spiritualisme, dit-il "sont en dehors des limites de l'investigation philosophique". Nous aurons l'audace de contredire cette assertion et nous soutiendrons qu'elles sont beaucoup plus en dedans de ces limites que le protoplasma de M. Huxley, d'autant plus qu'elles offrent des faits palpables, évidents de l'existence de l'esprit, tandis que les cellules protoplasmiques, une fois mortes, n'en présentent aucun qui indiquerait quelles sont les sources ou les bases de la vie comme voudrait nous le faire croire cet auteur, "un des penseurs les plus en vue de notre époque" 70.

70 Huxley. Physical Basis of life.

 

Les anciens Cabalistes ne s'arrêtaient pas sur une hypothèse  tant qu'elle n'avait point sa base établie sur le ferme rocher de l'expérience enregistrée.

Mais trop dépendre des faits physique entraîne une recrudescence du matérialisme, une décadence de la spiritualité et de la foi. Au temps d'Aristote, telle était la tendance dominante de la pensée. Le conseil inscrit à Delphes n'avait pas été entièrement éliminé de la pensée grecque ; et quelques philosophes pensaient encore que "pour savoir ce que l'homme est, il faut savoir ce que l'homme a été" néanmoins le matérialisme, commençait déjà à s'attaquer aux racines de la foi. Les Mystères eux- mêmes avaient considérablement dégénéré : en spéculations  sacerdotales et fraudes religieuses. Peu nombreux étaient les vrais adeptes et les initiés, héritiers et descendants de ceux que le glaive du conquérant des divers envahisseurs de la vieille Egypte avait dispersés.

Le temps prédit par le grand Hermès dans son dialogue avec Esculape était arrivé, le moment était venu où des étrangers impies allaient accuser l'Egypte d'adorer des monstres, où rien n'allait survivre que les inscriptions gravées sur ses monuments, énigmes incroyables pour la postérité. Ses scribes sacrés et ses hiérophantes erraient maintenant sur la surface du globe, obligés par la crainte de voir profaner les mystères saints à se réfugier au sein des confréries hermétiques connues plus tard sous le nom d'Esséniens : leur savoir ésotérique fut alors plus que jamais, enseveli. La torche victorieuse de l'élève d'Aristote avait écarté de sa voie [73] conquérante tout vestige d'une religion pure autrefois. Aristote lui-même, fils de ce siècle dont il est le type, quoique instruit dans la science secrète des Egyptiens, ne savait que peu de chose du résultat qui couronnait des milliers d'années d'études ésotériques.

Comme ceux qui vécurent du temps des Psammétiques, nos philosophes d'à présent tâchent de "soulever le voile d'Isis", car Isis n'est que le symbole de la nature. Mais ils ne voient que ses formes physiques. L'âme qu'elles cachent se dérobe à leurs regards et la divine Mère ne leur répond pas. Certains anatomistes, incapables de voir l'esprit derrière les muscles, les nerfs et la matière terrestre qu'ils soulèvent de la pointe de leur scalpel, affirment que l'homme n'a point d'âme. Ceux-là sont aveugles comme le chercheur qui s'en tient purement et simplement à la lettre morte de la Cabale et se permet de dire qu'elle ne renferme point d'esprit vivifiant. Pour voir l'homme véritable qui jadis animait le sujet qu'il a devant lui sur la table de dissection, il faut que le chirurgien regarde avec d'autres yeux que ceux du corps. Il en va de même pour les vérités glorieuses cachées sous les écritures hiératiques des anciens papyrus : seul peut soulever le voile celui qui possède la faculté de l'intuition. Si nous estimons que la raison est l'œil du mental, on pourrait définir l'intuition : 1'œi1 de l'âme.

Notre science moderne reconnaît une Puissance Suprême, un Principe Invisible mais nie l'existence d'un Etre Suprême, d'un Dieu Personnel 71. Au point de vue de la logique on peut contester qu'il y ait une différence entre les deux car, dans le cas actuel, Le Pouvoir et l'Etre sont identiques. La raison humaine comprend difficilement une Puissance Suprême intelligente sans l'associer à l'idée d'un Etre Intelligent. N'espérons pas que les masses ignorantes puissent avoir une claire conception de l'omnipotence et de l'omniprésence d'un Dieu Suprême, sans investir de ces attributs quelque gigantesque projection de leur propre personnalité. Mais les Cabalistes n'ont jamais considéré l'invisible En Soph autrement que comme une Puissance.

71  Prof. J. W. Draper. Conflit entre la Religion et la Science.

 

A ce point de vue, nos positivistes modernes et leur prudente philosophie ont été devancés depuis des milliers d'années. L'adepte hermétique prétend simplement démontrer que le simple bon sens refuse d'admettre la possibilité que l'univers soit le résultat du hasard. II trouverait moins absurde d'admettre que les problèmes d'Euclide furent formés inconsciemment par un singe jouant avec des figures de géométrie.

 Très peu de Chrétiens comprennent la Théologie judaïque, si tant est qu'ils en sachent quelque chose. Le Talmud est une énigme des plus obscures, même pour la plupart des juifs, et leurs [74] savants qui en comprennent le sens ne font point étalage de leurs  connaissances. Les livres cabalistiques des Juifs sont encore moins compris par eux car, de nos jours, il y a plus de Chrétiens que de Juifs cherchant à dégager les grandes vérités contenues dans ces livres. Combien moins encore est connue la Cabale d'Orient, la Cabale universelle ! Les adeptes sont peu nombreux. Héritiers choisis des Sages qui découvrirent "les premiers les vérités astrales brillant sur le grand Shemaia de la science chaldéenne 72, ces adeptes ont résolu l'absolu" et se reposent maintenant de leurs gigantesques labeurs. Ils ne peuvent aller au-delà de ce qu'il est permis aux mortels de savoir sur cette terre et nul, pas même ces élus ne peut franchir la ligne tracée par le doigt de la Divinité même. Des voyageurs ont rencontré ces adeptes sur les bords sacrés du Gange, ils les ont frôlés dans les ruines muettes de Thèbes et dans les mystérieuses chambres désertes de Louxor. Dans ces salles, où sur les voûtes d'or et d'azur des signes bizarres attirent l'attention sans que jamais leur sens secret ait été pénétré par les visiteurs désœuvrés, dans ces salles on a vu les adeptes, mais on les a rarement reconnus ! Des mémoires historiques ont constaté leur présence dans les salons brillamment illuminés de l'aristocratie européenne. On en a rencontré encore dans les plaines arides et désolées du grand Sahara comme dans les cavernes d'Elephanta. On peut en trouver partout, mais ils ne se font connaître qu'à ceux qui ont consacré leur existence à l'étude désintéressée de la vérité, à ceux qui ne retourneront probablement pas en arrière.

72 Zanoni de Bulwer-Litton.

 

Maimonides, le grand théologien et historien Juif qui, à une certaine époque, fut presque déifié par ses concitoyens – et plus tard traité comme un hérétique – remarque que plus le texte du Talmud paraît absurde et vide de sens et plus sa signification secrète est sublime. Ce savant a victorieusement démontré que la magie chaldéene, la science de Moïse et des autres thaumaturges érudits étaient, toutes fondées sur une connaissance étendue de diverses branches, maintenant oubliées, de la science naturelle. Parfaitement au fait des ressources des règnes végétal, animal et minéral, experts en chimie et en physique occultes, psychologues aussi bien que physiologistes, pourquoi s'étonner si les diplômés et les adeptes, instruits dans les sanctuaires mystérieux de temple, pouvaient opérer des merveilles qui, même de nos jours, paraîtraient surnaturelles ? C'est une insulte à la nature humaine que de flétrir la magie et les sciences occultes du nom d'impostures. Croire que pendant tant de milliers d'années une moitié du genre humain a pratiqué le mensonge et la fraude sur l'autre moitié [75] équivaut à dire que la race humaine est presque exclusivement composée de filous et d'idiots incurables. Or, quel est le pays où la magie n'ait pas été pratiquée ? A quelle époque fut-elle entièrement oubliée ?

Dans les documents les plus anciens que nous possédons aujourd'hui, les Védas, et les lois de Manou plus anciennes encore, nous trouvons beaucoup de rites magiques pratiqués et autorisés par les Brahmanes 73. Le Tibet, le Japon et la Chine enseignent aujourd'hui ce qu'enseignaient les Chaldéens dès la plus haute antiquité. Le clergé de ces contrées donne en outre la preuve de ce qu'il enseigne, c'est-à-dire que la pratique de la pureté morale et physique, celle de certaines austérités développent la puissance vitale de l'âme pour sa propre illumination. En permettant à l'homme de se rendre maître de son esprit immortel, cela lui donne les vrais pouvoirs magiques sur les esprits élémentaires qui lui sont inférieurs. En Occident, nous voyons que la magie remonte à une antiquité aussi reculée qu'en Orient. Les Druides de la Grande-Bretagne la pratiquaient dans les cryptes silencieuses de leurs grottes profondes : Pline consacre plusieurs chapitres à la "sagesse" des chefs Celtes" 74. Les Druides des Gaules exposaient les sciences spirituelles comme les sciences physiques. Ils enseignaient les secrets de l'univers, la marche harmonieuse des corps célestes, la formation de la terre et, surtout, l'immortalité de l'âme 75. Dans leurs retraites sacrées, académies naturelles, construites par la main de l'Architecte Invisible, les initiés s'assemblaient, à l'heure tranquille de minuit, pour apprendre ce que l'homme fut et ce qu'il deviendra 76. Ils n'avaient nul besoin d'illumination artificielle, de gaz malsain, pour éclairer leurs temples, car la chaste déesse de la nuit projetait ses rayons les plus argentés sur leurs têtes couronnées de feuilles de chêne et les bardes, vêtus de blanc, savaient comment converser avec la reine solitaire de la voûte étoilée 77.

 73 Voyez le Code publié par Sir William Jones, chap. IX, p. 11.

74 Pline. Histoire naturelle, XXX, : Id. XVI, 14 ; XXV, 9, etc…

75 Pomponius leur attribue la connaissance des sciences les plus élevées.

76 Jules César, III, 14.

77 Pline, XXX.

 

Sur le sol déshérité de ce long passé évanoui, leurs chênes sacrés aujourd'hui desséchés, dépouillés de leur signification par le souffle empoisonné du matérialisme. Mais, pour le chercheur des sciences occultes, leur végétation peut encore être aussi verdoyante, aussi luxuriante, aussi pleine de vérités profondes et sacrées qu'au temps où l'archi-druide opérait des cures magiques et, saisissant la branche du gui symbolique, la séparait du chêne, avec sa faucille d'or. La Magie est aussi ancienne que l'homme. [76]

Il est aussi impossible d'indiquer l'époque de ses débuts que de fixer le jour où le premier homme lui-même vint au monde. Chaque fois qu'un écrivain a voulu rattacher son apparition dans un pays à quelque personnage historique, les recherches ultérieures sont venues le contredire. Odin, le prêtre et monarque scandinave a passé, auprès de beaucoup, pour avoir inauguré les pratiques de la magie, soixante-dix ans environ avant  J-C. Mais on a aisément démontré que les rites mystérieux des prêtresses nommées Voïlers, Valas, étaient de beaucoup antérieures à cette époque 78.

Quelques auteurs modernes se sont attachés à prouver que Zoroastre fut le fondateur de la magie parce qu'il fut le fondateur de la religion des Mages. Ammien Marcellin, Arnobe, Pline et d'autres historiens anciens démontrent péremptoirement qu'il ne fut qu'un réformateur de la magie pratiquée par les Chaldéens et les Egyptiens 79.

78 Munter, sur la plus ancienne religion des nations septentrionales avant l'époque d'Odin. Mémoire de la société des antiquaires de France, tome II, p. 230.

79 Ammien Marcellin, XXVI, 6.

 

Les plus grands professeurs de théologie s'accordent pour reconnaître que tous les livres anciens furent écrits symboliquement et dans un langage intelligible aux seuls initiés. L'esquisse biographique d'Appolonius de Tyane nous en fournit un exemple. Comme tout cabaliste le sait, elle embrasse l'ensemble de la philosophie hermétique et forme, à bien des points de vue, la contrepartie des traditions que nous a laissées le roi Salomon. On dirait un conte de fées. C'est ainsi que, parfois, les faits et les événements historiques sont présentés au monde sous les vives couleurs d'une fiction comme c'est aussi le cas pour Salomon. Le voyage dans l'Inde représente allégoriquement les épreuves d'un néophyte. Ses  longs entretiens avec les Brahmanes, leurs sages conseils et les dialogues avec le Corinthien Ménippe, interprétés comme il convient, reproduiraient le catéchisme ésotérique. Sa visite à l'empire des sages, son entrevue avec le roi Hiarchas, l'oracle d'Amphyaraüs, expliquent d'une manière symbolique beaucoup des dogmes secrets d'Hermès. Bien compris, ils nous ouvriraient, quelques-uns des secrets les plus importants de la nature. Epiphas Levi signale la grande ressemblance existant entre le roi Hiarchas et le fabuleux Hiram de qui Salomon obtint les cèdres du Liban et l'or d'Ophir. Nous voudrions bien savoir si les francs-maçons modernes, même "les Grands Conférenciers" et les plus intelligents artisans des loges importantes, comprennent qui était cet Hiram dont ils complotent entre eux de venger la mort ?

Si nous mettons de côté les enseignements purement métaphysiques de la Cabale, si on veut s'occuper seulement de l'occultisme [77] physique et se consacrer à la branche, dite thérapeutique, les résultats d'une telle étude pourraient être profitables à quelques-unes de nos  sciences modernes, entre autres, à la chimie et à la médecine. Le professeur Draper dit : "Parfois, non sans surprise, nous nous trouvons en présence d'idées que nous nous flattons d'avoir vu naître à notre époque". Cette remarque, faite à propos d'écrits scientifiques des Sarrasins, s'appliquerait encore mieux aux Traités plus secrets des Anciens. La médecine moderne, tout en gagnant beaucoup du côté de l'anatomie, de la physiologie, de la pathologie – et même de la thérapeutique – a immensément perdu par son étroitesse d'esprit, son rigide matérialisme et son dogmatisme sectaire. Une école, dans sa myopie obstinée, ignore absolument ce qui  est enseigné dans d'autres et toutes sont d'accord pour ne pas connaître les grandes conceptions sur l'homme ou sur la nature issues du Mesmérisme et les expériences faites sur le cerveau en Amérique, tout principe qui ne cadre pas avec le matérialisme le plus grossier. Il faudrait convoquer les médecins rivaux des diverses écoles pour réunir les notions actuellement acquises par la Science médicale. Encore, arrive-t-il trop souvent que, lorsque les meilleurs praticiens ont épuisé leur science et leurs talents sur un malade, survienne un magnétiseur ou un "médium guérisseur" qui opère la cure ! Ceux qui étudient les anciens livres de médecine, depuis, Hippocrate jusqu'à Paracelse et Van Helmont, trouveront une grande quantité  de  faits  physiologiques  et  psychologiques  parfaitement établis, des moyens curatifs et des remèdes que les médecins modernes méprisent et refusent 80.

80 A certains égards, nos philosophes modernes qui croient avoir fait de nouvelles découvertes peuvent être comparées au citoyen très adroit, très instruit et très poli qu'Hippocrate, un jour, rencontra dans Samos et dont il parle assez gaiement.

 

Même pour ce qui regarde la chirurgie, les praticiens contemporains ont dû confesser humblement en public qu'ils ne pouvaient, même de loin, rivaliser avec l'adresse merveilleuse des anciens Egyptiens dans l'art de placer des bandages. Des centaines de mètres de bandelettes enveloppant une momie des oreilles aux orteils séparés ont été examinés par les principaux chirurgiens de Paris. Avec le modèle sous les yeux, ils n'ont pu rien faire d'approchant. [78]

On peut voir dans la Collection Egyptologique d'Abbott, à New-York, des exemples nombreux de l'adresse dont les anciens faisaient preuve dans divers artisanats. Nous citerons, entre autres, l'art de la dentelle ; comme on ne peut guère s'attendre à trouver voisinant avec ces indices de la vanité féminine, ceux de la force de l'homme, nous avons là des cheveux postiches et des ornements en or de diverses espèces. La  New-York Tribune rend compte du papyrus d'Ebers et dit : "Il n'y a, certes, rien de nouveau sous le soleil… Les chapitres 65, 66, 79 et 89 montrent que les lotions pour faire pousser les cheveux, les teintures, les cosmétiques et les poudres insecticides étaient en vogue il y a 3.400 ans".

Combien peu de prétendues découvertes récentes sont réellement neuves, et combien, parmi elles, appartiennent à l'antiquité, c'est ce qu'établit avec une franche éloquence, quoique partiellement, le célèbre auteur philosophe, le professeur John W. Draper. Son livre intitulé : Conflit entre la Religion et la Science – ouvrage excellent avec un bien mauvais titre – fourmille de faits analogues. Page 13, il mentionne quelques exploits des philosophes antiques qui suscitèrent l'admiration de la Grèce. A Babylone, une série d'observations astronomiques dues aux Chaldéens remontait à dix-neuf cent trois ans ; Collisthènes les envoya à "Il m'informa, dit le Père de la Médecine, qu'il avait, tout récemment, découvert une plante jusqu'alors inconnue en Europe comme en Asie ; pas une maladie, si maligne ou si chronique fût- elle, ne pouvait résister à ses merveilleuses propriétés curatives. Désirant me montrer courtois à mon tour, je me laissai décider à l'accompagner jusqu'au lieu discret où il avait transplanté ce spécifique merveilleux. J'y vis une des plantes les plus communes en Grèce, l'ail, qui, de toutes les plantes, a le moins de prétentions aux vertus curatives". Hippocrate : De optima prœdicaudi ratione item judicii operum magni, I.

 Aristote. Ptolémée, le roi-astronome d'Egypte, avait en sa possession un ouvrage babylonien sur les éclipses, ouvrage datant de 747 ans avant notre ère. Comme le fait raisonnablement observer M. Draper, "il a fallu des observations longues et minutieuses avant qu'on ait pu vérifier quelques- uns de ces calculs astronomiques qui sont parvenus jusqu'à nous. Ainsi, les Babyloniens avaient déterminé, à vingt-cinq secondes prés, l'année tropicale et leur estimation de l'année sidérale accuse à peine deux minutes de trop. Ils avaient trouvé la précession des équinoxes ; ils connaissaient les causes des éclipses et, à l'aide de leur cycle appelé Saros, ils pouvaient les prédire. Leur estimation de la valeur de ce cycle comprenant plus de 6.585 jours ne s'éloignait de la vérité que dix-neuf minutes et demie".

"De tels faits fournissent la preuve indiscutable de la patience et de l'habileté avec lesquelles l'astronomie avait été cultivée en Mésopotamie ; malgré l'insuffisance d'instruments imparfaits, l'astronomie avait atteint une perfection non méprisable. Ces antiques observateurs avaient dressé un catalogue des étoiles, divisé le Zodiaque en douze signes, équilibré par douze heures le jour et la nuit. Suivant Aristote, depuis longtemps ils observaient attentivement l'occultation des astres par la lune. Leurs idées sur la structure du système solaire étaient correctes, ils  connaissaient l'ordre et l'emplacement des planètes. Enfin ils fabriquaient des horloges solaires, des clepsydres, des astrobales et des gnomons." [79]

Au sujet du monde d'éternelles vérités qui réside dans le monde des illusions transitoires et des non-réalités, le professeur Draper dit : "Ce monde ne sera pas découvert grâce aux vaines traditions qui nous ont transmis l'opinion des hommes vivants à l'aurore de la civilisation, ni dans les rêves des mystiques qui se croyaient inspirés. Il ne sera découvert qu'à l'aide des recherches de la géométrie et en interrogeant la nature d'une manière pratique."

Précisément. Le but ne pouvait être mieux fixé. Cet éloquent écrivain énonce une vérité profonde. Cependant, il ne nous dit pas toute la vérité parce qu'il l'ignore lui-même. Il n'a point décrit la nature et l'étendue des connaissances enseignées dans les Mystères. Aucun peuple postérieur n'était aussi versé en géométrie que les constructeurs des Pyramides et d'autres monuments titanesques, anté- ou post-diluviens. D'autre part, nul ne les a égalés dans l'art d'interroger la nature d'une manière pratique.

 Une preuve indéniable de ce fait, c'est la signification de leurs innombrables symboles. Chacun est une idée ayant pris corps, chacun combine la conception du Divin Invisible avec le terrestre et visible. L'un dérive de l'autre strictement, par analogie, selon la formule hermétique : "En haut comme en bas". Leurs symboles prouvent une connaissance profonde des sciences naturelles, une étude pratique de la puissance cosmique.

Quant aux résultats pratiques à tirer "des recherches de géométrie", fort heureusement pour les étudiants qui veulent passer à l'action, nous ne somme plus tenus à nous contenter de simples conjectures. De nos jours, un Américain, M. Georges Felt, de New-York, s'il continue comme il a commencé, pourrait être, plus tard, considéré comme le plus grand géomètre de notre siècle. A l'aide des seules prémisses posées par les anciens Egyptiens, il a réussi et obtenu des résultats que nous le laisserons lui-même exposer : "Il faut d'abord, dit M. Felt, le diagramme fondamental auquel on peut rapporter toute géométrie élémentaire, plane ou solide ; puis produire des systèmes arithmétiques de proportions d'une manière géométrique. II faut ensuite identifier cette figure avec tous les restes d'architecture et de sculpture dans lesquels cette figure a été suivie d'une manière merveilleusement exacte ; établir que les Egyptiens l'avaient adoptée pour base dans tous leurs calculs astronomiques sur lesquels leur symbolisme était presque entièrement fondé ; retrouver ses traces  au milieu des vestiges de l'art et de l'architecture des Grecs ; découvrir sa marque dans les annales sacrées des Juifs, jusqu'à prouver péremptoirement que tout leur système en dépendait ; Reconnaître que la découverte revient aux Egyptiens, après des recherches vieilles de dizaines de milliers d'années sur l'étude de la nature, [80] et que ce système peut être vraiment appelé la Science de l'Univers." En outre, il a pu "déterminer et préciser des problèmes de physiologie seulement soupçonnés jusqu'ici, développer pour la première fois une philosophie Maçonnique s'imposant, comme la première science et la première religion, tout comme elle en sera la dernière". Nous pouvons enfin ajouter que M. Felt a pu prouver par des démonstrations visibles que les sculpteurs et les architectes Egyptiens avaient pris les modèles des curieuses figures ornant les façades et les vestibules de leurs temples, non pas dans les fantaisistes élucubrations de leur cerveau mais dans "les races invisibles de l'air" et des autres règnes de la nature. Comme les Egyptiens, il prétend pouvoir rendre ces races visibles grâce aux procédés chimiques et cabalistiques qu'ils employaient.

 Schweigger prouve que les symboles de toutes les mythologies ont une base et une substance rigoureusement scientifiques 81. C'est seulement par les récentes découvertes des forces physiques électro-magnétiques de la nature que des experts en mesmérisme comme Schweigger, Ennemoser et Bart en Allemagne, le Baron du Potet et Regazzoni en France et en Italie, ont pu établir, avec une précision impeccable, la  véritable corrélation qui existe entre chaque Theomythos et l'une de ces forces. Le doigt Idœique qui a une si grande importance dans l'art magique de guérir, a la signification d'un doigt de fer qui est attiré et repoussé, tour à tour, par des forces magnétiques naturelles. Il produisait, en Samothrace, des prodiges de guérison, en restaurant dans leur condition normale  les organes affectés.

Bart va plus profondément que Schweigger dans l'interprétation des anciens mythes : il étudie la question sous ses deux aspects : spirituel et physique. Il parle longuement des Dactyles Phrygiens, ces "magiciens exorcistes des maladies", et des Théurgistes Cabires. Il dit : "Lorsque nous traitons de l'union intime des Dactyles avec les forces magnétiques, nous ne sommes pas nécessairement restreints à la pierre d'aimant et  nos aperçus sur la nature ne font que jeter un coup d'œil sur le magnétisme dans son ensemble. Il est clair, dès lors, que les initiés qui se donnaient le nom de Dactyles, plongeaient le peuple dans l'étonnement en opérant, comme ils le faisaient, de vrais miracles de guérison par leur art magique. A cela, ils joignaient d'autres connaissances que le clergé de l'antiquité avait l'habitude de cultiver : l'agriculture, la morale, les progrès des arts et des sciences, les mystères et les consécrations secrètes. Tout cela était fait par les prêtres Cabires : pourquoi n'auraient-ils pas été aidés et guidés par les esprits mystérieux de la nature 82 ? Schweigger est [81] du même  avis. Il démontre que les phénomènes de l'ancienne Théurgie étaient produits par la puissance magnétique, "sous la conduite des esprits".

81 Introduction to the Mythology through Natural History

82 Ennemoser. History of Magie, I, 3.

 

En dépit de leur apparent polythéisme, les anciens, et, dans tous les cas, ceux des classes éclairées, étaient complètement monothéistes ; et cela, des siècles et des siècles avant l'époque de Moïse. Dans le papyrus d'Ebers, ce fait est démontré positivement. Voici un texte traduit  des quatre premières lignes de la planche I : "Je vins d'Héliopolis avec les grands Etres de Het-aat, les seigneurs de Protection, les maîtres de l'éternité et du salut. Je vins de Sais avec les mères-déesses qui me protégeaient. Le Seigneur de l'Univers m'apprit comment on délivre les dieux de toutes les maladies meurtrières". Les hommes éminents étaient appelés dieux par les anciens. La déification des hommes mortels et les dieux imaginés n'est pas plus un argument contre le monothéisme que l'érection, par les chrétiens modernes, de monuments et de statues à leurs héros n'est une preuve de leur polythéisme. Les Américains de notre siècle trouveraient absurde leur postérité si, dans trois mille ans, elle les classait parmi les idolâtres pour avoir dressé des statues à leur dieu Washington. La Philosophie Hermétique était si entourée de mystère, que Volney affirme que les anciens adoraient leurs grossiers symboles matériels, comme divins eux-mêmes, tandis qu'ils étaient simplement considérés comme une représentation de principes ésotériques. Dupuis également, après avoir consacré plusieurs années à l'étude du problème, s'est mépris sur le cercle symbolique et il attribua leur religion à la seule astronomie. Eberhart et plusieurs autres écrivains allemands du dernier siècle et du nôtre traitent fort irrévérencieusement la magie et la croient issue du mythe Platonicien du Timée. (Berliner monatschrift.) Mais comment, sans la connaissance des mystères, aurait-il été possible à ces hommes ou à toute autre personne de découvrir la moitié ésotérique de ce qui se cache derrière le voile d'Isis et n'est visible qu'aux seuls adeptes ? Il leur aurait fallu le don subtil d'intuition d'un Champollion.

Nul ne conteste le mérite de Champollion comme Egyptologue. D'après lui, tout démontre que les anciens Egyptiens étaient profondément monothéistes. Il confirme dans ses moindres détails l'exactitude des ouvrages du mystérieux Hermès Trismégiste dont l'antiquité remonte dans la nuit des temps. Ennemoser dit aussi : "Hérodote, Thalès, Parménide, Empédocle, Orphée et Pythagore sont allés en Egypte et en Orient pour s'instruire dans la Philosophie Naturelle et la Théologie". Ce fut aussi là que Moïse acquit ses connaissances. Jésus y passa les premières années de sa vie. [82]

C'est là que se réunissaient les étudiants de tous les pays avant la fondation d'Alexandrie. "Comment se fait-il", ajoute Ennemoser, "que l'on connaisse si peu de chose touchant ces mystères ? Cependant, au cours de tant de siècles, à des époques différentes, tant de peuples y ont participé. La réponse est que partout les initiés ont gardé un silence strict. On peut aussi en trouver l'explication dans la destruction, la perte totale de tous  les documents concernant le savoir secret de l'antiquité la plus reculée". Les livres de Numa, décrits par Tite Live, consistaient en traités sur la philosophie naturelle. Ils ont été trouvés dans son tombeau mais leur divulgation fut interdite : on craignit qu'ils révélassent les mystères les plus sacrés de la religion d'Etat. Le Sénat et ses tribuns du peuple décidèrent que ces livres seraient brûlés et cette décision fut publiquement exécutée 83.

La magie était considérée comme une science divine qui permettait de participer aux attributs de la divinité elle-même. "Elle dévoile les opérations de la nature", dit Philon le Juif, "et conduit à la contemplation des puissances célestes" 84. Plus tard, elle dégénéra en sorcellerie par l'abus qu'on en fit et devint alors un objet d'exécréation universelle. C'est pourquoi il nous faut l'envisager telle qu'elle existait dans les temps reculés où toute vraie religion était fondée sur la connaissance des forces occultes de la nature. Ce n'est point la classe sacerdotale, dans la Perse ancienne, qui institua la magie, comme on le croit communément : mais ce furent les mages qui en tirèrent leur nom. Les Mobeds, prêtres des Parsis – les anciens Guèbres – sont qualifiés encore aujourd'hui de Magoï dans le dialecte des Pehlvis 85. La Magie apparut dans le monde avec  les premières races d'hommes. Classian fait mention d'un traité bien connu aux IV° et V° siècles, traité attribué à Cham, fils de Noé, qui, lui-même, l'aurait reçu de Jared c'est-à-dire de la quatrième génération après Seth, le fils d'Adam 86.

Moïse devait son savoir à la mère de la princesse Egyptienne Thermutis qui le sauva des eaux du Nil. La femme de Pharaon 87, Batria, était elle-même une initiée et les Juifs lui doivent la possession de leur prophète "instruit dans toute la sagesse de l'Egypte, puissant en œuvres et en paroles 88". Justin Martyr, se basant sur l'autorité de Trogue Pompée, nous présente Joseph comme ayant acquis de grandes connaissances dans les arts magiques près des grands prêtres de l'Egypte 89. [83]

 83 Hist. of Magie, vol. I, p. 9.

84 Philo Jud. De specialibus legibus.

85 Zend avesta, vol. II, p. 506.

86 Cassian. Conférence, I, 21.

87 Actes des Apôtres, VII, 22.

88 Justin, XXXVI, 2.

89 De vita e morte Mosis, p. 199.

 

Les anciens en savaient davantage sur certaines sciences que n'en ont encore découvert nos savants modernes. Si beaucoup de ces derniers répugnent à le reconnaître, plus d'un, du moins, en a fait l'aveu. "Le niveau des connaissances scientifiques existant à une époque de la société primitive était beaucoup plus élevé que les modernes ne sont disposés à l'admettre", a dit le Dr Todd Thomson, éditeur des Sciences occultes de Salverte ; "mais", ajoute-t-il, "cette science était confinée dans les temples, soigneusement cachée aux yeux du peuple et communiquée seulement au clergé". Parlant de la Cabale, l'érudit Franz Von Baader fait observer que "non seulement notre salut et notre sagesse, mais encore notre science elle- même nous viennent des Juifs". Mais pourquoi l'auteur ne complète-t-il pas la phrase en nous disant de qui les Juifs eux-mêmes tenaient leur sagesse ?

Origène, qui avait appartenu à l'Ecole Platonicienne d'Alexandrie, déclare que Moïse, outre les enseignements de l'alliance, avait communiqué, aux soixante-dix anciens, des secrets extrêmement importants "tirés des profondeurs les plus cachées de la loi". Il leur enjoignait de les transmettre à ceux-là seuls qu'ils jugeraient dignes.

Saint Jérôme parle des Juifs de Tibériade et de Lydda comme des seuls maîtres de la méthode mystique d'interprétation. Enfin, Ennemoser exprime la ferme opinion que les écrits de Denis l'Aréopagite sont visiblement fondés sur la Cabale juive. Si maintenant nous considérons que les Gnostiques ou Chrétiens primitifs étaient les disciples des vieux Esséniens, sous un nom nouveau, cela n'a rien de surprenant. Le professeur Molitor rend justice à la Cabale en disant : "Le temps des inconséquences et des légèretés est passé, en théologie comme en sciences, depuis que le rationalisme n'a rien laissé derrière lui que son  propre néant révolutionnaire après avoir détruit tout ce qui est positif ; il semble aujourd'hui qu'il soit temps d'étudier attentivement de nouveau la mystérieuse révélation qui est la source vivifiante d'où le salut nous doit venir,… les mystères de l'ancien Israël contiennent tous les secrets de l'Israël moderne et sont particulièrement calculés pour… fournir des bases à la théologie sur ses principes théosophiques les plus profonds et pour asseoir solidement toutes les sciences idéales. Ils ouvriraient une nouvelle route d'accès... au labyrinthe obscur des mythes, des mystères et éclaireraient la constitution des nations primitives. Uniquement dans ces traditions se trouve le système des écoles des prophètes : elles ne furent pas fondées, mais seulement restaurées par le prophète Samuel. Son but était d'amener les érudits à la sagesse et au haut savoir dès qu'ils auraient été jugés dignes d'accéder à des mystères plus profonds. Parmi  ces mystères figurait la magie dont la [84] nature était double : la magie divine et la magie mauvaise ou art noir. Chacune de ces branches est, à son tour, divisée en deux classes : la magie active et la magie visuelle. Dans la première, l'homme cherche à se mettre en rapport avec la nature, pour apprendre les choses cachées ; dans la seconde, il s'efforce d'acquérir la puissance sur les esprits. Dans l'une il a en vue de faire le bien et dans l'autre d'accomplir toutes sortes d'actes diaboliques et contre nature" 90.

90 Molitor. Philosophie de l'Histoire et des Traditions.

91 Conflit entre la Religion et la Science, p. 329.

 

Dans les trois plus importantes églises chrétiennes, les clergés Grec, Catholique Romain et Protestant désapprouvent tous les phénomènes manifestés par l'entremise des "médiums". Et, de fait, il y a fort peu de temps encore, les Catholiques et les Protestants brûlaient, pendaient et assassinaient de mille autres manières toutes les  impuissantes victimes dont l'organisme servait à la manifestation des esprits et, quelquefois, des forces aveugles encore inexpliquées de la nature.

En tête de ces trois Eglises, Rome est au premier plan. Ses mains sont rouges du sang innocent de victimes innombrables, sang versé au nom de cette divinité qu'elle fit à l'image de Moloch et dont elle couronna sa croyance. Elle est prête à recommencer et le désire.

Si ses pieds et ses mains sont liés aujourd'hui, c'est grâce à l'esprit de progrès et de liberté religieuse professée par le XIXème siècle, à cet esprit que, sans cesse, l'Eglise condamne et maudit. L'Eglise Gréco-Russe est la plus douce et la plus chrétienne dans sa foi primitive et simple quoique aveugle.  Il  n'y  a  jamais  eu  d'union  pratique  entre  les  Eglises  latine et grecque qui se sont séparées il y a bien des siècles, mais les Pontifes Romains ont toujours affecté de l'ignorer. Ils se sont impudemment arrogé une juridiction, non seulement sur les contrées de communion grecque, mais encore sur tous les Prostestants. "L'Eglise persiste dans sa prétention", dit le professeur Draper, "que l'Etat n'aurait aucun droit sur ce qu'elle déclare être de son domaine ; Comme le Protestantisme, d'après elle, n'est qu'une rébellion, il n'a pas le moindre droit ; que, même dans les communautés protestantes, l'évêque catholique est le seul pasteur spirituel légitime 91". Ses décrets auxquels nul ne prend garde, ses lettres encycliques que l'on dédaigne, ses invitations qu'on néglige pour les conciles œcuméniques, ses excommunications dont on se rit, rien ne semble troubler Rome dont la persistance égale l'effronterie. En 1864, le Pape Pie IX atteignit le comble de l'absurdité. Il excommunia et foudroya de son anathème l'Empereur de Russie en tant que [85] "schismatique retranché du sein de Sainte mère l'Eglise 92". L'Empereur, ni ses  ancêtres, ni la Russie depuis qu'elle fut christianisée, il y a un millier d'années, n'ont jamais consenti à se joindre aux Catholiques Romains. Pourquoi ne pas réclamer aussi la juridiction sur les Bouddhistes du Tibet et sur les ombres des anciens Hyksos ?

92 Voir Gazette du Midi et Le Monde, du 3 mai 1864.

 

Les phénomènes médiumniques se sont produits de tout temps en Russie, comme dans d'autres pays. Cette force ignore les différences religieuses, se rit des nationalités, envahit sans avoir été sollicitée toute individualité, des rois aux mendiants.

Le Vice-Dieu actuel, Pie IX, lui-même, n'a pu éviter la présence de cet hôte indésiré. Pendant le dernier demi-siècle, Sa Sainteté a été notoirement sujette à des accès fort extraordinaires. A l'intérieur du Vatican, on les appelle des visions divines ; au dehors, le médecin les nomme des attaques d'épilepsie et la rumeur populaire les attribue à l'obsession des fantômes de Peruggia, Castelfidarlo et Mentana !

"Les lumières bleuissent, voici minuit ; des gouttes froides et livides perlent sur ma chair tremblante. J'ai cru que les âmes de tous ceux dont j'ai causé la mort venaient."

 (Shakespeare, Richard III.)

 Le prince de Hohenlohe, si célèbre, pendant le premier quart de ce siècle, pour ses pouvoirs de guérisseur, était lui-même un grand médium. Vraiment, ces phénomènes et cette puissance n'appartiennent spécialement à aucun âge ni à aucun pays : Ils font partie des attributs psychologiques de l'homme, le Microcosme.

Pendant des siècles, les Klikouchy, les Yourodevoy (déments et idiots), d'autres misérables créatures ont été affligées de désordres étranges que  le clergé et la populace russe attribuaient à la possession démoniaque. Ils encombrent l'entrée des cathédrales sans oser pénétrer à l'intérieur, de peur que les démons qui s'emparent d'eux ne les jettent violemment à terre. Voroneg, Kiev, Kazan et toutes les villes qui possèdent les reliques thaumaturgiques de saints canonisés sont pleines de ces sortes de médiums inconscients. On peut toujours les voir réunis en groupes hideux, désœuvrés autour des portiques et des vestibules des églises.

A certains moments de la célébration de la messe par le clergé officiant, par exemple, à l'apparition des sacrements, au commencement de la prière et du chœur : Eyey Cherouvim, ces [86] semi-déments semi- médiums se mettent à chanter comme des coqs, à aboyer, à mugir ou à braire et finissent par tomber en d'effroyables convulsions. L'impur ne peut supporter d'entendre la prière sacrée. Telle est la pieuse explication. Mues de pitié, quelques âmes charitables administrent des cordiaux et distribuent des aumônes à ces "pauvres affligés". De temps en temps, un prêtre est invité à les exorciser et, dans ce cas, il accomplit la cérémonie soit par amour et charité, soit tenté par quelques pièces d'argent, selon sa disposition chrétienne. Mais ces infortunées créatures – qui sont des médiums car quelquefois elles prophétisent et ont des visions, lorsque l'accès est réel 93 ne sont jamais molestées en raison de leur infirmité. Pourquoi le clergé les persécuterait-il ou le peuple les haïrait-il, les dénonçant comme sorciers et magiciens odieux ? Le sens commun et l'équité indiquent que les victimes n'y peuvent rien et que c'est le démon qu'il faudrait punir, lui qui, dit-on, agit par elles. Le pire qui puisse arriver à l'infortuné, c'est que le prêtre l'inonde de son eau bénite et lui occasionne de la sorte un refroidissement. Si ce remède est inefficace, le Klikoucha est laissé à la grâce de Dieu et l'on se contente de prendre soin de lui, par amour et par charité. Si superstitieuse et aveugle qu'elle soit, la foi qui obéit à de tels principes mérite quelque respect et ne peut jamais offenser l'homme ni le vrai Dieu. Il n'en est pas de même avec les catholiques. C'est pour cela qu'ils seront, eux d'abord et le clergé protestant ensuite, pris à partie dans cet ouvrage. Nous excepterons néanmoins quelques esprits élevés appartenant à ces deux confessions. Nous voulons savoir sur quoi ils fondent leur droit de traiter comme ils le font les Hindous et les Chinois, spirites et cabalistes ; pourquoi les dénoncer en bloc avec les infidèles qu'ils ont eux-mêmes inventés, et les condamner aux  feux éternels de l'enfer ?

93 Mais ce n'est pas toujours le cas, car quelques-uns de ces mendiants en font un trafic profitable et régulier.

 

Loin de notre pensée le plus léger manque de respect, encore moins un blasphème à l'égard de la Divine Puissance qui a appelé à la vie toutes choses visibles et invisibles. Nous n'osons pas même penser à Sa  majesté et Sa perfection infinies : Il nous suffit de savoir qu'Elle existe et qu'Elle est toute Sagesse. II nous suffit de posséder en commun avec toutes les autres créatures une étincelle de Son essence. La puissance suprême, que nous révérons sans limite et sans fin, le grand "SOLEIL SPIRITUEL CENTRAL" dont les merveilleux effets nous environnent, le "Dieu"des voyants anciens et modernes. Sa nature ne peut être étudiée que dans les mondes évoqués par son FIAT Tout Puissant. Sa révélation est tracée de sa propre main dans les impérissables formes [87] de l'harmonie universelle, sur le visage majestueux du Cosmos. Tel est le seul évangile INFAILLIBLE que nous reconnaissons.

Parlant des anciens géographes, Plutarque remarque, dans Thésée, qu'ils entassent sur les bords de leurs cartes les parties du monde qu'ils ne connaissaient pas. Ils ajoutent en marge des notes pour dire qu'au-delà de ces points existent seulement des déserts de sable remplis de bêtes sauvages et de marais impénétrables. Est-ce que nos théologiens et nos savants n'agissent pas de même ? Tandis que les premiers peuplent le monde invisible d'anges et de démons, nos philosophes cherchent à persuader leurs disciples qu'il n'y a rien là où il n'existe pas de matière.

Combien de nos sceptiques les plus invétérés appartiennent, malgré leur matérialisme, à des loges maçonniques ? Les Frères Rose-Croix, praticiens mystérieux du moyen âge, existent encore, mais de nom seulement. Ils peuvent "verser des larmes sur la tombe de leur respectable Maître Hiram Abiff", mais ils chercheront en vain la véritable place "où la branche d'acacia fut placée". La lettre morte demeure seule, l'esprit a fui. Ils sont comme les chœurs anglais ou allemands de l'Opéra Italien qui descendent au quatrième acte d'Hernani, dans la crypte de Charlemagne et chantent leur conspiration dans une langue qui leur est parfaitement inconnue. De même nos modernes chevaliers de l'Arche Sainte peuvent descendre s'ils le veulent, chaque nuit, "par les neuf arches, dans les entrailles de la terre", ils "ne découvriront jamais le Delta sacré d'Enoch". "Les Seigneurs chevaliers de la vallée du Sud" et ceux de "la vallée du Nord"  peuvent essayer de s'assurer que  "l'Illumination pointe en leur esprit", et qu'à mesure qu'ils avancent dans la maçonnerie, le voile de la superstition, du despotisme, de la Tyrannie, etc., n'obscurcit plus les visions de leur esprit. Mais ce ne sont que de vains mots tant qu'ils négligent leur mère, la Magie, et qu'ils tournent le dos à son frère jumeau, le Spiritualisme. En vérité, "Seigneurs Chevaliers de l'Orient" vous pouvez "quitter vos sièges et vous asseoir sur le sol en des attitudes de douleur, vos têtes reposant dans vos mains", car vous avez d'amples raisons de déplorer votre destinée. Depuis que Philippe le Bel a chassé les Templiers, personne n'a surgi, malgré toutes prétentions contraires, pour dissiper vos doutes. En vérité, vous êtes "errants loin de Jérusalem, cherchant le trésor perdu du saint lieu". L'avez-vous trouvé ? Hélas, non ; car le lieu saint a été profané, les colonnes de sagesse, de force et de beauté sont détruites. Désormais, "vous errerez dans les ténèbres" et "vous voyagerez dans l'humilité", par les forêts et les montagnes, à la recherche du "Mot perdu". "Passez", vous ne le trouverez jamais tant que vous limiterez vos pérégrinations [88] aux sept ou même aux sept fois sept, parce que "vous marchez dans les ténèbres" et qu'il faut pour dissiper cette obscurité l'éclatant flambeau de la vérité que seuls, les légitimes descendants d'Ormazd portent. Ils peuvent seuls vous apprendre la véritable prononciation du nom révélé à Enoch, à Jacob et à Moïse. "Passez !" Jusqu'à ce que votre V. R. S. ait appris à multiplier 333 et à frapper, à sa place, 666 le nombre de la Bête de l'Apocalypse, vous ferez bien d'observer la prudence et d'agir "sub rosa".

Pour prouver que les notions des anciens, en divisant l'histoire de l'humanité par cycles, ne manquaient pas de base philosophique, nous terminerons ce chapitre par la présentation au lecteur d'une des traditions les plus anciennes de l'antiquité, relative à l'évolution de notre planète.

A la fin de chaque "grande année" que, suivant Censorinus, Aristote nommait la plus grande et qui se composait de six sars 94, notre planète est soumise à une révolution physique complète. Les climats polaires et équatoriaux changent graduellement de place. Les premiers s'avancent lentement  vers  la  ligne  équatoriale,  et  la  zone  équatoriale  (avec sa végétation exubérante et son débordement de vie animale) prend la place des déserts glacés des pôles. Ce changement de climat est nécessairement accompagné de cataclysmes, de tremblements de terre et d'autres convulsions cosmiques 95, à la suite du déplacement des océans à la fin de chaque décamillenium plus un neros environ, un déluge semi-universel a lieu comme le déluge légendaire de Noé. Les Grecs donnaient le nom d'Héliocale à cette année, mais personne, hors du sanctuaire, n'avait une idée exacte de sa durée et de ses détails. L'hiver de cette  année était nommé le cataclysme ou le déluge, l'été s'appelait l'Ecpyrosis. Les traditions populaires enseignaient, que pendant ces saisons, le monde était alternativement brûlé puis inondé. C'est, du moins ce que nous apprennent les Fragments d'astronomie de Censorinus et de Sénèque. L'incertitude [89] des commentateurs au sujet de la durée de cette année était telle qu'aucun d'eux ne s'approche de la vérité. Sauf Hérodote et Linus qui lui attribuent, le premier 10.800 ans, et l'autre 13.984 ans 96. Suivant les dires des prêtres Babyloniens, corroborés par Eupolemus 97 la "cité de Babylone fut fondée par ceux qui furent sauvés de la catastrophe du déluge : c'étaient des géants, ils érigèrent la tour dont il est parlé dans l'histoire" 98. Ces géants, grands astrologues, qui, de plus, avaient reçu de leurs ancêtres, "les fils de Dieu", une instruction complète des choses secrètes, instruisirent les prêtres à leur tour et laissèrent dans les temples tous les récits du cataclysme périodique dont ils avaient été témoins. C'est ainsi que les grands prêtres eurent connaissance des grandes années. Si nous réfléchissons, en outre, que Platon dans le Timœus parle d'un vieux prête Egyptien qui tança Solon parce qu'il ignorait qu'il y eût eu déjà plusieurs déluges, comme le grand déluge d'Ogygès, nous pouvons aisément comprendre que cette croyance en le Héliakos était doctrine admise par les prêtres initiés du monde entier.

94 Webster déclare, à tort, que les Chaldéens nommaient Saros, le cycle des éclipses, période d'environ 6.586 ans, "le temps de révolution du nœud de la lune". Bérose, astrologue Chaldéen lui- même, dans le Temple de Bélus, à Babylone, fixe la durée du Sar, ou Sarus, à 3.600 ans ; un neros durait 600 et un sossus, 60 ans. (Voyez Bérose, d'après Abydenus. Des Rois Chaldéens et du Déluge. Voyez encore Eusèbe et le manuscrit Cary. Ex. Cod. reg. Gall. gr., n° 2360, fol. 154).

 95 Avant de rejeter cette théorie, si traditionnelle soit-elle, les savants devraient expliquer  pourquoi, à la fin de chaque période tertiaire, l'hémisphère nord a subi une réduction de température telle que la zone torride s'est transformée en climat sibérien. Ne perdons pas que vue que le système Héliocentrique nous vient de la haute Inde et que tous les germes des connaissances astronomiques nous en furent apportés par Pythagore. Une hypothèse en vaut une autre tant que nous n'avons pas de preuves mathématiques absolues.

96 Censorinus. De Natal die. Seneca. Nat. quœst., III, 29.

97 Eusèbe. Prœp. Evan. De la Tour de Babel et d'Abraham.

98 Cela est en contradiction flagrante avec le récit de la Bible qui nous déclare que le déluge a été envoyé spécialement pour la destruction de ces géants. Les prêtres babyloniens n'avaient aucune raison pour inventer des mensonges.

 

Les Neros, les Vrihaspati ou les périodes nommées Yougas ou Kalpas, sont des problèmes vitaux à résoudre. Le Satyayoug et les cycles bouddhistes de la chronologie se traduisent par des chiffres qui couperaient le souffle à un mathématicien. Le Maha-Kalpa embrasse un nombre infini de périodes remontant bien loin dans les époques antédiluviennes. Leur système comprend un Kalpa ou grande période de 4.320.000.000 d'années qu'ils divisent en quatre yougas plus courts qui se suivent ainsi :

 

1. Satya-youg

1.728.000

années

2. Trêtya-youg

1.296.000

3. Dvâpa-youg

864.000

4. Kali-youg

432.000

Total

4.320.000

 

Ces quatre subdivisions sont celles d'un âge divin ou Maha-Youg ; soixante et onze Maha-Youg font 306.720.000 années, auxquelles vient s'ajouter un sandhi (ou le temps pendant lequel le jour et la nuit se confondent,  l'aube  et  le  crépuscule)  qui  équivaut  à  un  Satya-Youg ou 1.728.000. Le tout forme un manvantara de [90] 308.448.000 années 99. Quatorze manvantaras font 4.318.272.000 années, auxquelles il  faut ajouter un sandhi pour commencer le Kalpa, soit 1.728.000 années ce qui fait que le Kalpa, ou grande période, est composé de  4.320.000.000 années. Comme nous ne sommes encore maintenant que dans le Kali- Youg du vingt-huitième âge du septième manvantara de 308.448.000 années, nous avons encore une longue attente avant même d'arriver à la moitié du temps assigné à l'existence du monde.

99 Coleman, qui a établi ce calcul, laissa échapper une erreur sérieuse à son correcteur d'épreuves. La  longueur  du  Manvantara  est  donnée  comme  étant  de  368.448.000  années.  C'est, juste, 60.000.000 d'années en trop.

100 S. Davis. Essay on the Asiatic Researches et Anacalypsis de Higgins. Voir encore : Mythology of the Hindus de Coleman, Préface, p. XIII.

 

Ces chiffres ne sont pas fantaisistes, mais fondés sur des calculs astronomiques, ainsi que l'a démontré S. Davis 100. Beaucoup de savants, Higgins entre autres, malgré leurs investigations, ont été perplexes pour décider lequel de tous ceux-ci était le cycle secret. Bunsen a établi la preuve que les prêtres Egyptiens qui firent des annotations cycliques, les tenaient toujours cachées dans le plus profond mystère 101. Qui sait ? La difficulté que les savants ont rencontrée venait probablement du fait que les calculs des anciens s'appliquent également au progrès spirituel et au progrès physique de l'humanité. On comprendra sans difficulté l'étroite correspondance établie par les anciens entre les cycles de la nature et ceux de l'humanité, si nous ne perdons pas de vue leur foi dans les influences constantes et toutes puissantes des planètes sur les destins de l'humanité. Higgins pense avec raison que le cycle du système Hindou de 432.000 ans est la clé du cycle secret. Mais son insuccès à le déchiffrer est évident : comme il appartient au mystère de la création, ce cycle est le plus inviolable de tous. Il fut reproduit en chiffres symboliques seulement dans le Livre Chaldéen des Nombres dont l'original, s'il existe aujourd'hui, ne se trouve certainement pas dans les bibliothèques. Il faisait, en effet, partie d'un des plus anciens livres d'Hermès, dont la désignation ordinale n'a pas été déterminée jusqu'ici 102. [91]

101 Bunsen. Egypte, vol. I.

102 Les quarante-deux livres sacrés des Egyptiens que Clément d'Alexandrie affirma avoir existé de son temps n'étaient qu'une partie des livres d'Hermès. Jamblique sur l'autorité du prêtre Egyptien Abammon attribue 1.200 de ces livres à Hermès et 36.000 à Manetho. Mais l'affirmation de Jamblique, Théurge et Néo-Platonicien, est naturellement récusée par les critiques modernes. Manetho (que Bunsen eut en très grande estime en tant que "personnage purement historique" auquel "aucun des historiens indigènes ultérieurs ne peut être comparé")... (voir Egypte, 1, p. 97) ; devient subitement un pseudo Manetho dès que les idées émises par lui heurtent les préjugés scientifiques contre la magie et la science occulte dont se réclamaient les anciens prêtres. Toutefois, aucun archéologue ne doute un seul instant de l'antiquité presque incroyable des livres Hermétiques. Champollion a la plus grande estime pour leur authenticité et leur véracité puisqu'elles sont corroborées par beaucoup des plus anciens monuments. Bunsen donne également des preuves irréfutables de leur antiquité. Nous voyons, par exemple, grâce à ses recherches, qu'il y eut une lignée de soixante et un Rois avant l'époque de Moïse. La période Mosaïque fut précédée par une civilisation dont la trace se suit aisément au cours de plusieurs milliers d'années. Nous sommes, par conséquent, autorisés à croire que les ouvrages d'Hermès Trismégiste, existaient des siècles avant la naissance du législateur juif. "On voit des styles et des encriers représentés sur des monuments de la quatrième dynastie, la plus ancienne du monde", selon Bunsen. Si l'éminent égyptologue rejette la période 48.863 ans avant Alexandre, à laquelle Diogène Laertius ramène les récits des prêtres, il est certainement plus embarrassé des 10.000 années de leurs observations astronomiques. Il dit d'elles que, "a si ce sont vraiment des observations, elles doivent s'étendre sur une période de plus de 10.000 années" (p. 14). Il ajoute encore : "Nous apprenons, toutefois, dans un de leurs plus anciens ouvrages chronologiques…, que les traditions Egyptiennes authentiques, concernant la période mythologique, se rapportaient à des myriades d'années". (Egypte, I, p. 15).

 

En employant le calcul de la période secrète des Grands Neros et des Kalpas Hindous, quelques cabalistes, mathématiciens et archéologues qui ne savaient rien des calculs secrets, échangèrent le nombre ci-dessus mentionné de 21.000 ans en 24.000 pour la durée de la grande année, parce qu'ils supposaient que la dernière période de 6.000 années s'appliquait seulement au renouvellement de notre globe. Higgins donne cette raison : on supposait autrefois que la précession des équinoxes ne se faisait que tous les 2.000 ans, au lieu de 2.160 ans dans un signe. Ce qui donnerait pour la durée de la grande année, quatre fois 6.000, soit 24.000 ans en tout. "Par conséquent", dit-il, cela expliquerait la longueur prolongée de leurs cycles ; car, avec cette grande année, se produirait le même fait qu'avec l'année commune, jusqu'au moment où, ayant tourné autour d'un cercle immense, elle reviendrait à son point de départ". Aussi, explique-t-il le chiffre de 24.000 ans de la manière suivante : "Si l'angle que le plan de l'écliptique fait avec celui de l'équateur diminuait graduellement et régulièrement comme on supposait que c'était le cas, jusqu'à une époque toute récente, les deux plans auraient coïncidé au bout d'environ dix âges (6.000 ans). Dix âges, 6.000 ans plus tard, le soleil aurait été placé, par rapport à l'hémisphère sud, comme il l'est aujourd'hui par rapport à l'hémisphère nord. Dix âges plus tard, il serait placé comme il l'est aujourd'hui après une période de vingt-quatre à vingt-cinq mille ans, environ. Lorsque le soleil serait parvenu à l'équateur, les dix âges (ou 6.000 ans) seraient résolus et le monde détruit par le feu. Arrivé au point sud, il serait détruit par l'eau. C'est ainsi qu'il serait détruit tous les 6.000 ans ou tous les dix neros" 103.

103 Higgins. Anacalypsis.

 

Cette méthode de calculer par neros, sans tenir compte du secret dans lequel les anciens philosophes qui appartenaient tous à l'ordre sacerdotal, tenaient leur savoir, a donné lieu aux plus graves erreurs. Elle fit que les Juifs, ainsi que certains Platoniciens [92] chrétiens, affirmèrent la destruction inévitable du monde à la fin de 6.000 ans. Gale prouve à quel point cette croyance était enracinée chez les Juifs. Elle a conduit les savants modernes à rejeter entièrement les hypothèses des  anciens. De cette croyance naquirent plusieurs sectes religieuses qui, comme les Adventistes contemporains, vivent dans l'attente de la destruction prochaine du monde.

Comme notre planète tourne tous les ans une fois autour du soleil et, aussi, une fois par vingt-quatre heures sur elle-même, traversant ainsi des cycles mineurs à l'intérieur de cycles plus grands, l'œuvre des périodes cycliques mineures est accomplie et recommencée dans les limites du Grand Saros.

La révolution du monde physique, suivant la doctrine ancienne, est accompagnée d'une révolution analogue dans le monde de l'intellect ; le monde spirituel évoluant par cycles ainsi que le monde physique.

Nous constatons, par conséquent, dans l'histoire, une succession alternée de flux et de reflux pour la marée du progrès humain. Les grands empires du monde, après avoir atteint le point culminant de leur puissance, retombent en obéissant à la même loi qui les avait portés au faîte. Puis, lorsqu'ils ont atteint le point le plus bas, l'humanité se ressaisit et monte de nouveau et le sommet qu'elle touche alors, suivant la loi de progression ascendante par cycles, est un peu plus élevé que le dernier sommet atteint avant la dernière période descendante.

La division de l'histoire de l'humanité en âges d'Or, d'Argent, de Cuivre et de Fer n'est pas une fiction. Nous voyons le même phénomène dans la littérature des peuples. Un âge de grande inspiration et de production inconsciente est, invariablement, suivi d'un âge de critique et de conscience. Le premier fournit les matériaux destinés à l'intellect analytique et critique du second.

C'est ainsi que tous les grands Etres, ces géants qui dominent l'histoire de l'humanité, le Bouddha-Siddârtha et Jésus, dans le domaine spirituel ; Alexandre de Macédoine et Napoléon le Grand dans celui des conquêtes physiques, sont uniquement des images reflétées de types humains ayant existé déjà dix milliers d'années auparavant, dans le déca-millénium antérieur et qui sont reproduits par les pouvoirs mystérieux qui président à la destinée de notre monde. Aucun personnage saillant n'existe dans les annales de l'histoire profane ou sacrée dont le prototype ne puisse être retrouvé dans les traditions semi-fictives et semi-réelles des religions et des mythologies d'autrefois. Comme l'étoile qui brille à une distance incommensurable au-dessus de nos têtes se reflète dans les eaux limpides d'un lac, de même l'imagerie des hommes antédiluviens se réfléchit dans les périodes dont nous pouvons embrasser l'histoire en rétrospective. [93]

En bas, comme en haut. Ce qui a été, sera de nouveau. Sur la terre comme dans le ciel.

 Le monde est toujours ingrat envers les grands hommes. Florence a élevé une statue à Galilée mais à peine cite-t-elle Pythagore. Le premier avait un guide tout prêt. Copernic qui, dans ses traités, fut obligé de lutter contre le système universellement admis de Ptolémée. Mais ni Galilée, ni l'astronomie moderne n'ont découvert l'emplacement des corps planétaires. Des milliers d'années avant eux, toutes ces connaissances étaient enseignées par les sages de l'Asie moyenne d'où Pythagore les apporta, non comme des hypothèses mais comme une science démontrée. "Les nombres de Pythagore, dit Porphyre, étaient des symboles hiéroglyphiques au moyen desquels il expliquait toutes les idées concernant la nature de toutes choses" 104.

C'est donc en vérité à l'antiquité seule que nous devons nous adresser pour connaître l'origine de toutes choses. Combien est juste l'opinion de Hargrave Jennings quand il parle des Pyramides et combien vraies sont ses paroles quand il demande : "Est-il seulement raisonnable de conclure qu'à l'époque où les connaissances les plus étendues, où les pouvoirs humains étaient surprenants, comparés à ceux que nous possédons aujourd'hui, que tous ces effets physiques insurpassables et à peine croyables – que des ouvrages comme ceux des Egyptiens –– étaient consacrés à une erreur ? Est-il raisonnable de croire que ces myriades d'hommes des bords du Nil étaient des fous travaillant dans les ténèbres, que toute la magie de leurs grands hommes était une tromperie et, enfin, que nous, en méprisant ce que nous appelons leur superstition et leur puissance gaspillée, nous seuls soyons sages ? Non, il y a probablement bien plus dans ces vieilles religions que – dans l'audace de nos dénégations modernes, dans la confiance de notre époque vaine de sa science spirituelle, et dans la raillerie de nos jours sans foi – il y a plus, beaucoup plus qu'on ne le suppose. Nous ne comprenons pas l'antiquité. Ainsi nous voyons comment se concilient la pratique classique et les enseignements du paganisme, comment même le Gentil et le Juif, la doctrine mythologique et la doctrine chrétienne tombent d'accord dans la foi générale basée sur la Magie. Certes, la magie est possible : telle est la morale de ce livre" 105. [94]

104 De vit. Pythog.

105 The Rosicrucians, etc., par Hargrave Jennings.

 

C'est possible. II y a trente ans, lorsque les premiers coups frappés de Rochester,   éveillèrent  l'attention sur la réalité d'un monde invisible, lorsque la petite averse de coups frappés devint graduellement un torrent qui inonda tout le globe, les spirites n'eurent à lutter que contre deux puissances : la Théologie et la Science. Mais les Théosophes ont en face d'eux, outre ces deux ennemies, le monde en général et les spirites tout les premiers.

"Il y a un Dieu personnel et un Diable personnel", dit, de sa voix tonnante, le prédicateur chrétien, "Anathème à celui qui oserait dire non".

– "Il n'y a pas d'autre Dieu personnel que la matière grise enfermée dans notre cerveau", lui répond avec mépris le matérialiste. "Et il n'y a point de Diable. Que celui qui l'affirme soit considéré comme un triple idiot". Pendant ce temps, les occultistes et les vrais philosophes ne font attention ni à l'un ni à l'autre des deux combattants. Ils persévèrent dans leur œuvre. Aucun d'eux ne croit à l'absurde Dieu passionné et instable de la superstition, mais tous croient au bien et au mal. Notre raison humaine, émanation de notre mental fini, est certainement incapable de comprendre une intelligence divine, une entité infinie et éternelle. Aussi, selon la stricte logique, ce qui transcende notre intelligence, ce qui resterait absolument incompréhensible pour nos sens, ne peut pas exister pour nous. Donc cela n'existe pas. Ce raisonnement borné est d'accord avec celui de la science et dit : "Il n'y a pas de Dieu". Mais, d'un autre côté, notre Ego, ce qui vit, pense et sent indépendamment de nous, dans notre enveloppe mortelle, notre moi fait plus que croire. Il sait qu'il existe un Dieu dans la nature car le seul et invincible Artisan, vit en nous, comme nous vivons en Lui. Il n'est point de foi dogmatique ni de science exacte qui puisse déraciner ce sentiment intuitif inhérent à l'homme lorsqu'une fois il l'a pleinement perçu en lui.

La nature humaine est comme la nature universelle dans son horreur du vide. Elle éprouve une aspiration intuitive vers une Puissance Suprême. Faute d'un Dieu, le cosmos lui apparaîtrait comme un corps sans âme. Empêché de Le chercher là où seulement Sa trace pouvait être trouvée, l'homme a rempli ce vide pénible avec le Dieu personnel que ses maîtres spirituels ont façonné exprès pour lui avec des ruines éparses des mythes païens incompris et des philosophies surannées de l'antiquité. Comment expliquer autrement la croissance en champignon de nouvelles sectes dont quelques-unes dépassent le comble de l'absurde ? Le genre humain a un besoin irrépressible, inné ; il lui faut le satisfaire dans une religion quelconque qui supplanterait la théologie dogmatique, indémontrée et indémontrable de nos siècles chrétiens. Ce besoin c'est le désir ardent de preuves de l'immortalité. [95] Sir Thomas Browne l'exprime très bien : "... le plus lourd pavé que la mélancolie puisse lancer à un homme, c'est de lui déclarer qu'il est au bout de sa nature, ou que pour lui il n'est point d'état futur vers lequel il irait progressivement et qu'alors tout serait vain". Qu'une religion quelconque, capable d'offrir ces preuves de notre immortalité, sous la forme de faits scientifiques, vienne à être proposée : le système actuel se trouvera placé dans l'alternative de renforcer ses dogmes par ces faits mêmes ou de perdre tout droit au respect et à l'affection de la chrétienté. Un ministre du culte chrétien a été forcé de reconnaître qu'il n'y a point de source authentique où l'assurance d'une existence future ait pu être puisée par l'homme. Comment cette croyance se serait-elle donc maintenue pendant des siècles sans nombre si ce n'est parce que parmi toutes les nations, civilisées ou non on a accordé à l'homme cette preuve démonstrative ?

Est-ce que l'existence de cette croyance ne prouve pas, elle-même, que le penseur philosophe et le sauvage irrationnel ont, tous deux, été forcés d'admettre le témoignage de leur sens ? Si dans des cas déterminés, une illusion spectrale peut être résultée de causes physiques, d'autre part, dans des milliers de cas, il y a eu des apparitions de personnes conversant avec plusieurs individus à la fois : ensemble, ces témoins ont vu et entendu car, certainement tous n'avaient point l'esprit en désordre.

Les plus grands penseurs de la Grèce et de Rome considéraient ces apparitions comme des faits démontrés. Ils distinguaient les apparitions par les noms de manés, anima, umbra : les manès descendaient, après la mort de l'individu, dans le monde inférieur, l'anima, esprit pur, remontait au ciel ; enfin l'umbra, inquiète l'âme liée à la terre errait autour de sa tombe parce que l'attraction de la matière et l'affection pour son corps mortel l'emportaient en elle et empêchaient son essor vers les hautes régions.

"Terra legit carnem tumulum circumvolet umbra,

Orcus habet manes, spiritus astra petit".

Dit Ovide au sujet des triples constituants de l'âme.

Mais toutes ces définitions doivent être soumises à la soigneuse analyse de la philosophie. Trop de nos penseurs ne voient guère que les nombreux changements de langage, la phraséologie allégorique. Le désir évident  de  secret  chez  les  écrivains  Mystiques,  car, le secret était obligatoire en ce qui concernait les mystères du sanctuaire, a pu causer de grossières méprises aux traducteurs et aux commentateurs. [96]

Les expressions des alchimistes du moyen âge ont été traduites littéralement. Le symbolisme voilé de Platon même, est généralement mal interprété par le lettré moderne. Un jour viendra sans doute où on fera mieux. Alors, on se convaincra que la méthode de l'extrême nécessité fut pratiquée dans l'ancienne philosophie aussi bien que dans la moderne. Dès les premières époques de l'humanité, les vérités fondamentales de tout ce qu'il nous est donné de connaître sur la terre, furent  soigneusement confiées à la garde des adeptes du sanctuaire. La différence des croyances et des pratiques religieuses était purement extérieure. Ces gardiens de la révélation divine primitive qui avait résolu tous les problèmes  accessibles à l'intelligence humaine, étaient liés entre eux par une franc-maçonnerie universelle de science et de philosophie : ils formaient une chaîne ininterrompue autour du globe. C'est à la philologie et à la physiologie de trouver l'extrémité du fil. Alors, on verra que l'écheveau du mystère peut être débrouillé si l'on dégage une seule boucle des systèmes religieux antiques.

Faute d'avoir connu ces preuves ou, pour avoir refusé de les connaître, des hommes comme Hare et Wallace, avec d'autres penseurs de talent, ont été acculés dans l'impasse du spiritisme moderne. Les mêmes raisons ont réduit d'autres esprits, entièrement dépourvus d'intuition spirituelle, à se plonger dans un matérialisme grossier décoré de noms divers.

Mais nous ne voyons pas l'utilité de pousser plus loin cette étude. Selon la plupart de nos contemporains, il n'y eut qu'un jour de savoir ; à son aurore assistaient les philosophes anciens, et son midi radieux est à nous. Le témoignage de centaines de penseurs antiques et médiévaux est aussi inutile à nos expérimentateurs modernes que si le monde datait seulement de la première année de notre ère, que tout savoir était de date récente. Cependant, nous ne perdons ni espoir ni courage. Le moment est plus opportun que jamais pour passer en revue les philosophies antiques. Les archéologues, les philologues, les astronomes, les chimistes et les physiciens s'approchent de plus en plus de ce point où ils seront forcés de s'en occuper. La science physique a déjà atteint ses limites d'exploration, la théologie dogmatique voit tarir les sources de son inspiration. A moins que les signes précurseurs ne nous trompent, le jour est proche où le monde accueillera  les  preuves  que  les  religions  anciennes  seules  étaient en harmonie avec la nature et que la science antique embrassait tout ce qui peut être connu. Des secrets longtemps gardés pourraient être révélés, des livres longtemps oubliés, et des arts depuis longtemps perdus, pourraient être remis en lumière ; des papyrus et des parchemins d'une importance inestimable se retrouveront entre les mains d'hommes qui déclareront les avoir déroulés autour des momies [97] ou trouvés dans les ténèbres des cryptes : Tablettes et piliers pourraient être exhumés, interprétés et leurs révélations sculptées surprendre les théologiens et confondre les savants. Qui connaît les possibilités de l'avenir ? Une ère de désillusion et de reconstruction va commencer. Que dis-je ? Elle est commencée déjà. Le cycle a presque accompli sa course. Un cycle nouveau est sur le point de naître. Les pages futures de l'histoire mettront en pleine évidence et prouveront absolument que :

S'il faut en croire nos ancêtres, Des esprits sont descendus converser avec l'homme Et lui ont révélé les secrets du monde inconnu.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:36:50 +0000
CHAPITRE II - PHENOMENES ET FORCES https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/389-chapitre-ii-phenomenes-et-forces https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/389-chapitre-ii-phenomenes-et-forces

CHAPITRE II

PHENOMENES ET FORCES

 

"L'orgueil, lorsque l'esprit de répartie fait défaut, accourt à notre défense et prend toute la place laissée libre par le bon sens…"

 POPE.

"Mais pourquoi les opérations de la nature seraient-elles changées ? II peut y avoir une philosophie plus profonde que nous ne l'avons rêvé, une philosophie qui découvre les secrets de la nature mais qui, en les pénétrant n'en altère pas la marche."

 BULWER-LYTTON.

 

Est-ce assez pour l'homme de savoir qu'il existe ? Suffit-il qu'un être humain soit formé pour qu'il mérite le nom d'HOMME ? Voici notre opinion bien arrêtée et notre conviction : pour devenir une véritable entité spirituelle digne de ce titre, l'homme doit commencer pour ainsi dire par se recréer : c'est-à-dire éliminer complètement de son mental et de son âme, non seulement toute influence dominante d'égoïsme et d'autre impureté, mais aussi toute infection de la superstition et du préjugé. J'entends par-là toute autre chose que l'antipathie et la sympathie prises dans l'acception commune. L'énergique courant magnétique qui se dégage des idées aussi bien que des corps physiques, génère une influence particulière, un sombre tourbillon qui, tout d'abord, nous entraîne irrésistiblement. Il nous enveloppe et nous finissons par n'en plus pouvoir sortir. C'est que nous n'en avons point le courage, arrêtés que nous sommes par une honteuse lâcheté morale : la crainte de l'opinion publique. Il est rare que les hommes envisagent une chose sous son jour, faux ou vrai, par libre exercice de leur jugement personnel. Bien au contraire. Ordinairement, la conclusion procède d'une aveugle adoption des opinions courantes parmi ceux avec lesquels nous frayons. Un paroissien ne croira jamais payer trop cher, si absurde qu'en soit le prix, sa place au banc d'œuvre. De même un matérialiste n'ira pas deux fois entendre M. Huxley traiter de l'évolution parce qu'il croit bon de le faire, mais parce que Monsieur un Tel et Madame une Telle, personnages considérés comme donnant le ton, le font. [100]

Il en va de même pour toutes choses. Si la psychologie avait eu son Darwin, on aurait peut-être démontré qu'au point de vue de nos qualités morales, l'origine de l'homme était étroitement liée à celle de sa forme physique. Par la servilité de sa condition et sa mimique, la société suggère à l'observateur attentif l'idée d'une parenté, entre les êtres humains et ceux de l'espèce simiesque, encore plus frappante peut-être que ne l'indiquent les signes extérieurs relevés par le grand anthropologiste. Les nombreuses variétés du singe, cette "caricature de l'homme", paraissent avoir évolué exprès pour fournir à certaines catégories de personnes, dispendieusement attifées, les éléments de leurs arbres généalogiques.

La science, chaque jour, avance rapidement dans le sens des grandes découvertes en chimie, en physique, en organologie, en anthropologie. Les savants devraient être libres de toute conception a priori et de tout préjugé. Et malgré la liberté de pensée et d'opinion, les savants d'aujourd'hui sont les mêmes hommes qu'autrefois. C'est le fait d'un rêveur et d'un utopiste, d'imaginer que l'évolution, le développement des idées nouvelles ont changé l'homme. Il est possible que le sol soit convenablement fertilisé, préparé pour une récolte annuelle de fruits plus abondants et meilleurs ; mais, si vous bêchez un peu profondément, sous la couche utile à la récolte, vous retrouverez le sous-sol tel qu'il était avant le premier sillon.

Il y a peu d'années, mettre en doute l'infaillibilité d'un dogme théologique quelconque, suffisait pour mériter la réputation d'iconoclastes et d'hérétiques ! Væ victis... La Science a vaincu. Mais, à son tour, le vainqueur réclame la même infaillibilité. Bien qu'il ne prouve pas mieux son droit. "Les temps changent et nous changeons avec eux". Ce dicton du bon vieux Lotharius s'applique au cas dont il s'agit. Néanmoins notre sentiment est que nous avons quelque droit à mettre en question les grands prêtres de la Science.

Depuis bien des années, nous avons surveillé le développement de la croissance de cette pomme de discorde : LE SPIRITISME MODERNE. Familiers avec sa littérature, en Europe comme en Amérique, nous avons suivi avec une attention intéressée ses interminables disputes et nous avons comparé ses hypothèses contradictoires. De nombreuses personnes instruites, hommes et femmes – spirites hétérodoxes, naturellement – ont essayé de sonder ces phénomènes Protéens. Ils ont simplement abouti à la conclusion suivante : quelles que soient les raisons de ces échecs constants – qu'on les attribue aux investigateurs ou à la Force secrète qui agit – il est au moins prouvé que plus les manifestations psychologiques sont fréquentes et variées, plus aussi sont impénétrables les ténèbres qui entourent leur origine. [101]

II est oiseux de le nier : nous sommes aujourd'hui témoins de phénomènes dont la nature est mystérieuse. On les désigne généralement et peut-être, à tort, sous le nom de spirites. Consentons une importante défalcation pour des fraudes astucieuses, il en reste cependant assez pour solliciter l'attentif examen de la science. "Et cependant elle tourne" ; cette phrase, prononcée il y a des siècles, est passée dans le langage courant. De nos jours, il n'est plus indispensable d'avoir le courage de Galilée pour la jeter à la face de l'Académie. Déjà les phénomènes psychologiques en sont à l'offensive.

Les savants modernes déclarent que, même si la production  de certains phénomènes mystérieux en présence des médiums est un fait avéré, rien ne prouve que ces phénomènes ne soient pas attribuables à quelque anomalie dans la constitution nerveuse de ces individus. Il faut que cette question soit tranchée avant d'envisager s'il est possible que les phénomènes soient produits par des esprits humains revenant ici-bas. Une légère objection peut être faite à cette manière de voir. Sans doute, l'obligation de la preuve incombe à ceux qui affirment l'intervention des esprits. Si les hommes de science voulaient aborder le sujet en toute bonne foi, avec l'ardent désir de résoudre un mystère angoissant, s'ils n'affichaient pas un mépris peu digne et peu professionnel, ils ne s'exposeraient à aucun blâme. Certes, les communications "spirites" sont, pour la plupart, de nature à dégoûter les chercheurs, même d'intelligence moyenne. Quand elles sont authentiques, elles sont triviales, quelconques et, souvent, vulgaires. Depuis vingt ans, par l'intermédiaire de certains médiums, nous avons, reçu des messages supposés émaner de Shakespeare, Byron, Franklin, Pierre le Grand, Napoléon, Joséphine, voire de Voltaire. Notre impression était que le conquérant français et son épouse semblaient avoir oublié l'orthographe, que Shakespeare et Byron étaient tombés dans l'ivrognerie chronique et Voltaire dans l'imbécillité. Qui pourrait blâmer des hommes habitués à des principes exacts, ou même des personnes instruites tout simplement si elles concluent que lorsque des fraudes aussi évidentes sont en surface, il leur serait difficile de trouver la vérité en allant au fond. Accoler des noms célèbres à des communications idiotes, a infligé une telle indigestion à l'estomac des savants qu'ils ne peuvent plus assimiler même la grande vérité qui repose  sur  les  plateaux télégraphiques 106 de cet océan de phénomènes psychologiques. Ils jugent d'après une surface souillée d'écume et de mousse. Mais ils pourraient, avec une égale exactitude, nier l'existence de toute eau claire dans les [102] profondeurs de la mer, sous prétexte qu'une écume graisseuse flotte à la surface. Par conséquent, si, d'un côté, nous ne pouvons les blâmer de reculer au premier aspect de ce qui semble réellement répulsif, nous avons par contre le droit de les critiquer – et nous en usons – pour leur répugnance à explorer plus profondément. Ni perles, ni diamants taillés ne peuvent être trouvés sur le sol. Et ces gens agissent aussi follement qu'un plongeur de profession, qui rejetterait une huître perlière en raison de son aspect malpropre et vaseux alors qu'en l'ouvrant il aurait trouvé une perle précieuse dans la coquille.

106 Il s'agit des fonds marins où reposent les câbles télégraphiques (N.d.T)

 

Même les reproches justes et sévères formulés par quelques-uns de leurs chefs de file sont sans effet. La peur des savants de se livrer à des recherches, sur un sujet aussi impopulaire, semble avoir tourné maintenant à une panique générale. "Les phénomènes poursuivent les savants, et les savants fuient les phénomènes". Cette remarque pleine d'à propos fut faite par M. A. N. Aksakof dans un excellent article sur le Médiumnisme et le Comité scientifique de Saint-Pétersbourg. L'attitude de ce  corps professoral en ce qui concerne le sujet qu'il s'était spontanément engagé à étudier, fut simplement honteuse, d'un bout à l'autre. Son rapport, prématuré et combiné à l'avance, était si évidemment partial et si peu concluant qu'il suscita une protestation méprisante de la part des incrédules eux-mêmes.

Le manque de logique chez nos savants messieurs, contre la philosophie du spiritisme proprement dit est admirablement dénoncée par le professeur John Fisk, un des leurs. Dans un récent travail philosophique, The Unseen World, tout en montrant bien que d'après la définition même des termes matière et esprit l'existence de l'esprit ne peut être démontrée aux sens, et, qu'ainsi, aucune théorie n'est justiciable des preuves scientifiques, il porte un coup sévère à ses collègues, dans ces lignes : "Le témoignage dans un cas de ce genre, dit-il, dans les conditions de la vie présente, doit forcément rester pour toujours inaccessible. Les preuves sont entièrement hors du domaine de l'expérience. Si abondantes qu'elles soient, nous ne pouvons espérer les rencontrer. Et, par conséquent, l'impossibilité où nous sommes de les produire ne peut susciter la moindre présomption contre notre théorie. Quand on l'envisage ainsi, la croyance à la vie future n'a pas d'appui scientifique, mais, en même temps, elle est au-delà du besoin d'une base scientifique et elle échappe à la critique scientifique. C'est une croyance que ne pourront combattre, en quoi que ce soit, tous les progrès futurs et imaginables des découvertes physiques. C'est une croyance qui n'est en aucune façon irrationnelle et qu'on peut avoir logiquement sans affecter notre tournure scientifique d'esprit et sans que nos conclusions scientifiques en soient influencées". "Si, [103] maintenant, ajoute-t-il, les hommes de science veulent accepter ce point de vue que l'esprit n'est pas la matière, qu'il n'est pas régi par les lois de la matière ; s'ils s'abstiennent, dans les spéculations sur l'esprit, de le restreindre par leur connaissance des choses matérielles, ils auront supprimé ce qui, de nos jours, est, pour les hommes religieux, la principale cause d'irritation".

Mais, ils ne le feront pas. Ils s'exaltent quand des hommes aussi supérieurs que Wallace ont le courage, la loyauté, le mérite de s'incliner, et refusent d'accepter la manière de voir, si prudente et si restrictive soit-elle, de M. Crookes.

Pour réclamer l'attention en faveur des opinions contenues dans le présent ouvrage, notre seul titre est qu'elles sont fondées sur bien des années d'études concernant à la fois l'ancienne magie et le Spiritisme, sa forme moderne. La première, même maintenant où les phénomènes, semblables à ceux d'autrefois, sont devenus familiers à tous, est communément écartée comme une adroite jonglerie ; le second, alors que la force de l'évidence exclut toute possibilité de crier franchement au charlatanisme, est dénoncée comme une hallucination universelle.

Beaucoup d'années d'errances parmi les magiciens "païens"et "chrétiens", parmi les occultistes, les magnétiseurs et tutti quanti appartenant à la magie blanche ou noire, doivent suffire, pensons-nous, pour nous donner un certain droit de nous sentir compétente, pour considérer pratiquement cette question douteuse et très compliquée.   Nous avons frayé avec les fakirs, les saints de l'Inde, et les avons vus en communication avec les Pitris. Nous avons surveillé les actes et le modus operandi des derviches tourneurs et hurleurs ; entretenu d'amicales relations avec les marabouts de Turquie d'Europe et d'Asie : les charmeurs de serpents de Dansas et de Bénarès n'ont guère de secrets que nous n'ayons eu la bonne fortune d'étudier. Aussi, quand des hommes de science qui n'ont jamais eu l'occasion de vivre parmi ces jongleurs orientaux et, ne peuvent tout au plus, que juger superficiellement, nous disent que dans leurs performances il n'y a rien que de simples tours de prestidigitation, malgré nous nous ne pouvons que regretter profondément des conclusions aussi précipitées. Se réclamer aussi prétentieusement d'une analyse approfondie des forces de la nature et, en même temps, étaler une aussi impardonnable négligence pour les questions d'un caractère purement physiologique et psychologique, rejeter sans appel et sans examen des phénomènes aussi surprenants, c'est faire montre d'une inconséquence fortement teintée de timidité, si ce n'est de déviation morale.

Aussi, dussions-nous jamais recevoir de quelque Faraday contemporain le même trait que celui décoché par ce gentleman, [104] il y a des années, avec plus de sincérité que de bonne éducation il est  à craindre que nous persisterions dans notre croyance. Faraday prétendit : "Bien des chiens ont le pouvoir d'arriver à des conclusions beaucoup plus logiques que certains spirites 107". L'injure n'est pas un argument, encore moins une preuve. Des hommes comme Huxley et Tyndall auront beau nommer le spiritisme "une croyance dégradante" et la magie orientale "jonglerie", ils ne peuvent cependant faire que la vérité ne soit pas la vérité. Le scepticisme, qu'il procède d'une cervelle scientifique ou ignorante, est incapable de détruire l'immortalité de nos âmes – si cette immortalité est un fait – et les plonger dans l'anéantissement post-mortem. "La Raison est sujette à l'erreur", dit Aristote : l'opinion aussi. Les vues personnelles du plus savant philosophe risquent plus souvent de se montrer erronées que le bon sens naïf de sa cuisinière illettrée. Dans les Contes du Calife impie, Barrachias-Hassan-Oglu, le sage arabe, tient ce discours très sensé : "Garde-toi, ô mon fils, de t'exalter. C'est un empoisonnement agréable et, par conséquent, très dangereux. Profite de ta propre sagesse mais apprend à respecter aussi la sagesse de tes ancêtres. Et rappelle-toi, ô mon  bien-aimé,  que  souvent  la  lumière  de  la  vérité  d'Allah entrera beaucoup plus facilement dans une tête vide que dans une autre si remplie de savoir que maint rayon d'argent est laissé dehors, faute de place... C'est ce qui arrive pour notre trop sage Cadi".

107 W. Crookes, F.R.S. Recherches sur les Phénomènes du Spiritisme

.

Jamais les représentants de la science moderne, dans les deux hémisphères, ne semblent avoir eu autant de mépris, autant d'amertume, envers l'insondable mystère, que depuis le jour où M. Crookes entreprit, à Londres, d'étudier les phénomènes. Le premier, ce savant présenta courageusement au public une de ces sentinelles  prétendues "matérialisées" qui gardent les portes interdites. Après lui, plusieurs autres érudits appartenant au corps scientifique mirent la main au travail et s'attaquèrent aux phénomènes. Belle et courageuse probité qu'on pourrait qualifier d'héroïsme tant l'objet de leurs recherches était impopulaire !

Hélas, si l'esprit, c'est certain, était prompt, il se trouva que la chair était faible. Le ridicule était plus que la majorité de ces hommes ne pouvait supporter, de sorte que le fardeau le plus lourd retomba sur les épaules de M. Crookes. Un aperçu des profits que ce vaillant retira de ses recherches désintéressées, les remerciements qu'il reçut de la part de ses savants confrères, vous les trouverez dans ses trois brochures intitulées : Recherches sur les phénomènes du Spiritisme. [105]

Quelque temps après, les membres désignés pour le comité de la Société de dialectique et M. Crookes, après avoir soumis ses médiums aux épreuves les plus sévères, furent, sommés par un public impatient de rapporter en termes compréhensibles ce qu'ils avaient vu. Mais que pouvaient-ils dire, sinon la vérité ? C'est ainsi qu'ils furent forcés de reconnaître les points suivants : I. Les phénomènes, dont ils avaient, au moins, eux-mêmes été les témoins, étaient authentiques, impossibles à simuler ; donc que des manifestations produites par quelque  force inconnue pouvaient avoir lieu et avaient eu lieu. II. Ils ne pouvaient affirmer si ces phénomènes étaient produits par des esprits désincarnés ou par d'autres entités analogues, mais des manifestations qui renversent toutes les théories préconçues des lois naturelles avaient certainement lieu. Plusieurs de ces manifestations avaient eu lieu dans leurs propres  familles.

  1. A part le fait indiscutable de la réalité des phénomènes, "aperçus d'une action naturelle dont la loi n'est pas encore établie" 108, ils ne pouvaient, malgré tous leurs efforts, rien en tirer. Ça n'avait "ni queue ni tête" selon l'expression du Comte de Gabalis.

108 W. Crookes. Experiments on psychie Force, p. 25

 

Or, c'était précisément ce qu'un public sceptique n'avait pas prévu. Avant que les conclusions de MM. Crookes, Varley et la Société de la Dialectique fussent publiées, on escomptait impatiemment la déconfiture des fervents du Spiritisme. De tels aveux, venant de leurs confrères en science, humiliaient trop l'orgueil de ceux-là même qui s'étaient timidement abstenus de toute investigation. On trouvait vraiment trop fort que se fussent manifestés ces phénomènes si vulgaires et si répugnants, qui du consentement commun des gens instruits étaient considérés comme des contes de nourrices, bons tout au plus à distraire des bonniches hystériques et à faire la fortune des somnambules de profession ? Et voilà que ces manifestations, vouées à l'oubli par l'Académie et l'Institut de Paris, avaient l'impertinence d'échapper à des chercheurs, experts ès-sciences physiques !

Une tempête d'indignation suivit cette confession, M. Crookes la dépeint dans sa brochure sur la Force Psychique. Avec beaucoup d'à propos il met en épigraphe cette citation de Galvani : "Je suis attaqué par deux sectes très opposées : les savants et les ignares. Cependant je sais avoir découvert une des plus grandes forces de la nature". Puis il continue :

"On considérait comme acquis que les résultats de mes expériences devaient concorder avec leurs opinions préconçues. Ce qu'ils désiraient ce n'était pas la vérité mais un témoignage supplémentaire en faveur de leurs conclusions arrêtées d'avance. Quand [106] ils trouvèrent que les faits établis par cette investigation ne pouvaient pas être adaptés à leurs opinions, eh bien… ce fut tant pis pour les faits. Ils essayèrent alors de se dérober à leurs propres recommandations, autrefois si confiantes, concernant l'enquête et déclarèrent "que M. Home est un adroit escamoteur qui nous a tous dupés". "M. Crookes aurait aussi bien fait d'étudier les tours d'un jongleur indien". "M. Crookes devra se procurer de meilleurs témoins avant de pouvoir obtenir créance". "La chose est trop absurde pour être traitée sérieusement". "C'est impossible, donc cela ne peut pas être…" (Je n'ai jamais dit que ce fût possible, j'ai dit seulement que c'était vrai).

 "Les observateurs ont tous été hallucinés, ils s'imaginent qu'ils ont vu se produire des choses qui, réellement, n'ont jamais eu lieu", etc., etc. 109.

109 W. Crookes. Spiritualism Viewed by the Light of Modern Science. Voir Quarterly Journal of Science.

110 A. Aksakof. Phenomena of Mediumnism. Voir Quarterly Journal of Science.

 

Après avoir dépensé leur énergie sur des théories aussi enfantines que "la cérébration inconsciente", la contraction musculaire involontaire" et celle parfaitement ridicule "du muscle craqueur" ; après avoir subi de honteux échecs grâce à l'obstination que la nouvelle force mettait à survivre, et, finalement, après tous les efforts les plus désespérés pour supprimer cette force en l'oblitérant, ces fils de la défiance – comme saint Paul appelle les hommes de cette catégorie – crurent que le mieux était d'abandonner le tout. Sacrifiant ceux de leurs frères qui avaient le courage de persévérer sur l'autel de l'opinion publique ils se retirèrent dans un silence compassé. Laissant l'arène de l'investigation à des champions moins timorés, ces expérimentateurs malheureux ne sont, vraisemblablement pas disposés à y rentrer 110. Nier la réalité de telles manifestations quand on s'en tient prudemment éloigné, est beaucoup plus facile que de trouver la place qui leur convient dans les classes qui se répartissent les phénomènes acceptés par la science exacte. Comment le pourraient-ils puisque tous ces phénomènes sont du domaine de la psychologie et que celle-ci, avec ses pouvoirs occultes et mystérieux, est une terre inconnue pour la science moderne ? Ainsi, impuissants à expliquer ce qui procède directement de la nature même de l'âme  humaine – dont la plupart d'entre eux nient l'existence – peu désireux, en même temps, d'avouer leur ignorance, les savants se vengent bien injustement sur ceux qui croient au témoignage de leurs sens et n'ont aucune prétention à la science.

"Un coup de pied de toi est doux, ô Jupiter !" Dit le poète Tretiakowsky, dans une vieille tragédie russe. Si grossiers que ces Jupiters de la science soient, à l'occasion, susceptibles d'être envers [107] nous, mortels crédules, leur immense savoir – dans des questions moins obtuses, s'entend – leur donnerait, à défaut de bonnes manières, des titres au respect public. Mais, malheureusement, les dieux ne sont pas ceux qui crient le plus fort.

 L'éloquent Tertullien, parlant de Satan et de ses suppôts qu'il accuse sans cesse de contrefaire les œuvres du Créateur, les appelle "les singes de Dieu". Il est heureux pour nos philosophicules que nous n'ayons pas un Tertullien moderne pour leur assurer l'immortalité du mépris, en tant que "singes de la science".

Mais revenons aux véritables savants : "Les phénomènes d'un caractère seulement objectif, dit A.-N. Aksakof, s'imposent  à l'investigation et à l'explication des représentants des sciences exactes ; mais les grands prêtres de la science, en face d'une question si simple en apparence… sont totalement déconcertés ! Ce sujet paraît avoir le privilège de les amener à trahir, non seulement la règle la plus sublime du Code de moralité, la Vérité ; mais aussi la loi suprême de la Science, l'expérimentation"… Ils sentent que la question a des fondements trop sérieux. Les cas de Hare, Crookes, de Morgan, Varley, Wallace et Butleroff créent la panique ! Ils craignent d'être contraints à céder tout le terrain s'ils lâchent un seul pied. Les principes, vénérables par leur antiquité, les spéculations contemplatives d'une vie entière, voire d'une longue suite de générations, tout cela est en jeu sur une seule carte 111 !"

111 A. Aksakof. Phenomena of Mediumnism.

 

Que pouvons-nous attendre de nos flambeaux d'érudition en présence d'expériences comme celles de Crookes, de la Société de Dialectique, de Wallace et de feu le professeur Hare ? Leur attitude devant  les phénomènes indéniables est en soi un phénomène. Elle est simplement incompréhensible à moins d'admettre la possibilité d'une autre maladie psychologique aussi mystérieuse et aussi contagieuse que l'hydrophobie. Nous ne voulons pas nous enorgueillir de l'avoir découverte, nous nous contenterons de proposer le nom de psychophobie scientifique.

L'école d'une amère expérience aurait dû leur apprendre qu'on ne peut se fier que jusqu'à un certain point à ce que les sciences positives présument d'elles-mêmes ; tant qu'un seul mystère dans la nature reste inexpliquée, le mot "impossible" est un mot qu'il leur est dangereux de prononcer.

Dans ses Recherches sur les phénomènes du Spiritisme, M. Crookes soumet à l'opinion huit théories "pour expliquer les phénomènes qui ont été observés". Les voici :

 "Première Théorie. – Tous les phénomènes résultent de tours de mains, d'habiles dispositions mécaniques ou de trucs de [108] prestidigitation ; les médiums sont des imposteurs et les autres assistants des imbéciles.

"Seconde Théorie. – Ceux qui assistent à la séance sont victimes d'une sorte de manie, d'illusion ; ils imaginent des phénomènes qui n'ont aucune véritable existence objective.

"Troisième Théorie. – Le tout est le résultat d'une action cérébrale consciente ou inconsciente.

"Quatrième Théorie. – Le tout provient de l'esprit du médium, associé peut-être avec les esprits d'une partie ou de la totalité des personnes présentes.

"Cinquième Théorie. – C'est l'action des mauvais esprits, ou des diables, personnifiant qui ils veulent ou ce qu'ils veulent afin de saper le christianisme et de perdre les, âmes humaines (c'est la théorie de nos théologiens).

"Sixième Théorie. – L'action d'êtres habitant la terre, immatériels, invisibles pour nous, appartenant à une catégorie distincte, capables cependant, à l'occasion, de manifester leur présence connus dans presque tous les pays et à toutes les époques comme des démons (pas nécessairement mauvais), sous les noms de gnomes, fées, kobolds, elfes, lutins, puck, etc…(c'est une des opinions des cabalistes).

"Septième Théorie. – L'action d'êtres humains désincarnés (c'est la théorie spirite par excellence).

"Huitième Théorie. – (La force psychique)… c'est un appoint aux quatrième, cinquième, sixième et septième théories".

La première de ces théories n'ayant été reconnue juste que dans des cas exceptionnels, mais malheureusement encore trop fréquents, doit être rejetée parce qu'elle n'a pas de portée matérielle sur les phénomènes eux- mêmes. Les seconde et troisième théories sont les retranchements croulants des sceptiques et des matérialistes, elles restent, comme disent les juristes : "Ad huc sub judice lis est". Dans cet ouvrage nous n'avons, donc, à nous occuper que des quatre théories qui restent. La huitième et dernière, de l'avis même de M. Crookes, est tout simplement "un appoint nécessaire" aux autres.

Il nous est facile de voir combien une opinion scientifique est elle- même sujette à l'erreur : en comparant les divers articles sur les phénomènes spirites, articles dus à la plume de ce savant qui parurent de 1870 à 1875. Dans l'un des premiers nous lisons : …"l'emploi plus fréquent des méthodes scientifiques donnera lieu à des observations plus exactes, à un plus grand respect de la vérité de la part des chercheurs : il suscitera une race d'observateurs grâce auxquels le résidu sans valeur du spiritisme sera évacué [109] d'ici pour retomber dans les limbes ignorés de la magie et de la nécromancie". Et cependant, en 1875, sous la même signature, nous trouvons la description la plus intéressante et la plus détaillée concernant un esprit matérialisé : Katie King 112 !

Nous ne pouvons guère imaginer que M. Crookes soit resté pendant deux ou trois années consécutives sous une influence électro-biologique, ou une hallucination. "L'esprit" apparut dans sa propre maison, dans sa bibliothèque, à la suite d'épreuves décisives… il a été vu, palpé, entendu par des centaines de personnes.

Mais M. Crookes se défend d'avoir jamais pris Katie King pour un esprit désincarné. Qu'était-ce, alors ? Si ce n'était pas miss Florence Cook (et sa parole nous suffit à cet égard) c'était donc ou l'esprit de quelqu'un ayant vécu sur terre ou l'un de ceux qui se classent directement dans la sixième des huit théories offertes par ce savant éminent au choix du public. Ce serait un des êtres classés sous les noms de fées, Kobolds, gnomes, elfes, lutins ou alors un Puck 113.

112 The Last of Katie King, pamphlet IV, p. 119.

113 Ibid., par. I, p. 7.

 

Certes, Katie King a dû être une fée, une Titania, car, seule, une fée justifierait le poétique hommage cité par M. Crookes en  décrivant cet esprit merveilleux :

"Round her she made an atmosphere of life ; The very air seemed lighter from her eyes ; They were so soft and beautiful and rife With all we can imagine of the skies ;

Her overpowering presence makes you feel It would not be idolatry to kneel !" 114

Ainsi, après avoir écrit en 1870 sa sévère déclaration contre le spiritisme et la magie ; après avoir même déclaré, alors, que, selon lui, tout se réduisait à une superstition, ou pour le moins, à un truc inexpliqué, à une illusion des sens 115, M. Crookes, en 1875, termine sa lettre par ces mots mémorables : "Imaginer, dis-je, que la Katie King des trois dernières années puisse être le résultat d'une imposture, est plus révoltant pour le bon sens et la raison que de croire qu'elle est ce qu'elle prétend être 116". Cette dernière remarque, en outre, prouve, d'une manière concluante, les points suivants : I. En dépit de la pleine conviction de M. Crookes, [110] que la personnalité prétendant se nommer Katie King n'était ni le médium ni un compère, mais une force inconnue de la nature, qui, semblable à l'amour, "se rit des serrures". II. Que cette espèce de force inconnue jusqu'alors était pour lui "non pas une question d'opinion mais bien de connaissance absolue". Le célèbre chercheur garda toujours jusqu'à la fin son attitude sceptique à ce sujet. Bref, il croit fermement au phénomène mais il ne peut admettre l'idée qu'il s'agisse de l'esprit humain d'un désincarné quelconque.

114 "Autour d'elle, elle crée une atmosphère de vie ; Dans ses yeux, l'air semble plus limpide, Tant ils sont doux et beaux et pleins De ce que nous connaissons des cieux Sa présence triomphale nous fait sentir, Que ce ne serait point de l'idolâtrie de s'agenouiller."

(The Last of Katie King, pamphlet IV, p. 112)

115 Ibid., p. 112.

116 Recherches sur les phénomènes du Spiritisme, p. 45.

 

Aussi loin qu'aille le préjugé public, il nous semble que M. Crookes résout un mystère mais seulement pour en créer un autre, plus insondable encore : Obscurum per obscurius. En d'autres termes, rejetant le résidu sans valeur du spiritisme, le courageux savant plonge intrépidement lui- même dans les limbes inconnus de la magie et de la nécromancie.

Les lois reconnues de la science physique n'expliquent que quelques- uns des plus objectifs parmi les prétendus phénomènes spirites. Tout en prouvant bien la réalité de certains effets visibles d'une force inconnue elles ne permettent pas au savant de contrôler à volonté même cette partie du phénomène. La vérité est que les professeurs n'ont pas encore découvert les conditions nécessaires pour les produire. Ils devront étudier aussi profondément la triple nature de l'homme, physiologique, psychologique ou divine – que l'ont fait leurs prédécesseurs : les magiciens, les théurgistes et les thaumaturges de jadis... Jusqu'à ce jour, tous ceux qui ont étudié les phénomènes avec la même conscience et la même impartialité que M. Crookes ont abandonné le problème parce que, d'après eux, la solution n'est pas susceptible d'être trouvée présentement, si elle doit l'être. Ils ne s'en soucient pas davantage que de la cause première des phénomènes cosmiques de la corrélation des forces à propos desquelles ils se donnent tant de peine pour en observer et classer les effets infinis.

En agissant de la sorte, ils sont aussi mal avisés que celui qui, pour essayer de découvrir les sources d'une rivière, se dirigerait vers l'embouchure. Leurs notions sur les possibilités de la loi naturelle sont si limitées qu'ils se sont vus obligés de nier la possibilité de phénomènes occultes même les plus simples, à moins de miracles. Or, comme c'est scientifiquement absurde, il en résulte, pour la science physique, la perte récente d'une partie de son prestige. Si les savants avaient étudié les prétendus "miracles", au lieu de les nier, bien des lois secrètes de la nature, que les anciens comprenaient, auraient été découvertes de nouveau. "La conviction, dit Bacon, ne vient pas par l'argumentation mais par l'expérimentation". [111]

Les anciens s'étaient toujours distingués – surtout les astrologues et les mages de la Chaldée – par leur ardent amour du savoir et sa poursuite dans toutes les branches de la science. Ils essayèrent de pénétrer les secrets de la nature comme le font nos naturalistes modernes et par la seule méthode susceptible de mener au but, c'est-à-dire par les recherches expérimentales et la raison. Si nos philosophes modernes ne peuvent concevoir que ces précurseurs aient pénétré plus avant qu'eux dans les mystères de  l'univers, il ne s'ensuit pas valablement qu'on puisse nier la possession de ces savoir et connaissances ou les accuser de superstition. Rien ne justifie cette accusation tandis que chaque découverte nouvelle en archéologie milite en leur faveur. Comme chimistes, ils n'ont pas été égalés et dans sa fameuse conférence sur les arts perdus, Wendell Philipps dit : "La chimie, aux époques les plus reculées, avait atteint un développement dont nous n'avons même jamais approché". Le secret du verre malléable qui, "suspendu par une de ses extrémités, s'étire grâce à son propre poids et, au bout  de  vingt-quatre  heures,  devient  un  gracieux  filament  qu'on peut enrouler autour de son bras", constituerait dans nos pays civilisés une redécouverte aussi difficile que s'il s'agissait de nous transporter dans la lune.

Une coupe de verre, sous le règne de Tibère, fut apportée à Rome par un exilé. "Il la jeta sur les dalles de marbre sans qu'elle fût brisée ni fêlée par sa chute". Mais comme elle était "un peu bosselée", quelques coups de marteau la remirent en forme. C'est un fait historique. S'il est mis en doute, aujourd'hui, c'est simplement parce que les modernes sont incapables d'en faire autant. Cependant, à Samarcande et dans quelques monastères du Tibet on trouve encore de nos jours des coupes et des verreries de ce genre. Bien plus, certaines personnes prétendent pouvoir produire ce verre grâce à leur connaissance de l'Alkahest, le fameux solvant universel dont on s'est tant moqué et dont on a tant douté. Selon Paracelse et Van Helmont, cet agent serait dans la nature un certain fluide "capable de réduire tous les corps sublunaires, homogènes ou mixtes, à leur ens primum, c'est-à-dire de les ramener à la matière d'origine dont ils sont composés ; ou encore les convertir en une liqueur uniforme, pondérable et potable qui, sans perdre ses propres vertus radicales, se mélangera à  l'eau et aux sucs de tous les corps ; remélangée à elle-même, cette liqueur sera convertie en eau pure élémentaire". Quelles impossibilités nous empêcheraient de croire à cette assertion ? Pourquoi cet agent n'existerait- il pas et pourquoi cette idée serait-elle considérée comme une utopie ? Est- ce encore parce que nos chimistes modernes sont incapables de la produire" ? Mais on peut assurément concevoir, sans faire de grands efforts d'imagination, que tous les [112] corps, à l'origine, doivent avoir été formés d'une matière première et que cette matière, si nous nous en rapportons aux leçons de l'astronomie, de la géologie et de la physique doit avoir été fluide. Pourquoi donc l'or, dont nos savants connaissent si peu la genèse, n'aurait pas été, originairement, une primitive ou basique matière d'or, un fluide pondérable qui, comme dit Van Helmont, "en raison de sa nature propre ou d'une forte cohésion entre ses molécules, aurait acquis plus tard une forme solide ?" Il n'est pas si absurde de croire à l'existence d'un "ens universel qui résout tous les corps en leur ens genitale". Van Helmont l'appelle "le plus grand et le plus efficace de tous les  sels. Parvenu au suprême degré de simplicité, de pureté, de subtilité, ce sel jouit seul de la propriété de rester inaltérable, inchangé par les substances sur lesquelles il agit. Aussi peut-il dissoudre les corps les plus réfractaires et les  plus  durs  tels  que  les  pierres,  les  pierreries,  le  verre,  la  terre, les métaux, le soufre, etc. Il les transforme en un sel rouge d'un poids égal à la matière dissoute et cela tout aussi facilement que l'eau bouillante fait fondre la neige".

C'est dans ce fluide que les fabricants de verre malléable prétendaient et prétendent encore aujourd'hui plonger le verre commun qui, en quelques heures, deviendrait ainsi malléable.

Nous avons sous la main une preuve palpable de ces possibilités. Un correspondant étranger de la Société Théosophique, médecin très connu, après avoir étudié les sciences occultes pendant plus de trente ans, réussit à obtenir ce qu'il appelle "la véritable huile d'or", c'est-à-dire l'élément primaire. Les chimistes et les physiciens qui l'ont examinée ont dû reconnaître qu'ils ignoraient comment elle était obtenue et  déclaraient qu'ils ne pourraient en produire. Il est bien naturel que ce savant ne veuille pas faire connaître son nom. Le ridicule et les préjugés du public sont, parfois, plus dangereux que l'inquisition d'autrefois. Cette "terre Adamique" est proche voisine de l'alkahest et constitue l'un des plus importants secrets des alchimistes. Aucun cabaliste ne consentirait à le révéler au monde car, selon l'expression dont il se sert dans son jargon bien connu, "ce serait expliquer les aigles des alchimistes et comment les ailes des aigles sont écourtées". C'est un secret que Thomas Vaughan (Eugénius Philalèthe) mit vingt ans à apprendre.

Comme l'aube de la science devenait la clarté du jour, les sciences spirituelles s'immergeaient de plus en plus dans l'obscurité de la nuit : on en vint finalement à les nier. Aussi, de nos jours, les plus grands maîtres de la psychologie sont-ils considérés comme "des ancêtres ignorants et superstitieux", comme des empiriques et des saltimbanques. Pour nous le soleil du savoir moderne brille, d'un éclat si vif, que c'est un axiome que les [113] philosophes et les savants de l'antiquité étaient des ignorants et vivaient dans la nuit de la superstition. Mais leurs détracteurs oublient que le soleil d'aujourd'hui, comparé à l'astre de demain, à tort ou à raison, semblera bien sombre. Si les hommes de notre époque estiment que leurs ancêtres étaient ignorants, leurs descendants, peut-être, les jugeront ignares. Le monde se meut par cycle ! Les races à venir seront simplement la reproduction de races très longtemps disparues : Nous, peut-être, nous sommes les images de celles qui vécurent il y a cent siècles. Le moment viendra où recevront leur dû tous ceux qui, publiquement, calomnient les hermétistes, dont ils méditent en cachette les ouvrages poudreux, dont ils plagient les idées et s'en attribuent la paternité. "Qui donc", s'écrie loyalement Pfaff, "quel homme eut jamais une notion plus intelligente de la nature que Paracelse ? Il fut l'intrépide créateur de la médication chimique, le fondateur de sociétés courageuses : controversiste victorieux, il est un de ces esprits qui créèrent parmi nous un nouveau mode de pensée touchant l'existence naturelle des choses. Les vues dont ses ouvrages sont semés concernant la pierre philosophale, les pygmées, les esprits des mines, les présages, les homunculi, l'élixir de vie qui, toutes, servent à le rabaisser dans notre estime, mais ne peuvent éteindre notre dette de gratitude envers lui pour ses ouvrages généraux ni notre admiration pour la libre hardiesse de ses efforts et pour sa vie noble et intellectuelle 117.

Parmi les pathologues, les chimistes, les homéopathes et les magnétiseurs, plus d'un est venu étancher sa soif de savoir dans les ouvrages de Paracelse. Frédéric Hufeland a conçu ses doctrines spéculatives sur l'infection, grâce aux écrits de ce "charlatan médiéval", comme Sprengel se plaît à nommer celui qui fut infiniment plus grand que lui. Hemman, qui s'efforce de défendre ce grand philosophe et qui, noblement, cherche à réhabiliter sa mémoire calomniée, en parle comme du plus grand chimiste de son temps 118. De même font le "professeur Molitor 119 et le Dr Ennemoser, l'éminent psychologue allemand" 120. Leur critique des travaux de cet Hermétiste montre Paracelse comme "l'intelligence la plus merveilleuse de son temps", comme un  "noble génie". Mais nos lumières modernes se prétendent mieux informées : les idées des Rose-Croix sur les esprits élémentaires, les gibelins et les elfes sont tombées dans les "limbes de la magie"et des contes de fées pour petits enfants 121. [114]

 117 Astrology de Pfaff. Berlin.

118 Medico Surgical Essays.

119 La Philosophie de la Tradition.

120 On Theosoph. Paracelsus. Magic.

121 Kemshead, dans sa "chimie inorganique" dit que "l'élément hydrogène fut, pour la première fois, mentionné par Paracelse au XVIème siècle, mais, de toutes manières, on savait fort peu de chose à son sujet" (p. 66). Pourquoi ne pas être sincère et confesser d'emblée que Paracelse redécouvrit l'hydrogène de même qu'il avait redécouvert les propriétés cachées de l'aimant et du magnétisme humain ? En vertu des serments rigoureux qui les astreignaient au secret, serments qui liaient tous les Rose-Croix et qu'ils tenaient loyalement, surtout les alchimistes, il est aisé d'établir qu'il garda son savoir secret. Un chimiste au courant des travaux de Paracelse n'aurait peut-être pas grand peine à démontrer que l'oxygène, dont la découverte est attribuée à Priestley, était connue des Rose-Croix, tout comme l'hydrogène.

 

Nous concédons aux sceptiques que la moitié et même plus des prétendus phénomènes provient de fraudes plus ou moins habiles. Ce n'est que trop bien prouvé par de récents scandales, surtout en ce qui concerne les médiums "à matérialisations". On nous en réserve encore d'autres, c'est certain : il en sera de même jusqu'au jour où les preuves seront devenues assez parfaites et les spirites assez raisonnables pour ne pas fournir d'occasions aux médiums ni d'armes à leurs adversaires.

Que doivent penser les spirites sensés de la nature de ces guides angéliques qui après avoir monopolisé, peut-être pendant des années, le temps, la santé et les ressources d'un pauvre médium, l'abandonnent d'un moment à l'autre lorsqu'il a le plus grand besoin de leur secours ? Il n'y a que des créatures sans âme et sans conscience qui puissent se rendre coupables d'une telle injustice. Les conditions ? simple sophisme. A quelle catégorie peuvent bien appartenir de tels esprits qui ne réunissent pas, au besoin, toute une armée d'esprits amis (s'il en existe) pour arracher l'innocent médium à l'abîme ouvert sous ses pas ? Il y eut des cas de ce genre jadis : ils pourraient se reproduire aujourd'hui. Les apparitions ne datent pas du spiritisme moderne, des phénomènes semblables à ceux d'aujourd'hui se sont produits dans chacun des siècles passés. Si les manifestations modernes sont réelles, si ce sont des faits palpables, les prétendus "miracles" et les exploits des thaumaturges de l'antiquité l'étaient aussi. Par contre, si les uns se résument en des fictions dues à la superstition, les autres ne valent pas mieux car ils ne reposent point sur des preuves meilleures.

Mais dans ce torrent toujours grossissant des phénomènes occultes qui déferle d'un bout du monde à l'autre, compte tenu de la fausseté des deux tiers des manifestations, que penser de celles qui sont authentiques sans le moindre doute ? Parmi celles-ci, on peut trouver des communications venant par des médiums non professionnels aussi bien que par des médiums de métier, qui sont sublimes et d'une élévation divine. Souvent, par l'entremise de jeunes enfants, de personnes ignorantes et simples d'esprit, nous recevons des enseignements philosophiques et des préceptes, des oraisons poétiques et inspirées, des productions musicales et des tableaux tout à fait dignes de la réputation des auteurs auxquels [115] on les attribue. Les prophéties se réalisent souvent et leurs incitations morales sont bienfaisantes quoique ce dernier cas soit plus rare. Quels sont ces esprits, quelles sont ces forces et ces intelligences qui sont, évidemment, extérieurs au médium lui-même et qui constituent des entités per se ?  Ces intelligences méritent bien ce nom : elles diffèrent autant que le jour de la nuit des fantômes et des lutins qui errent autour des cabinets consacrés aux manifestations physiques.

Il faut avouer que la situation nous semble très grave. Chaque jour davantage, les médiums tombent au pouvoir d'esprits sans principes et mensongers, les effets pernicieux d'un diabolisme apparent se multiplient sans cesse. Quelques-uns des meilleurs médiums délaissent l'estrade publique, se soustraient à son influence et le mouvement tend à se porter du côté de l'église. Nous nous hasardons à prédire que si les spirites ne se mettent pas à l'étude de la philosophie antique afin d'apprendre à distinguer les esprits les uns des autres pour se protéger contre les esprits inférieurs, avant un quart de siècle, ils se réfugieront dans le sein de l'Eglise Romaine, espérant échapper à ces "guides", à ces "contrôles" qui leur furent si longtemps chers. Les signes précurseurs de cette catastrophe sont déjà visibles. Dans une convention, tenue récemment à Philadelphie, fut agitée la question d'organiser une secte de Spirites chrétiens ! La raison c'est que s'étant séparés de l'église, ces spirites n'ont rien appris touchant la philosophie des phénomènes, ni la nature de leurs esprits : ils sont donc ballottés sur la mer de l'incertitude comme un vaisseau sans compas et sans gouvernail. Ils n'échapperont pas au dilemme ;Ils auront à choisir entre Porphyre et Pie IX.

Beaucoup de vrais savants : Wallace, Crookes, Wagner, Butlerof, Varley, Buchanan, Hare, Reichenbach, Thury, Perty, de Morgan, Hoffmann, Goldschmidt, W. Gregory, Flammarion, Sergeant Cox et tant d'autres, croient fermement aux phénomènes courants, mais beaucoup d'entre eux se refusent à admettre la théorie des esprits désincarnés. Aussi, logiquement, on arrive à la conclusion que si la "Katie King" de Londres, unique quelque chose matérialisé que le respect de la science impose à la croyance publique, n'est pas l'esprit d'un ex-mortel et il faut alors que ce soit l'ombre astrale solidifiée de quelque fantôme Rosicrucien, "fantaisie de superstition", ou alors de quelque force encore inexpliquée de la nature. Que ce soit "un honnête esprit ou un infernal lutin", peu nous importe. En effet, si on peut prouver que son organisme n'est pas composé de matière solide, il faut alors que ce soit "un esprit", une apparition, un souffle. C'est une intelligence agissant en dehors de notre organisme et, par conséquent, elle appartient à quelque race d'êtres existant quoique invisibles. Mais qu'est-ce [116] donc ? Quel est ce quelque chose qui pense, qui parle même, mais qui n'est pas humain ? Qui est impalpable et qui, cependant, n'est pas un esprit désincarné ? Qui simule l'affection, la passion, le remords, la peur, la joie et qui, néanmoins, ne les ressent pas ? Quelle est cette créature hypocrite qui se plaît à tromper l'investigateur sincère et se moque des sentiments humains sacrés ? Car, si la Katie King de M. Crookes ne l'a pas fait, d'autres créatures semblables en sont coupables. Qui sondera ce mystère ? Seul le véritable psychologue. Et où ira-t-il chercher ses manuels si ce n'est sur les rayons négligés des bibliothèques où dorment, dans la poussière, depuis tant d'années,  les ouvrages dédaignés des hermétistes et des théurgistes Webster 122, sceptique d'alors, ayant attaqué ceux qui croyaient aux phénomènes spirituels et magiques, Henry More, le Platonicien anglais révéré lui répondit : "Au sujet de l'opinion selon laquelle la majeure partie des théologiens réformés soutiendrait que le diable serait apparu sous la forme de Samuel, cette opinion ne vaut pas une réponse. Certes, j'en suis convaincu, dans beaucoup de ces apparitions nécromanciennes, ce sont des esprits trompeurs et non les âmes des défunts qui apparaissent. Cependant, je suis certain que l'âme de Samuel apparut. Tout aussi certain que dans d'autres cas de nécromancie, il s'agit de ce genre d'esprits qui, selon Porphyre, prennent mille formes et apparences diverses, jouent tantôt le rôle de démons, tantôt celui d'anges ou de dieux, tantôt, enfin, celui d'âmes des défunts. Je reconnais qu'un de ces esprits a fort bien pu personnifier Samuel, ce que Webster, quoi qu'il en dise, ne réussit point à établir. Car ses arguments sont étonnamment faibles et creux."

122 Lettre à J. Glanvil, chapelain du roi et membre de la Société Royale. Glanvil est l'auteur d'un ouvrage célèbre sur les Apparitions et la Démonologie, intitulé : Sadducismus Triumphatus ou Traité complet et raisonné sur les sorcières et les apparitions. Ouvrage, en deux parties, "démontrant, soit à l'aide des Ecritures, soit par une collection choisie de récits modernes, l'existence réelle des apparitions, des esprits et des sorcières, 1700.

 

Lorsqu'un métaphysicien et un philosophe comme Henry More donne un tel témoignage, nous estimons que nous ne nous sommes point trompés. Les investigateurs érudits, hommes fort sceptiques au sujet des esprits, en général, et, particulièrement, au sujet des "esprits humains défunts", au cours des vingt dernières années, se sont creusé la cervelle pour trouver un nouveau nom à une vieille chose. Ainsi M. Crookes et Sergeant Cox disaient : "force psychique". Le professeur Thury, de Genève dit : "psychode" ou force ecténique ; le professeur Balfour Stewart : "puissance électro-biologique" ; Faraday, "grand maître en philosophie expérimentale en physique" mais apparemment novice en psychologie se prononce dédaigneusement pour une "action musculaire [117] inconsciente", une "cérébration inconsciente". Est-ce tout ? Pour Sir William Hamilton, c'est une "pensée latente" ; pour le Dr Carpenter, c'est "le principe idéo- moteur"…, etc... Autant de savants, autant de noms.

Il y a des années, le vieux philosophe allemand, Schopenhauer, écartait, en même temps, cette force et la matière ; et, depuis la conversion de M. Wallace, ce grand anthropologiste a, évidemment, adopté sa manière de voir. La doctrine de Schopenhauer voit uniquement dans l'univers la manifestation de la volonté. Toute force dans la nature est également un effet de la volonté représentant un degré plus ou moins grand de son objectivité. C'est ce qu'enseignait Platon, selon qui, toute chose visible était créée ou évoluée par la VOLONTÉ invisible et éternelle, et à sa guise. Notre ciel, dit-il, a été coulé dans le moule du "Monde Idéal", contenu, comme tout le reste, dans la dodécahédren, le type géométrique adopté par la Divinité 123. Pour Platon, l'Etre Primaire est une émanation de l'Esprit Démiurgique (Nous) qui, de toute éternité, contient "l'idée" du "monde à créer", et qui tire cette idée de lui-même 124.

123 Platon. Timœus sœrius, 97.

124 Voir Movers. Esplanations, 268.

125 Cory. Chaldean Oracles, 243.

126 Philon le Juif. On the Creation, X.

 

Les lois de la nature sont les relations établies de cette idée avec les formes de ses manifestations ; "ces formes", dit Schopenhauer, "sont le temps, l'espace et la causalité. A travers le temps et l'espace, l'idée varie dans ses innombrables manifestations".

Ces idées sont loin d'être nouvelles, et n'étaient pas originales même chez Platon. Voici ce que nous lisons dans les Oracles Chaldéens 125 : "L'œuvre de la nature est coexistante avec la Lumière intellectuelle spirituelle du Père (νοέρψ). C'est en effet l'âme (οuхŕ) qui embellissait le grand ciel et qui l'embellit d'après le Père".

"Le monde incorporel était déjà terminé, son siège étant dans  la Raison Divine", dit Philon 126 qu'on accuse à tort d'avoir déduit sa philosophie de celle de Platon.

 Dans la Théogonie de Mochus, nous avons en premier lieu l'Æter, puis l'air, les deux principes desquels naît Ulom, l'intelligible (voητος) Dieu, l'univers matériel visible 127.

Dans les Hymnes Orphiques, l'Eros Phanès sort de l'Œuf Spirituel, fécondé par les vents Æthériques : le Vent étant "l'Esprit de Dieu" qui, selon la tradition, se meut dans l'Ether, "planant sur le Chaos", "l'Idée" Divine. Dans le Kathopanishad hindou, [118] Pourousha, l'Esprit Divin, déjà, précède la matière originelle : de son union naît la grande âme du Monde, "Maha-Atma, Brahm, l'Esprit de Vie" 128. Ces dernières appellations sont celles adoptées par les théurges et les cabalistes : Ame Universelle, Anima mundi, Lumière astrale.

Pythagore rapporta ses doctrines des sanctuaires d'Orient et Platon les compila, pour les esprits non initiés, sous une forme plus intelligible que les nombres mystérieux du sage dont il avait entièrement adopté les doctrines. Ainsi, le Cosmos, pour Platon est "le Fils" dont le père et la mère sont la Pensée Divine et la Matière 129.

"Les Egyptiens", dit Dunlap 130, distinguaient les deux Horus, l'aîné et le cadet : l'aîné, frère d'Osiris ; le cadet, fils d'Osiris et d'Isis. Le premier correspond à l'Idée du monde confinée dans l'Esprit du Démiurge, "né dans les ténèbres avant la création du monde". Le second Horus est cette "Idée", sortant du Logos, se revêtant de matière et prenant une existence réelle 131.

C'est "le Dieu du monde, éternel, infini, vieux et jeune, d'une forme sinueuse", selon les Oracles Chaldéens 132.

127 Movers. Phoinizer, 282.

128 Weber. Akad. Vorles, 213, 214, etc.

129 Plutarque. Isis et Osiris, 1, VI.

130 Spirit History of man, p. 88.

131 Movers. Phoinizer, 268.

132 Cory. Fragments, 240.

 

Cette "forme sinueuse" est une figure pour exprimer le mouvement vibratoire de la Lumière Astrale que les prêtres anciens connaissaient parfaitement, bien qu'au sujet de l'éther ils aient pu différer d'opinion avec les savants modernes. Ils plaçaient, en effet, l'Æther dans l'Idée Eternelle pénétrant l'univers, ou la Volonté qui devient Force pour créer ou organiser la matière.

"La volonté, dit Van Helmont, est la première des puissances. C'est par la volonté du Créateur que toutes choses ont été créées et mises en mouvement… La volonté est la propriété de tous les êtres spirituels et elle s'exerce en eux d'autant plus activement qu'ils sont plus dégagés de la matière". Et Paracelse "le divin", comme on l'a appelé, renchérit sur le même sujet : "La foi doit fortifier l'imagination car la foi engendre la volonté... Une volonté ferme est le commencement de toutes les opérations magiques… C'est parce que les hommes ne conçoivent pas et ne croient point parfaitement aux résultats, que les arts sont incertains alors qu'ils pourraient avoir une certitude parfaite".

L'incrédulité, le scepticisme, c'est le pouvoir contraire. A force égale, il peut seul tenir l'autre en échec le neutralisant même, parfois, complètement. Les spirites ne doivent donc pas être étonnés si la présence de quelques forts sceptiques, si l'opposition déclarée [119] aux phénomènes, si l'effort inconscient de volontés s'exerçant en sens inverse gênent et souvent même arrêtent entièrement les manifestations. S'il n'est pas au monde de force consciente qui n'en puisse trouver une autre pour lui résister et même pour la contre-balancer, quoi de surprenant à ce que la force passive et inconsciente d'un médium soit, tout à coup, paralysée dans ses effets par une force opposée bien qu'également inconsciente ? Les professeurs Faraday et Tyndall se vantaient de ce que, dans un cercle, leur présence arrêtait immédiatement toute manifestation. Ce fait aurait dû suffire à prouver aux savants qu'il y avait dans ces phénomènes une force digne d'attirer leur attention. Comme savant, le professeur Tyndall était peut-être le personnage le plus important du cercle parmi ceux qui étaient présents à la séance. Comme observateur averti qu'un médium tricheur aurait eu de la peine à tromper, peut-être n'était-il pas plus habile, peut-être même l'était-il moins que d'autres assistants. Si les manifestations avaient constitué des fraudes assez ingénieuses pour tromper les autres,  sa présence n'aurait rien arrêté. Quel médium a jamais pu se vanter de produire, les phénomènes que produisait Jésus et, après lui, l'apôtre Paul ? Or, Jésus, lui-même, s'est trouvé dans des cas où une force inconsciente de résistance paralysait entièrement le courant pourtant si bien dirigé de sa volonté : "et il ne fit point d'œuvres, en ce lieu, à cause de leur incrédulité".

 Il y a un reflet de chacune de ces idées dans la philosophie de Schopenhauer. Nos savants "investigateurs" pourraient consulter ses œuvres avec profit. Ils y trouveraient bien des hypothèses étranges fondées sur des idées anciennes, des spéculations sur les "nouveaux" phénomènes qui sont peut-être aussi raisonnables que toute autre et ils s'épargneraient ainsi l'inutile peine d'inventer de nouvelles théories. Forces psychiques ou ecténiques, idéo-moteur, forces électro-biologiques, pensée latente, et même cérébration inconsciente ; toutes ces théories se résument en deux mots : LUMIÈRE ASTRALE des cabalistes.

Les théories et les opinions hardies exprimées dans les œuvres de Schopenhauer diffèrent complètement de celles de la majorité de nos savants orthodoxes. "En réalité, remarque cet audacieux penseur, il n'y a ni matière ni esprit. La tendance à la gravitation dans une pierre est aussi inexplicable que la pensée dans le cerveau humain. Si la matière peut – personne ne sait pourquoi – tomber sur la terre, elle peut donc aussi penser sans qu'on sache pourquoi. Même en mécanique, dès que nous  dépassons la limite de ce qui est purement mathématique, dès que nous touchons à l'incrustable : l'adhérence, la gravitation et le reste ; nous nous trouvons en présence de phénomènes aussi mystérieux pour nos sens que  la VOLONTE et la PENSEE, dans l'homme ; nous sommes [120]  en présence de l'incompréhensible et c'est le cas pour chacune des forces de la nature. Où donc est cette matière que, tous, vous prétendez si bien connaître ? Celle qui vous est si familière que vous en tirez vos conclusions et vos explications et lui attribuez tout ?… Notre raison, nos sens ne parviennent à percevoir que le superficiel et non pas à comprendre la véritable substance des choses. Telle était l'opinion de Kant. Si vous considérez qu'il existe dans la tête de l'homme une sorte d'esprit, vous êtes, dès lors, obligé de l'admettre dans la pierre. Si votre matière morte et passive est capable de manifester une tendance à la gravitation, ou, comme l'électricité peut attirer, repousser, émettre des étincelles, alors tout comme le cerveau, elle peut aussi penser. Bref, chaque parcelle du prétendu esprit peut être remplacée par son équivalent de matière et chaque parcelle de matière par son équivalent d'esprit. Ce n'est donc pas la division cartésienne de toutes choses en matière et esprit qu'on peut trouver philosophiquement correcte. Pour être exacts, il nous faut diviser toutes choses en volonté et manifestation ce qui est bien différent parce qu'ainsi chaque chose se trouve spiritualisée. Tout ce qui, dans le premier cas, est objectif et réel – corps et matière – est transformé en représentation et toute manifestation en volonté" 133.

133 Parerga, II, p. 111-112.

134 Voir Huxley. Physical Basis of Life.

 

Ces opinions confirment ce que nous avons dit au sujet des noms différents donnés à une même chose. Les adversaires se battent pour des mots. Appelez les phénomènes force, énergie, électricité, ou magnétisme, volonté ou puissance de l'esprit, il s'agira toujours d'une manifestation partielle de l'âme désincorporée ou encore emprisonnée pour un temps dans son corps, d'une portion de cette VOLONTE intelligente, toute puissante et individuelle, pénétrant la nature entière, connue sous le nom de DIEU parce que le langage humain est insuffisant pour exprimer correctement les images psychologiques.

Les idées de quelques-uns de nos lettrés au sujet de la matière sont, pour les cabalistes, erronées à beaucoup d'égards. Hartmann dit qu'elles sont "un préjugé instinctif". Bien plus, il démontre qu'aucun expérimentateur n'a rien à faire avec la matière proprement dite. C'est aux forces en lesquelles il la divise qu'il aura affaire. Les effets visibles de la matière ne sont que des effets de force. Sa conclusion est que ce qu'on appelle, actuellement, matière, n'est qu'un agrégat de forces atomiques exprimé par le mot matière. En dehors de cela le mot "matière" est pour la science, vide sens. Nos spécialistes, physiciens, physiologistes, chimistes avouent loyalement qu'ils ne savent rien de la matière et pourtant ils la déifient 134. Chaque nouveau phénomène qu'ils [121] se voient dans l'impossibilité d'expliquer est trituré par eux, métamorphosé en un encens qu'ils brûlent sur l'hôtel de la déesse, patronne des savants modernes.

Nul ne peut traiter ce sujet mieux que ne le fait Schopenhauer dans la Parerga. C'est là qu'il discute longuement le magnétisme animal, la clairvoyance, les cures sympathiques, la seconde vue, la magie, les présages, les fantômes et d'autres sujets spirituels. "Toutes ces manifestations", dit-il, "sont les branches d'un seul et même arbre. Elles nous fournissent la preuve irrécusable de l'existence d'une chaîne d'êtres fondée sur un ordre différent de cette nature dont la fondation est les lois de l'espace, du temps et de l'adaptabilité. Cet autre ordre des choses est bien plus profond car il est l'ordre direct et originaire. Les lois ordinaires de la nature qui sont de pure forme, n'ont pas de prise sur lui. Aussi, sous l'influence de son action immédiate, le temps et l'espace n'ont plus le pouvoir de séparer les individus. La séparation des formes n'est plus une barrière infranchissable pour échanger leurs pensées, ou faire agir directement leur volonté. D'où la possibilité de changements par un procédé tout à fait différent de la causalité physique. La manifestation de la volonté exercée d'une façon particulière va agir – en dehors même de l'individu. Par conséquent, les caractères propres de toutes ces manifestations sont la visio in distante et actio in distante (vision et action à distance) dans leurs relations avec le temps aussi bien qu'avec l'espace. Une telle action à distance est justement ce qui constitue le caractère fondamental de ce qu'on appelle magique. Telle est, en effet, l'action immédiate de notre volonté, une action libérée des conditions causales de l'action physique, c'est-à-dire du contact".

"En outre, poursuit Schopenhauer, ces manifestations nous offrent une contradiction substantielle et parfaitement logique du matérialisme et même du naturalisme, car à la clarté de ces manifestations, l'ordre des choses dans la nature que ces deux philosophies essaient de nous présenter comme absolu, comme le seul vrai, cet ordre nous apparaît au contraire comme simplement phénoménal et superficiel : il renferme en lui-même une substance de choses à part, tout à fait indépendante de ses propres lois. C'est ainsi que ces manifestations – du moins à un point de vue purement philosophique – sont, sans conteste, les plus importantes parmi tous les faits qui s'offrent à nous dans le domaine de l'expérience. C'est donc un devoir, pour les savants, de les étudier" 135.

 135 Schopenhauer. Parerga, article sur la Volonté dans la Nature.

 

Passer des spéculations philosophiques d'un homme tel que Schopenhauer aux généralisations superficielles de quelques membres de l'Académie des Sciences, en France, serait sans utilité si ce [122] n'est qu'il nous sera permis d'apprécier la portée intellectuelle de ces deux écoles savantes. Nous venons de voir comment l'Allemand traite les profondes questions psychologiques. Mettons en regard maintenant ce que l'astronome Babinet et le chimiste Boussingault ont de mieux à nous offrir pour expliquer un phénomène spirite important. Ces éminents spécialistes ont présenté à l'Académie, en 1854-1855, un mémoire, une monographie dont le but évident était de confirmer et, en même temps, de rendre plus claire la théorie trop compliquée émise par Chevreul pour expliquer les tables tournantes ; il était membre de la commission d'enquête.

Citons textuellement : "Quant aux mouvements et aux prétendues oscillations qu'éprouvent certaines tables, elles n'ont d'autre cause que les vibrations invisibles et involontaires du système musculaire de l'expérimentateur. La contraction étendue des muscles se manifeste elle- même, à ce moment, par une série de vibrations, devient un tremblement visible qui communique à l'objet un mouvement circumrotatoire. Ce mouvement de rotation est ainsi susceptible de se manifester avec une énergie considérable, par un mouvement graduellement accéléré ou par une résistance énergique lorsqu'on désire l'arrêter. Donc, l'explication du phénomène devient claire et n'offre pas la moindre difficulté" 136.

136 Revue des Deux Mondes, 15 janv. 1855, p. 108.

 

Aucune en vérité. Cette hypothèse scientifique (dirons-nous cette démonstration ?) Est aussi claire en réalité que les nébuleuses de M. Babinet, examinées par une nuit de brouillard.

Et, cependant, toute claire qu'elle puisse paraître, elle manque d'une qualité essentielle : le sens commun. Nous sommes dans l'impossibilité de décider si, oui ou non, M. Babinet, en désespoir de cause, accepte cette proposition de Hartmann : "les effets visibles de la matière ne sont que les effets d'une force et que, pour se former une idée claire de la matière, on doive d'abord s'en former une de la force ? La philosophie de l'école à laquelle appartient Hartmann, acceptée en partie par plusieurs des plus grands savants allemands, veut que le problème de la matière ne puisse être résolu que par cette Force invisible, dont Schopenhauer appelle la connaissance "le savoir magique" et aussi "l'effet magique ou action de la Volonté". Ainsi, il faut d'abord nous assurer si "les vibrations involontaires du système musculaire de l'expérimentateur" – qui sont simplement des "actes de la matière" – sont influencées par une volonté intérieure ou extérieure à l'expérimentateur. Dans le premier cas, M. Babinet en fait un épileptique inconscient. Le second cas, nous [123] verrons, plus loin, qu'il le rejette absolument pour attribuer à une "ventriloquie inconsciente" toutes les réponses intelligentes que traduisent les mouvements des tables et les coups frappés par elles.

 Nous savons que chaque acte de la volonté se traduit par de la force. D'après l'école allemande déjà citée, les manifestations des forces atomiques est un acte individuel de la volonté d'où l'agglomération inconsciente des atomes en une image concrète subjectivement créée déjà par la volonté. Démocrite enseigne, d'après son maître Leucippe, que les premiers principes de toutes choses dans l'univers furent des atomes et un vacuum. Dans son sens cabalistique, ce vacuum veut dire ici la Divinité latente ou la force latente qui, à sa première manifestation, devint la VOLONTÉ et, ainsi, communiqua la première impulsion à ces atomes dont l'agglomération est la matière. Ce vacuum n'est qu'un synonyme, très peu satisfaisant, de chaos puisque, d'après les Péripatéticiens, "la nature a horreur du vide."

Avant Démocrite, les anciens étaient familiers avec l'idée de l'indestructibilité de la matière. C'est ce que montrent leurs allégories et d'autres faits nombreux. Movers donne une définition de l'idée phénicienne de la lumière solaire idéale comme une influence spirituelle émanant du Dieu le plus élevé : IAO, "la lumière qu'on peut seulement concevoir par l'intellect, le principe physique et spirituel de toutes choses ; duquel donc l'âme émane". C'était l'Essence masculine, ou Sagesse, tandis que la matière primitive ou Chaos était féminine. Ainsi, les deux premiers principes – coéternels et infinis – étaient déjà pour  les  Phéniciens primitifs : esprit et matière. Par conséquent, cette théorie est aussi vieille que le monde ; Démocrite ne fut pas le premier à la professer, et l'intuition existait dans l'homme avant l'ultime développement de sa raison. L'impuissance de toutes les sciences matérialistes à expliquer les phénomènes occultes provient du fait qu'elles nient l'Entité sans limite et sans fin, maîtresse de cette invisible Volonté que, faute d'un meilleur nom, nous appelons Dieu. C'est dans le rejet, a priori, de tout ce qui pourrait les forcer à franchir la frontière des sciences exactes et à entrer dans le domaine de la physiologie psychologique ou, si l'on préfère, métaphysique, que nous trouvons la cause secrète de leur défaite devant  les manifestations et de l'impuissance de leurs absurdes théories à les expliquer. La philosophie ancienne affirmait que c'est par la manifestation de cette Volonté – nommée par Platon, l'Idée Divine – que toutes choses, visibles et invisibles vinrent à l'existence. De même que cette Idée Intelligente, par le seul fait de diriger sa puissante Volonté sur un centre de forces localisées appelaient les formes objectives à l'existence ;  l'homme, le  microcosme  du  grand   [124]  Macrocosme en fait autant avec le développement de sa force de Volonté. Les atomes imaginaires – langage figuré qu'employa Démocrite et dont les matérialistes se sont emparés avec une joie reconnaissante – sont comme des ouvriers automates, mus intérieurement par l'afflux de cette Volonté Universelle dirigé sur eux et qui se manifestant comme force les met en mouvement. Le plan  de l'édifice à construire existe dans le cerveau de l'Architecte et reflète sa volonté : abstrait encore, dès l'instant de la conception, il devient concret par ces atomes qui suivent fidèlement chaque ligne, point et figure tracés dans l'imagination du Divin Géomètre.

L'homme peut créer comme Dieu. Etant donnée une certaine intensité de Volonté, les formes imaginées par le mental deviennent subjectives. On les appelle hallucinations quoiqu'elles soient aussi réelles pour leur auteur que n'importe quel objet visible pour tout autre. Augmentez l'intensité et l'intelligente concentration de cette même volonté, la forme deviendra concrète, visible, objective ; l'homme a appris le secret des secrets ; c'est un MAGICIEN.

Les matérialistes ne devraient rien objecter à cette logique puisqu'ils considèrent la pensée comme de la matière. Admettons qu'il en soit ainsi : le mécanisme ingénieux agencé par l'inventeur, les scènes féeriques nées dans le cerveau du poète, les splendides tableaux évoqués par la fantaisie du peintre, la statue sans égale ciselée dans l'éther par le sculpteur, les palais et les châteaux élevés dans l'air par l'architecte ; toutes ces œuvres bien qu'invisibles, sont subjectives, doivent exister car c'est de la matière façonnée et moulée. Qui pourra dire, par conséquent, qu'il n'existe pas d'hommes doués d'une volonté assez puissante pour rendre visibles aux regards des hommes ces œuvres de fantaisie dessinées dans l'air, revêtues d'une rude enveloppe de matière grossière pour les rendre tangibles ?

Si les savants Français n'ont pas cueilli de lauriers dans le nouveau domaine ouvert à l'investigation, qu'a-t-on fait de plus qu'eux  en Angleterre jusqu'au jour où M. Crookes s'est offert pour expier les péchés des corps savants ? M. Faraday, il y a une vingtaine d'années, a bien voulu se prêter, une ou deux fois, à des conversations sur ce sujet. Dans toutes les discussions relatives aux phénomènes, les antispirites prononcent ce nom de Faraday comme s'il équivalait à quelque charme puissant contre le mauvais œil du spiritisme. Or Faraday, qui rougissait d'avoir publié ses études sur une question aussi compromettante, Faraday (c'est prouvé, nous le savons de bonne source) ne s'est jamais assis devant une table tournante.

 Nous n'avons qu'à déplier quelques numéros du Journal des Débats, publiés alors qu'un médium [125] Ecossais bien connu se trouvait en Angleterre, pour rendre aux faits anciens toute leur fraîcheur primitive. Dans un de ces numéros, le Dr Foucault de Paris se pose en champion de l'éminent expérimentateur anglais. "N'allez pas vous imaginer,  je vous prie, dit-il, que ce grand physicien ait jamais consenti à s'asseoir prosaïquement devant une table sautante." D'où vient alors cette rougeur qui colorait les joues du "Père de la Philosophie expérimentale ?" En rappelant ce fait, nous allons examiner la nature de "l'Indicateur", l'extraordinaire "Piège à Médiums" inventé par Faraday pour découvrir les fraudes des médiums. Cette machine compliquée dont le souvenir hante, comme un cauchemar, les rêves des médiums malhonnêtes, est soigneusement décrite dans le livre Des Esprits et de leurs manifestations fluidiques, du comte de Mirville.

Pour mieux prouver aux expérimentateurs la réalité de leur propre impulsion, le professeur Faraday plaça plusieurs disques de carton collés ensemble et fixés à la table au moyen d'une colle à moitié liquide qui, tout en faisant adhérer les disques et en les collant à la table, devait néanmoins céder à une pression continue. La table s'étant mise à tourner – eh, oui ! Elle se permit de tourner devant M. Faraday ! Ce fait a bien son importance – on examina les disques et, comme on trouva qu'ils s'étaient graduellement déplacés en glissant dans la même direction que la table, on obtint ainsi une preuve irréfutable que les expérimentateurs avaient, eux- mêmes, poussé la table.

Une autre de ces prétendues épreuves scientifiques, si utiles dans un phénomène que l'on dit être spirituel ou psychique, fut fournie par l'emploi d'un petit instrument qui avertissait immédiatement les assistants de la plus petite impulsion provenant d'eux-mêmes, ou plutôt, suivant la propre expression de Faraday, "les avertissaient lorsqu'ils changeaient d'état et, de passifs, devenaient actifs". Cette aiguille qui signalait le mouvement ne prouvait qu'une chose : l'action d'une force émanant des assistants ou subie par eux. Or, qui a jamais nié l'existence de cette force ? Tout le monde l'admet, soit que cette force passe par l'opérateur, comme cela arrive généralement ; soit qu'elle s'exerce indépendamment de lui, comme cela se produit souvent. "Tout le mystère de la chose consistait dans la disproportion de la force employée par ces pousseurs malgré eux, avec certains effets de rotation ou plutôt de course vraiment merveilleuse ; devant   ces   effets   prodigieux, comment voulait-on que toutes ces expériences lilliputiennes conservassent quelque valeur dans ce nouveau pays des géants ?" 137. [126]

137 Marquis de Mirville. Question des Esprits (1863), p. 24.

 

Le professeur Agassiz qui, en Amérique, occupait comme savant, à peu près la même situation que Faraday en Angleterre, agit avec encore plus de mauvaise foi. Le professeur J. Buchanan, anthropologiste distingué, qui a traité le spiritisme, à bien des égards, plus scientifiquement que qui que ce soit, en Amérique, parle d'Agassiz, dans un récent article, avec une très juste indignation. En effet, le professeur Agassiz aurait dû croire, mieux que tout autre, à un phénomène dans lequel il avait joué lui- même le rôle de sujet. Mais maintenant que Faraday et Agassiz sont, tous deux, désincarnés, nous ferons mieux d'interroger les vivants plutôt que les morts.

Ainsi, une force, dont la puissance secrète était absolument familière aux théurgistes de l'antiquité, est niée par les sceptiques modernes. Les enfants antédiluviens qui jouaient probablement avec elle, comme les enfants que Bulwer Lytton fait jouer avec le terrible vril, dans son livre The Coming Race, l'appelaient "l'eau de Phtha" ; leurs descendants l'appelèrent Anima Mundi, l'âme de l'univers et, plus tard, les hermétistes du Moyen Age lui donnèrent le nom de "Lumière sidérale", de "Lait de la Vierge Céleste", de "Grand Aimant", et d'autres noms encore. Mais nos lettrés modernes ne veulent ni l'accepter ni la reconnaître sous ces diverses désignations, car elle appartient à la magie et la magie, à leur sens, est une pitoyable superstition.

Apollonius et Jamblique prétendent que ce n'est point "dans la connaissance des choses extérieures mais dans la perfection de  l'âme intime que se trouve l'empire de l'homme quand il aspire à devenir plus qu'un homme 138. Ainsi, ils étaient arrivés à une parfaite connaissance de leurs âmes divines, dont ils exerçaient les pouvoirs avec toute la sagesse, fruit de l'étude ésotérique de la science hermétique, dont ils avaient hérité de leurs aïeux. Mais nos philosophes se renfermant dans leur coquille de chair, ne peuvent ou n'osent porter leurs regards au-delà du compréhensible. Pour eux, il n'existe point de vie future, il n'y a point de rêves divins, ils les méprisent comme antiscientifiques. Pour eux, les hommes de l'antiquité ne sont que des "ancêtres ignorants"et, toutes les fois que dans leurs recherches physiologiques, ils se trouvent en présence d'un auteur persuadé que ces aspirations mystérieuses vers une science spirituelle sont inhérentes à la nature humaine et ne peuvent nous avoir été donnés en vain, ils considèrent cet auteur avec une pitié méprisante.

138 Bulwer-Lytton. Zanoni.

 

Un proverbe Persan dit : "Plus le ciel est sombre, plus les étoiles brillent." Aussi, les Frères mystérieux de la Rose-Croix commencèrent à apparaître sur le sombre firmament du Moyen [127] Age. Ils ne formèrent point d'associations, ils ne bâtirent pas de collèges car, pourchassés de toutes parts comme des fauves, quand ils étaient pris par l'Eglise Chrétienne, ils étaient brûlés sans façon. "Comme la religion défend", dit Bayle, "de répandre le sang, il fallait éluder la maxime : Ecclesia non novit sanguinem. Aussi brûlait-on les êtres humains, parce que brûler un homme ne fait pas couler son sang".

Beaucoup de ces mystiques, en suivant les enseignements de quelques traités secrètement conservés et transmis d'une génération à une autre, firent des découvertes que ne dédaigneraient pas, même de nos jours, les sciences exactes. Le moine Roger Bacon fut tourné en ridicule comme charlatan et aujourd'hui, généralement, on le met au nombre des "prétendants" à l'art magique ; cela n'a pas empêché, il est vrai, ses détracteurs d'accepter ses découvertes ni d'en faire un usage constant. Roger Bacon appartenait, de droit sinon de fait, à cette confrérie comprenant tous ceux qui se livraient aux sciences occultes. Il vivait au XVIIIème siècle. Il fut, par conséquent, presque le contemporain d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin ; ses découvertes comme la poudre à canon, et les verres d'optique ; ses travaux mécaniques, furent considérés partout comme autant de miracles. Aussi fut-il accusé d'avoir fait un pacte avec le Malin.

Dans l'histoire légendaire du moine Bacon "et aussi dans une pièce de théâtre écrite par Robert Green, auteur dramatique du temps d'Elisabeth, on raconte que, mandé par le Roi, le moine fut invité à montrer son habileté devant Sa Majesté la Reine. Il agita la main en l'air (le texte dit : il agita sa baguette) et, aussitôt, on entendit une musique si agréable que tous les assistants déclarèrent n'en avoir jamais entendu de pareille". On entendit ensuite une musique plus accentuée, quatre apparitions se montrèrent soudain et se mirent à danser jusqu'au moment où elles s'évanouirent dans l'air. Puis le moine agita de nouveau sa baguette et l'atmosphère de la salle fut imprégnée de parfums, "comme si tous les parfums de la terre eussent été préparés là avec tout l'art possible". Roger Bacon ayant promis à l'un des courtisans de lui montrer son amoureuse, souleva une des portières de l'appartement royal : "une fille de cuisine, tenant à la main une cuillère à pot", apparut aux yeux des assistants. L'orgueilleux gentilhomme, quoiqu'il eût reconnu cette fille dont l'image s'évanouit aussi vite qu'elle s'était produite, fut fort irrité de cet humiliant spectacle et menaça le moine de sa vengeance. Que fit le magicien ? Il se contenta de répondre très simplement : "Ne me menacez point, craignez que je ne vous humilie davantage, à l'avenir gardez-vous de démentir encore des gens instruits." [128]

En guise de commentaire, un historien 139 moderne  remarque : "Ce récit peut être considéré comme un exemple du genre d'exhibitions qui, sans doute, relevait d'une connaissance supérieure  des sciences naturelles". Personne n'a jamais douté que ce ne fût précisément le résultat de cette connaissance ; et les hermétistes, les magiciens, les astrologues et les alchimistes n'ont prétendu jamais autre chose. Ce ne fut certainement pas leur faute si les masses ignorantes, sous l'influence d'un clergé fanatique et sans scrupules, attribuaient ces faits à l'intervention du diable. En présence des tortures atroces infligées par l'Inquisition à tous ceux qui étaient soupçonnés de pratiquer la magie noire ou la magie blanche, il ne faut pas s'étonner que ces philosophes ne se soient jamais vantés d'une telle intervention et même ne l'aient jamais reconnue. Au contraire, leurs propres écrits prouvent qu'ils considéraient la magie "comme une simple application des causes naturelles actives aux choses ou aux sujets passifs. On réussit à produire par ces moyens beaucoup d'effets merveilleux mais, cependant, tout à fait naturels."

139  T. Wright. Narratives of Sorcery and Magic.

 

Les phénomènes musicaux et les odeurs mystiques présentés par Roger Bacon ont été souvent observés de notre temps. Pour ne point parler de notre expérience personnelle, des correspondants anglais de la Société Théosophique relatent que l'on a entendu des accords de la plus ravissante musique produite sans aucun instrument et senti des arômes délicieux attribués à l'intervention des esprits. Un correspondant nous écrit qu'un des parfums, obtenu de cette façon, celui du bois de santal, était si puissant que la maison en restait imprégnée plusieurs semaines après la séance. Le médium, dans le cas en question, était un membre de la famille et les expériences avaient été faites en présence des personnes de la maison. Un autre décrit ce qu'il appelle un "coup frappé musical". Les forces qui sont, maintenant, susceptibles de produire ces phénomènes, doivent avoir existé et avoir été tout aussi efficaces du temps de Roger Bacon. Quant aux apparitions, il suffit de dire qu'elles sont maintenant évoquées dans les cercles spirites et garanties par des savants. Donc les évocations par Roger Bacon semblent plus probables que jamais.

Baptiste Porta, dans son traité sur la Magie Naturelle, cite tout un catalogue de formules secrètes pour produire des effets extraordinaires au moyen des forces occultes de la nature. Les magiciens croyaient aussi fermement que nos spirites, au monde des esprits invisibles ; cependant, aucun d'eux n'a jamais prétendu produire ses phénomènes sous leur contrôle et avec leur seul concours. Ils savaient trop combien il est difficile de tenir à [129] l'écart les êtres élémentaires lorsqu'ils ont une fois trouvé la porte ouverte. Même la magie des anciens Chaldéens se résumait en la connaissance des plantes et des minéraux. Lorsque les théurgistes avaient besoin de l'aide divine dans les choses spirituelles et terrestres, c'est alors seulement qu'ils cherchaient la communication directe au moyen des rites religieux, avec de purs êtres spirituels. Pour eux aussi, les esprits qui restent invisibles et communiquent avec les mortels au moyen de leurs sens internes réveillés – comme dans la clairvoyance, la clair audience  et la transe – ne pouvaient être évoqués subjectivement et par la pureté de la vie et la prière. Mais tous les phénomènes physiques étaient produits simplement en usant de la connaissance des forces naturelles : rien de commun, certainement, avec les tours de passe-passe des escamoteurs d'aujourd'hui.

Les hommes qui possédaient ces connaissances et qui exerçaient ces pouvoirs travaillaient patiemment à quelque chose de mieux que la vaine gloire d'une renommée passagère. Ils ne la cherchaient pas. Aussi se sont- ils immortalisés comme tous ceux qui travaillent, oublieux d'eux-mêmes, pour le bien de la race. Illuminés par la lumière de l'éternelle vérité, ces alchimistes, pauvres riches, fixaient leur attention sur des objets dépassant de beaucoup la portée des connaissances ordinaires. Ils étaient persuadés qu'il n'est rien d'incompréhensible, hors la Cause Première, et qu'aucune question n'est insoluble. Oser, savoir, vouloir et GARDER LE SILENCE : telles furent leurs règles constantes. La bienfaisance sans égoïsme et sans prétentions était pour eux un besoin spontané. Dédaigneux d'un trafic mesquin et de ses profits, méprisant la richesse, le luxe, la pompe et la puissance terrestre, ils aspiraient au savoir comme à la plus précieuse des acquisitions. Ils estimaient que la pauvreté, les privations, le travail et le mépris des hommes n'étaient pas trop cher payer leurs précieuses connaissances. Eux, qui auraient pu coucher dans des lits de duvet et de velours, ils préféraient mourir à l'hôpital ou sur les grands chemins plutôt que d'abaisser leur âme et permettre à la cupidité de ceux qui les tentaient de triompher de leurs serments sacrés. Les vies de Paracelse, de Cornélius Agrippa et de Philaléthes sont trop connues pour qu'il soit nécessaire de répéter ici leur vieille et triste histoire.

Si les spirites sont désireux de rester strictement dogmatiques dans leurs notions du "monde des esprits", ils ne doivent pas convier les savants à l'étude de leurs phénomènes dans un véritable esprit expérimental. La tentative aboutirait très sûrement à la redécouverte partielle de l'antique magie : celle de Moïse et de Paracelse. Sous la beauté décevante de quelques-unes de leurs apparitions, ils pourraient trouver, un jour, les sylphes, les jolies [130] ondines des Rose-Croix, jouant dans des courants de force psychique et odique.

Déjà M. Crookes, qui croit pleinement à l'existence de l'être, sent que, sous la douce peau de Katie, couvrant un simulacre de cœur emprunté en partie au médium et en partie aux assistants, il n'y a point d'âme ! Quant aux doctes auteurs de l'Univers invisible, abandonnant leur théorie "électrobiologique", ils commencent à percevoir que l'éther universel pourrait bien être simplement un album photographique d'EN-SOPH, l'Illimité.

Nous sommes loin de croire que tous les esprits qui font des communications dans les cercles appartiennent aux classes dites Elémentaux et des Elémentaires. Beaucoup d'entre eux, et spécialement ceux qui font parler subjectivement le médium, qui le font écrire et agir de différentes manières, sont des esprits humains désincarnés 140. Ces esprits sont-ils bons ou mauvais, en majorité ? La réponse dépend beaucoup de la moralité privée du médium, de celle des membres du cercle, et  de l'intensité de leurs aspirations et du but qu'ils poursuivent. Si ce but est simplement de satisfaire la curiosité et passer le temps, il est inutile d'espérer rien de sérieux. Quoi qu'il en soit, les esprits humains ne peuvent jamais se matérialiser in propriâ personâ. Ils ne peuvent jamais apparaître revêtus de chair solide et chaude, les mains et le visage en sueur, dans les corps matériels grossiers. Le plus qu'ils puissent faire c'est projeter leur reflet éthéré sur les ondes atmosphériques et si l'attouchement de leurs mains et de leurs vêtements peut, dans certaines occasions, devenir objectif pour les sens d'un mortel vivant, cette sensation sera comme une brise qui passe en caressant l'endroit touché, et non comme une main humaine ni un corps matériel. Il est inutile de l'affirmer : les "esprits matérialisés" avec des cœurs dont on sentait les battements et des voix fortes (avec ou sans trompette) sont des esprits humains. Si les sons émis par eux peuvent être appelés des voix, les voix d'une apparition, une fois perçues, ne peuvent guère être oubliées. Celle d'un pur esprit est comme le murmure d'une harpe Eolienne entendue à distance ; la voix d'un esprit souffrant, et par conséquent impur sinon tout à faits mauvais, peut être comparée à celle d'un homme parlant dans un tonneau vide.

140 Ajoutons cependant – c'est de grande importance – que les véritables esprits humains, c'est-à- dire les personnalités des décédés ne descendent jamais vers le médium. C'est le médium au contraire, ou plutôt son esprit qui est attiré vers l'esprit communiquant et la sphère qu'il habite. (Note de la main de H.P.B. sur le manuscrit).

 

Ce n'est point notre philosophie, mais celle qu'ont professée d'innombrables générations de théurgistes et de magiciens : elle est fondée sur leur expérience pratique. Le témoignage de [131] l'antiquité est positif à cet égard : "∆αιµονώ οωναί αναρθροι είοι. Les voix des esprits ne sont pas articulées 141." La voix des esprits produit l'impression d'une colonne d'air comprimé montant de bas en haut et se répandant autour de la personne de l'interlocuteur vivant. Les nombreux témoins oculaires qui ont attesté le cas d'Elisabeth Eslinger ont déclaré qu'ils virent l'apparition ayant la forme d'une colonne de vapeur. Ces témoins sont : le vice gouverneur de la prison de Weinsberg, Mayer, Eckhart, Theurer et Knorr (assermentés), Düttenhœfer et Kapff le mathématicien. Pendant onze semaines, le Dr Kerner et ses fils, plusieurs ministres luthériens, l'avocat Fraas, le graveur Düttenhœfer, deux médecins, Siefer et Sicherer, le juge Heyd, le baron Von Hugel et bien d'autres ont suivi journellement cette manifestation. Tant qu'elle dura, la prisonnière Elisabeth pria à haute voix sans interruption. Comme "l'esprit" parlait en même temps, il est impossible d'invoquer la ventriloquerie. Cette voix, disent les témoins, n'avait rien d'humain, personne n'aurait pu l'imiter 142.

 141 Voyez Des Mousseaux. Dodone et Dieu et les dieux, p. 326.

142 Apparitions, traductions Crowe, pp. 388, 391, 399.

 

Nous donnerons plus loin d'abondantes preuves, tirées des auteurs anciens, à l'appui de cette vérité négligée. Pour le moment, nous répéterons que pas un esprit, parmi ceux que les spirites croient être des esprits humains désincarnés, n'a jamais été prouvé tel, par des témoignages suffisants. L'influence désincarnée peut être ressentie et communiquée subjectivement par eux à des sensitifs. Ils peuvent produire des manifestations objectives, mais ils ne peuvent se manifester eux-mêmes que de la manière indiquée plus haut. Ils peuvent contrôler le corps du médium, exprimer leurs désirs et leurs idées de diverses façons bien connues des spirites, mais ils ne peuvent point matérialiser ce qui est immatériel et purement spirituel, leur essence divine. Ainsi, toutes les prétendues "matérialisations", lorsqu'elles sont authentiques, sont produites (peut-être), soit par la volonté de "l'esprit", que l'apparition prétend être, mais qu'elle peut tout au plus personnifier, soit par un Gobelin élémentaire trop stupide, généralement, pour mériter le nom de démon. Dans de rares occasions, les esprits ont le pouvoir de se faire obéir par ces êtres sans âme, toujours prêts à prendre des noms pompeux si l'on n'y met bon ordre, de telle façon que le malicieux "esprit de l'air" formé par l'image réelle d'un esprit humain peut être mu par ce dernier comme une marionnette incapable de faire un acte ou de dire un mot autres que ceux qui leur sont imposés par "l'âme immortelle". Mais cela exige certaines conditions généralement ignorées des cercles ou des spirites, même des plus assidus aux séances. N'attire pas qui veut les esprits humains. Une des attractions les plus puissantes [132] sur nos défunts est leur profonde affection pour ceux qu'ils ont laissés sur la terre. Elle les attire irrésistiblement, peu à peu, dans le courant de la Lumière Astrale qui vibre entre la personne qui leur est sympathique et l'Ame Universelle.

Une autre très importante condition est l'harmonie, la pureté magnétique des personnes présentes. Si cette philosophie est dans l'erreur, si toutes les formes matérialisées émergeant, dans des pièces obscures, de cabinets plus obscurs encore, sont les esprits de personnes qui ont vécu jadis sur cette terre, d'où vient la différence si grande qui existe entre elles, et les fantômes qui apparaissent inopinément, ex abrupto, sans le concours d'aucun cabinet noir ni d'aucun médium ? Qui a jamais entendu parler des apparitions "d'âmes tourmentées", errant autour des lieux où elles ont été assassinées, ou, revenant, pour des raisons personnelles mystérieuses, avec des "mains dont on sent la chaleur", donnant une impression de chair si vivante qu'on ne les distinguerait pas des êtres vivants si l'on ne savait positivement que ces personnalités sont mortes et enterrées ? Il y a des faits parfaitement attestés d'apparitions se rendant soudainement visibles, mais jamais, jusqu'au commencement de l'ère des "matérialisations", nous n'avons rien vu comme elles. Dans le journal Medium and Day Break, numéro du 8 septembre 1876, nous lisons une lettre d'une dame voyageant sur le continent rapportant un fait survenu dans une maison hantée. Elle dit :..."Un bruit étrange se fit entendre dans un coin sombre de la bibliothèque... regardant de ce côté, elle aperçut un nuage ou une colonne de vapeur lumineuse. L'esprit, enchaîné à la terre, errait autour du lieu rendu maudit par ses méfaits…" Comme cet esprit était indubitablement une véritable apparition élémentaire, rendue visible par sa volonté, ou, en un mot, une umbra ; Elle était, comme doit être toute ombre respectable, visible mais impalpable, ou, si elle était palpable à un degré quelconque, elle faisait, au toucher, l'effet d'une masse d'eau écrasée dans la main ou bien d'une vapeur condensée mais froide. Elle était lumineuse  et vaporeuse : tout ce qu'on peut dire c'est qu'elle pouvait être l'ombre personnelle réelle de l' "esprit" persécuté et attaché à la terre, soit par le remords de ses propres crimes, soit par les crimes d'une autre personne ou esprit. Les mystères d'outre-tombe sont nombreux et les "matérialisations" modernes ne font que les rendre sans valeur et ridicules aux yeux des indifférents.

A ces assertions on pourrait, peut-être, opposer un fait bien connu des spirites. L'auteur du présent livre a certifié publiquement avoir vu de ces formes matérialisées. Nous l'avons certainement fait et nous sommes prêts à répéter ce témoignage. Nous avons reconnu dans ces formes la représentation visible de connaissances, [133] d'amis et même de parents. Nous avons, en compagnie d'autres nombreux spectateurs, entendu ces apparitions prononcer des mots, en des langues qui, non  seulement n'étaient pas familières au médium ni à aucune des personnes présentes, nous exceptée, mais qui étaient encore étrangères pour presque tous sinon pour tous les médiums d'Amérique et d'Europe : en effet, c'étaient les idiomes de tribus et de peuples d'Orient. A ce moment, ces cas furent considérés, avec raison, comme une preuve concluante de la médiumnité réelle du fermier illettré de Vermont, qui était dans  le "cabinet". Néanmoins ces formes n'étaient pas les personnes  qu'elles paraissaient être. C'était tout simplement leur portrait statue, construit, animé et mû par les Elémentaires. Si, jusqu'à présent, nous n'avons pas élucidé ce point c'est parce que le public spirite n'était pas préparé, à cette époque-là, même pour prêter l'oreille à cette proposition fondamentale : il y a des esprits élémentaux et des esprits élémentaires. Depuis lors, le sujet a été entamé et discuté, plus ou moins largement. Il est donc moins dangereux de lancer sur l'Océan tourmenté de la critique la philosophie séculaire des sages de l'antiquité : l'esprit public a été quelque peu préparé à examiner la question avec une impartiale attention. Deux années d'agitation ont produit un changement très marqué en mieux.

Pausanias écrit que quatre cents ans après la bataille de Marathon, il était encore possible, sur l'emplacement où elle s'était livrée, d'entendre les hennissements des chevaux et les cris poussés par les ombres des combattants. En supposant que les spectres des soldats morts fussent leurs esprits véritables, ils avaient l'apparence "d'ombres" et non  point d'hommes matérialisés. Qui – ou quoi – produisait alors le bruit du hennissement des chevaux ? Des "esprits" équins ? Et si on déclare qu'il n'est pas vrai que les chevaux aient des "esprits" – certes, ni  les zoologistes, ni les physiologistes, ni les psychologues, ni même les spirites ne pourraient le prouver ou prouver le contraire, faudra-t-il, en ce cas, attribuer à des "âmes humaines immortelles" ces hennissements des chevaux de Marathon pour rendre la scène plus  vivante  et  plus dramatique ? Des fantômes de chiens, de chats et d'autres animaux ont été fréquemment vus et, à cet égard, le témoignage universel est aussi concluant que celui concernant les apparitions humaines. Qui personnifie ou quoi, si l'on peut s'exprimer ainsi, le fantôme d'un animal mort ? S'agirait-il encore d'esprits humains ? La question ainsi posée ne laisse point subsister de doute ; il faut admettre que les animaux ont un esprit et une âme qui leur survivent, comme les nôtres, ou comme Porphyre, qu'il existe dans le monde invisible une classe de démons malicieux et badins, être intermédiaires entre les hommes et les [134] "dieux", esprits qui se complaisent à apparaître sous toutes les formes imaginables, depuis la forme humaine jusqu'à celle du plus infime des animaux 143.

143 De abstinentia, etc…

 

Avant de nous hasarder à décider si les formes astrales d'animaux, très fréquemment vues et universellement attestées, sont les esprits de ces animaux morts, étudions soigneusement leur conduite. Ces spectres agissent-ils conformément aux habitudes des animaux vivants, déploient- ils le même instinct qu'on leur a connu ? Les bêtes de proie guettent-elles leurs victimes, les animaux timides fuient-ils devant l'homme ? Ou bien, au contraire, ces spectres font-ils preuve d'une malveillance, d'une disposition à tourmenter tout à fait étrangère à leur nature ? Nombreuses sont les victimes de leurs obsessions : rappelons les persécutés de Salem et d'autres cas de sorcellerie historiques. On affirme y avoir vu des chiens, des chats, des pourceaux et d'autres animaux, envahir la chambre de leurs victimes qu'ils mordaient, dont ils piétinaient les corps endormis. Ils leur parlaient aussi et, souvent, les incitaient au suicide ou à d'autres crimes. Dans le cas avéré d'Elisabeth Erlinger, mentionné par le Dr Kerner, l'apparition de l'ancien prêtre de Wimmenthal 144 était accompagnée par un gros chien noir qu'il appelait son père. Ce chien, en présence de nombreux témoins, bondissait sur les lits de tous les prisonniers. Une autre fois, le prêtre apparut avec un agneau, quelquefois aussi avec deux. Presque tous les accusés de Salem l'étaient par les voyantes de tramer et comploter de mauvaises actions avec des oiseaux jaunes qui venaient se percher sur leur épaule ou sur les solives au-dessus de leurs têtes 145. Et, à moins de révoquer en doute le témoignage de milliers de spectateurs, dans toutes les parties du monde, et à toutes les époques, et d'accorder le monopole de la voyance aux médiums modernes, il faut admettre que les spectres d'animaux apparaissent vraiment et manifestent tous les traits les plus dépravés de la nature humaine sans appartenir eux-mêmes à la race humaine. Que peuvent-ils donc être sinon des élémentaux ?

Descartes fut un des rares qui crût et osât dire que nous sommes redevables à la médecine occulte de découvertes "destinées à étendre le domaine de la philosophie". Brierre de Boismont non seulement partagea ces espérances, mais il avoua ouvertement sa sympathie pour le "surnaturalisme" qu'il considère comme "la grande croyance" universelle. "... Nous pensons, avec Guizot, dit-il, que l'existence de la société est intimement liée à cette croyance. C'est en vain que la raison moderne rejette le [135] surnaturel : malgré son positivisme, elle ne peut expliquer les causes intimes des phénomènes. Le surnaturel est universellement répandu et il se trouve au fond de tous les cœurs 146. Les esprits les plus élevés en sont, fréquemment, les plus fervents disciples."

 144 C. Crowne. On Apparitions, p. 398.

145 Upham. Salem Witchraft.

146 Brierre de Boismont. On Hallucinations, p. 60.

 

Christophe Colomb découvrit l'Amérique et Amérigo Vespuce récolta la gloire et usurpa ce qui lui était dû. Théophraste Paracelse redécouvrit les propriétés occultes de l'aimant, "l'os d'Horus" qui, douze siècles avant son temps, avait joué un rôle si important dans les mystères théurgiques : il devint, tout naturellement, le fondateur de l'école de magnétisme et de magicothéurgie médiévale. Mesmer qui vécut près de trois cents ans après lui et qui, disciple de son école, rendit publiques les étonnantes merveilles du magnétisme, récolta la gloire qui revenait au philosophe du feu ; le grand maître était mort à l'hôpital.

Ainsi va le monde : de nouvelles découvertes sortent des sciences anciennes ; des hommes nouveaux, toujours la même vieille nature.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:37:34 +0000
CHAPITRE III - L'AVEUGLE CONDUISANT L'AVEUGLE https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/390-chapitre-iii-l-aveugle-conduisant-l-aveugle https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/390-chapitre-iii-l-aveugle-conduisant-l-aveugle

CHAPITRE III

L'AVEUGLE CONDUISANT L'AVEUGLE

 

"Le miroir de l'âme ne peut refléter en même temps la terre et le ciel et l'un s'efface dès que l'autre s'y montre."

 ZANONI.

"Qui donc t'a donné mission d'annoncer au peuple que la Divinité n'existe pas ? Quel avantage trouves-tu à persuader à l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées et frappe au hasard le crime et la vertu ?"

 ROBESPIERRE (Discours, 7 mai 1794).

 

Nous croyons qu'un très petit nombre des phénomènes spirites authentiques sont produits par l'influence d'esprits humains désincarnés. Cependant ceux-là même qui sont produits par les forces occultes de la nature méritent également, de la part de la Science, une sérieuse et consciencieuse étude, qu'ils se manifestent par l'intermédiaire de quelques médiums authentiques, ou qu'ils soient consciemment produits par les jongleurs de l'Inde et de l'Egypte, maintenant surtout que, d'après des autorités respectées, l'hypothèse de fraude est en bien des cas inadmissible. Il est hors de doute que des escamoteurs de profession peuvent exécuter des tours plus adroits que ceux de tous les "John King D Anglais et Américains réunis. Robert Houdin le pourrait incontestablement. Mais il s'est, malgré cela, permis de rire au nez des Académiciens qui avaient demandé de déclarer, dans les journaux, qu'il pouvait faire mouvoir une table ou lui faire donner des réponses, au moyen de petits coups frappés ce, sans contact des mains et sans que la table fût préparée 147. Le fait qu'un célèbre prestidigitateur de Londres a refusé un défi de mille livres sterling qui  lui  était  offert  par  M.  Algernon  Joy 148,  pour  produire  les   mêmes manifestations qu'on obtenait habituellement a l'aide des médiums,  à moins qu'on ne le laisse sans liens et libre des mains du comité de contrôle, ce fait seul dément catégoriquement son exposé des phénomènes occultes. Si adroit qu'il puisse [138] être, nous le défions de reproduire, dans les mêmes conditions, les "tours" exécutés par un simple jongleur Indien. Ce dernier, par exemple, opère dans les conditions suivantes : l'endroit choisi par les investigateurs n'est connu du jongleur qu'au moment de la présentation, l'expérience doit être faite au grand jour et sans la moindre préparation, ni aide ni compère mais un jeune garçon absolument nu, le jongleur lui-même étant à demi-nu. Ces conditions observées, le prestidigitateur devrait exécuter trois tours des plus ordinaires, choisis parmi ceux si nombreux et si variés qui furent récemment exécutés devant quelques gentlemen appartenant à la suite du Prince de Galles.

147 Voir de Mireille. Des Esprits, et les ouvrages sur les "Phénomènes spirites", par de Gosparin.

148 Secrétaire honoraire de l'Association des Spirites de Londres.

 

  1. – Une roupie étant fortement serrée dans la main d'un sceptique, la transformer en un cobra vivant dont la morsure serait mortelle, comme le montrerait l'examen de ses crochets.
  2. – Prendre une graine, choisie au hasard par l'un des spectateurs, la semer dans le premier pot de terre venu, pot fourni par quelque sceptique ; la faire germer, pousser, mûrir et porter ses fruits en moins d'un quart d'heure…
  3. – S'étendre sur trois sabres plantés verticalement, poignées en bas, pointes en haut ; faire retirer le premier sabre, puis le second, quelques instants après, le troisième ; rester finalement suspendu en l'air, sur rien, à un mètre environ du sol. Lorsqu'un prestidigitateur, à commencer par Robert Houdin et sans excepter ceux qui font de la réclame à leur profit en attaquant le spiritisme, pourra en faire autant, alors, mais alors seulement, nous nous déciderons à croire que le genre humain est sorti de l'orteil de l'Orohippus de la période Eocène, selon M. Huxley.

Nous affirmons de nouveau, en toute confiance, qu'il n'existe pas de sorcier de profession (au Nord, au Sud, à l'Ouest) qui puisse rivaliser avec quelques-uns de ces enfants de l'Orient ignorants et presque nus ;  Il n'aurait pas une chance de succès. Ils n'ont pas besoin, pour leurs représentations, de l'Egyptian Hall. Ils ne font ni préparatifs, ni répétitions. Ils sont toujours prêts à appeler au pied levé à leur aide les pouvoirs cachés de la nature qui sont livre fermé pour les prestidigitateurs comme pour les savants d'Europe. En vérité, ainsi que le dit Elihu, "les grands hommes ne sont pas toujours sages ni les vieillards toujours sensés 149". Rappelant la remarque du pasteur Anglais, le Dr Henry More, nous pouvons certainement dire : "... S'il y avait encore un peu de modestie dans l'humanité, les récits de la Bible devraient démontrer abondamment aux hommes l'existence des anges et des esprits." Cet homme éminent ajoute : "Selon moi, c'est par une [139] marque spéciale de la sollicitude providentielle… si de nouveaux exemples d'apparitions viennent réveiller, dans nos esprits engourdis et léthargiques, l'assurance qu'il y a d'autres êtres intelligents en dehors de ceux revêtus de terre grossière et d'argile... ces preuves établissant qu'il y a de mauvais Esprits, la porte est ouverte à notre foi dans l'existence des bons Esprits et, finalement, dans l'existence d'un Dieu." L'exemple cité plus haut porte en lui sa morale, non seulement pour les savants mais aussi pour les théologiens. Ceux qui se sont fait une réputation dans la chaire ou dans les facultés, laissent continuellement voir à leurs auditoires qu'ils sont si peu versés en psychologie que n'importe quel intrigant plausible les ferait marcher et ainsi les rendrait ridicules aux yeux de l'étudiant sérieux rencontré sur leur chemin. L'opinion publique, à cet égard, a été faite par des jongleurs et de soi-disant savants qui ne méritent aucune considération.

149 Livre de Job.

 

Le développement de la science psychologique a été retardé bien plus par le ridicule de ces hommes prétentieux que par les difficultés inhérentes à cette étude. Le rire creux des nourrissons scientifiques ou des snobs a plus fait pour maintenir l'homme dans l'ignorance de ses pouvoirs psychiques impériaux, que les obscurités, les obstacles et les dangers entourant la question. C'est surtout le cas pour les phénomènes spirites. Si les investigations touchant les manifestations spirites ont été, généralement, confiées à des incapables, c'est que les savants, qui auraient pu et dû les étudier, ont été effrayés par de prétendues dénonciations, par les plaisanteries sarcastiques et les cris impertinents d'hommes qui ne sont pas dignes de dénouer les cordons de leur chaussure. Il y a de la lâcheté morale, même dans les chaires des universités. La vitalité inhérente au spiritisme moderne est démontrée par le fait qu'il survit aux mépris des corps savants et à la vantardise tapageuse de ses détracteurs. Malgré les ricanements dédaigneux des patriarches de la Science tels que Faraday et Brewster, en descendant jusqu'à l'exposé professionnel d'un homme –   X...  qui fut assez heureux à Londres dans l'imitation de certains phénomènes, nous ne trouverons pas chez tous ces gens-là un seul argument irréfutable contre la réalité des phénomènes spirites.  "Ma théorie, dit, dans sa prétendue dénonciation, l'individu mentionné, c'est que M. Williams lui-même s'est déguisé pour personnifier John King et Peter. Personne ne peut prouver qu'il n'en fut pas ainsi". Malgré l'assurance de cette assertion, ce n'est, après tout, qu'une théorie pure et simple : les spirites pourraient lui répondre en lui demandant de prouver ce qu'il avance.

Mais les ennemis les plus invétérés, les plus irréconciliables du Spiritisme appartiennent à une classe, heureusement, peu nombreuse quoiqu'elle ne cesse de clamer ses invectives et d'affirmer [140] ses idées avec des cris dignes d'une meilleure cause. Ce sont les prétendus savants de la Jeune Amérique, pseudo-philosophes d'une classe bâtarde, dont nous avons parlé au début de ce chapitre ; ils n'ont d'autres droits à être considérés comme érudits que la possession d'une machine électrique et le fait d'avoir donné quelques conférences puériles sur l'insanité ou la médiomanie. Ces hommes, s'il faut les en croire, sont de profonds penseurs et physiologistes. Ils ne donnent pas dans les niaiseries métaphysiques : ce sont des Positivistes, nourris d'Auguste Comte, dont le cœur brûle du désir d'arracher l'humanité au sombre abîme de la superstition et de reconstruire le Cosmos d'après des principes amendés. A ces psychophobes irascibles on ne peut faire d'injure plus grave que de suggérer qu'ils sont doués d'un esprit immortel. A les entendre, on croirait qu'il ne peut y avoir d'autres âmes, chez les hommes et chez les femmes, que "des âmes  scientifiques" et des "âmes non scientifiques" – quel  que  soit  d'ailleurs  ce  genre d'âmes 150.

150 Voir Dr F.R. Marwin. Lectures on Insanity and Mediomania

 

Il y a trente ou quarante ans, en France, Auguste Comte, élève de l'Ecole Polytechnique, après être resté pendant des années dans cet établissement comme répétiteur d'Analyse Transcendante et de Mécanique Rationnelle, se réveilla, un beau matin, avec l'idée assez irrationnelle de devenir prophète. On rencontre de ces prophètes à tous les coins des rues, en Amérique. Mais en Europe ils sont aussi rares que des merles blancs. Cependant la France est la terre des nouveautés : Auguste Comte devint prophète et la mode est tellement contagieuse, par moments, que, même dans la raisonnable Angleterre, il fut considéré, pendant un certain temps, comme le Newton du XIXème siècle.

L'épidémie prit de l'extension et, en peu de temps, elle se propagea, comme un feu de brousse, en Allemagne, en Angleterre et en Amérique. La doctrine trouva des adeptes en France mais l'engouement n'y fut pas de longue durée. Le prophète avait besoin d'argent, les  disciples n'étaient point disposés à lui en fournir. La fièvre d'admiration pour une religion sans Dieu se calma aussi vite qu'elle s'était déclarée. De tous les apôtres enthousiastes du Prophète, un seul resta digne de considération. C'est le célèbre philosophe Littré, membre de l'Institut et futur Académicien que l'évêque d'Orléans essaya vainement d'empêcher de devenir l'un des "Immortels" 151.

151 Vapereau. Biographie Contemporaine, art. Littré ; et Des Mousseaux. Les hauts phénomènes de la magie, ch. 6.

 

Le philosophe mathématicien, grand prêtre de la "religion de l'avenir", enseigna sa doctrine, comme le font tous ses frères en prophétie de nos jours. II déifia "la femme" et lui éleva un [141] autel ; seulement la déesse dut payer pour pouvoir s'en servir. Les rationalistes s'étaient moqués des aberrations mentales de Fourier, ils avaient ri des saint-simoniens, leur mépris pour les Spirites fut sans bornes. Ces mêmes rationalistes et matérialistes se trouvèrent pris, comme des linottes sans cervelles, à la glu, par la rhétorique du nouveau prophète. Le besoin d'une divinité, l'aspiration vers l' "inconnu" sont innés chez l'homme ; aussi les pires athées eux-mêmes n'en paraissent-ils point exempts. Déçus par l'éclat apparent de ce feu follet, les disciples le suivirent si loin qu'ils se trouvèrent enlisés jusqu'au cou dans un marécage sans fond.

Sous le masque d'une prétendue érudition, les Positivistes d'Amérique s'organisèrent en cercles et en Comités dans le but de déraciner le Spiritisme, tout en déclarant vouloir l'étudier impartialement.

Trop timides pour défier ouvertement les Eglises et la doctrine Chrétienne, ils s'efforcent de saper la base de toute religion : la foi de l'homme en Dieu et dans sa propre immortalité. Leur politique consistait à tourner en ridicule ce qui fournit à cette foi des bases insolites : le Spiritisme phénoménal. En l'attaquant par son côté faible, ils ont surtout mis à profit son manque de méthode inductive et les exagérations que l'on découvre dans les doctrines transcendantes de quelques-uns de ses propagateurs. Exploitant son impopularité, déployant un courage aussi excessif et hors de propos que le chevalier errant de la Manche, ils prétendent être reconnus comme des philanthropes et des bienfaiteurs, destructeurs d'une monstrueuse superstition 152.

152 Ce chapitre fut écrit, il y a bien des années, en réponse aux attaques furieuses des Positivistes du soi-disant "Libéral Club" contre les Théosophes et les Spirites. (Note n'existant pas dans l'édition originale de l'ouvrage).

153 "Free-loyers" : secte immorale, née en Amérique, qui prit, quelque temps, des proportions gigantesques. H.P.B. (Note n'existant pas dans l'édition originale de l'ouvrage).

 

Voyons donc jusqu'à quel point cette religion de l'avenir tant vantée de Comte, est supérieure au Spiritisme et si ses défenseurs n'ont pas autant besoin d'être enfermés dans ces asiles d'aliénés qu'ils réservent aux médiums, avec une touchante sollicitude. Appelons, avant tout, l'attention sur ce fait : les trois quarts des fâcheuses impressions, laissées par le Spiritisme moderne, proviennent des aventuriers matérialistes qui se sont déclarés spirites. Comte a dépeint avec des couleurs obscènes la femme "artificiellement fécondée" de l'avenir. Elle n'est d'ailleurs que la sœur aînée de la débauchée idéale des amoureux libres 153. L'immunité contre l'avenir, offerte par les enseignements de ses disciples insensés, a si bien impressionné quelques pseudo-spirites qu'elle les a portés à se constituer en associations communistes. Mais [142] aucune ne fut de longue durée. Comme leur principal caractère était un animalisme matérialiste grossier, voilé d'une mince feuille philosophique en clinquant, affublé d'un amalgame de noms grecs… la communauté ne pouvait aboutir qu'à un échec.

Platon, dans le cinquième livre de la République, suggère une méthode pour améliorer la race humaine par l'élimination des individus malades et difformes et par l'union des meilleurs spécimens des deux sexes. Il ne fallait pas s'attendre à ce que "le génie de notre siècle", fût-il prophète, tirât de son cerveau quelque chose d'entièrement neuf.

Comte était mathématicien. En combinant habilement plusieurs utopies anciennes, il colora le tout et, perfectionnant l'idée de Platon, pour la matérialiser, il offrit au monde la plus grande monstruosité qui soit jamais sortie d'une cervelle humaine.

 Le lecteur ne doit point perdre de vue que nous n'attaquons pas Comte comme philosophe, mais comme réformateur avoué. Dans l'irrémédiable obscurité de ses idées, politiques, philosophiques et religieuse, nous trouvons, souvent, des observations isolées et des remarques où  la grandeur de sa logique et sa pensée judicieuse rivalisent avec l'éclat de leur interprétation. Mais ces lueurs brillantes, après vous avoir éblouis comme des éclairs dans la nuit noire, vous laissent ensuite plongés dans une nuit plus sombre que jamais. Si on les condensait, si on les refondait, ses divers ouvrages pourraient produire un volume d'aphorismes très originaux, donnant une définition très claire et très ingénieuse de la plupart de nos plaies sociales. Par contre, soit à travers les fatigantes circonlocutions des six volumes de son Cours de Philosophie Positive, soit dans cette parodie sur le clergé en forme de dialogue, le Catéchisme de la Religion Positive, on chercherait en vain une seule idée susceptible de suggérer à ces maux un remède, même relatif. Ses disciples insinuent que les sublimes doctrines de leur prophète ne sont point destinées au vulgaire. Mais si l'on compare les dogmes du Positivisme à leur application pratique par ses apôtres, nous devons admettre qu'il se peut qu'une doctrine incolore soit à la base du système. Le "grand prêtre" prêche que "la femme doit cesser d'être la femelle de l'homme" 154, la théorie des législateurs de cette école sur le mariage et la famille consiste surtout à faire de la femme la " simple compagne de l'homme", en la débarrassant de toute fonction maternelle 155. Ils s'apprêtent pour l'avenir à substituer à cette fonction, "chez la femme chaste", une force latente 156, mais, en même temps, quelques-uns de leurs prêtres laïques prêchent ouvertement la polygamie, [143] et d'autres affirment que leurs doctrines sont la quintessence de la philosophie spirituelle !

154 A. Comte. Système de Politique Positive, vol. I, p. 203.

155 Ibidem.

156 Ibidem.

157 Voir Des Mousseaux. Hauts Phénomènes de la Magie, chap. VI.

 

L'opinion du clergé Romain, hanté par le cauchemar chronique du diable, est que Comte offre sa "femme de l'avenir" à la possession des "incubes" 157. S'il faut en croire d'autres personnes plus prosaïques, la Divinité du Positivisme devrait, dorénavant, être considérée comme un bipède couveur. Littré, d'ailleurs, a fait quelques réserves prudentes en acceptant l'apostolat de cette merveilleuse religion. Voici ce qu'il écrivait en 1859 :

"M. Comte a pensé qu'il avait non seulement trouvé les principes, tracé les contours et fourni la méthode, mais encore qu'il avait déduit les conséquences et construit l'édifice social et religieux de l'avenir. C'est à propos de cette seconde partie de l'œuvre que nous faisons nos réserves. En ce qui concerne la première partie, nous l'acceptons comme un héritage, dans son ensemble complet." 158

Plus loin, il dit : "M. Comte, dans un grand ouvrage intitulé Système de la Philosophie Positive, établit les bases d'une philosophie (?) qui doit finalement supplanter toutes les théologies et l'ensemble des doctrines métaphysiques. Un tel ouvrage contient nécessairement une application directe au gouvernement des sociétés. Comme il ne renferme rien d'arbitraire (?) et comme nous y trouvons une science réelle (?) mon adhésion aux principes implique mon adhésion aux conséquences essentielles."

M. Littré se montre donc sous l'aspect d'un vrai fils de son prophète. En vérité, le système de Comte nous parait être bâti sur un jeu de mots. Lorsqu'ils disent Positivisme, il faut lire Nihilisme ; quand vous entendrez prononcer le mot chasteté, sachez que cela veut dire impudicité et ainsi de suite. Comme c'est une religion fondée sur une théorie négative, ses adhérents ne peuvent la pratiquer sans dire blanc lorsqu'ils veulent dire noir.

"La Philosophie positive, continue Littré, n'accepte point les idées de l'athéisme, car l'athée n'a point un esprit réellement émancipé : c'est encore un théologien à sa façon. Il donne son explication sur l'essence des choses, il sait comment elles ont commencé !… L'athéisme c'est le Panthéisme : ce système est encore tout à fait théologique et, par conséquent, il appartient aux anciens partis" 159.

 158 Littré. Paroles de Philosophie Positive.

159 Littré. Paroles de Philosophie Positive, VII, 57.

 

Ce serait, en vérité, perdre son temps que de pousser plus loin les citations de ces dissertations paradoxales. Comte arriva à l'apogée de l'absurdité et de l'inconséquence lorsque, après avoir inventé un système de philosophie, il le nomma une "Religion". Et, [144] comme cela arrive habituellement, les disciples ont dépassé en absurdité le réformateur. Les pseudo-philosophes qui brillent dans les Académies Comtistes d'Amérique, comme brille une lampyris noctiluca à côté d'une planète, ne nous laissent pas le moindre doute sur leur croyance. Ils opposent "ce système de pensée et de vie" élaboré par l'apôtre Français à "l'idiotie" du Spiritisme, et naturellement, donnent l'avantage au premier. "Pour détruire il faut remplacer", dit l'auteur du Catéchisme de la Religion Positive, citant ainsi Cassaudière sans lui payer tribut pour son idée, et les Comtistes cherchent à montrer par quelle sorte d'odieux système ils voudraient remplacer le Christianisme, le Spiritisme et même la Science.

"Le Positivisme", dit l'un d'eux, "est une doctrine intégrale. Il rejette complètement toutes les formes de croyances théologiques et métaphysiques, toutes les formes de surnaturalisme et, par conséquent, le Spiritisme. Le véritable esprit positiviste consiste à substituer l'étude des lois invariables des phénomènes à celles de leurs prétendues causes, soit immédiates, soit primaires. Sur ce terrain, il repousse  également l'athéisme, car l'athée, au fond, est un théologien". Et il ajoute en copiant Littré : "L'athée ne rejette pas les problèmes de la théologie  mais seulement leur solution. En cela, il se montre illogique. Nous, Positivistes, de notre côté nous rejetons le problème parce qu'il est inaccessible à l'intellect. Nous ne ferions que gaspiller notre force en cherchant en vain les causes premières et finales. Comme vous le voyez, le Positivisme donne une explication complète (?) du monde, de l'homme, de ses devoirs et de sa destinée… !" 160.

160 Spiritualism and Charlatanism.

 

C'est fort beau tout cela. Maintenant, par voie de contraste, nous allons citer ce qu'un véritable grand savant, le professeur Hare, pense de ce système. "La philosophie positive de Comte, dit-il, après tout,  est purement négative. Comte admet ne rien savoir des sources et des causes des lois de la nature. Leur origine est, selon lui, si parfaitement inscrutable qu'il est inutile de perdre son temps à des recherches dans cette direction. Comme de juste, sa doctrine fait de lui un ignorant complet des causes  des lois, des moyens par lesquels elles furent établies. Cette doctrine ne peut donc avoir pour base que l'argument négatif précité lorsqu'il vise des faits reconnus, ou rapports avec la création spirituelle. Ainsi, tout en laissant à l'athée son domaine matériel, le Spiritisme dans le même espace et au- dessus de lui érige un domaine qui le dépasse autant que  l'éternité l'emporte sur la moyenne de la durée de la vie humaine et que les régions illimitées [145] des étoiles fixes dépassent en étendue l'aire habitable de ce globe." 161.

161 Prof. Hare. On Positivism, p. 29.

 

Bref, le Positivisme se propose de détruire la Théologie, la Métaphysique, le Spiritisme, l'Athéisme, le Matérialisme, le Panthéisme et la Science et doit finir par se détruire lui-même. De Mirville pense que, d'après le Positivisme, "l'ordre ne commencera à régner dans l'esprit humain que le jour où la psychologie sera devenue une sorte de physique cérébrale et l'histoire une espèce de physique sociale." Le Mahomet moderne commence par débarrasser l'homme et la femme de Dieu et de leur âme. Puis, il éventre inconsciemment sa propre doctrine avec l'épée trop tranchante de la métaphysique qu'il avait toujours cru éviter, laissant ainsi de côté tout vestige de philosophie.

M. Paul Janet, membre de l'Institut, prononçait en 1864 un discours sur le Positivisme, discours dans lequel on trouve les remarquables passages qui suivent : "Il y a des esprits qui furent élevés et nourris dans les sciences exactes et positives mais qui, néanmoins, sont portés d'instinct vers la philosophie. Ils ne peuvent satisfaire cet instinct qu'avec les éléments qu'ils ont à leur portée déjà. Ignorant tout des sciences psychologiques, n'ayant étudié que les rudiments de la métaphysique, ils n'en sont pas moins disposés à combattre cette même métaphysique ainsi que la psychologie dont ils sont aussi mal informés. Ils s'imagineront ensuite avoir fondé une science positive : la vérité, cependant, est qu'ils ont seulement créé une théorie métaphysique, incomplète et mutilée. Ils s'arrogent l'autorité et l'infaillibilité qui n'appartiennent vraiment qu'à la science réelle, autorité et infaillibilité basées sur l'expérience et le calcul. Ils sont, eux, dépourvus de cette autorité parce que leurs idées, si défectueuses soient-elles, sont du même ordre que celles qu'ils combattent.

 D'où résultent la faiblesse de leur situation et la ruine finale de leurs idées, dispersées bientôt aux quatre vents du Ciel." 162.

 162 Journal des Débats, 1864. Voir aussi : Des Mousseaux. Hauts phénomènes de la Magie.

 

Les Positivistes d'Amérique ont uni leurs infatigables efforts pour renverser le Spiritisme. Cependant, pour montrer leur impartialité, ils posent des questions d'une nouveauté de ce genre : "... Quelle somme de raison trouve-t-on dans les dogmes de l'Immaculée Conception, de la Trinité, de la Transubstantiation, si nous les soumettons à l'analyse physiologique, mathématique et chimique ?" Ils se font forts "de dire que les divagations du Spiritisme ne surpassent pas en absurdité ces croyances éminemment respectables." Fort bien, mais il n'y a pas d'absurdité théologique ni d'illusion spirite qui puisse rivaliser de dépravation et [146] d'imbécillité avec la notion positiviste de la "fécondation artificielle". Ils refusent de penser aux causes premières et finales mais ils appliquent leurs théories insensées à la construction d'une femme impossible promise au culte des générations futures. La vivante et immortelle compagne de l'homme, ils la veulent remplacer par la fétiche femelle des Indiens de l'Obéah, l'idole de bois bourrée, chaque jour, d'œufs de serpents que les rayons du soleil font éclore !

Et, maintenant, il nous sera bien permis de demander au nom du sens commun, pourquoi les mystiques chrétiens seraient taxés de crédulité, ou les spirites consignés à Charenton, alors qu'une religion qui renferme d'aussi révoltantes absurdités trouve des disciples jusque parmi les académiciens ? Alors que nous trouvons dans la bouche de Comte des rhapsodies insensées qu'admirent ses fidèles et dont voici un échantillon ? "Mes yeux sont éblouis, ils s'ouvrent chaque jour davantage à la coïncidence toujours plus parfaite de l'avènement social du  mystère féminin avec la décadence spirituelle du sacrement eucharistique.  La vierge a déjà détrôné Dieu dans le cœur des catholiques du Midi ! Le Positivisme réalise l'Utopie du moyen âge en représentant tous les membres de la Grande famille comme issus d'une vierge mère, sans époux."... Après avoir indiqué le modus operandi, il dit encore : "Le développement du procédé nouveau causerait bientôt l'avènement d'une caste sans hérédité, mieux adaptée au recrutement des chefs spirituels, et même temporels, que les produits de la procréation vulgaire : leur autorité sera fondée sur une origine vraiment supérieure qui ne reculerait pas devant les enquêtes." 163

Nous pourrions, à bon droit, demander si l'on a jamais rencontré dans les "divagations du Spiritisme" ou même dans les mystères du Christianisme quelque chose de plus ridicule que cette "race future" idéale. Si la tendance du matérialisme n'est pas démentie par la conduite de quelques-uns de ses défenseurs, ceux qui prêchent ouvertement la polygamie, nous présumons que, issus ou non de cette race sacerdotale engendrée de la sorte, nous ne verrons point la fin de cette postérité – de ces rejetons de "mères sans époux."

Combien il est naturel qu'une philosophie susceptible d'engendrer une telle caste d'incubes didactes fasse exprimer par la plume d'un de ses plus plaisants revuistes des sentiments de ce genre : "Ce siècle est une époque triste, très triste, pleine de croyances mortes ou mourantes, remplie de prières inutiles qui cherchent vainement les dieux envolés. Mais c'est aussi une époque [147] glorieuse, pleine de la lumière dorée que répand le soleil levant de la Science. Que ferons-nous pour les naufragés de la foi, faillis de l'intelligence mais qui cherchent du réconfort dans le mirage du spiritisme ; les illusions du transcendantalisme ou les feux follets du mesmérisme… ?" 164

163 Philosophie positive, vol. IV, p. 279.

164 Dr F.R. Marvin. Lecture on Isanity and Mediomania.

165 Voir Howit. History of the Supernatural, vol. II.

 

Le feu follet, cette image si chère à maint micro-philosophe, a eu, lui aussi, à lutter pour être admis. Il n'y a pas si longtemps que ce phénomène, aujourd'hui familier, était énergiquement nié par un correspondant du Times de Londres. Ses assertions eurent un certain poids, jusqu'au jour où l'ouvrage du Dr Phipson appuyé sur les témoignages de Beccaria, de Humboldt et d'autres naturalistes trancha définitivement la question 165. Les Positivistes devraient choisir des expressions plus heureuses tout en suivant le progrès des découvertes scientifiques. Quant au Mesmérisme, il a été adopté dans plusieurs parties de l'Allemagne, et il est employé avec un succès incontestable dans plus d'un hôpital ; ses propriétés occultes se sont affirmées et sont reconnues par des médecins dont le talent, le savoir et la juste réputation ne sauraient être égalés par le prétentieux conférencier sur les médiums et la folie 166.

166 Expériences du Dr Charcot. Hypnotisme Charcotisme ? Soit. Mais ce sera toujours le mesmérisme et le magnétisme animal. Les faux nez n'y font rien. H.P.B. (Note manuscrite ne figurant pas dans la première édition.)

167 Pr Huxley. Physical Basis of Life.

 

Nous ajouterons seulement quelques mots, avant de quitter ce sujet déplaisant. Nous avons rencontré des Positivistes très satisfaits de l'illusion qu'ils se sont faite d'après laquelle les plus grands savants  d'Europe seraient des disciples de Comte. Nous ignorons jusqu'à quel point cette opinion est juste en ce qui concerne les autres savants, mais Huxley, considéré par l'Europe comme un des plus grands, et le Dr Maudley de Londres, à sa suite, déclinent on ne peut plus délibérément cet honneur. Dans une conférence faite, à Edimbourg, en 1868, sur les Bases physiques de la Vie, le premier se montre très choqué de la liberté prise par l'archevêque d'York qui l'avait rangé parmi les philosophes Comtistes. "En ce qui me concerne, dit M. Huxley, le très révérend prélat pourrait, avec sa dialectique, mettre en pièces M. Comte, comme un Agag moderne, que je ne chercherais pas à le retenir. J'ai étudié les caractéristiques de la philosophie positive et je n'ai presque rien trouvé qui fût de valeur scientifique. Par contre, j'ai vu bien des choses aussi opposées à l'essence même de la science que celles du catholicisme ultramontain. En fait, la philosophie de Comte, pour la pratique, pourrait être brièvement décrite comme un catholicisme sans christianisme." Plus loin, Huxley [148] s'emporte même : il en vient à accuser les Ecossais d'ingratitude pour avoir laissé l'évêque prendre Comte pour le fondateur d'une philosophie qui, de droit, appartient à Hume ? "C'était assez, s'écrie le professeur, pour faire tressaillir Hume dans sa tombe. Comment, alors que sa maison se trouve à portée de voix, un auditoire intéressé a, sans un murmure, écouté celui qui attribuait ses plus caractéristiques doctrines à un écrivain français, postérieur de cinquante années, écrivain verbeux et insipide dans  les pages duquel nous ne trouvons ni la vigueur de la pensée, ni la clarté du style !..." 167.

Pauvre Comte ! Il semble que les représentants les plus qualifiés de sa philosophie soient maintenant réduits, en ce pays du moins, à trois personnes : "un physicien, un médecin qui s'est fait une spécialité des maladies nerveuses et un avocat". Un critique très spirituel a surnommé ce trio réuni en désespoir de cause : "une triade anomalistique qui, au milieu de ses labeurs ardus, ne trouve pas le temps de se familiariser avec les principes et les lois de sa langue." 168

Pour clore le débat, les Positivistes ne négligent aucun moyen dans l'espoir de démolir le Spiritisme au profit de leur religion. Leurs grands prêtres ont pour mission d'emboucher infatigablement leurs trompettes : bien que les murs d'aucune Jéricho moderne ne paraissent devoir tomber en poussière sous leurs vibrations, encore n'épargnent-ils rien pour atteindre le but visé. Leurs paradoxes sont uniques et leurs accusations contre les Spirites sont d'une logique irrésistible. C'est ainsi que, dans une de leurs récentes conférences, il est dit : "L'exercice exclusif de l'instinct religieux produit l'immoralité sexuelle. Les prêtres, les moines, les nonnes, les saints, les médiums, les extatiques et les dévots sont fameux pour leur impudicité." 169

168 Allusion à une annonce parue dans un journal de New-York et signée par trois personnes qui s'attribuaient elles-mêmes ce sobriquet. Elles se donnaient comme formant un comité élu, deux années antérieurement, pour procéder à une enquête sur les phénomènes spirites. Les critiques dont la "triade" fut l'objet ont été publiées par une Revue : The New Era.

169 Dr Marvin. Lectures on Insanily and Mediomania, N.Y., 1875.

 

Alors que le Positivisme proclame bien haut qu'il est une religion, le Spiritisme, nous sommes heureux de le faire remarquer, n'a jamais prétendu être rien de plus qu'une science, une philosophie en voie de développement, ou plutôt une étude des forces cachées et encore inexpliquées de la nature. L'objectivité de ses divers phénomènes a été démontrée par plus d'un des vrais représentants de la science et niée, sans résultat, par ceux qui sont les "singes" de la Science. [149]

Enfin, constatons-le, nos Positivistes qui traitent avec un tel sans façon tous les phénomènes psychologiques, ressemblent au  rhétoricien de Samuel Butler : "... Il ne pouvait ouvrir la bouche sans qu'il en sortît un trope."

Nous voudrions qu'il n'y eût pas lieu de jeter nos regards de critiques au-delà de ces pédants qui usurpent le titre de savants. Mais il est indéniable que les sommités du monde scientifique traitent les questions nouvelles d'une manière qu'on ne relève pas assez alors  qu'elle mérite d'être critiquée. La circonspection née de l'habitude des recherches expérimentales, le passage prudent d'une opinion à une autre, la considération dont jouissent les autorités reconnues, tout contribue à produire un conservatisme de la pensée qui aboutit, naturellement, au dogmatisme. Le prix du progrès scientifique est trop souvent le martyre ou l'ostracisme de l'innovateur. C'est à la pointe de la baïonnette, pour ainsi dire, que le réformateur doit enlever la citadelle de la routine  et  du préjugé : il est rare qu'une main amie lui ait entre-bâillé la  moindre poterne. Il peut bien, à la rigueur, se permettre de ne pas tenir compte des protestations tapageuses et des critiques impertinentes dont est coutumier le petit personnel des antichambres de la science ; mais l'hostilité de l'autre clause constitue le danger réel que l'innovateur doit combattre et vaincre. Le savoir augmente rapidement mais ce n'est point au grand corps des savants qu'il en faut savoir gré. Ils ont toujours fait tout leur possible pour ruiner une découverte nouvelle et, du même coup, l'inventeur. La palme revient à qui triomphe de ces obstacles par son courage personnel, son intuition et sa persévérance. Il est bien peu de forces de la nature dont on ne se soit moqué au moment où leur découverte était annoncée, et qui n'aient été dédaignées comme absurdes et antiscientifiques. Elles blessent l'orgueil de ceux qui n'ont rien découvert, les justes prétentions de ceux que l'on a refusé d'entendre, jusqu'au moment où il devient imprudent de les rejeter. Mais alors, ô pauvre humanité égoïste ! Les inventeurs se vengent : ils deviennent, à leur tour, les adversaires et les oppresseurs, de ceux qui viennent, après eux, dans la voie de l'exploration des lois naturelles ! Ainsi, pas à pas, l'humanité se meut dans le cercle borné des connaissances : la science corrige constamment ses erreurs et rajuste, le lendemain, ses théories fausses de la veille. Tel fut le cas, non seulement pour les questions relevant de la psychologie comme le mesmérisme dans son double sens de phénomène à la fois physique et spirituel, mais encore pour les découvertes directement apparentées aux sciences exactes et faciles à démontrer.

Qu'y pouvons-nous ? Rappellerons-nous un passé pénible ? Montrerons-nous les érudits du moyen âge de connivence avec le [150] clergé pour nier la théorie héliocentrique, par crainte de heurter un dogme ecclésiastique ? Redirons-nous que de savants conchyologistes ont nié, jadis, que les coquillages fossiles trouvés répartis sur toute la surface du globe, eussent jamais été habités par des mollusques vivants ? Les naturalistes du XVIIIème siècle n'ont-ils pas déclaré que c'étaient simplement des fac-similés d'animaux ? Faut-il rappeler que ces naturalistes  se  sont  querellés  et  chamaillés,  et  même  se  sont   insultés mutuellement pendant près d'un siècle, au sujet de ces momies vénérables des siècles passés, jusqu'à ce que Buffon vînt rétablir la paix en démontrant que les négateurs se trompaient ? S'il est une chose peu transcendante, susceptible de se prêter à une étude précise, c'est bien une écaille d'huître. S'ils n'ont pu se mettre d'accord à cet égard, pouvons-nous espérer les voir consentir à croire que des formes éphémères de mains, de visages et même de corps entiers puissent apparaître dans les séances des médiums spirites, quand ces derniers sont honnêtes ?

Dans leurs heures de loisir, il est un livre que les sceptiques de la science liraient avec profit. C'est un livre publié par Flourens, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences. Il a pour titre : Histoire des recherches de Buffon. L'auteur y montre comment le grand naturaliste a combattu et finalement vaincu les défenseurs de la théorie des fac-similés ; comment ils ont continué à tout nier sous le soleil, au point que parfois la docte compagnie était atteinte d'une épidémie de négation. Elle niait Franklin et son électricité, tournait en dérision Fulton et sa vapeur comprimée, vota une camisole de force à l'ingénieur Perdonnet qui offrait de construire des chemins de fer, décontenançait Harvey, proclamait Bernard de Palissy "aussi stupide qu'un de ses propres vases."

Dans le livre souvent cité Conflit entre la religion et la science, le professeur Draper montre une tendance marquée à fausser le fléau de la justice en imputant au seul clergé toutes les entraves, tous les obstacles suscités au progrès de la Science. Avec tout le respect et toute l'admiration dont est digne ce savant écrivain, nous sommes forcés de protester pour rendre à chacun ce qui lui est dû. Les découvertes précitées sont, pour la plupart indiquées par l'auteur. A propos de chaque cas, il dénonce l'énergique résistance opposée par le clergé mais il tait l'opposition rencontrée invariablement par tout nouvel inventeur de la part de la Science. Sa maxime en faveur de la Science : "savoir c'est pouvoir" est évidemment juste. Mais l'abus de pouvoir, qu'il vienne d'un excès de sagesse ou d'un excès d'ignorance, est, au même degré, blâmable en ses effets. De plus, le clergé se trouve, maintenant, réduit au silence. Ses protestations, aujourd'hui, ne pourraient plus influencer le monde savant. Mais, alors que la théologie est reléguée à l'arrière-plan, les savants ont saisi, des [151] deux mains, le sceptre du despotisme et ils en usent, comme le Chérubin de son glaive flamboyant, aux portes de l'Eden – pour tenir le peuple à l'écart de l'arbre de la vie immortelle et le maintenir dans ce monde de matière périssable.

 Le directeur du Spiritualiste, de Londres, répondant au Dr Gully qui avait critiqué la théorie du brouillard de feu émise par Tyndall, fait observer que, si toute la cohorte des Spirites, dans le siècle où nous sommes, n'est pas brûlée vive, à Smithfield, c'est à la Science seule que nous sommes redevables de cette clémence. Soit, admettons que les savants soient, indirectement, les bienfaiteurs de l'humanité, en cette circonstance, c'est-à-dire qu'il ne soit plus de mode de brûler de savants érudits. Mais, est-il injuste de se demander si les dispositions manifestées à l'égard de la doctrine spirite par Faraday, Tyndall, Huxley, Agassiz et par d'autres, n'incitent pas à croire que si ces savants messieurs et leurs élèves disposaient du pouvoir illimité que possédait, jadis, l'Inquisition, les Spirites auraient plus de raisons d'inquiétude qu'ils n'en ont aujourd'hui ? Admettons que les savants n'auraient point fait brûler ceux qui croient à l'existence du monde des esprits – la crémation des vivants est prohibée par la loi – n'auraient-ils pas été dans les dispositions voulues pour envoyer tous les Spirites à Charenton ? Ne les appellent-ils pas des "maniaques incurables", des "fous hallucinés", des "adorateurs de fétiches ?" Ne leur prodiguent-ils pas d'autres qualificatifs aussi caractéristiques ? En vérité, nous ne voyons pas ce qui a pu exalter, à ce point, la reconnaissance du Spiritualist de Londres pour le patronage bienveillant des hommes de science. Nous croyons que les poursuites intentées à Londres contre le médium Slade par Mmes Lankaster et Donkin aurait dû finalement ouvrir les yeux des spirites aveuglés par des espérances trompeuses, et leur prouver qu'un matérialisme obstiné est souvent plus stupidement fanatique que le fanatisme religieux lui-même.

Un des écrits les plus habiles que nous devions au professeur Tyndall est son mordant essai sur : Martineau et le Matérialisme. C'est en même temps une œuvre que, dans quelques années, l'auteur sans aucun doute ne sera que trop prêt à expurger de certaines grossièretés impardonnables de style. Pour l'instant, néanmoins, nous laisserons ces dernières de côté pour examiner ce qu'il trouve à dire sur le phénomène de la conscience. Il cite cette question de M. Martineau : "Un homme peut dire : Je sens, je pense, j'aime ; mais comment la conscience vient-elle s'immiscer dans  le problème ?" Il répond : "Le passage de la physique du cerveau aux faits correspondants de la conscience est impensable. Etant donné  qu'une pensée définie et une action moléculaire naissent simultanément dans le cerveau, nous ne possédons ni organe [152] intellectuel ni, apparemment, aucun des rudiments de cet organe qui nous permettrait de passer par un procédé de raisonnement, de l'une à l'autre. Elles se produisent en même temps, mais nous ne savons pas pourquoi. Si nos sens et notre mental étaient assez étendus, fortifiés, éclairés pour que nous puissions voir et sentir les molécules mêmes du cerveau, suivre tous leurs mouvements, leurs groupements, leurs décharges électriques, s'il y en a, et si nous étions intimement au fait des états correspondants de la pensée et du sentiment, nous serions encore aussi loin que jamais de la solution du problème. Comment ces processus physiques sont-ils liés aux faits de conscience ? L'abîme entre les deux classes de phénomènes resterait encore intellectuellement infranchissable." 170

170 Tyndall. Fragments of Science.

 

Cet abîme aussi infranchissable pour Tyndall que le brouillard de feu, quand le savant se trouve face à face avec sa cause inconnaissable, n'est une barrière que pour les hommes dénués d'intuitions spirituelles. Le livre du professeur Buchanan : Esquisses de conférences sur le système neurologique de l'anthropologie, qui remonte à 1854, renferme des suggestions qui, prises en considération par les savants superficiels, leur montreraient comment on peut jeter un pont sur cet effrayant abîme. C'est un de ces greniers où la graine de pensée des récoltes futures est mise en réserve par un présent économe. Mais l'édifice du matérialisme est bâti tout entier sur cette fondation grossière : la raison. Quand ils ont étiré ses possibilités jusqu'à l'extrême limite, ses instructeurs peuvent, tout au plus, nous révéler un univers de molécules animées par une impulsion occulte. On peut déduire le meilleur diagnostic imaginable du mal dont souffrent nos savants de l'analyse par le professeur Tyndall de l'état mental du clergé ultramontain, en changeant très légèrement les noms. Au lieu de "guides spirituels", lisez : "savants" ; au lieu de "passé pré-scientifique", lisez : "présent matérialiste" ; lisez "esprit" au lieu de "science", et, dans le paragraphe suivant, nous avons le vivant portrait du savant moderne, portrait dessiné de main de maître :"... Leurs guides spirituels vivent exclusivement dans le passé pré-scientifique, à tel point que parmi eux, les intelligences vraiment fortes sont réduites à l'atrophie en ce qui concerne la vérité scientifique. Ils ont des yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et n'entendent pas : en effet leurs yeux et leurs oreilles sont prisonniers des visions et des sons d'un autre âge. Par rapport à la science, les cerveaux ultramontains, par manque d'exercice, sont virtuellement des cerveaux non-développés  d'enfants.  C'est  ainsi  que,  pareils à des enfants en connaissances scientifiques, [153] mais détenteurs puissants d'un pouvoir spirituel parmi les ignorants, ils encouragent et imposent des pratiques telles que le rouge de la honte monte aux joues des plus intelligents d'entre eux" 171. L'occultiste tend ce miroir à la science pour qu'elle soit à même de se reconnaître.

Depuis que l'histoire a enregistré les premières lois établies par l'homme, il n'y a pas encore eu un peuple dont le Code n'ait pas fait dépendre la vie et la mort de ses citoyens de l'affirmation de deux ou trois témoins dignes de foi. "Sur la déclaration de deux ou trois témoins, que celui qui mérite la mort soit mis à mort" : ainsi parle Moïse le premier législateur que nous rencontrons dans l'histoire ancienne 172. "Les lois qui envoient un homme à la mort sur la déposition d'un seul  témoin sont fatales à la liberté", dit Montesquieu. "La raison exige qu'il y ait deux témoins 173.

171 Tyndall. Preface to Fragments of Science.

172 Deutéronome, chap. XVII, 6.

173 Montesquieu. Esprit des Lois, I, XII, chap. 3.

 

Ainsi la valeur de la preuve testimoniale a été tacitement reconnue et acceptée dans tous les pays. Mais les savants, eux, ne veulent point admettre la preuve fondée sur le témoignage d'un million d'hommes contre un seul. C'est en vain que des centaines de milliers d'hommes témoignent des faits. Ils ont des yeux et ne voient pas ! Ils sont déterminés à rester aveugles et sourds. Des démonstrations pratiques répétées durant trente ans et le témoignage de quelques millions de croyants en Amérique et en Europe méritent certainement jusqu'à un certain point le respect et l'attention, alors, surtout, que le verdict de douze spirites qu'influencent les preuves fournies par deux autres témoins quelconques suffit pour envoyer au bagne ou à l'échafaud même un savant, et, peut être – qui sait ? – pour un crime commis sous l'influence d'une commotion des molécules cérébrales non contenue par la conscience d'un CHATIMENT moral à venir.

Devant la Science, vue d'ensemble, comme but divin, le  monde civilisé tout entier devrait s'incliner avec respect et vénération. Seule, en effet, la Science permet à l'homme de comprendre la Divinité par la juste appréciation de ses œuvres. "La science est la compréhension de la vérité ou des faits, dit Webster, c'est une recherche de la vérité pour elle-même en la poursuite de la connaissance pure". Si la définition est correcte, alors, en majorité, nos modernes érudits se sont montrés infidèles à leur déesse. "La vérité pour elle-même" ; Mais où faut-il chercher les clefs de chacune des vérités dans la nature, si ce n'est dans le mystère encore inexploré de la psychologie ? Pourquoi faut-il qu'en [154] étudiant la nature, tant de savants fassent un choix parmi les faits et n'étudient que ceux qui  cadrent le mieux avec leurs préjugés ?

La Psychologie n'a point de pires ennemis que les tenants de l'école médicale connus sous le nom d'allopathes. On perd son temps à leur rappeler que, de toutes les sciences prétendues exactes, la médecine reconnaît être celle qui mérite le moins ce qualificatif. Plus que n'importe quelle branche des sciences médicales, la psychologie devrait attirer l'attention des médecins puisque, sans elle, leurs pratiques dégénèrent en conjectures, en intuitions fortuites. Cependant ils la négligent presque entièrement. Le moindre dissentiment portant sur les doctrines qu'ils ont promulguées est envisagé comme une hérésie et c'est en vain qu'une méthode impopulaire et non reconnue sauve des milliers d'individus ; en bloc les médecins sont prêts à repousser toute innovation et tout innovateur. Ils s'en tiennent à leurs hypothèses admises et à leurs ordonnances tant que l'innovation n'aura pas reçu régulièrement droit de cité. En attendant, des milliers d'infortunés malades peuvent périr : c'est d'importance secondaire. L'essentiel c'est que soit sauf l'honneur professionnel.

Théoriquement, la médecine est la plus bienfaisante des sciences : en fait il n'en est point où soient si nombreux les exemples de parti pris mesquin, de matérialisme, d'athéisme et d'obstination malveillante. Les prédilections et le patronage des pontifes de la médecine se mesurent rarement à l'utilité d'une découverte. La saignée (sangsues, ventouse, lancette) a connu une vogue épidémique pour tomber enfin dans une disgrâce bien méritée. Il fut un temps où l'eau,  qu'on administre aujourd'hui librement aux fiévreux, leur était refusée. Les bains chauds ont été supplantés par l'eau froide et on a connu la manie de l'hydrothérapie. Le quinquina, qu'un partisan moderne de l'autorité biblique s'efforce sérieusement d'assimiler à "l'arbre de vie" du paradis 174, le quinquina, apporté  en  Espagne  en  1632,  a  été  longtemps  négligé.  Pour  une fois, l'Eglise a montré plus de sagacité que la Science. A la requête du Cardinal de Lugo, Innocent X lui donna son puissant patronage.

174 C.B. Warring.

 

Dans un livre ancien, intitulé Demonologia, l'auteur cite bien des cas où des remèdes importants, négligés d'abord, ont été ensuite mis  en lumière par des circonstances fortuites. Il montre encore que, pour la plupart, les découvertes de la médecine ne sont, en définitive, que "la résurrection et la réadoption de pratiques très anciennes". Au XVIIIème siècle, la racine de fougère mâle était vendue et vantée comme remède souverain contre le ver solitaire, par une dame Nouffleur, charlatan en jupons. Le secret fut livré [155] à Louis XV, moyennant une somme élevée, après quoi, les médecins découvrirent que Gallien recommandait et administrait ce remède pour cette maladie. La fameuse poudre antigoutteuse du duc de Portland était le diacentaureon de Gœlius Aurelianus. Plus tard, on établit que les plus anciens écrivains sur la médecine s'en servaient et qu'eux-mêmes l'avaient trouvé  dans les ouvrages des philosophes grecs de l'antiquité. Il en est de même pour l'eau médicinale qui porte le nom du Dr Husson. Ce fameux remède contre la goutte fut reconnu, sous son nouveau masque, comme le Colchicum autumnale (safran des prairies), identifié à une plante appelée Hermodactylus dont les mérites, comme sûr antidote de la goutte, furent reconnus et défendus par Oribase, grand médecin du IV° siècle, aussi bien que par Ætius Amidenus, autre éminent médecin d'Alexandrie au  V° siècle. Postérieurement, ce remède avait été abandonné : il lui suffisait d'être trop vieux pour que les membres des facultés médicales qui florissaient vers la fin du siècle dernier le rejettent !

Le grand Magendie lui-même, le sage physiologiste, n'était pas au- dessus de ce travers qui consiste à découvrir ce qui avait déjà été découvert et trouvé bon par les plus anciens médecins. Le remède proposé par lui contre la phtisie, c'est-à-dire l'usage de l'acide prussique, se trouve dans les ouvrages de Lumæus, amenitates Academicœ, volume IV. Il y montre que l'eau distillée de laurier était employée avec grand avantage dans le cas de phtisie pulmonaire. Pline aussi nous assure que l'extrait d'amandes et de noyaux de cerises guérit les toux les plus opiniâtres. Selon la juste remarque de l'auteur de Demonologia, on peut, sans crainte aucune, affirmer que "les diverses préparations d'opium, prônées comme des découvertes modernes, se trouvent toutes dans les ouvrages des auteurs anciens" si discrédités, de nos jours.

 Tout le monde admet, que de temps immémorial, le lointain Orient a été la terre du savoir. Pas même en Egypte, la botanique et la minéralogie n'ont été si profondément étudiées que par les savants de l'Asie Centrale archaïque. Spengel, si injuste et si plein de parti pris qu'il se montre pour tout le reste, en convient dans son Histoire de la médecine. Et pourtant, toutes les fois que l'on discute de Magie, celle de l'Inde se présente rarement à l'esprit ; c'est que sa pratique générale, dans ce pays, est moins connue que celle de tous les autres peuples de l'antiquité. Chez les hindous, elle était et elle est encore plus ésotérique, si possible, qu'elle ne l'avait été même parmi les prêtres Egyptiens. On la tenait pour si sacrée que son existence n'était qu'à moitié admise et on n'y recourait publiquement qu'à l'occasion de grandes circonstances. C'était plus qu'une affaire religieuse, car on la tenait pour divine. Les hiérophantes Egyptiens, malgré leur [156] moralité sévère et pure, ne pouvaient être comparés aux ascètes gymnosophes, ni pour la sainteté de leur vie, ni pour les pouvoirs qu'ils développaient en eux par leur renoncement surnaturel à toutes les choses de la terre. Tous ceux qui les connaissaient bien les tenaient en plus grande vénération que les Mages de la Chaldée. Se refusant les satisfactions du plus simple bien-être, ils vivaient dans les bois et y menaient la vie des ermites absolument retirés du monde 175 : leurs frères d'Egypte formaient, du moins, des communautés. En dépit du blâme que l'histoire fait peser sur tous ceux qui ont pratiqué la magie ou la divination, elle reconnaît que les secrets les plus importants de la médecine étaient en leur possession et que leur habilité pratique était sans égale. Nombreux sont les ouvrages conservés dans les monastères Hindous où sont consignées les preuves de leur savoir. Savoir si les gymnosophes ont fondé réellement la magie dans l'Inde ou s'ils ont seulement mis à profit  l'héritage  des  plus  anciens Rishis 176, les sept sages primitifs, serait considéré par  les érudits, amoureux de précision, comme une vaine spéculation. Voici ce qu'en dit un auteur moderne : "Le soin qu'ils prenaient d'instruire la jeunesse, de la familiariser avec les sentiments généreux et vertueux, leur fit le plus grand honneur. Leurs maximes et leurs discours, rapportés par les historiens, prouvent qu'ils étaient passés maîtres en tout ce qui concerne la philosophie, la métaphysique, l'astronomie, la morale et la religion." Ils  ne perdaient pas leur dignité sous la loi des princes les plus puissants, qu'ils n'auraient pas condescendu à visiter, qu'ils n'auraient pas dérangés pour obtenir la plus mince faveur. Si ces puissants désiraient l'avis ou les prières de ces hommes saints, ils étaient obligés d'aller eux-mêmes les trouver ou de leur envoyer des messagers. Les vertus des plantes et des minéraux n'avaient plus de secrets pour ces hommes. Ils avaient sondé la nature jusque dans ses profondeurs, la psychologie et la physiologie étaient pour eux livres ouverts et ils avaient de la sorte conquis cette science ou machagiotia que l'on nomme aujourd'hui, si dédaigneusement, la Magie.

175 Ammien Marcellin, XXIII, 6.

176 Les Rishis étaient au nombre de sept. Ils vivaient à l'époque précédant l'ère védique. On les connaissait sous le nom de sages et on les révérait comme des demi-dieux. Haugh montre qu'ils occupaient dans la religion Brahmanique une position analogue à celle des douze fils de Jacob dans la Bible Juive. Les Brahmanes prétendent descendre directement de ces Rishis.

 

Les miracles rapportés dans la Bible sont devenus des faits acceptés par les Chrétiens. En douter est regardé comme un manque de foi ; mais les récits, les merveilles et prodiges rapportés dans l'Atharva-Veda  177 tantôt [157] provoquent le mépris, tantôt sont tenus pour des preuves de diabolisme. Et cependant, sous plus d'un rapport – et malgré la répugnance de certains érudits sanscritistes – nous pouvons prouver leur identité. En outre, comme les savants ont établi la grande antériorité des Védas sur la Bible juive, il est facile d'inférer que, si l'un des deux livres a fait des emprunts à l'autre, ce n'est pas les livres Sacrés Hindous qui peuvent être accusés de plagiat.

En premier lieu, leur cosmogonie prouve à quel point est erronée l'opinion qui prévaut chez les nations civilisées que Brahma fût jamais considéré par les Hindous comme leur Dieu Suprême ou principal. Brahma est une divinité secondaire et, comme Jéhovah, "un être qui  meut les eaux". Il est le dieu créateur, et dans ses représentations allégoriques, il possède quatre têtes, correspondant aux quatre points cardinaux. C'est le démiurge, l'architecte du monde. "Dans l'état primordial de la création, dit Polier, dans sa Mythologie des Indous, l'univers rudimentaire, submergé par l'eau, reposait dans le sein de l'Eternel. Jailli de ce chaos et de ces ténèbres, Brahma, l'architecte du monde, reposait sur une feuille de lotus et flottait (se mouvait ?) sur les eaux, incapable de rien discerner si ce n'est l'eau et les ténèbres". Avec la cosmogonie Egyptienne, l'identité est absolue. Elle nous montre, dès ses premiers versets, Athtor 178 ou la Nuit Mère (qui représente les ténèbres sans limites) comme l'élément primordial recouvrant  l'abîme  infini,  animé  par  l'eau  et  par  l'esprit  universel de l'Eternel qui demeurait seul dans le chaos. Comme dans les Ecritures Juives, l'histoire de la création commence avec l'esprit de Dieu et son émanation créatrice qui constitue une autre Divinité 179. En percevant un état de choses aussi lugubre, Brahma, consterné, monologue ainsi : "Qui suis-je ? D'où suis-je venu ?" Il entend alors une voix qui lui répond : "Adresse ta prière à Blagavat – l'Eternel, connu, aussi, comme Parabrahma." Brahma, cessant de nager, s'assied sur le lotus dans une attitude de contemplation et médite sur l'Eternel qui, satisfait de cette preuve de pitié, disperse les ténèbres primordiales et ouvre son entendement. "Après cela, Brahma sort de l'œuf universel (le chaos infini) sous forme de lumière, car son entendement est maintenant ouvert, et il se met à l'œuvre. Il se meut sur les eaux éternelles, l'esprit de Dieu étant en lui ; il est Narayana, en sa qualité d'être qui meut les eaux."

177 Le quatrième Veda.

178 Orthographe adoptée dans le Archaïc Dictionary.

 

Le lotus, fleur sacrée des Egyptiens, comme elle est celle des Hindous, est le symbole d'Horus comme de Brahma. On trouve le lotus dans tous les temples du Tibet ou du Népal et la signification [158] de ce symbole est fort suggestive. La branche de lys que l'archange offre à la Vierge Marie dans les tableaux de "l'Annonciation", a, dans son symbolisme ésotérique, précisément la même signification. Nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage de Sir William Jones 180. Chez les Hindous, le lotus est l'emblème de la puissance productive de la nature, par l'action du feu et de l'eau (l'esprit et la matière). "Eternel, dit un des versets de la Bhagavad Gita, Je vois Brahma, le créateur intronisé en toi sur le lotus !"Et Sir W. Jones montre que les graines de lotus contiennent, même avant de germer, des feuilles parfaitement formées, miniatures des formes de la plante qu'elles deviendront un jour. Ou, comme le dit l'auteur de The Heathen Religion : "la nature nous donne ainsi un spécimen de la préformation de ses productions". Plus loin, il ajoute : "la semence de toutes les plantes phanérogames qui portent de véritables fleurs contient un embryon de plante déjà formé" 181.

179 Nous ne voulons pas parler de la Bible courante, mais de la véritable Bible Juive expliquée selon la Cabale.

180 Dissertations Relating to Asia.

181 Dr Gross, p. 195.

 

Chez les Bouddhistes, le lotus a la même signification. La naissance de son fils fut annoncée à Maha-Maya, ou Maha-Deva, la mère de Gautama Bouddha, par le Bhôdisât (l'esprit de Bouddha) qui apparut au pied de sa couche tenant un lotus à la main. C'est ainsi qu'Osiris et Horus sont également représentés toujours avec la fleur du lotus comme attribut.

Ces faits tendent à prouver, tous, que cette idée possède une origine identique dans les trois systèmes religieux Hindou, Egyptien et Judaïco- Chrétien. Partout où le nénuphar mystique (le lotus) est représenté, il signifie l'émanation de l'objectif hors du caché ou subjectif – la pensée éternelle de la Divinité toujours invisible, passant de la forme abstraite dans la forme concrète ou visible. Car, aussitôt que les ténèbres furent dissipées et que "la lumière fut", l'entendement de Brahma fut ouvert et il vit dans le monde idéal (jusqu'alors éternellement caché dans la pensée Divine) les formes archétypes de toutes les choses futures et infinies qui seraient appelées à l'existence et, ainsi, rendues visibles. A ce premier stade de l'action, Brahma n'est pas encore l'architecte, le constructeur de l'univers. Car il va lui falloir, comme un architecte, prendre d'abord connaissance du plan et comprendre les formes idéales qui reposaient dans le sein de l'Eternel, comme les feuilles futures du lotus cachées dans la graine. C'est à cette idée que nous devons recourir pour trouver l'origine et l'explication du verset de la cosmogonie juive dans lequel on lit : "Et Dieu dit, que la terre produise. l'arbre à fruit donnant son fruit selon son espèce, dont la semence est en elle-même." Dans [159] toutes les religions primitives, le "Fils du Père" est le Dieu Créateur. C'est-à-dire qu'il est Sa pensée rendue visible. Avant l'ère chrétienne, depuis la Trimourti des Hindous, jusqu'aux trois têtes cabalistiques des  Ecritures Juives expliquées, le triple dieu de chaque nation a été complètement défini et substantialisé dans les allégories usitées par chacune. Dans la religion chrétienne, nous voyons seulement la greffe artificielle d'une nouvelle branche sur l'ancien tronc. Le lys que tient l'archange, au moment de l'annonciation, symbole adopté par les Eglises grecque et romaine, établit l'identité de l'interprétation métaphysique.

Le lotus est le produit du feu (chaleur) et de l'eau : double symbole de l'esprit et de la matière. Le Dieu Brahma est la seconde personne de la Trinité. Jehovah (Adam-Kadmon) l'est aussi, comme Osiris, ou plutôt Pimandre, le pouvoir de la Pensée Divine, d'Hermès. Car c'est Pimandre qui représente la racine de tous les dieux Solaires Egyptiens. L'Eternel est l'Esprit de Feu qui réveille, fait fructifier et développe en forme concrète tout ce qui est né de l'eau ou de la terre primordiale, tout ce qui sortit de Brahma par évolution ; mais l'univers est lui-même Brahma et il est l'univers.  C'est  la  philosophie  de  Spinoza,  tirée  par  lui  de  celle de Pythagore : c'est la même pour laquelle Bruno mourut martyr. Cet événement qui fait date montre combien la théologie chrétienne s'est éloignée de son point de départ. Bruno a été exécuté pour l'exégèse d'un symbole adopté par les premiers chrétiens et interprété par les apôtres ! La branche de lotus du Bhôdisât et plus tard de Gabriel représente le feu et l'eau ou l'idée de la création et de la génération. On l'a mis en œuvre dans le plus ancien dogme du sacrement de baptême.

Les doctrines de Bruno et de Spinoza sont presque identiques. Cependant les expressions employées par le second sont plus voilées et choisies avec beaucoup plus de précaution que celles que nous rencontrons dans les théories de l'auteur de Causa Principio et Uno ou de Infinito Uniuerso e Mondi. Bruno qui reconnaît que Pythagore est la source de ses connaissances et Spinoza qui sans en convenir aussi franchement, laisse sa philosophie trahir le secret, envisagent la Cause Première du même point de vue. Pour eux, Dieu est une entité pleinement per se, un Esprit Infini et le seul Etre tout à fait libre et indépendant des effets comme des causes autres que lui-même. C'est lui qui, par cette même Volonté qui engendra toutes choses et donna la première impulsion à toute loi cosmique, maintient perpétuellement l'existence et l'ordre pour toutes choses dans l'univers, comme les Swâbhâvikas Hindous, qu'on appelle bien à tort Athées, prétendent que toutes choses, les hommes aussi bien que les dieux et les esprits, [160] sont nés de Swâbhâva ou de leur propre nature 182, de même, Spinoza et Bruno furent tous deux amenés à conclure qu'il faut chercher Dieu dans la nature et non pas en dehors. En effet, la création est proportionnée à la puissance du Créateur et, par  conséquent, l'univers, aussi bien que son Créateur, doit être infini et éternel, c'est-à-dire une forme émanant de sa propre essence, créant une autre forme à son tour. Les commentateurs modernes affirment que Bruno "sans être soutenu par l'espoir d'un autre monde meilleur, abandonna plutôt la vie que ses opinions". C'est laisser entendre que Giordano Bruno ne croyait pas à la continuation de l'existence humaine après la mort. Le professeur Draper déclare plus catégoriquement que Bruno ne croyait pas à l'immortalité de l'âme. Parlant des innombrables victimes que fit l'intolérance de l'Eglise Papiste, il remarque : "Le passage de cette vie à la vie qui suit, bien que l'épreuve fût dure, était pour les victimes le passage d'un trouble transitoire à l'éternelle félicité. En route à travers la sombre vallée, le martyr croyait qu'il serait conduit par une main invisible. Bruno n'eut pas un point d'appui de ce genre. Les opinions philosophiques auxquelles il sacrifia sa vie ne pouvaient lui procurer aucune consolation" 183.

182 Brahma ne crée pas la terre, mirtlok, pas plus que le reste de l'univers. Evolué lui-même de l'âme du monde, après séparation de la Cause Première, il émane à son tour la nature entière hors de lui- même. Il ne plane pas au-dessus d'elle, mais il se confond avec elle. Ainsi Brahma et l'Univers forment un seul Etre dont chaque particule est dans son Essence, Brahma lui-même qui procéda de lui-même. (Burnouf. Introduction, p. 118).

183 Religion et Science.

 

 

Mais il semble que le professeur Draper connaisse très superficiellement les véritables croyances des philosophes. Nous pouvons laisser hors de cause Spinoza ; qu'il reste même un athée, un matérialiste endurci pour les critiques. La prudence dont il fait preuve dans ses ouvrages nous permet très difficilement d'avoir une idée exacte de ce que furent ses sentiments réels, à moins de lire entre les lignes et d'être complètement au fait du sens caché de la métaphysique Pythagoricienne. Mais Giordano Bruno, s'il acceptait les doctrines de Pythagore, devait croire à une autre vie. Il ne pouvait donc être un athée que sa philosophie laissât sans "consolation" de ce genre. Son procès, puis sa confession, donnés par le professeur Domenico Berti, dans sa Vie de Bruno, établie d'après les documents originaux tout récemment publiés, prouve, sans aucun doute, ce que furent les véritables philosophies, croyances et doctrines de Bruno. D'accord avec les Platoniciens d'Alexandrie et les Cabalistes d'une époque plus récente, Bruno estimait que Jésus était un magicien dans le sens attribué à ce mot par Porphyre et Cicéron qui l'appelle divina sapientia (Sagesse divine) et par Philon le Juif  qui décrivait les Mages [161] comme de merveilleux investigateurs des mystères cachés de la nature. Il n'était pas question du sens avili que notre siècle donne au mot magie. Suivant sa noble conception, les Mages étaient de saints hommes qui, s'isolant de toute autre préoccupation terrestre, contemplaient les vertus divines, comprenaient plus clairement la divine nature des dieux et des esprits. C'est ainsi qu'ils initiaient les autres aux mêmes mystères qui ont pour but de conserver, sans interruption pendant la vie, des relations avec ces êtres invisibles. Mais nous montrerons mieux quelles furent les convictions philosophiques intimes de Bruno en citant quelques passages de l'acte d'accusation et de sa propre confession.

Les chefs d'accusation dans la dénonciation de Mocenigo, sont ainsi conçus : "Moi, Zuane Mocenigo, fils du très-illustre seigneur Marcantonio, je dénonce à votre très révérende paternité, pour obéir à ma conscience et sur l'ordre de mon confesseur, les propos tenus par Giordano Bruno. Je les ai entendus plusieurs fois quand il conversait avec moi dans ma maison. Il a dit que les catholiques blasphèment grandement quand ils affirment la transsubstantiation du pain en chair ; qu'il est opposé à la messe ; qu'aucune religion ne le satisfait ; que le Christ est un mécréant (un tristo) et que s'il accomplit des œuvres mauvaises afin de séduire le peuple, il pouvait bien prédire qu'il devrait être empalé ; qu'en Dieu il n'y a point de personnes distinctes, qu'autrement Dieu serait imparfait ; que le monde est éternel, qu'il y a des mondes infinis et que Dieu les fait continuellement parce que, dit-il, Il désire tout ce qu'Il peut ; que le Christ fit des miracles apparents, qu'il était un magicien, comme les apôtres, que lui, Bruno, avait l'intention de faire autant et plus qu'eux ; que le Christ répugnait à mourir, qu'il évita la mort tant qu'il put ; qu'il n'y a pas de châtiment du péché et que les âmes créées par l'opération de la nature passent d'un animal à l'autre, que les brutes animales sont nées de la corruption et qu'il en est de même pour les hommes quand ils renaissent après la dissolution de leur corps."

Si perfides qu'ils soient, les mots cités plus haut, indiquent absolument que Bruno croyait à la métempsychose de Pythagore qui, si mal comprise soit-elle, prouve encore une croyance dans la survie de l'homme, sous une forme ou une autre. Plus loin, l'accusateur dit :

"Il a laissé comprendre son désir de fonder une nouvelle secte sous le nom de "Nouvelle Philosophie". Il a dit que la Vierge n'avait pu enfanter et que notre foi catholique est pleine de blasphèmes contre la majesté de Dieu ; que les moines devraient être privés du droit de dispute et de leurs revenus parce qu'ils [162] souillent le monde ; Qu'ils étaient tous des ânes et que nos opinions sont des doctrines d'ânes ; Que nous n'avons aucune preuve que notre foi ait un mérite quelconque devant Dieu ; Que ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît à nous-mêmes suffit pour vivre bien, et qu'il se rit de tous les autres péchés et qu'il s'étonne que Dieu puisse tolérer tant d'hérésies parmi les catholiques. Il dit qu'il veut se vouer à l'art de la divination et faire que tout le monde coure après lui ; que saint Thomas et tous les docteurs ne savaient rien comparativement à lui et qu'il pourrait poser des questions à tous les premiers théologiens du monde sans qu'ils fussent capables d'y répondre."

 A cette accusation, le philosophe répondit par la profession de foi suivante commune à tous les disciples des anciens maîtres :

"Je crois, en somme, à un univers infini c'est-à-dire à un effet du pouvoir divin infini parce que j'ai estimé qu'il serait indigne de la bonté et de la puissance divines qu'elles eussent produit un monde fini alors qu'elles sont capables, outre ce monde, d'en produire un autre ou une infinité d'autres. C'est pourquoi j'ai déclaré qu'il y a des mondes particuliers infinis semblables à celui de la terre. Avec Pythagore, je crois que la terre est un astre de même nature que la lune et les autres planètes, les autres astres qui sont infinis. Je crois que tous ces corps sont des mondes, qu'ils sont innombrables : ainsi est constituée l'infinie universalité dans un espace infini et c'est ce qu'on appelle l'univers infini dans lequel sont des mondes sans nombre de sorte qu'il y a une double sorte de grandeur infinie dans l'univers, et une multitude des mondes. D'une façon indirecte, on peut considérer cette manière de voir comme une contradiction avec la vérité selon la véritable foi.

En outre, je place dans cet univers une Providence universelle en vertu de laquelle tout vit, croît, se meut et atteint sa perfection. Je comprends cela de deux manières. La première est relative au mode d'après lequel l'âme entière est présente dans tout le corps et dans chacune de ses parties : je l'appelle nature, l'ombre et l'empreinte de la divinité. La seconde, c'est le mode ineffable dans lequel Dieu, par essence, présence et puissance, est dans tout et au-dessus de tout, non comme une partie de ce tout, non comme une âme, mais d'une manière inexplicable.

Je crois, aussi, que tous les attributs dans la divinité sont une seule et même chose. D'accord avec les théologiens et les grands philosophes, je saisis trois attributs : puissance, sagesse et bonté, ou plutôt, mental, intellect, amour, qui acquièrent l'être dans le mental :  ils acquièrent ensuite une nature ordonnée et distincte par l'intellect, ils arrivent enfin à la concorde et à la symétrie par l'amour. Aussi je conçois l'être dans tout et au-dessus [163] de tout, parce qu'il n'y a rien qui ne participe pas à l'être et qu'il n'y a pas d'être sans essence, de même qu'il n'y a rien de beau sans que la beauté soit présente. Aussi, rien n'est exempt de la présence divine. C'est donc par la raison et non par le moyen d'une vérité substantielle que je conçois la distinction dans la divinité.

Admettant, donc, que le monde a été produit et formé, je comprends que, en tenant compte de son être total, il dépend de la cause première et qu'ainsi il n'est pas en contradiction avec ce qu'on nomme création. C'est aussi ce qu'exprime Aristote quand il dit : "Dieu est ce dont dépend le monde et toute la nature." Par conséquent, suivant la définition de saint Thomas, qu'il soit éternel ou dans le temps, il est, de par tout son être, dépendant de la cause première et rien en lui n'est indépendant.

J'arrive aux questions qui relèvent de la vraie foi. Je ne m'expliquerai pas en philosophe pour aborder l'individualité des personnes divines, la sagesse et le fils du mental appelé par les philosophes : l'intellect et par les théologiens le verbe qui, d'après ces derniers, a assumé de chair humaine. Mais moi, m'en tenant aux termes de la philosophie, je ne l'ai pas compris ainsi : j'ai douté et je n'ai pas, à cet égard, été constant dans ma foi. Non que je me souvienne de l'avoir laissé paraître dans mes écrits et mes paroles, si ce n'est indirectement et par déduction, à propos d'autres questions. On peut réunir quelques indications comme il est toujours possible de le faire pour un esprit inventif, pour un professionnel, quand il s'agit de ce qui est susceptible d'être prouvé par le raisonnement, conclu d'après nos lumières naturelles. Ainsi, pour ce qui regarde le Saint-Esprit en tant que troisième personne, je n'ai pas été capable de comprendre ainsi qu'on doit croire. Mais à la manière Pythagoricienne, en conformité avec l'interprétation de Salomon, j'ai compris le Saint-Esprit comme l'âme de l'Univers ou comme adjoint à l'Univers.   C'est être d'accord avec la Sagesse de Salomon qui a dit : "L'esprit de Dieu remplit toute la terre et ce qui contient toutes choses." C'est également conforme à la doctrine Pythagoricienne expliquée par Virgile dans l'Enéide :

Principio cœleum ac terras camposque liquentes, Lucentemque globum Lunœ, Titaniaque Astra Spiritus intus alit, totamque, infusa per artus, Mens agitat molem… 184 et les vers qui suivent.

184 Dès l'origine, un souffle intérieur entretient le ciel, la terre, les plaines liquides, le globe brillant de la Lune et les astres des Titans ; l'esprit pénétrant les membres des corps, fait mouvoir la masse entière. (N.d.T.)

 

Donc, de cet esprit qu'on appelle la vie de l'univers tel que ma philosophie le comprend, procède la vie et l'âme pour tout ce qui possède une vie et une âme. Je crois l'âme immortelle. Les corps sont immortels aussi, quant à leur substance, car il n'y a pas d'autre mort que  la division de la congrégation : cette doctrine semble exprimée dans l'Ecclésiaste qui dit : "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, ce qui est c'est ce qui fut."

Bruno confesse de plus qu'il est incapable de comprendre la doctrine de trois personnes dans la Divinité, ses doutes sur l'incarnation de Dieu en Jésus. Mais il affirme énergiquement sa foi dans les miracles du Christ. Comment pouvait-il, étant un philosophe Pythagoricien, les renier ? Si, courbé sous l'impitoyable contrainte de l'Inquisition, Bruno, comme Galilée, se rétracta plus tard pour implorer la clémence de ses persécuteurs ecclésiastiques, n'oublions pas qu'il parlait comme un homme placé  entre la torture et le bûcher et que la nature humaine ne peut pas toujours rester héroïque quand le corps est épuisé par les supplices et la prison.

Sans l'apparition opportune de l'ouvrage si important de Berti, nous aurions continué à révérer Bruno comme un martyr dont le buste méritait bien d'être haut placé dans le Panthéon de la science exacte, couronné des lauriers que Draper lui décerne. Mais nous voyons maintenant que leur héros d'un jour, n'est ni athée, ni matérialiste, ni positiviste ; c'est seulement un Pythagoricien qui enseigna la philosophie de la  Haute-Asie et se vanta de posséder les pouvoirs de ces magiciens si méprisés par l'école de Draper ! Rien de plus amusant que ce contretemps n'est survenu depuis qu'il a été découvert par d'irrévérencieux archéologues que la prétendue statue de Saint Pierre n'est rien d'autre que le Jupiter du Capitole et que l'identité de Bouddha avec le catholique Saint Josaphat a  été prouvée de façon satisfaisante.

On peut donc fouiller les archives de l'histoire comme on voudra et on verra qu'il n'y a pas une bribe de philosophie moderne qu'il s'agisse de celle de Newton, de Descartes, de Huxley ou d'autres, qui n'ait été tirée de la mine Orientale. Le Positivisme et le Nihilisme eux-mêmes ont leur prototype dans la partie exotérique de la philosophie de Kapila, comme le fait judicieusement remarquer Max Müller. C'est l'inspiration des sages de l'Inde qui a imprégné les mystères de Pragnâ Pâramitâ  (la  sagesse parfaite) ; leurs mains ont bercé le premier ancêtre de ce faible mais bruyant enfant que nous avons baptisé SCIENCE MODERNE.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:38:13 +0000
CHAPITRE IV - THEORIES CONCERNANT LES PHENOMENES PSYCHIQUES https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/391-chapitre-iv-theories-concernant-les-phenomenes-psychiques https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/391-chapitre-iv-theories-concernant-les-phenomenes-psychiques

CHAPITRE IV

THEORIES CONCERNANT LES PHENOMENES PSYCHIQUES

 

"Je choisis le plus noble trait du caractère d'Emerson en citant cette exclamation qui lui échappa, quoiqu'il eût subi divers mécomptes : "Je convoite la Vérité. La satisfaction du véritable héroïsme illumine le cœur de celui qui est réellement qualifié pour parler ainsi."

 Tyndall.

 *

*        *

"Un témoignage est suffisant lorsqu'il repose :

1° Sur un grand nombre de témoins très conscients s'accordant pour dire qu'ils ont bien vu ;

2° Qui sont sains, de corps et d'esprit ; 3° Qui sont impartiaux et désintéressés ; 4° Qui sont unanimement d'accord ;

5° Qui certifient solennellement le fait."

 VOLTAIRE. Dictionnaire Philosophique.

 

Le Comte Agénor de Gasparin est un Protestant convaincu. Sa lutte contre des Mousseaux, de Mirville et autres fanatiques, qui attribuent tous les phénomènes spirites à Satan, fut longue et rude. Deux volumes de quinze cents pages et plus en sont résultés, prouvant les effets, niant la cause et s'épuisant en efforts surhumains pour inventer toutes les explications possibles susceptibles d'être suggérées, à l'exclusion de la seule vraie.

 Le blâme sévère infligé par M. de Gasparin au Journal des Débats a été lu dans toute l'Europe civilisée 185. L'auteur avait commencé par décrire minutieusement les nombreuses manifestations dont il fut le témoin. Les Débats eurent l'impertinence de demander aux autorités françaises l'internement aux Incurables de quiconque persisterait à croire de telles folies, après avoir lu la belle analyse des "hallucinations spirites" publiée par Faraday. "Prenez garde, écrivit en réponse M. de Gasparin, les représentants des sciences exactes sont en train de devenir… les Inquisiteurs [166] de notre époque. Les faits sont plus forts que les Académies. Rejetés, niés, raillés, ils n'en sont pas moins les faits et ils existent quand même 186.

185 Des Tables, vol. I, p. 213.

186 Ibid., p. 216.

187 Des Tables, vol. 1, p. 48.

 

Les affirmations suivantes de phénomènes physiques dont il fut lui- même le témoin ainsi que le professeur Thury se trouvent dans l'œuvre volumineuse de M. de Gasparin.

"Les expérimentateurs ont vu parfois les pieds de  la table, collés en quelque sorte au parquet, ne s'en détacher à aucun prix, malgré l'excitation des personnes qui forment la chaîne. Puis, ils ont vu d'autres fois ces tables accomplir des soulèvements francs, énergiques… Ils ont entendu de leurs oreilles les grands coups et les petits coups, les premiers qui menacent de briser la table, les seconds que l'on a peine à saisir au passage... Quant aux soulèvements sans contact, nous avons trouvé un procédé qui en rend le succès plus facile. Ceci n'a pas été un résultat isolé.  Nous  l'avons  reproduit  trente fois environ 187… Un jour la table tournera et lèvera les pieds, chargée qu'elle sera d'un homme qui pèse 87 kilogrammes ; un autre jour elle demeurera immobile, quoique la personne qui y est montée n'en pèse que 60… Un jour, nous lui avons ordonné de se renverser entièrement et elle est tombée les pieds en l'air, bien que nos doigts s'en fussent toujours tenus séparés et  l'eussent précédée à la distance convenue 188… "Il est certain, remarque de Mirville, qu'un homme blasé sur de tels phénomènes ne pouvait accepter la belle analyse du physicien anglais" 189.

188 Ibid., p. 24.

189 De Mirville. Des Esprits, p. 26.

 

Depuis 1850, des Mousseaux et de Mirville, catholiques romains intransigeants, ont publié bien des volumes dont les titres sont adroitement choisis pour attirer l'attention publique. Ils trahissent de la part de leurs auteurs une très sérieuse inquiétude que, d'ailleurs, ils ne prennent pas la peine de cacher. S'il eût été possible de considérer les phénomènes comme inauthentiques, l'Eglise de Rome ne se serait pas tant mise en frais pour les combattre.

Les deux partis étant d'accord sur les faits, laissant les sceptiques hors de cause, le public ne pouvait se partager qu'en deux camps : ceux qui croient à l'action directe du diable et ceux qui croient aux esprits désincarnés ou autres. Le fait que la théologie redoutait les révélations susceptibles de se produire par cette entremise mystérieuse bien davantage que tous les menaçants "conflits" avec la Science et les dénégations catégoriques de celle-ci aurait dû suffire pour ouvrir les yeux des plus sceptiques. L'Eglise de Rome n'a jamais été ni crédule ni lâche : le Machiavélisme [167] qui caractérise sa politique en fait foi largement. D'ailleurs, elle ne s'est jamais inquiétée beaucoup au sujet des adroits prestidigitateurs qu'elle savait être tout bonnement des adeptes ès- jonglerie. Robert-Houdin, Comte, Hamilton et Bosco ont pu dormir tranquilles dans leurs lits alors qu'elle a persécuté des hommes tels que Paracelse, Cagliostro et Mesmer, les philosophes et mystiques Hermétiques, et qu'elle a efficacement fait cesser toute manifestation vraie, de nature occulte, en tuant les médiums.

Ceux qui ne peuvent croire ni à un diable personnel ni aux dogmes de l'Eglise doivent, néanmoins, accorder au clergé assez de perspicacité pour ne pas compromettre sa réputation d'infaillibilité en s'en prenant à des manifestations qui, si elles sont frauduleuses, ne peuvent manquer d'être démasquées un jour.

 Mais le meilleur témoignage de la réalité de cette force a été fourni par Robert-Houdin lui-même. Ce roi des prestidigitateurs, appelé comme expert par l'Académie pour être témoin de pouvoirs merveilleux de clairvoyance et erreurs occasionnelles d'une table, déclara : "Nous autres faiseurs de tours, nous ne commettons jamais d'erreurs et ma seconde vue ne m'a jamais trompé."

Le savant astronome Babinet ne fut pas plus heureux quand il choisit, comme expert, Comte, le célèbre ventriloque, pour témoigner contre les voix directes et les coups frappés. Comte, s'il faut en croire les témoins, éclata de rire au nez de Babinet à la seule suggestion que les coups provenaient d'une ventriloquie inconsciente. Cette théorie, sœur jumelle de la cérébration inconsciente, fit rougir les académiciens les plus sceptiques. En effet, son absurdité était par trop évidente.

"Le problème du surnaturel, dit de Gasparin, tel qu'il fut présenté au moyen âge et tel qu'il se pose aujourd'hui, n'est point au nombre de ceux qu'il est permis de dédaigner. Ni son étendue, ni sa grandeur n'échappent à personne. En lui, tout est profondément sérieux, tant le mal que le remède, la recrudescence de la superstition et le fait physique  qui  doit  finalement  l'emporter sur elle." 190

Plus loin, il formule une opinion décisive. Il y est arrivé, vaincu par diverses manifestations : "Le nombre des faits qui réclament leur place au grand jour de la vérité a tellement augmenté, depuis quelque temps, que l'une des deux conséquences suivantes est désormais inévitable : ou le domaine des sciences naturelles doit accepter de s'élargir, ou le domaine du surnaturel s'étendra tellement qu'il n'aura plus de limites." 191 [168]

190 Avant-propos, p. 12 et 16.

191 Vo1. I, p. 244.

 

 Parmi la multitude des livres publiés contre le Spiritisme, d'origine catholique et protestante, il n'en est point qui aient produit une sensation aussi grande que les ouvrages de de Mirville et de des Mousseaux : La magie au XIXème siècle, Mœurs et Pratiques des Démons, Hauts phénomènes de la magie, Les médiateurs de la magie. Des Esprits et de leurs manifestations. Ils constituent la biographie la plus encyclopédique du diable et de ses suppôts qui, depuis le moyen âge, ait paru pour la plus grande joie des catholiques.

D'après ces auteurs, celui qui fut "un menteur et un meurtrier,  depuis le commencement", fut aussi le promoteur principal des phénomènes spirites. Il fut pendant des milliers d'années à la tête de la théurgie païenne, et c'est lui encore qui, encouragé par l'hérésie croissante, l'infidélité et l'athéisme, a fait sa réapparition dans le siècle actuel. L'Académie poussa un cri d'indignation et M. de Gasparin y vit même une insulte personnelle. "C'est une déclaration de guerre, une levée de boucliers, écrivit-il dans son volumineux ouvrage de réfutation. Le livre de M. de Mirville est un véritable manifeste... Je serais heureux de le considérer  comme l'expression d'une opinion strictement personnelle, mais, en vérité, c'est impossible. Le succès de l'ouvrage, tant d'adhésions solennelles, leur reproduction fidèle par les journaux et les écrivains du parti, la solidarité prouvée entre eux et le corps catholique entier… tout tend à prouver qu'il s'agit d'un travail qui est essentiellement un acte possédant la valeur d'une œuvre collective. Cela étant, j'ai senti que j'avais un devoir à remplir. J'ai senti que j'étais obligé de relever le gant... de porter haut et ferme le drapeau du Protestantisme contre la bannière Ultramontaine." 192

192 Vol. II, p. 524.

193 Annales médico-psychologiques, 1er janvier 1854.

 

Les facultés de médecine, comme on pouvait le prévoir, assumant le rôle du chœur de la tragédie grecque, se firent l'écho des plaintes diverses suscitées par les auteurs démonologues. Les Annales médico- psychologiques, éditées par les Dr Brierre de Boismont et Cerise, publièrent les lignes suivantes : "En dehors des controverses des partis en lutte, jamais un auteur, dans notre pays, n'osa faire face, avec une sérénité plus agressive,… aux sarcasmes, au mépris de ce que nous appelons le sens commun et, comme pour défier, pour provoquer en même temps, les explosions de rire et les haussements d'épaules, l'auteur accentue encore son attitude et, se posant effrontément devant les membres de l'Académie... leur adresse ce qu'il intitule modestement son Mémoire sur le Diable !" 193 [169]

Certes, c'était une insulte mordante pour les Académiciens mais plus d'une fois depuis 1850 ils semblent avoir été contraints de souffrir dans leur orgueil plus que beaucoup d'entre eux ne peuvent supporter. Quelle idée que celle d'appeler l'attention des quarante "Immortels" sur les faits et gestes du Diable ! Ils firent vœu de se venger et se liguant entre eux, formulèrent une théorie qui surpassait en absurdité, même la démonolâtrie de de Mirville ! Le Dr Royer et Joubert de Lamballe, tous deux célèbres en leur genre, firent alliance et présentèrent à l'Institut un Allemand dont l'adresse, s'il fallait l'en croire, donnait la clé de tous les bruits et coups produits ou frappés par les tables, dans les deux hémisphères. "Nous rougissons", remarque le marquis de Mirville, "d'ajouter qu'il s'agissait simplement cette fois du déplacement réitéré de l'un des tendons musculaires de la jambe, appelé le long péronier. Aussitôt, et séance tenante, démonstration du système en plein Institut, expression de la reconnaissance académique pour cette intéressante communication et, peu de jours après, assurance donnée par un professeur agrégé de la Faculté de médecine, que, les savants ayant prononcé, le mystère était, enfin, éclairci." 194.

Mais des éclaircissements scientifiques de ce genre n'empêchèrent ni le phénomène de suivre tranquillement son cours, ni les deux écrivains démonologues de continuer l'exposé de leurs doctrines strictement orthodoxes.

Niant que l'Eglise eût rien de commun avec ses livres, des Mousseaux, comme suite à son Mémoire, gratifia gravement l'Académie de pensées intéressantes et profondément philosophiques concernant Satan :

"Le diable est le pilier fondamental de la foi. Il est un des grands personnages dont l'existence est étroitement liée à celle de l'Eglise et sans le discours si triomphalement sorti de la bouche du Serpent, son  médium, la chute de l'homme n'aurait pas pu se produire. Supprimez-le, notre Sauveur, le Crucifié, le Rédempteur deviendrait tout juste, à nos yeux, le plus ridicule des surnuméraires et la Croix une insulte au bon sens !" 195

 194 De Mirville. Des Esprits, p. 4.

195 Chevalier des Mousseaux. Mœurs et Pratiques des Démons, p.4

 

Cet écrivain, souvenez-vous-en, n'est que l'écho fidèle de l'église qui anathématise également celui qui nie Dieu et celui qui met en doute l'existence objective de Satan.

 Mais le marquis de Mirville pousse encore plus loin cette idée d'après laquelle Dieu serait le partenaire du Diable. D'après lui, c'est une affaire commerciale régulière : l'associé principal, l'aîné, [170] "partenaire muet", tolère que le commerce actif de la raison sociale soit conduit au gré de son jeune associé dont l'audace et l'activité lui sont profitables. Quelle autre opinion pourrait se faire celui qui lit les lignes suivantes ?

"Au moment de cette invasion spirite de 1853, si légèrement étudiée, nous avons osé prononcer ces mots : "catastrophe menaçante". Le monde ne daigna pas s'en préoccuper, mais comme l'histoire nous montre les mêmes symptômes à toutes les époques de désastres, nous avions un pressentiment des tristes effets d'une loi que Goërres a formulée ainsi (vol. V, p. 356) : Ces mystérieuses apparitions ont invariablement annoncé que la main de Dieu s'apprêtait à châtier la terre" 196.

196 De Mirville. Des Esprits, p. 4.

 

Ces escarmouches entre les champions du clergé et la matérialiste Académie des Sciences prouvent surabondamment combien peu cette dernière a fait pour déraciner le fanatisme aveugle, même dans les esprits des personnes les plus instruites. Evidemment la science n'a ni complètement vaincu ni muselé la théologie. Elle en viendra à bout le jour seulement où elle daignera voir dans un phénomène spirite autre chose qu'hallucination et charlatanisme. Mais comment peut-elle le faire sans étudier à fond la question ? Supposons qu'avant l'époque où l'électro- magnétisme fut publiquement reconnu, le professeur Oerstedt de Copenhague, son inventeur, eût souffert d'une attaque de cette affection que nous nommons psychophobie ou pneumatophobie. Il remarque que le fil métallique, le long duquel passe un courant électrique, manifeste des tendances à faire tourner l'aiguille aimantée de sa position naturelle à une autre position, perpendiculaire cette fois, à la direction du courant. Faisons encore d'autres suppositions : le professeur a entendu parler de certaines personnes superstitieuses qui se sont servi de ces aiguilles aimantées pour converser avec des intelligences invisibles ; il a su qu'elles avaient reçu des signaux, qu'elles avaient même tenu des conversations suivies avec ces intelligences, à l'aide de ces aiguilles. Figurez-vous enfin que  le professeur, à la suite de cela, ait été soudainement saisi d'horreur scientifique et de dégoût pour une croyance prouvant tant d'ignorance et qu'il ait carrément refusé d'avoir rien à faire avec une telle aiguille. Que serait-il arrivé ? L'électro-magnétisme ne serait peut-être pas encore découvert et nos expérimentateurs en auraient été les principales victimes.

Babinet, Royer, Jobert de Lamballe, tous les trois membres de l'Institut, se sont particulièrement distingués dans cette lutte contre le scepticisme et le surnaturalisme et n'y ont assurément pas récolté de lauriers. Le célèbre astronome s'est imprudemment [171] aventuré sur-le- champ de bataille des phénomènes. Il avait scientifiquement expliqué les manifestations. Mais, enhardi par la croyance si chère aux savants, que la, nouvelle épidémie ne pourrait résister à une sérieuse investigation et qu'elle ne durerait pas une année, il eut l'imprudence plus grande encore de publier deux articles sur cette question. Si ces deux articles n'eurent qu'un très maigre succès dans la presse scientifique, ainsi que le fait spirituellement remarquer de Mirville, ils n'en eurent absolument aucun dans la presse quotidienne.

M. Babinet commença par accepter a priori la rotation et le mouvement des meubles, fait qu'il déclare "hors de doute". "Cette rotation, dit-il, peut se manifester avec une énergie considérable, soit par  une vitesse très grande, soit par une forte résistance lorsqu'on veut l'arrêter." 197

Voici, maintenant, l'explication de l'éminent astronome : "Poussée doucement par de petites impulsions concordantes des mains placées sur elle, la table commence à osciller de droite à gauche... Au moment où, après un délai plus ou moins long, une trépidation nerveuse est établie dans les mains, lorsque les petites impulsions individuelles de tous les assistants se sont harmonisées, la table se met en mouvement." 198

197 Ibid. Revue des Deux-Mondes, 15 janvier 1854, p. 108.

198 C'est une répétition avec une variante de la théorie de Faraday.

 

Il trouve cela fort simple car "tous les mouvements musculaires sont déterminés dans les corps par des leviers de troisième ordre pour lesquels le point d'appui est très rapproché du point sur lequel agit la force. D'où, par conséquent, la grande vitesse communiquée aux mobiles ; elle est proportionnelle à la très petite distance que la force doit parcourir... Quelques personnes sont étonnées de voir une table, soumise à l'action de plusieurs individus bien disposés et agissant avec ensemble, surmonter de puissants obstacles et même briser ses pieds lorsqu'on l'arrête court. Mais cela est fort simple si nous tenons compte de la puissance des petites actions concordantes... Encore une fois, l'explication physique n'offre pas de difficultés." 199

Dans cette dissertation, on nous montre clairement deux résultats. La réalité des phénomènes est prouvée et l'explication scientifique rendue ridicule. Mais M. Babinet peut bien se permettre d'être raillé : il sait, en qualité d'astronome, qu'on trouve des taches même dans le soleil.

Il est une chose, cependant, que M. Babinet a toujours énergiquement niée : savoir : la lévitation des meubles, sans contact De Mirville  le reprend de proclamer qu'une telle lévitation est [172] impossible : "simplement impossible, dit-il, aussi impossible que le mouvement perpétuel." 200

199 Revue des Deux-Mondes, p. 140.

200 Revue des Deux-Mondes, janvier 1854, p. 414.

201 Revue des Deux-Mondes, 1er mai 1854, p. 531.

 

Qui osera prétendre, après cette déclaration, que la science est infaillible quand elle prononce le mot impossible ?

Mais, après avoir valsé, oscillé, tourné, les tables commencèrent à s'incliner et à frapper des coups, parfois aussi retentissants que des coups de pistolet. Que dites-vous de cela ? Voici la réponse : "les témoins et les expérimentateurs sont des ventriloques !"

De Mirville nous renvoie à la Revue des Deux-Mondes qui publia un très intéressant dialogue, imaginé par M. Babinet parlant de lui-même â lui-même, comme l'En-Soph Chaldéen des Cabalistes : "Que pouvons- nous dire finalement de tous ces faits soumis à notre observation ? Ces coups frappés sont-ils réels ? Oui. Ces coups  répondent-ils  à  des questions ? Oui. Par qui ces coups sont-ils produits ? Par les médiums. Par quels moyens ? Par la méthode acoustique ordinaire des ventriloques. Mais on nous faisait croire que ces sons pouvaient résulter du craquement des orteils ou des doigts ? Non, car, dans ce cas, ils partiraient toujours du même point, ce qui n'est pas le cas." 201

"Maintenant,    demande    de   Mirville,   que   devons-nous penser des Américains, de leurs milliers de médiums  qui produisent les mêmes coups devant des millions de témoins ?" "Ventriloquie, assurément", répond Babinet : "Mais comment pouvez-vous expliquer une telle impossibilité ?" Le plus simplement du monde ; écoutez bien : "Il n'a fallu pour la première maison qu'un gamin frappant à la porte d'un bourgeois mystifié, peut-être au moyen d'une balle de plomb, attachée à une ficelle, et si M. Weekman (le premier croyant américain) 202, qui se tenait en embuscade pour la troisième fois, n'entendit pas les éclats de rire, dans la rue, cela tient à l'essentielle différence qui existe entre le gamin français et le gamin anglais transatlantique, toujours largement pourvu de cet humour… ou gaieté triste" 203.

De Mirville dit, véridiquement, dans sa célèbre réponse aux attaques de Gasparin, Babinet et autres savants : "Ainsi donc selon notre grand physicien, les tables tournent très vite, très énergiquement, résistent de même et, selon M. de Gasparin, elles se soulèvent sans contact. Un ministre disait : "Avec trois mots de l'écriture d'un homme, je me charge de le faire pendre". Avec ces trois lignes, nous nous chargeons, nous, de mettre en déroute [173] tous les physiciens de la terre, ou plutôt de révolutionner le monde. Comment les savants distingués auxquels nous avons affaire n'ont-ils pas eu du moins la précaution d'en appeler, comme M. de Gasparin, "à quelque loi encore inconnue ?" Avec cela on se tire de tout." 204

202 Nous traduisons mot à mot. Nous doutons que M. Weekman ait été le premier chercheur.

203 Babinet. Revue des Deux-Mondes, 1er mai 1854, p. 511.

204 De Mirville. Des Esprits, p. 33.

205 Ibid.

 

Babinet investigateur, expert en spiritisme ! Lisez ses notes relatives aux "faits et théories physiques". C'est là que vous trouverez sa logique et son raisonnement à leur apogée.

Il semblerait que M. de Mirville, si nous consultons son récit des merveilles qui se produisirent au presbytère de Cideville 205, ait été frappé de la nature prodigieuse de certains faits. Malgré le constat précis des magistrats  enquêteurs,  ces  faits  sont  tellement  miraculeux  que  l'auteur démonologue    recula, lui-même, devant la responsabilité de leur publication.

Ces faits sont les suivants : "Au moment précis prédit par un sorcier (il s'agissait d'une vengeance), un violent coup de tonnerre se fit entendre au-dessus de l'une des cheminées du presbytère. Le fluide descendit le long de la maison avec un fracas formidable, passa par la cheminée et jeta par terre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas (au pouvoir du sorcier). Ils se chauffaient près de la cheminée. Le fluide, après avoir empli la pièce d'une foule d'animaux fantastiques, revint à la cheminée par laquelle il remonta puis disparut au milieu du bruit épouvantable qui avait signalé son arrivée." De Mirville ajoute : "Nous n'étions déjà que trop riches de faits, nous reculâmes devant cette nouvelle énormité  qui s'ajoutait à tant d'autres." 206

206 Notes, Des Esprits, p. 38.

 

Mais Babinet qui, de concert avec ses collègues, s'était tant moqué des deux auteurs démonologues, Babinet, très décidé d'ailleurs à prouver l'absurdité de toutes les histoires de ce genre, crut  devoir  enlever tout crédit aux phénomènes de Cideville que nous avons rapportés plus haut, en faisant un récit plus incroyable encore. Laissons parler M. Babinet, lui- même.

Le fait suivant, qu'il présenta à la Séance de l'Académie du 5 juillet 1852, se trouve, sans le moindre commentaire, donné simplement comme un exemple de foudre sphérique, dans les Œuvres de F. Arago, volume I, page 52. Nous le reproduisons textuellement.

"Après un violent coup de tonnerre, mais pas immédiatement après, dit M. Babinet, un apprenti tailleur, demeurant rue Saint-Jacques, finissait de dîner, lorsqu'il vit un écran de papier, qui bouchait l'ouverture de la cheminée, tomber, comme poussé par [174]  un léger coup de vent. Immédiatement après, il aperçut un globe de feu, grand comme la tête d'un enfant, sortir tranquillement de la grille et traverser lentement la chambre, sans toucher les briques du sol. Ce globe de feu présentait l'aspect d'un jeune chat, de taille  moyenne… se mouvant sans se servir de ses pattes. Le globe était plutôt brillant et lumineux que chaud et enflammé : le tailleur n'éprouva aucune sensation de chaleur. Ce globe s'approcha de ses pieds, comme un jeune chat qui voudrait jouer et se frotter contre ses jambes, ainsi que font souvent ces animaux ; mais l'ouvrier retira ses pieds à son approche et, se levant avec beaucoup de précautions, il évita le contact du météore. Ce dernier resta quelques secondes à tourner autour de ses jambes tandis que le tailleur l'examinait avec curiosité en se penchant au-dessus de lui. Après avoir fait divers tours dans des directions opposées, mais sans quitter le centre de la chambre, le globe de feu s'éleva verticalement jusqu'au niveau de la tête de l'homme qui, pour éviter d'être touché au visage, se jeta en arrière sur son siège. Arrivé à environ un mètre du sol, le globe de feu s'allongea légèrement, prit une direction oblique vers une ouverture pratiquée dans le mur, au-dessus de la cheminée, à un mètre à peu près plus haut que le dessus de la cheminée. Ce trou avait été percé pour le passage d'un tuyau de poêle pendant l'hiver ; mais, suivant l'expression du tailleur, le tonnerre ne pouvait pas le voir car il était recouvert par le papier qui tapissait toute la pièce. Le globe alla directement vers cette ouverture, décolla le papier sans l'endommager et remonta dans la cheminée… lorsqu'il arriva au faîte, ce qu'il fit assez lentement... il fit explosion avec un bruit effrayant… à environ vingt mètres du sol, et détruisit en partie la cheminée…", etc...

"Il semble, remarque de Mirville dans sa revue, que nous pourrions appliquer à M. Babinet l'observation suivante faite par une femme très spirituelle à Raynal : "Si vous n'êtes pas Chrétien ce n'est pas  que  la  foi  vous manque." 207

207 De Mirville. Faits et Théories Physiques, p. 46.

 

Ce ne sont pas seulement les croyants qui furent surpris de la crédulité dont fait preuve M. Babinet quand il persiste à nommer cette manifestation un météore, car le Dr Boudin le signale fort sérieusement, dans un livre sur la foudre qu'il était en train de publier. "Si ces détails sont exacts comme ils paraissent l'être, dit le docteur, puisqu'ils sont admis par MM.  Babinet et Arago, il semble très difficile de conserver à ce phénomène la qualification de foudre sphérique. Cependant nous laissons à d'autres le soin d'expliquer, s'ils le peuvent, la nature de ce globe de feu  ne produisant [175] aucune sensation de chaleur, ayant l'aspect d'un chat, se promenant lentement dans une chambre, qui trouve le moyen  de s'échapper en remontant dans la cheminée par une ouverture dans le mur, ouverture recouverte de papier qu'il décolle sans l'endommager." 208.

"Nous sommes du même avis que le savant docteur, ajoute le marquis ; il est difficile de, donner un nom exact à ce fait et nous ne voyons pas pourquoi nous n'aurions pas, à l'avenir, la foudre sous la forme d'un chien, d'un singe, etc…, etc. On frémit à la simple idée de toute une ménagerie météorologique qui, grâce au tonnerre, viendrait ainsi se promener à volonté dans nos appartements."

De Gasparin, dans son volume de réfutation dit : "En matière de témoignage, la certitude doit cesser complètement dès que nous franchissons la frontière du surnaturel." 209

208 Voir la Monographie : De la foudre considérée au point de vue de l'histoire de la médecine légale et de l'hygiène publique, par M. Boudin, chirurgien en chef de l'hôpital de Boule.

209 De Gasparin, vol. I, p. 288.

 

La ligne de démarcation n'étant pas suffisamment établie et déterminée, lequel des deux adversaires est le plus apte à entreprendre la tâche difficile ? Lequel des deux a le plus de titres  à  devenir l'arbitre public ? Est-ce le parti de la superstition appuyé dans ses assertions par le témoignage de milliers de personnes ? Pendant près de deux ans, ils se pressaient dans le pays où se manifestaient journellement les miracles sans précédent de Cideville, maintenant à peu prèsoubliés, au milieu d'une innombrable quantité d'autres phénomènes spirites : devons-nous y croire ou devons-nous nous incliner devant la science représentée par Babinet, qui sur le témoignage d'un seul homme (le tailleur), accepte la manifestation du globe de feu, du chat météore et qui réclame pour lui une place parmi les faits bien établis des phénomènes naturels ?

 M. Crookes, dans son premier article (Quarterly Journal of Science, 1er octobre 1871), parle de Gasparin et de son livre : La Science contre le Spiritisme. Il remarque que "l'auteur finit par conclure que tous ces phénomènes s'expliquent par l'action de causes naturelles sans imaginer de miracles ; il n'y aurait lieu de croire ni à l'intervention des esprits, ni à l'influence du diable. Gasparin considère comme un fait pleinement établi par ses expériences, que la volonté dans certains états de l'organisme peut agir à distance sur la matière inerte, et la plus grande partie de son ouvrage est consacrée à vérifier les lois et les conditions sans lesquelles cette action se manifeste 210. [176]

210 Crookes. Physical Force, p. 26.

211 De Gasparin. La Science contre tes Esprits, vol. 1, p. 313.

 

Parfaitement : mais comme le livre de Gasparin a provoqué d'innombrables Réponses, Défenses et Mémoires, il fut alors démontré par son propre ouvrage que M. de Gasparin étant protestant et s'agissant de fanatisme religieux, il y a lieu de se fier aussi peu à lui qu'à MM. des Mousseaux et de Mirville. Gasparin est un calviniste d'une piété profonde tandis que les deux derniers sont de fanatiques catholiques romains. D'ailleurs Gasparin, par ses propres paroles trahit son esprit de parti : "Je sens, dit-il, que j'ai un devoir à remplir… Je tiens haut et ferme le drapeau du protestantisme en face de la bannière ultramontaine, etc. !" 211. Dans des questions comme celle de la nature des prétendus phénomènes spirites, on ne peut compter sur aucune preuve autre que le témoignage désintéressé de personnes sans parti pris jugeant froidement et sur celui de la science.

La Vérité est une, les sectes religieuses sont légion et chacune prétend avoir trouvé l'inaltérable vérité ; de même que "le Diable est le soutien principal de l'Eglise (catholique)", de même le surnaturel et les miracles ont cessé "avec les apôtres", d'après Gasparin.

Mais M. Crookes a mentionné un autre éminent érudit, Thury, de Genève, professeur d'histoire naturelle, qui fut le confrère de Gasparin lors de l'enquête relative aux phénomènes de Valleyres. Ce professeur contredit carrément les assertions de son collègue. "La première et la plus nécessaire des conditions, dit Gasparin, est la volonté de l'expérimentateur ; sans la volonté, on n'arrivera à rien. Vous pouvez faire la chaîne (faire cercle) pendant vingt-quatre heures consécutives sans obtenir le moindre mouvement." 212

212 Ibid., vol. 1, p. 313.

 

Cela prouve seulement que de Gasparin ne fait aucune différence entre les phénomènes purement magnétiques produits par la  volonté persévérante des assistants parmi lesquels il ne peut n'y avoir pas un seul médium, développé ou non, et ce qu'on appelle les phénomènes spirites. Les premiers peuvent être produits consciemment presque par tout le monde, à condition d'avoir une volonté ferme et déterminée. Les seconds dominent le sensitif contre son gré et agissent très souvent indépendamment de lui. Le mesmériseur veut une chose, et, s'il est assez puissant, cette chose est faite. Le médium, même s'il a l'honnête dessein de réussir, peut très bien ne pas obtenir du tout de manifestation. Moins il exerce sa volonté, meilleurs sont les phénomènes ; plus il éprouve d'inquiétude, moins le résultat est probable. Mesmériser demande une nature positive, être médium, une nature parfaitement passive. [177] C'est l'Alphabet du Spiritisme, il n'y a pas de médium qui l'ignore.

L'opinion de Thury, ainsi que nous l'avons dit, est tout à fait en désaccord avec les théories de Gasparin sur le pouvoir de la volonté. Il le dit clairement dans une lettre en réponse au comte qui l'invitait à modifier le dernier article de son mémoire. Nous n'avons pas sous les yeux le livre de Thury, nous citons donc sa lettre telle qu'elle a paru dans le résumé de la DÉFENSE de Mirville. L'article de Thury qui avait si fort choqué son pieux ami, avait trait à la possibilité de l'existence et de l'intervention dans ces manifestations "de volontés autres que celles des hommes et des animaux". Voici le texte de sa lettre :

"Je sens parfaitement, monsieur, la justesse de vos observations relatives à l'influence fâcheuse pour moi qu'auront, sur l'esprit des savants en général,  les dernières pages de ce mémoire. Je souffre surtout de sentir que ma détermination vous cause quelque peine ; cependant je persiste dans ma résolution, parée que je crois que c'est un devoir auquel je ne saurais me soustraire sans une sorte d'infidélité.

 Si, contre toute attente, il y avait quelque chose de vrai dans le spiritualisme, en m'abstenant de dire, de la part de la science, telle que je la conçois, que l'absurdité de la croyance à l'intervention des Esprits n'est pas démontrée scientifiquement (car c'est là le résumé et la thèse des dernières pages du mémoire), en m'abstenant de dire cela à ceux qui, après avoir lu mon travail, seront portés à s'occuper expérimentalement de ces choses, je risquerais de les engager dans une voie dont plusieurs issues sont équivoques.

Sans sortir du domaine scientifique, comme je l'estime, j'irai donc jusqu'au bout, sans aucune réticence au profit de ma propre gloire et, pour me servir de vos paroles, "comme c'est là le grand scandale", je ne veux pas en avoir honte. Je soutiens d'ailleurs que "ceci est tout aussi scientifique qu'autre chose." Si je voulais soutenir maintenant la théorie de l'intervention des esprits, je n'aurais pour cela aucune force, parce que les faits connus ne sont pas suffisants pour la démonstration de cette théorie. Mais, dans la position que j'ai prise, je me sens fort contre tous. Bon gré, mal gré, il faudra bien que tous les savants apprennent, par l'expérience de leurs erreurs, à suspendre leur jugement sur les choses qu'ils n'ont point suffisamment examinées. La leçon que vous venez de leur donner à cet égard ne doit pas être perdue."

Genève, 21 décembre 1854 Analysons cette lettre et tâchons d'y découvrir ce que l'auteur pense ou, plutôt, ce qu'il ne pense pas de cette nouvelle force. [178] Une chose est au moins certaine : le professeur Thury, physicien et naturaliste distingué, admet et va jusqu'à prouver scientifiquement que diverses manifestations ont eu lieu. Pas plus que M. Crookes il ne croit qu'elles soient dues à l'intervention d'esprits ni d'hommes désincarnés, ayant vécu et étant morts sur terre. Rien, dit-il dans sa lettre, n'est venu fournir une preuve en faveur de cette théorie. Il ne croit pas davantage aux diables ou démons catholiques de de Mirville. Ce dernier cite la lettre de Thury comme un témoignage accablant contre la théorie naturaliste de  Gasparin.

 Dès qu'il arrive à cette phrase, il s'empresse d'en accentuer la portée par une note marginale disant : "A Valleyres, peut-être, mais partout ailleurs..." 213. Il montre son ardent désir de faire entendre  que le professeur, en niant le rôle des démons, n'avait en vue que les manifestations de Valleyres.

Nous regrettons de le dire, les absurdités et les contradictions auxquelles M. de Gasparin se laisse aller sont nombreuses. Tout en critiquant avec amertume les prétentions des partisans de Faraday, il attribue des choses qu'il déclare magiques à des causes parfaitement naturelles, par exemple : "Si, dit-il, nous avions à nous occuper uniquement de tels phénomènes (tels ceux vus et expliqués (?) par le grand physicien), nous ferions aussi bien de nous taire. Mais nous avons été au- delà. Quel bien pourraient faire maintenant, je vous prie, ces appareils qui démontrent comment une pression inconsciente explique tout ? Elle explique tout et pourtant la table résiste à la pression et à la direction donnée ! Elle explique tout et cependant un meuble, sans être touché par personne, suit le doigt tendu vers lui : il s'élève (sans contact) et  se renverse lui-même sens dessus dessous !" 214

A part tout cela, il prend sur lui d'expliquer les phénomènes.

"L'on criera au miracle, à la magie, dites-vous. Toute nouvelle loi est un prodige pour certaines gens. Calmez- vous. J'assume volontairement la tâche de rassurer ceux qui sont alarmés. En présence de phénomènes de  ce genre nous ne franchissons nullement les frontières de la loi naturelle." 215

213 De Mirville plaide, ici, pour la théorie des démons. – Naturellement.

214 Des Tables, vol. I, p. 213.

215 Des Tables, vol. I, p. 217.

 

Très certainement non. Mais les savants peuvent-ils affirmer que les clefs de cette loi sont entre leurs mains. M. de Gasparin pense qu'il les tient. Voyons.

"Je ne me risque pas personnellement à expliquer quoi que ce soit : Ce n'est pas mon affaire (?). Constater l'authenticité de simples faits et soutenir une vérité que la science veut étouffer, c'est tout ce que je prétends faire. Cependant je ne puis résister à [179] la tentation de montrer (à ceux qui nous traiteraient volontiers comme autant d'illuminés et de sorciers), que la manifestation dont il s'agit comporte une interprétation cadrant avec les lois ordinaires de la science.

Supposez un fluide émanant des assistants et, surtout, de quelques-uns d'entre eux ; supposez que la volonté détermine la direction prise par ce fluide ; alors vous comprendrez aisément le mouvement de rotation et de lévitation de celui des pieds de la table du côté duquel est émis un excès de fluide, à chaque acte de volition. Supposez que le verre puisse permettre au fluide de s'échapper et vous comprendrez comment un gobelet placé sur une table peut interrompre la rotation, vous comprendrez que le gobelet, étant placé  d'un côté, produit une accumulation de fluide sur l'autre  côté lequel, en conséquence, est soulevé !"

Si chacun des expérimentateurs était un magnétiseur habile, l'explication, sauf certains détails importants, pourrait être acceptable. Voilà qui est bien en ce qui concerne le pouvoir de la volonté humaine sur la matière inerte, selon le savant ministre de Louis-Philippe. Mais qu'en est-il de l'intelligence manifestée par la table ? Quelle explication donne-t- il pour les réponses à certaines questions, obtenues par l'intermédiaire de cette table ? Des questions qui ne peuvent être des "reflets du cerveau" des assistants, quoique cette théorie soit chère à de Gasparin. Leurs idées étaient absolument contraires à la philosophie très libérale professée par cette table merveilleuse. Sur ce point il est muet. Tout, mais pas des esprits qu'ils soient humains, sataniques ou élémentals.

Avouons-le, la "concentration simultanée de la pensée" et "l'accumulation de fluide" ne valent pas mieux que "la cérébration inconsciente" et "la force psychique" d'autres savants. Il nous faut chercher encore et, nous pouvons le prédire, les mille et une théories scientifiques seront aussi impuissantes, jusqu'au jour où on reconnaîtra que la force en question, loin d'être une projection des volontés accumulées du cercle est, au contraire, une force qui est anormale, étrangère aux assistants, et supra- intelligente.

 Le professeur Thury, qui nie la théorie des esprits désincarnés, rejette la doctrine chrétienne du diable et ne semble guère enclin à admettre la sixième théorie de M. Crookes (celle des Hermétistes et des Théurgistes de l'antiquité). Il adopte celle qui lui paraît "la plus prudente, celle qui lui donne l'impression qu'il est fort contre qui que ce soit". D'ailleurs, il n'accepte pas davantage l'hypothèse de de Gasparin sur "la puissance inconsciente de la volonté." [180]

Voici ce qu'il dit dans son ouvrage :

"Quant aux phénomènes annoncés, tels que la lévitation sans contact et le déplacement des meubles par des mains invisibles, personne n'est capable d'en démontrer l'impossibilité, a priori, personne n'a donc le droit de traiter d'absurdes les témoignages sérieux qui affirment leur exactitude." (p. 9).

Quant à la théorie proposée par M. de Gasparin, Thury la juge très sévèrement. "Tout en admettant, dit de Mirville, que dans les expériences de Valleyres, la force pût résider dans les individus (or nous prétendons qu'elle est intrinsèque et extrinsèque, en même temps), en admettant aussi que la volonté puisse être nécessaire généralement (p. 20), il ne fait que répéter ce qu'il a dit dans sa préface, savoir : M. de Gasparin nous présente des faits bruts et nous offre à leur sujet des explications qu'il nous donne pour ce qu'elles valent. Soufflez dessus, il n'en restera pas grande chose. Non, de ces explications il restera fort peu, s'il en reste quelque chose. Les faits, eux, sont désormais prouvés." (p. 10)

Comme nous le dit M. Crookes, le professeur Thury "réfute toutes ces explications. Il considère les effets comme résultant d'une substance particulière, fluide ou agent pénétrant à la manière de l'éther lumineux des salants toute la matière nerveuse, organique et inorganique : il l'appelle Psychode. Il discute à fond les propriétés de cet état, forme ou matière. Il propose de nommer : force ecténique... le pouvoir exercé par l'esprit lorsqu'il agit à distance, sous l'influence du psychode." 216

 216 Crookes. Psychic Force, part I, p. 26-27.

 

M. Crookes fait observer en outre "que la force ecténique du professeur Thury et sa propre force psychique sont évidemment des termes équivalents."

Nous pourrions, certes, aisément démontrer que les deux forces sont identiques et, de plus, qu'en somme, sous ces deux noms, il s'agit de la lumière astrale ou sidérale telle que la définissent les alchimistes  et Eliphas Lévi, dans son Dogme et Rituel de Haute Magie ; que sous le nom d'AKASA, ou principe de vie, cette force qui pénètre tout était connue des gymnosophes, des magiciens Hindous, des adeptes de tous les pays, depuis des milliers d'années. Ils la connaissent encore ; les lamas du Tibet, les fakirs, les thaumaturges de toutes les nationalités, et même les jongleurs de l'Inde, s'en servent encore aujourd'hui.

Dans bien des cas de transe produite artificiellement  par magnétisation, il est aussi fort possible, et même très probable, que c'est l'esprit du sujet qui agit sous la direction de la volonté de l'opérateur. Mais si le médium reste conscient et si des phénomènes [181] psycho-physiques se produisent, laissant supposer une intelligence directrice, l'épuisement physique prouve seulement une prostration nerveuse, à moins qu'il ne s'agisse d'un magicien capable de projeter son double. La preuve paraît concluante que le médium est l'instrument passif d'entités invisibles possédant un pouvoir occulte. Mais si la force ecténique de Thury et la force psychique de Crookes ont, en substance, la même origine, leurs deux parrains semblent différer beaucoup quant aux propriétés et aux potentialités de cette force ; d'un côté, le professeur Thury admet, naïvement, que les phénomènes sont souvent produits par "des volontés non humaines" et apporte ainsi, naturellement, une adhésion caractérisée à la théorie n° 6 de M. Crookes ; celui-ci, d'autre part, bien qu'il admette l'authenticité des phénomènes, n'a encore exprimé aucune opinion définitive quant à leur cause.

Ainsi, nous le voyons, ni M. Thury qui a examiné ces manifestations avec de Gasparin en 1854, ni M. Crookes qui admet leur incontestable authenticité en 1874, ne sont arrivés à rien de plus. Tous deux sont des chimistes, des physiciens, des hommes fort instruits. Tous deux ont donné toute leur attention à cette angoissante question. Outre ces deux savants, d'autres ont abouti à la même conclusion et ont été incapables d'offrir une solution définitive. Donc, en vingt ans, aucun savant n'a fait un seul pas vers l'éclaircissement du mystère qui reste immuable, imprenable, comme les murailles d'un château enchanté dans un conte de fées.

Y aurait-il impertinence à insinuer que peut-être nos savants modernes ont tourné dans ce qu'on appelle un cercle vicieux ? Alourdis par le fardeau de leur matérialisme, par l'incapacité des sciences qu'ils disent "exactes" à leur prouver l'existence d'un univers spirituel plus peuplé, plus habité encore que notre univers visible, ils sont condamnés à se traîner perpétuellement dans ce cercle, dépourvus de la volonté de franchir sa circonférence enchantée plutôt qu'incapables de pénétrer au-delà pour une exploration complète. Seuls, les préjugés leur défendent un compromis avec des faits bien établis et de chercher à s'allier à des magnétiseurs experts comme Du Potet et Regazzoni.

"Que produit la mort ?" demandait Socrate à Cébès. "La vie", fut la réponse... 217. L'âme, puisqu'elle est immortelle, peut-elle ne pas être impérissable ? 218 "La semence ne peut se développer que si elle est en partie consommée", dit le professeur Lecomte ; "pour être vivifiée, il faut qu'elle meure", dit saint Paul. [182]

217 Platon. Phédon, § 44.

218 Ibid., § 128

 

Une fleur éclot, se fane et meurt. Elle laisse, derrière elle, un parfum qui embaume l'air, longtemps après que ses pétales délicats ne sont plus qu'un peu de poussière. Nos sens matériels peuvent ne pas le percevoir depuis longtemps et, néanmoins, il subsiste. Qu'une note vibre sur un instrument et le son le plus faible produit un écho éternel. Une perturbation se produit dans les vagues invisibles de l'océan sans bornes de l'espace, et les vibrations ne s'éteignent plus ; elles passent du monde de la matière dans le monde immatériel où elles vivront éternellement. Et l'on veut nous faire croire que l'homme, l'entité vivante, pensante, raisonnable, la divinité incarnée, chef-d'œuvre de notre nature, ne serait plus dès qu'il a dépouillé son enveloppe ! Le principe de continuité qui existe même dans ce qu'on nomme la matière inorganique, dans un atome flottant, serait refusée à l'esprit dont les attributs sont la conscience, la mémoire, le mental et l'AMOUR ? C'est vraiment absurde. Plus nous pensons, plus nous apprenons, moins nous comprenons l'athéisme du savant. Nous comprendrions aisément qu'un homme ignorant des lois de la nature, ne connaissant  rien  de  la  chimie  ni  de  la  physique,  pût  être    fatalement entraîné au matérialisme par son ignorance même, son incapacité de comprendre la philosophie des sciences exactes, de tirer une induction quelconque, par analogie, du visible à l'invisible. Un métaphysicien né, un rêveur ignorant, peut se réveiller soudain et se dire : "Je l'ai rêvé ; je n'ai point de preuve palpable de ce que j'ai imaginé : c'est une illusion", etc... Mais, pour un homme de science, au courant de tout ce qui caractérise l'énergie universelle, soutenir que la vie est purement un phénomène de matière, une espèce d'énergie, c'est tout simplement confesser qu'il est incapable d'analyser et de comprendre convenablement l'alpha et l'oméga, même de cette matière.

Le scepticisme sincère au sujet de l'immortalité de l'âme humaine est une maladie, une malformation du cerveau physique ; cela a existé de tout temps. De même que certains enfants naissent coiffés, de même certains hommes, jusqu'à leur dernière heure, sont incapables de rejeter cette espèce de coiffe qui, évidemment, enveloppe chez eux les organes de la spiritualité. Mais c'est un tout autre sentiment qui leur fait repousser la possibilité des phénomènes spirituels et magiques. Le véritable nom de ce sentiment, c'est la vanité. "Nous ne pouvons ni le produire ni l'expliquer, donc ce phénomène n'existe pas et n'a jamais existé". Tel est l'argument irréfutable de nos philosophes actuels. Il y a une trentaine d'années, E. Salverte surprit le monde des gens "crédules" par son ouvrage, La Philosophie de la Magie. Ce livre prétendait dévoiler tous les miracles de la Bible aussi bien que ceux des sanctuaires Païens. On peut le résumer ainsi : Longs siècles d'observation ; [183] grande connaissance (pour des temps d'ignorance), des sciences naturelles et de la  philosophie  ; imposture ; tours de passe-passe ; illusions d'optique ; fantasmagorie ; exagération. Comme conclusion logique : thaumaturges, prophètes, magiciens des coquins, des chenapans ; le reste du monde, des imbéciles.

Parmi bien d'autres preuves concluantes, on verra que l'auteur offre celle-ci : "Les disciples enthousiastes de Jamblique affirmaient que, lorsqu'il priait, il s'élevait à dix coudées au-dessus du sol et, dupes de la même métaphore, bien que Chrétiens, certains ont eu la simplicité d'attribuer des miracles analogues à sainte Claire et à saint François d'Assise" 219.

 219 Des sciences occultes. Essai sur la Magie.

 

Des centaines de voyageurs racontent avoir vu des fakirs produire les mêmes phénomènes et on les a tous tenus pour des menteurs ou des hallucinés. Mais c'est hier seulement qu'un savant bien connu a vu et constaté le même phénomène dans des conditions permettant le contrôle ; déclaré authentique par M. Crookes, il est impossible de l'attribuer à une illusion ou à un truc. Il s'est souvent ainsi produit auparavant et a été attesté par de nombreux témoins, quoique invariablement, maintenant, on ne croit pas ces derniers.

Paix à tes cendres scientifiques, o crédule Eusèbe Salverte ! Qui sait ? Avant la fin du présent siècle, la sagesse populaire aura peut-être fabriqué un nouveau proverbe : "Aussi incroyablement crédule qu'un savant !"

Pourquoi semblerait-il tellement impossible que l'être spirituel, une fois séparé de son corps, puisse avoir la faculté d'animer quelque forme fugitive créée par cette force magique "ecténique", "psychique", ou "éthérée", avec le concours des esprits élémentaux mettant à sa disposition la matière sublimée de leur propre corps ? Toute la difficulté consiste à comprendre que l'espace qui nous environne n'est pas le vide mais bien un réservoir, rempli jusqu'aux bords, des modèles de tout ce qui a été, est et sera, et d'êtres appartenant à des races sans nombre qui diffèrent de la nôtre. Des faits en apparence surnaturels (en ce sens qu'ils jurent d'une façon flagrante avec les lois naturelles de la gravitation, comme dans le cas de lévitation mentionné plus haut) sont reconnus par beaucoup de savants. Quiconque n'a pas craint d'examiner sérieusement la question a été obligé d'admettre leur existence. Mais, dans leurs efforts inutiles pour expliquer ces phénomènes par des théories fondées sur les lois de forces déjà connues, plusieurs, parmi les représentants les plus qualifiés de la science, se sont engagés dans d'inextricables difficultés. [184]

Dans son Résumé, de Mirville reproduit l'argumentation de ces adversaires du Spiritisme ; elle consiste en cinq paradoxes qu'il appelle des distractions.

Première distraction. – Celle de Faraday qui explique les phénomènes de la table qui vous pousse comme "conséquence de la résistance qui la pousse en arrière."

Seconde distraction. – Celle de Babinet expliquant toutes les communications  (par  les  coups  frappés).  Elles  sont  produites "de bonne foi, dit-il, et très consciencieusement par la ventriloquie", dont l'emploi implique nécessairement la mauvaise foi.

Troisième distraction. – Celle du Dr Chevreuil expliquant la faculté du mouvement imprimé aux meubles, sans contact, par l'acquisition préalable de cette faculté.

Quatrième distraction. – Celle de l'Institut de France et de ses membres. Ils consentent à admettre les miracles à condition qu'ils ne soient en contradiction avec aucune des lois naturelles qui leur sont connues.

Cinquième distraction. – Celle de M. de Gasparin. Il offre comme un phénomène très simple et tout à fait élémentaire ce que tout le monde rejette, précisément parce que personne n'a jamais rien vu qui lui ressemble. 220

220 De Mirville. Des Esprits, p. 159.

221 Voir : Ten years with spiritual mediums, par F. Gerry Fairfield's, New-York, 1875.

222 Marwin. Lecture ou Monomania.

 

Tandis que des savants bien connus donnent libre cours à ces théories fantastiques, quelques neurologues moins connus trouvent une explication des phénomènes occultes de tout genre dans l'émission anormale d'effluves résultant de l'épilepsie. 221 Un autre traiterait volontiers les médiums (et les poètes, aussi, probablement) par Passa fœtida et l'ammoniaque 222 : Il veut que tous ceux qui croient aux manifestations spirites soient des fous et des hallucinés mystiques.

Nous recommandons à ce conférencier, pathologue par état, le petit conseil sensé du Nouveau Testament : "Médecin, guéris-toi, toi-même". Certes, il est impossible qu'un homme sain d'esprit ose aussi cavalièrement taxer de folie quatre cent quarante-six millions d'hommes disséminés dans diverses parties du globe, croyant tous à des rapports entre des esprits et nous !

En présence de tels faits, nous sommes bien forcés d'être étonnés par l'outrecuidante présomption de ces hommes qui voudraient, en raison de leurs connaissances, être considérés comme [185] les grands prêtres de la science et classer des phénomènes dont ils ne savent rien. Des millions de leurs concitoyens, hommes ou femmes, fussent-ils dans l'erreur, devraient, évidemment, avoir droit à autant d'attention, au moins, que des doryphores ou des sauterelles ! Mais que voyons-nous ? Le Congrès des Etats-Unis, à la requête de la Société Américaine pour l'Avancement des Sciences, rédige des statuts pour l'organisation de Commissions Nationales des Insectes. Des chimistes passent leur temps à faire bouillir des  grenouilles et des punaises, des géologues occupent leurs loisirs à des mesures ostéologiques des ganoïdes cuirassés et à discuter le système odontologique des diverses espèces de dinichtys ; les entomologistes poussent l'enthousiasme jusqu'à manger des sauterelles bouillies, frites et en potage. 223 En attendant, des millions d'Américains s'égarent dans un labyrinthe "de grossières illusions", selon l'opinion de quelques-uns de ces très savants encyclopédistes, ou bien meurent physiquement de "désordres nerveux", apportés ou révélés par la diathèse médiumnique.

223 Scientific American. N.Y., 1875.

 

Il fut un temps où on pouvait raisonnablement espérer voir les savants Russes entreprendre avec impartialité et sérieux l'étude  de ces phénomènes. Une commission ayant pour président le professeur Mendeleyeff, le savant physicien, avait été nommé par l'Université Impériale de Saint-Pétersbourg. Le programme affiché annonçait une série de quarante séances destinées à éprouver les médiums. On les invita à venir dans la capitale de la Russie, soumettre leurs facultés médiumniques à l'examen. En règle générale, ils refusèrent, sans doute flairant le piège qui leur était tendu. Après huit séances, sous un prétexte futile, au moment même où les manifestations devenaient intéressantes, la Commission, préjugeant la question, publia une décision tout à fait contraire aux prétentions de la médiumnité. Au lieu de suivre des méthodes dignes et scientifiques, on chargea des espions de regarder par les trous des serrures. Le professeur Mendeleyeff déclara dans une conférence publique que le Spiritisme ou toute autre croyance à l'immortalité de l'âme était un mélange de superstition, d'illusion et de fraude. Il ajoutait que toute "manifestation" de ce genre – en y comprenant pensons-nous la lecture de la pensée, la transe et les autres phénomènes psychologiques – devait être, et était en réalité, produite par des appareils ingénieux, un mécanisme caché sous les vêtements des médiums !

Après une pareille marque d'ignorance et de préjugés, M. Butlerof, professeur de chimie à l'Université de Saint-Pétersbourg, et M. Aksakoff, Conseiller d'Etat dans la même ville, qui avaient été invités à assister aux séances du Comité, furent tellement choqués [186] qu'ils se retirèrent. Leurs protestations indignées dans les journaux russes furent appuyées par la plus grande partie de la presse et les sarcasmes ne furent ménagés ni à

M. Mendeleyeff ni à son Comité officieux. Le public agit loyalement, en cette circonstance. Cent trente personnes, les plus influentes  de la meilleure Société de Saint-Pétersbourg, dont beaucoup n'étant pas Spirites cherchaient simplement à s'instruire, ajoutèrent leurs signatures au bas de cette protestation bien justifiée.

Cette manière de procéder eut des résultats inévitables ; l'attention universelle fut attirée sur le Spiritisme ; des cercles privés s'organisèrent dans tout l'empire ; quelques-uns des journaux les plus libéraux commencèrent à s'occuper du sujet et, au moment où nous écrivons, une nouvelle commission s'organise pour achever l'œuvre interrompue.

Cette commission, naturellement, fera son devoir encore moins que jamais. Elle a un prétexte plus plausible que jamais : l'affaire du médium Slade que le professeur Lankester de Londres prétendait avoir démasqué. II est vrai qu'au témoignage d'un savant et de son ami, MM. Lankester et Donkin, le médium accusé opposait celui de MM. Wallace, Crookes et d'une foule d'autres, ce qui réduit à néant l'accusation uniquement fondée sur des preuves douteuses et le parti pris. C'est ce que déclare, avec beaucoup d'à propos le "Spectator" de Londres :

"C'est pure superstition d'affirmer que nous connaissons si bien les lois de la nature, que des faits, soigneusement examinés par un observateur expérimenté, doivent être mis de côté, comme indignes de créance, uniquement parce qu'à première vue ils ne cadrent pas avec nos connaissances précises. Assumer comme semble le faire le Professeur Lankester que, parce qu'on trouve abondance de fraude et de crédulité dans de tels cas – ce qui est certainement vrai dans toutes les maladies nerveuses, aussi – que la fraude et la crédulité doivent expliquer toutes les déclarations, soigneusement attestées, d'observateurs précis et consciencieux, serait scier toutes les branches de l'arbre du savoir sur lesquelles repose nécessairement la science inductive, ce serait jeter à bas le tronc lui-même."

Mais tout cela n'est-il pas indifférent à nos savants ? Le torrent de superstition qui, selon eux, emporte des millions de claires intelligences, dans son cours impétueux, n'est pas pour les atteindre. Le déluge moderne du Spiritisme ne peut affecter leur esprit fort. Les vagues bourbeuses de l'inondation feront rage autour d'eux, sans même mouiller la semelle de leurs bottes. Ce doit être seulement son obstination traditionnelle qui aveugle le Créateur et l'empêche de confesser le peu de chance qu'ont ses miracles de tromper aujourd'hui les savants de profession ? A notre [187] époque, Il devrait même connaître, pour en tenir compte, ce qu'ils ont décidé d'inscrire sur les portes de leurs universités et de leurs collèges :

De par la science, défense à Dieu, De faire miracle en ce lieu. 224

Les Spirites infidèles et les Catholiques Romains semblent, cette année, s'être ligués contre les prétentions iconoclastes du matérialisme. Les progrès du scepticisme ont accentué, dernièrement, un égal progrès de la crédulité. Les champions des miracles "divins" de la Bible font concurrence aux panégyristes des phénomènes médiumniques et le moyen âge revit au XIXème  siècle. Une fois de plus, nous voyons la Vierge Marie reprendre sa correspondance épistolaire avec les fidèles enfants de son église. Tandis que les "Guides angéliques" écrivent des messages aux Spirites par l'intermédiaire des médiums, la "Mère de Dieu" laisse tomber des lettres, directement, du Ciel sur la terre. Le sanctuaire de Lourdes s'est changé en un cabinet spirite de "matérialisation", tandis que les cabinets des médiums populaires américains sont transformés en sanctuaires sacrés où Mahomet, l'évêque Polk, Jeanne d'Arc et d'autres esprits aristocratiques ayant franchi le "fleuve noir", "se matérialisent" en pleine lumière. Et, si l'on peut voir la Vierge Marie faisant sa promenade quotidienne dans les bois autour de Lourdes, avec une forme humaine, pourquoi pas l'apôtre de l'Islam et le défunt Evêque de la Louisiane ? Ou ces deux "miracles" sont possibles, ou ces deux sortes de manifestations, la "divine" comme la "spirite", sont d'insignes impostures. Le temps seul prouvera ce qu'il en est. Mais, d'ici là, la science refusant de prêter sa lampe magique pour éclairer ces mystères, le commun des mortels doit marcher à tâtons, au risque de s'embourber.

 224  Paraphrase de l'inscription apposée sur les murs du cimetière au temps des miracles  jansénistes et de leur prohibition par la police de France :

"De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu."

 Les récents "miracles" de Lourdes ont été défavorablement appréciés par les journaux de Londres. Aussi Mgr Capel a communiqué au Times les idées de l'Eglise Romaine à ce sujet : "Pour les cures miraculeuses, je renverrai vos lecteurs à l'ouvrage si calme et si judicieux du docteur Dozous : La grotte de Lourdes. L'auteur est un éminent praticien, résidant dans le pays, inspecteur des épidémies pour son arrondissement, médecin légiste du Tribunal. Il décrit avec force détails un grand nombre de cures miraculeuses qu'il déclare avoir étudiées avec une minutieuse [188] persévérance. Son récit est précédé des réflexions suivantes : "J'affirme que ces cures opérées au sanctuaire de Lourdes, au moyen de l'eau de la fontaine, ont un caractère surnaturel bien établi pour les hommes de bonne foi. Sans ces cures, je l'avoue, mon esprit, peu enclin à accepter les miracles d'aucune sorte, n'aurait accepté qu'à grande peine même ce fait (celui de l'apparition) si remarquable soit-il à bien des égards. Mais les cures, dont si souvent je fus l'un des témoins oculaires, ont éclairé mon esprit. Je ne puis méconnaître l'importance des visites de Bernadette à la grotte ni la réalité des apparitions dont elle a été favorisée". Le témoignage d'un docteur distingué qui, dès le début, a soigneusement observé Bernadette qui, même, a contrôlé les cures miraculeuses opérées à  la grotte, est digne d'être, pour le moins, pris en sérieuse considération. Je puis ajouter que les innombrables personnes qui viennent à la grotte ont des mobiles divers : faire acte de contrition pour leurs péchés, croître en piété, prier pour la régénération de leur patrie, affirmer publiquement leur foi dans le Fils de Dieu et dans sa Mère Immaculée. Beaucoup viennent aussi pour guérir leurs maladies corporelles et d'après la déclaration de témoins oculaires, plusieurs retournent chez eux affranchis de leurs souffrances. Accuser d'incrédulité, comme le fait votre article, ceux qui font également usage des eaux thermales des Pyrénées n'est guère raisonnable. C'est comme si vous accusiez d'incrédulité le magistrat condamnant certains individus pour avoir négligé de recourir à l'assistance d'un médecin. Je fut obligé, pour raison de santé, de passer à Pau les hivers de 1860 à 1867. J'eus ainsi l'occasion de faire une enquête minutieuse sur l'apparition de Lourdes. J'interrogeai souvent et longtemps Bernadette, je fis de quelques-uns des miracles un examen très approfondi. Voici ma conviction : s'il est des faits qui doivent être admis sur des témoignages humains, l'apparition de Lourdes a tous les droits imaginables pour être admise comme un fait incontestable. Néanmoins, elle ne constitue pas un article de foi catholique. Par conséquent, tout fidèle peut l'accepter ou la rejeter sans encourir ni louange ni blâme à cet égard."

 Que le lecteur veuille bien ne pas perdre de vue la phrase imprimée par nous en italiques. Cette phrase établit clairement que l'Eglise Catholique malgré son infaillibilité, malgré la franchise postale dont elle jouit avec le Ciel, accepte volontiers le témoignage humain de validité des miracles divins. Revenons, maintenant, aux opinions émises par  M. Huxley dans ses récentes conférences sur l'évolution, faites à New-York. Il nous dit : C'est sur le "témoignage historique des hommes que repose la plus grande partie de nos connaissances en ce qui concerne les faits du passé." Dans une conférence sur la biologie, il a dit : "...Tout [189] homme aimant la vérité doit désirer ardemment que soit formulée toute critique juste et bien fondée. Mais il est essentiel que le critique connaisse le sujet qu'il traite." Cet auteur devrait toujours se répéter cet aphorisme lorsqu'il entreprend de se prononcer sur des sujets psychologiques. Ajoutons-le à ses idées précédemment exprimées. Quel meilleur terrain pour nous mesurer avec lui pourrait-on demander ?

D'un côté, un représentant du matérialisme, de l'autre, un prélat catholique émettent des opinions identiques sur le témoignage humain qui suffit à leurs yeux pour démontrer les faits qu'il convient à chacun d'eux de croire, selon ses préjugés.

Les adeptes de l'occultisme ou même les Spirites n'ont donc plus maintenant besoin d'étayer, par des confirmations nouvelles, l'argument qu'ils ont invoqué si longtemps avec tant de persévérance, c'est-à-dire que les phénomènes psychologiques des thaumaturges anciens et modernes étant surabondamment prouvés par les témoignages des hommes doivent être acceptés comme des faits. Puisque l'Eglise et la Faculté ont fait appel au témoignage humain, elles ne peuvent plus refuser le même recours au reste de l'humanité. Un des fruits de la récente agitation occasionnée à Londres par les phénomènes médiumniques fut l'expression de quelques opinions extrêmement libérales dans la presse profane. Le London Daily News en 1876 déclare : "En tout cas, nous sommes d'avis qu'il faut accorder au Spiritisme une place parmi les croyances tolérées et par conséquent le laisser tranquille. Il compte beaucoup de fidèles aussi intelligents que la plupart d'entre nous. Un vice palpable et manifeste dans les preuves dont dépend la conviction aurait été pour eux, depuis longtemps, palpable et manifeste. Quelques-uns des hommes les plus sages du globe ont cru aux fantômes. Ils auraient persisté dans leur croyance, quand bien même, l'une après l'autre, cinq ou six personnes auraient été reconnues coupables d'avoir effrayé les gens avec de pseudo-revenants."

 Ce n'est pas la première fois dans l'histoire du monde que l'invisible a dû lutter contre le scepticisme matérialiste des Sadducéens à  l'âme aveugle. Platon déplore cette incrédulité et revient plus d'une fois, dans ses ouvrages, sur cette tendance pernicieuse.

Depuis Kapila, le philosophe Hindou, plusieurs siècles avant le Christ, qui ne voulut point se prononcer sur la prétention des Yogis mystiques, qui disent qu'un homme en extase a le pouvoir de contempler la Divinité face à face et de converser avec les êtres "les plus élevés", jusqu'aux Voltairiens du XVIIIème siècle, qui riaient de tout ce qui était sacré pour d'autres, chaque époque a eu ses Thomas incrédules. Ont-ils jamais réussi à faire échec aux progrès de la vérité ? Pas plus que les bigots ignorants qui mirent [190] Galilée en jugement n'ont empêché le succès de la rotation de la terre. Il n'est aucune condamnation capable d'atteindre dans ses œuvres vives la stabilité ou l'instabilité d'une croyance héritée par l'humanité des premières races d'hommes, qui – si on peut croire à l'évolution de l'homme spirituel comme à celle de l'homme physique – avaient recueilli la grande Vérité des lèvres de leurs ancêtres, les dieux de leurs pères "qui vivaient avant le déluge". L'identité de la Bible avec les légendes des livres sacrés Hindous et les cosmogonies des autres nations sera démontrée quelque jour. On s'apercevra que les fables des époques mythologiques ont simplement exprimé, sous une forme allégorique, les plus grandes vérités de la géologie et de l'anthropologie. C'est dans ces fables, dont la forme semble ridicule, que la science devra chercher ses fameux "chaînons manquants".

S'il en était autrement, d'où viendraient ces coïncidences étranges dans les histoires respectives de nations et de peuples si éloignés les uns des autres ? D'où viendrait cette identité dans les conceptions primitives, fables ou légendes – qu'on les nomme comme on voudra. Elles n'en contiennent pas moins le germe de la vérité, si voilée qu'elle soit sous ses embellissements populaires, vérité, tout de même !

La Genèse (VI) s'exprime ainsi : "Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre et que des filles leur furent nées, les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent… Il y avait des géants sur la terre en ce temps-là…", etc. Comparez ce verset avec cette partie de la cosmogonie Hindoue, dans les Védas, qui parle de l'origine des Brahmanes. Le premier Brahmane se plaint d'être seul, sans femme, parmi ses frères. L'Eternel l'engage à consacrer ses jours uniquement à la Science sacrée (Véda), mais le premier né de l'humanité insiste. Irrité de cette ingratitude, l'Eternel donne au Brahmane une femme de la race des Daityas ou géants dont tous les Brahmanes descendent en  ligne maternelle. Ainsi, toute la caste sacerdotale des Hindous descend, d'un côté, des Esprits supérieurs (les fils de Dieu), et, de l'autre côté, de Daityani, fille des géants terrestres, les hommes primitifs 225. "Et elles leur donnèrent des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l'antiquité." 226. [191]

225 Polier. Mythologie des Indous.

226 Dans la Quaterly Review, 1859, Graham fait une étrange description de certaines clés de l'Orient, maintenant désertes. Les portes de pierre sont de dimensions énormes et, souvent, en apparence, tout à fait hors de proportion avec les édifices eux-mêmes. Il fait remarquer que ces constructions et ces portes portent, toutes, la marque d'une ancienne race de géants.

227 Mallet. Northern Antiquities. Edition de Bohn, p. 401-405.

 

On trouve la même chose dans un fragment  cosmogonique scandinave. Dans l'Edda, on donne la description, faite à Gangler par Har, l'un des trois maîtres (Har, Jafuhar et Tredi) du premier homme nommé Bur, "le père de Bôr, qui prit pour femme Besla, fille du géant Bôlthara, de la race des géants primitifs". La narration complète et fort intéressante a été donnée, dans son livre : Northern Antiquities, par Mallet, dans la Prose Edda, sections 4-8 227.

C'est encore la même vérité historique qui se cache dans les fables grecques relatives aux Titans. On peut la trouver dans la légende des Mexicains – les quatre races successives de Popol-Vuh. Elle constitue un des bouts si nombreux de l'écheveau emmêlé et, en apparence, inextricable auquel on peut comparer l'humanité en tant que  phénomène psychologique. Autrement, la croyance au surnaturel serait inexplicable. Prétendre qu'elle est née, qu'elle a grandi et qu'elle s'est développée, à travers des siècles innombrables, sans qu'il y eût une cause, une base solide sur laquelle elle reposait, qu'elle n'est qu'une simple fantaisie, c'est une monstrueuse absurdité, allant de pair avec la doctrine théologique que l'Univers a été créé de rien.

Il est trop tard, aujourd'hui, pour lutter contre l'évidence qui se manifeste pour ainsi dire, à la lumière éclatante de midi. Les journaux libéraux, comme les feuilles chrétiennes et les organes scientifiques les plus avancés, commencent à protester unanimement contre le dogmatisme ou les préjugés étroits des demi-savants. Le Christian World, journal religieux, joint sa voix à celle de la Presse incrédule de Londres. Voici un excellent spécimen de son bon sens :

"Si on peut démontrer, dit-il 228, même de la façon la plus évidente, qu'un médium est un imposteur, nous n'en protesterons pas moins contre les tendances manifestées par certaines personnes, faisant autorité en matière de science. Ces personnes sont prêtes à faire fi et à hausser les épaules quand on leur parle d'examiner soigneusement les questions traitées par M. Barrett dans son mémoire présenté à la British Association. De ce que les spirites se sont livrés à bien des absurdités, il ne s'ensuit pas qu'on doive dédaigner, comme indignes d'examen, les phénomènes sur lesquels ils s'appuient. Ils sont, peut-être, magnétiques, ou clairvoyants ou autre chose. Que nos savants nous disent ce qu'ils sont, qu'ils ne nous rabrouent pas à la manière des ignorants qui, trop souvent, réprimandent la jeunesse curieuse, en usant de [192] l'apophtegme aussi peu satisfaisant que commode : "Les petits enfants ne doivent pas poser de questions."

 Ainsi le moment est venu où les savants ont perdu tout droit à se voir appliquer le vers de Milton : "O toi qui, pour rendre témoignage à la vérité, as encouru le blâme universel !" Triste dégénérescence ! Elle rappelle l'exclamation citée, il y a cent quatre-vingts ans, par le Dr Henry More. Il s'agit   d'un   "docteur ès sciences physiques" qui, entendant raconter l'histoire du tambour de Tedworth et d'Anne Walker, s'écria tout à coup : "Si c'est vrai, je me suis trompé jusqu'à présent, il me faut recommencer mon exposé." 229.

Mais, à notre époque, malgré la déclaration d'Huxley sur la valeur du "témoignage des hommes", le Dr Henry More, lui-même, est devenu "un enthousiaste et un visionnaire : Ces deux épithètes infligées à une même personne en font un déplorable fou". 230

228 Genèse, VI, 4.

229 Dr More. Letter to Glanvil, author of "Saducismus Triumphatus".

230 J.S.Y. Demonologia, or Natural Knowledge Revealed, 1827, p. 219.

 

Ce n'est pas de faits que la psychologie a longtemps manqué pour mieux faire comprendre, pour mieux appliquer aux affaires ordinaires et extraordinaires de la vie ses lois mystérieuses. Au contraire, ces faits abondaient. Ce qui manquait c'est des observateurs capables, des analystes compétents pour enregistrer et classer les faits. Le Corps scientifique aurait dû en fournir. Si l'erreur a prévalu, si la superstition a régné pendant des siècles sur la Chrétienté, ce fut le malheur des peuples et la faute de la science. Les générations sont nées et ont passé, chacune d'elles fournissant son contingent de martyrs du courage moral et de la conscience. Cependant la psychologie n'est guère mieux comprise aujourd'hui qu'au temps où la lourde main du Vatican envoyait ces valeureux infortunés au supplice, et flétrissait leur mémoire du stigmate réservé aux hérétiques et aux sorciers.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:38:52 +0000
CHAPITRE V - L'AETHER OU LA "LUMIERE ASTRALE" https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/392-chapitre-v-l-aether-ou-la-lumiere-astrale https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/392-chapitre-v-l-aether-ou-la-lumiere-astrale

CHAPITRE V

L'AETHER OU LA "LUMIERE ASTRALE"

 

"Je suis l'esprit qui nie toujours."

 Méphistophélès dans Faust.

"Je suis l'esprit de vérité que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne Le voit pas, et parce qu'il ne Le connaît pas."

 (Évangile selon saint Jean, XIV, 17).

"Des millions de créatures spirituelles parcourent la terre, invisibles pour nous, que nous soyons éveillés ou endormis."

 MILTON.

"La simple lumière intellectuelle ne suffit point pour reconnaître ce qui est spirituel. Comme le soleil fait pâlir la flamme, l'esprit éblouit les yeux de l'intelligence humaine."

 W. HOWITT.

 

II y a eu confusion infinie dans les noms désignant une seule et même chose.

Le chaos des anciens, le feu sacré de Zoroastre, l'Antusbyrum des Parsis, le feu d'Hermès, le feu de Saint-Elme des anciens Germains, l'éclair de Cybèle, la torche d'Apollon, la flamme sur l'autel de Pan, l'inextinguible feu du temple de l'Acropole et celui de Vesta, la flamme du casque de Pluton, les étincelles brillantes de la coiffure des Dioscures, celles de la tête de Gorgone, le casque de Pallas et le Caducée de Mercure, le πuρ άσβεστος, le Phta ou Ra  Égyptien,  le  Zeus  Cataibatès  (celui qui descend) 231 des Grecs, les langues de feu de la Pentecôte, le buisson ardent de Moïse, la colonne de feu de l'Exode, et la "lampe allumée" d'Abraham, le feu éternel du "puits sans fond", les vapeurs de l'oracle de Delphes, la lumière Sidérale des Rose-Croix, l'AKASA des adeptes hindous,  la lumière Astrale d'Eliphas Lévi, l'aura nerveuse et [194] infinie dans les noms désignant une seule le fluide des magnétiseurs, l'od de Reichenbach, le globe de feu ou chat météorique de Babinet, le Psychode et la force ecténique de Thury, la force psychique de Sergeant Cox et de Crookes, le Magnétisme atmosphérique de quelques naturalistes, le galvanisme et, enfin, l'électricité, sont, simplement, des noms divers s'appliquant à des manifestations différentes, ou effets de la même cause mystérieuse qui pénètre tout, l'Archeus ou Aρχαĩος ; des Grecs.

231 Pausanias. Eliœ, liv. I, ch. XIV.

232 Nous craignons que le noble auteur n'ait inventé ses noms si curieux en contractant des mots appartenant aux langues classiques. Gy viendrait ainsi de gune et vril de virile.

 

Sir Bulwer Lytton, dans son roman The Coming Race la décrit comme le VRIL 232 dont se servent les populations souterraines, et qu'il laisse ses lecteurs considérer comme une fiction. "Ces peuples, dit-il, sont persuadés qu'avec le vril ils sont arrivés à posséder l'unité des agents naturels de l'énergie." Il continue en montrant que Faraday a fait connaître ces agents "sous le nom plus prudent de corrélation", quand il a dit :

"C'est depuis longtemps pour moi une opinion, presque une conviction, partagée, je crois, par bien d'autres fervents des connaissances naturelles que les diverses formes sous lesquelles les forces de la nature se manifestent ont UNE ORIGINE COMMUNE.  En d'autres termes, elles ont une corrélation si directe, elles dépendent si naturellement les unes des autres qu'elles sont pour ainsi dire convertibles entre elles et possèdent, dans leur action, des équivalents de puissance."

Il peut paraître absurde et peu scientifique de comparer le vril imaginaire du grand romancier anglais et la force primordiale du non moins grand expérimentateur avec la lumière astrale des cabalistes, et pourtant, c'est la vraie définition de cette force. Les découvertes qui se succèdent confirment cette audacieuse déclaration. Depuis que nous avons écrit le début de cette partie du présent ouvrage, plusieurs journaux ont annoncé que M. Edison, l'électricien de Newark, N.J., avait découvert une nouvelle force. Elle semblerait différer beaucoup de l'électricité et du galvanisme sauf dans ses propriétés de conductibilité. Si la chose est démontrée, cette force restera, peut-être, longtemps cachée sous un pseudonyme scientifique. Cependant elle appartiendra tout simplement à la famille nombreuse enfantée, depuis le commencement des âges, par notre cabalistique mère, la Vierge Astrale. En fait, l'inventeur prétend que cette force "est aussi distincte, et a des formes aussi précises que la chaleur, le magnétisme ou l'électricité". Le journal, qui publie le premier compte rendu de l'invention, ajoute que "M. Edison estime qu'elle a une certaine relation avec la chaleur mais qu'elle peut aussi être générée par des moyens inconnus, encore ignorés." [195]

Une autre découverte, sensationnelle et récente, est la possibilité de supprimer les distances pour la voix humaine grâce au téléphone, instrument inventé par le professeur Graham Bell. Cette possibilité fut d'abord suggérée par le petit télégraphe des amoureux. II consistait en deux petits cornets de fer blanc tendus de parchemin, reliés par un fil, et permettait de converser d'une manière suivie à cent mètres de distance. Ce jouet est devenu le téléphone qui sera la merveille de notre siècle. On a déjà tenu une longue conversation entre Boston et Cambridgeport : "Chaque mot était entendu distinctement, parfaitement compris et les inflexions des voix, d'après le rapport officiel, étaient reconnaissables." La voix est, pour ainsi dire, prise sur le vif, maintenue par un aimant. L'onde sonore est transmise par l'électricité agissant à l'unisson de l'aimant et coopérant avec lui. Tout le succès dépend du parfait contrôle des courants électriques et de la puissance de l'aimant employé avec lequel ils doivent collaborer.

Le journal s'exprime ainsi : "L'invention peut être sommairement décrite. Figurez-vous une sorte de trompette, à l'embouchure de laquelle est tendue une membrane délicate. Quand la voix est émise dans le tube, la membrane s'enfle proportionnellement à la force dont fut animée l'onde sonore. A sa partie extérieure est fixée une feuille de métal qui prend contact avec un électro-aimant dès que la membrane est poussée au dehors. Aimant et courant électrique sont aux ordres de l'opérateur. En vertu d'un principe encore mal défini, le courant électrique transmet l'onde sonore telle qu'elle est émise par la voix dans la trompette et l'auditeur, placé à l'autre  extrémité  de  la  ligne,  en  portant  à  son  oreille  une trompette analogue, entend distinctement chaque mot et saisit immédiatement les inflexions de la voix de son interlocuteur."

Les prodigieuses découvertes actuelles dans le domaine de la nature et les possibilités magiques latentes encore inconnues – surtout si, comme il est fort probable, la force d'Edison et le téléphone de Graham Bell modifient, et peut-être renversent toutes les notions que nous possédons sur les fluides impondérables – n'inciteront-elles pas les personnes portées à contredire nos assertions à mieux attendre pour voir si les nouvelles découvertes les confirment ou les réfutent ?

Seulement, à propos de ces découvertes, nous pourrions, peut-être, utilement rappeler à nos lecteurs les allusions nombreuses qu'on peut trouver dans les annales de l'antiquité concernant certain secret que possédaient les prêtres Egyptiens qui, pendant la célébration des mystères, pouvaient, instantanément, communiquer d'un temple à un autre, le premier fût-il à Thèbes et le second à l'autre extrémité du pays. Les légendes attribuent [196] ce pouvoir, naturellement, aux "tribus invisibles de l'air qui portent des messages aux mortels. L'auteur de l'Homme Pré- Adamique cite un exemple qui, donné simplement de sa propre autorité, doit être pris pour ce qu'il vaut. D'autant plus que l'écrivain semble ne pas savoir positivement si l'histoire est empruntée à Macrin ou à un autre écrivain. Pendant son séjour en Egypte, il dit avoir découvert la preuve "qu'une des Cléopâtres (?) transmit  des nouvelles, par un fil métallique, à toutes les villes, depuis Héliopolis jusqu'à Eléphantine, sur le Haut-Nil" 233.

 233 P.B. Randolph. Pre-Adamite Man, p. 48.

 

II n'y a pas si longtemps que le professeur Tyndall nous a introduits dans un monde nouveau, peuplé de formes aériennes de la plus exquise beauté.

 

"La découverte consiste, dit-il, à soumettre les  vapeurs de liquides volatils à l'action de la lumière concentrée du soleil ou de la lumière électrique." Les vapeurs de certains nitrates, d'iodures et d'acides sont soumises à l'action de la lumière, dans un tube à essais posé horizontalement et placé de façon à ce que coïncident l'axe du tube et celui des rayons parallèles de la lampe. Les vapeurs forment des nuages de teintes  somptueuses.

 Elles prennent la forme de vases, de fioles, de cônes par faisceaux de six ou plus, de coquilles, de tulipes,  de roses, de tournesols, de feuilles et de rosaces. "Une fois, nous dit Tyndall, le bourgeon de nuages prit rapidement la forme d'une tête de serpent. Une gueule se dessina et un filet nuageux se forma, figurant la  langue." Enfin, pour clore la liste des merveilles, "il prit la forme d'un poisson, avec ses yeux, ses branchies et ses nageoires. Symétrie complète, la ressemblance était parfaite ! Pas une écaille, pas une marque, pas un signe n'existait sur une des faces de son corps qui ne fût exactement reproduite sur l'autre."

Ces phénomènes peuvent peut-être s'expliquer en partie par l'action mécanique d'un rayon lumineux comme M. Crookes l'a démontré dernièrement. On peut supposer, par exemple, que les rayons forment un axe horizontal autour duquel les molécules des vapeurs en mouvement se rassemblent en forme de globes et de fuseaux. Mais comment expliquer le poisson, la tête de serpent, les fleurs de diverses variétés, les coquilles ? Cela semble offrir à la science un problème aussi embarrassant que le chat météorique de Babinet. Tyndall, que nous sachions, n'a pas risqué,  à propos de son phénomène extraordinaire, une explication aussi absurde que celle du savant français. [197]

Ceux qui n'ont point étudié cette question seront surpris de voir combien on en savait déjà, dans les temps anciens, sur ce principe subtil qui pénètre tout et qu'on a baptisé récemment L'ÉTHER UNIVERSEL.

Avant d'aller plus loin, nous voudrions, encore une fois, formuler en deux propositions catégoriques, ce que nous avons seulement indiqué jusqu'à présent. Pour les anciens théurgistes ces propositions étaient des lois démontrées.

  1. Les prétendus miracles, à commencer par ceux de Moïse pour finir par ceux de Cagliostro, quand ils sont authentiques, sont, comme l'insinue fort justement de Gasparin dans son ouvrage sur les phénomènes, parfaitement conformes à la loi naturelle, donc pas des miracles. L'électricité et le magnétisme ont été, incontestablement, mis en œuvre pour la production de quelques- uns de ces prodiges. Aujourd'hui, comme autrefois, tout être sensitif les emploie ; il se sert inconsciemment de ces forces, en vertu de la nature spéciale de son organisme qui sert de conducteur à certains de ces fluides impondérables encore si imparfaitement connus de la science. Cette force est la mère féconde d'innombrables attributs et de propriétés dont beaucoup, la plupart même, sont encore inconnus de la physique moderne.
  2. Les phénomènes de la magie naturelle, tels qu'on les voit au Siam, en Inde, en Egypte et dans d'autres contrées d'Orient, n'ont aucun rapport avec la prestidigitation. La première est un effet absolument physique dû à l'action de forces naturelles occultes ; la seconde est simplement un résultat trompeur produit par d'adroites manifestations et avec l'aide de compères 234.

234 Ici, du moins, nous sommes en terre ferme. Le témoignage de M. Crookes confirme nos assertions. Il dit, page 84 de sa brochure Phenomenal Spiritualism : "Les centaines de faits que je suis prêt à attester, ont été produits dans ma maison, à des heures que j'avais moi-même fixées, dans des conditions qui excluaient l'emploi de l'instrument même le plus rudimentaire. Malgré leur habileté, les Robert-Houdin, les Bosco, les Anderson seraient incapables de les imiter même avec les moyens mécaniques ou physiques, toutes les ressources d'un appareillage compliqué et des années de pratique."

Les thaumaturges de tous les temps, de toutes les écoles, de tous les pays, opéraient leurs merveilles parce qu'ils connaissaient parfaitement les ondes impondérables – dans leurs effets – mais parfaitement tangibles  de la lumière astrale. Ils en dirigeaient les courants et les guidaient par leur force de volonté. Les prodiges étaient de nature à la fois physique et psychologique ; ceux-là étant des effets sur des objets matériels, ceux-ci étant les phénomènes mentaux de Mesurer et ses successeurs. Cette dernière classe est, de nos jours, représentée par deux hommes illustres : [198] Du Potet et Regazzoni dont les pouvoirs merveilleux ont été attestés en France et ailleurs. Le magnétisme est la branche la plus importante de la magie. Ses phénomènes sont les effets de l'agent universel sous-jacent à toute magie et qui, à toutes les époques, a produit les prétendus miracles.

Les anciens le nommaient Chaos, Platon et les Pythagoriciens l'appelaient l'Ame du Monde. D'après les Hindous, la Divinité, sous forme d'Ether, pénètre toutes choses. C'est le Fluide invisible mais tangible, comme nous l'avons déjà dit. Parmi les autres noms de ce Protée universel que  de  Mirville,  par  dérision,  croit  devoir  appeler  "le  nuageux  Tout Puissant", nous trouvons ceux de "feu vivant" 235 que lui attribuent les théurgistes, "Esprit de lumière"et de Magnès. Ce dernier mot indique ses propriétés magnétiques et montre sa nature magique. Car, ainsi que le dit, avec raison, un de ses détracteurs µάγος et µάγνης, sont deux branches issues du même tronc et produisant les mêmes effets.

Magnétisme est un mot pour l'origine duquel il faut remonter à une époque incroyablement ancienne. La pierre dite d'aimant tirerait son nom, au dire de bien des gens, de Magnésia, ville de Thessalie, aux environs de laquelle on trouverait ces pierres en quantité. Nous croyons cependant que l'opinion des Hermétistes est la bonne. Le mot Mag, Magus est dérivé du mot sanscrit Mahaji, le grand, le sage (l'oint de la sagesse divine). "Eumolpus est le fondateur mythique des Eumolpides  (prêtres) qui faisaient remonter leur sagesse à l'Intelligence Divine" 236. Les diverses cosmogonies montrent que l'Ame Universelle Archaïque était considérée par tous les peuples, comme le "mental" du Démiurge Créateur, la Sophia des gnostiques ou le Saint-Esprit, en tant que principe femelle. Comme les Mages tiraient de là leur nom, la pierre magnésienne ou Magnès (aimant) fut ainsi nommée en leur honneur, car ils furent les premiers à en découvrir les propriétés. Leurs temples étaient disséminés partout dans le pays et, dans le nombre, il y avait des temples d'Hercule 237. Il en résulta que lorsqu'on sut [199] que les prêtres se servaient de cette pierre pour des fins guérisseuses et magiques, on lui donna le nom de pierre de magnésie ou d'Hercule. Socrate, qui en parle, dit : "Euripide l'appelle pierre de Magnésie. Mais le peuple la nomme Héracléenne 238". C'est le pays et la pierre qui reçurent leur nom des Mages et non point les Mages qui furent nommés d'après le premier ou la seconde. Pline nous apprend que, chez les Romains,   l'anneau   nuptial   était   magnétisé   par   les   prêtres   avant la cérémonie. Les anciens historiens païens avaient soin de garder le silence sur certains Mystères des "sages" (Magi) et Pausanias dit qu'il fut averti dans un songe de ne pas révéler les rites sacrés du temple de Déméter et Perséphone à Athènes 239.

235 Dans cette appellation nous pouvons découvrir le sens de certaine phrase embarrassante du Zend-Avesta : "le feu donne la connaissance de l'avenir, la science et l'aisance de parole" car il développe une éloquence extraordinaire chez certains sensitifs.

236 Dunlap. Musah, His mysteries, p. III.

237 "Hercule était connu comme le roi des Musiens", dit Schwab, II, 44 ; et Musien était la fête "de l'Esprit et de la matière", Adonis et Vénus, Bacchus et Cérès. (Voir Dunlap. Mystery of Adonis, p. 95.) Dunlap montre, sur l'autorité de Julien et d'Anthon (67) qu'Esculape "le Sauveur de tout" est identique à Phta (l'Intelligent Créateur, la Sagesse Divine) et avec Apollon, Baal, Adonis et Hercule (ibid., p. 93) Phta est l' "Anima Mundi", l'Ame Universelle de Platon, le Saint-Esprit des Egyptiens et la Lumière astrale des Cabalistes. Cependant, Michelet considère l'Hercule grec comme un autre personnage, l'adversaire des orgies bachiques et des sacrifices humains qui les accompagnaient.

238 Platon. Ion (Burgess), vol. IV, p. 294.

239 Platon. Attic., I, XIV.

240 Platon. Théagès. Cicéron rend le mot δαιµονίον par quiddam diuinum, quelque chose de divin, non quelque chose de personnel.

 

La science moderne, après avoir vainement nié le magnétisme animal, s'est vue forcée de l'accepter comme un fait. C'est, maintenant, reconnu comme une propriété de l'organisme humain et animal ; quant à son influence psychologique et occulte, les Académies luttent contre elle, à notre époque, avec plus d'acharnement que jamais. II faut d'autant plus le regretter et s'en étonner que les représentants des "sciences exactes" ne peuvent nous expliquer la mystérieuse et indiscutable puissance contenue dans un simple aimant, et ne nous offrent même pas un semblant d'hypothèse raisonnable. Nous commençons à trouver des preuves quotidiennes montrant que cette force était la base des mystères théurgiques ; peut-être pourrait-on, expliquer ainsi les facultés occultes des thaumaturges anciens et modernes de même qu'un grand nombre de leurs exploits les plus étonnants. Tels furent les dons transmis par Jésus à quelques-uns de ses disciples. Lorsqu'il opérait ses guérisons miraculeuses, le Nazaréen sentait qu'un pouvoir émanait de lui. Socrate, dans son dialogue avec Théagès 240 lui parle de son dieu familier (son démon), et du pouvoir qu'il avait de communiquer sa sagesse (celle de Socrate) à ses disciples ou d'empêcher les personnes avec lesquelles il frayait d'en profiter. A l'appui de ses paroles, Socrate cite l'exemple suivant : "Je vous dirai, Socrate (c'est Aristide qui parle) une chose incroyable. Mais, par les dieux ! Elle est vraie. J'ai eu grand profit à te fréquenter même si je n'habitais que la même maison sans être dans la même chambre. Le bénéfice était bien plus grand quand nous étions dans la même chambre... surtout lorsque je te regardais... Mais où le profit était le plus grand, c'est quand j'étais assis près de toi et te touchais." [200]

C'est le magnétisme moderne, le mesmérisme de du Potet et d'autres maîtres. Lorsqu'ils ont soumis une personne à leur influence fluidique, ils peuvent lui communiquer toutes leurs pensées, même à distance et contraindre leur sujet, par une force irrésistible, à obéir à leurs ordres mentaux. Mais combien mieux les anciens philosophes connaissaient-ils cette force psychique. Nous pouvons glaner des renseignements aux sources antiques. Pythagore enseignait à ses disciples que Dieu est le Mental universel répandu en toutes choses, que ce mental, par la seule vertu de son identité universelle, pouvait être communiqué d'un objet à un autre et qu'on pouvait lui faire créer toutes choses par la seule puissance de la volonté humaine. Chez les anciens Grecs Kurios était le Mental Dieu (Nοùς). "Or Koros (Kurios) signifie la nature pure et sans mélange de l'Intellect Sagesse", dit Platon 241. Kurios, c'est Mercure, la Sagesse Divine et "Mercure c'est Sol" (Soleil) 242 de qui Thaut-Hermès reçut cette divine sagesse qu'à son tour il transmit au monde dans ses livres.

Hercule est aussi le Soleil, l'entrepôt  céleste  du  magnétisme universel 243, ou, plutôt, Hercule est la lumière magnétique qui  s'étant ouvert une voie, par "l'œil ouvert du ciel" passe dans les régions de notre planète et devient ainsi le "Créateur". Hercule traverse les douze travaux, le vaillant Titan ! Il est appelé "le Père de Tout", "né de lui-même" (Autophnès 244. Hercule, le Soleil est tué par le Diable, Typhon 245. Il en est de même d'Osiris, père et frère d'Horus et qui lui est aussi identique. Rappelons-nous que l'aimant était appelé "l'os d'Horus" et le fer "l'os de Typhon". On l'appelle Hercule Invictus mais seulement lorsqu'il descend au Hadès 246 le jardin souterrain), cueille "les pommes d'or"de "l'arbre de vie", et tue le dragon. Le pouvoir Titanique brut, "doublure" de chaque dieu solaire, oppose sa force de matière aveugle à l'esprit magnétique divin qui s'efforce d'harmoniser [201] toutes choses dans la nature. Tous les dieux solaires avec leur symbole, le soleil visible, ne sont les créateurs que de la nature physique. La nature spirituelle est l'œuvre du Dieu  Très-Haut, SOLEIL Caché, Central, Spirituel, et de son Demiurge le Mental Divin de Platon et la Divine Sagesse d'Hermès Trismégiste 247, la sagesse émanant d'Oulom ou Kronos.

241 Cratyle, p. 79.

242 Arnobius, VI, XII.

243 Ainsi que nous le ferons voir dans les chapitres suivants le soleil n'était pas considéré par les anciens comme la cause directe de la lumière et de la chaleur, mais seulement comme un agent de cette cause, au travers duquel la lumière passait pour se diriger vers notre sphère. Aussi était-il toujours nommé par les Egyptiens l' Œil d'Osiris qui lui-même était le Logos, le Premier-Né, ou la lumière manifestée au monde, lumière "qui est le mental et le divin intellect du Caché". C'est seulement la lumière que nous connaissons qui est le Demiurge, le Créateur de notre planète et de tout ce qui s'y rapporte. Les dieux solaires n'ont rien à faire avec les univers visibles ou invisibles semés dans 1'espace. L'idée est très clairement exprimée dans les "Livres d'Hermès".

244 Orphic Hymn XII ; Hermann ; Dunlap. Musah His Mysteries, p. 91.

245 Movers, 525. Dunlap. Mysteries of Adonis, 94.

246 Preller, II 153. Origine évidente du dogme chrétien : descente du Christ dans l'enfer et défaite de Satan.

247 Ce fait important explique admirablement le polythéisme grossier des masses et la conception du Dieu Un, conception raffinée et hautement philosophique, enseignée seulement dans les sanctuaires des temples "païens".

248 Anthon. Cabeiria.

249 Platon. Phœdre, traduction Gary.

250 Saint Jean, XX, 22.

 

"Après la distribution du Feu pur, dans les Mystères de Samothrace, une vie nouvelle commençait 248". C'est à cette "nouvelle naissance" que Jésus fait allusion dans sa conversation nocturne avec Nicodème. "Initiés dans les plus sacrés de tous les Mystères, étant nous-mêmes purs..., nous devenons justes et saints avec sagesse 249". "Il souffla sur eux et leur dit : "Recevez  le  Saint- Pneuma 250". Et ce simple acte de puissance de la volonté suffisait pour communiquer le don de prophétie dans sa forme la plus noble et la plus parfaite si l'initiateur et l'initié en étaient dignes". Railler ce don même sous son aspect actuel, dit le Rév. J.-B. Gross, l'assimiler au rejeton corrompu, aux traces attardées d'un siècle d'ignorance et de superstition, le condamner d'emblée, comme indigne de tout examen sérieux, serait aussi injuste qu'antiphilosophique. Ecarter le voile qui dérobe l'avenir à nos yeux, on l'a tenté à tous les âges du monde. Aussi cette tendance à fouiller dans les arcanes du temps, considérée comme une des facultés du mental humain, nous arrive avec encouragement sous la sanction de Dieu... Zwingli, le réformateur suisse, montrait la largeur de sa foi en la providence de l'Etre Suprême par sa doctrine sans exclusivité d'après laquelle le Saint-Esprit n'était pas complètement exclu de la partie la plus méritante du monde païen. Admettant qu'il en soit  ainsi, il  nous  serait  difficile  d'imaginer  une  raison plausible pour contester à un païen, favorisé de la sorte, l'aptitude à la vraie prophétie 251".

251 Heathen Religion, 104.

252 Alkahest, mot que Paracelse employa le premier pour désigner le menstruum ou dissolvant universel, celui qui est capable de réduire toutes choses.

 

Or quelle est cette substance mystique primordiale ? Dans le livre  de la Genèse, au commencement du premier chapitre, elle est désignée par : "la surface des eaux" qu'on dit fécondée par "l'Esprit de Dieu". Job, au chapitre XXVI, 5, dit que "les choses mortes sont formées de ce qui est sous les eaux et de leurs habitants". Dans le texte original, au lieu de "choses mortes", il est écrit Rephaim morts (géants ou puissants hommes primitifs.) C'est d'eux que "l'Evolution" pourra, quelque jour, faire descendre [202] notre race actuelle. Dans la mythologie égyptienne, Kneph, le Dieu Eternel non révélé, est représenté par un serpent, emblème de l'éternité, enroulé autour d'une urne remplie d'eau au-dessus de laquelle il lève la tête pour la couver de son souffle. Dans ce cas, le serpent est l'Agathodaimon, le bon esprit ; dans son aspect opposé, il est le Kakodaimon, le mauvais esprit. Dans les Eddas Scandinaves, la rosée de miel, nourriture des dieux et des abeilles d'Yggdrasill actives et créatrices, tombe pendant la nuit, alors que l'atmosphère est imprégnée d'humidité. Dans les mythologies du Nord, en tant que principe passif de la création, elle est le type de la création de l'Univers, tiré de l'eau. Cette rosée est la lumière astrale dans une de ses combinaisons et elle possède des propriétés créatrices aussi bien que destructrices. Dans la légende Chaldéenne de Bérose, Oænnes ou Dagon, l'homme poisson, instruisant le peuple, montre le monde enfant créé de l'eau et tous les êtres issus de cette matière première. Moïse enseigne que la terre et l'eau peuvent seules produire une âme vivante et nous lisons dans les Ecritures que les plantes ne pouvaient croître avant que l'Eternel n'eût fait pleuvoir sur la terre. Dans le Popol- Vuh Mexicain, l'homme est créé de la boue ou terre glaise tirée de dessous l'eau. Brahma a créé Lomus, le grand Mouni (ou premier homme) assis sur sa feuille de lotus, mais seulement après avoir appelé à l'être les esprits qui jouissaient ainsi, parmi les mortels, d'une priorité d'existence et il le forma d'eau, d'air et de terre. Les alchimistes prétendent que la terre primordiale ou pré-adamique, lorsqu'elle est réduite à sa substance primitive, est, dans son deuxième stade de transformation, comme de l'eau claire, le premier degré étant l'alkahest 252   proprement dit. Cette substance primordiale est dite contenir l'essence de tout ce qui contribue à former l'homme. Elle n'a pas seulement tous les éléments de son être physique, mais même "le souffle de vie" à l'état latent et tout prêt à s'éveiller. Cela lui vient de "l'incubation" de l'Esprit de Dieu sur la surface des eaux, le chaos ; de fait, cette substance est le chaos lui-même. De là Paracelse se disait capable de faire ses "homunculi" ; et voilà pourquoi Thalès, le grand philosophe naturel, soutenait que l'eau était le principe de toutes choses dans la nature. Qu'est-ce que le Chaos primordial sinon l'Æther ? L'éther moderne, non pas tel qu'il est admis par nos savants modernes, mais tel qu'il était défini par les anciens philosophes, longtemps avant Moïse, l'Ether avec toutes ses propriétés mystérieuses et occultes, contenant en lui-même le germe de la création universelle, [203] l'Ether, la vierge céleste, la mère spirituelle de toute forme et de tout être, du sein de laquelle, aussitôt qu'elle est couvée par l'Esprit Divin, sont appelées à l'existence la Matière et la Vie, la Force et l'Action. L'électricité, le magnétisme, la chaleur, la lumière et l'affinité chimique sont si peu compris encore que des faits nouveaux élargissent constamment le cercle de notre savoir. Qui peut dire où finit la puissance de ce géant protéen, l'Ether ; ou nous faire connaître  sa  mystérieuse origine ? En posant cette question, nous avons en vue ceux qui  nient l'esprit qui travaille dans l'Ether et en fait évoluer toutes  les  formes visibles ?

Il est facile de prouver que les légendes cosmogoniques répandues dans le monde entier sont fondées sur les connaissances que les anciens avaient de ces sciences qui aujourd'hui se sont alliées pour appuyer la doctrine de l'évolution ; de nouvelles recherches prouveront peut-être qu'ils étaient bien mieux au courant de l'évolution qu'on ne l'est aujourd'hui, au double point de vue physique et spirituel. Pour les philosophes anciens, l'évolution était un théorème universel, une doctrine d'ensemble, un principe bien établi : nos évolutionnistes modernes ne peuvent, en somme, nous offrir que des théories spéculatives avec des théorèmes limités à des particularités quand ils ne sont pas complètement négatifs. C'est en vain que les représentants de notre sagesse moderne cherchent à clore le  débat et prétendent que la question est réglée, uniquement parce que l'obscure phraséologie du récit mosaïque se heurte à l'exégèse précise de la "science exacte."

Un fait, au moins, est démontré : il n'est point de fragment cosmogonique, à quelque nation qu'il appartienne, qui, par son allégorie universelle de l'eau et de l'esprit planant sur elle, n'apporte la preuve que, pas plus que nos physiciens modernes, aucune cosmogonie n'a jamais prétendu faire sortir l'univers du néant. Toutes les légendes débutent par cette période où les vapeurs naissantes et l'obscurité cimmérienne planent au-dessus d'une masse fluidique prête à commencer le voyage au premier souffle de Celui qui est le Non Révélé. Toutes Le sentent si elles ne Le voient pas. Leurs intuitions spirituelles n'étaient point aussi obscurcies que les nôtres le sont aujourd'hui par les sophismes subtils des siècles qui ont précédé le nôtre. Si les anciens parlaient moins de l'époque silurienne se développant lentement et se transformant en époque mammalienne, et, si la période Cenozoïque est seulement indiquée dans quelques allégories relatives à l'homme primitif, l'Adam de notre race, cela ne prouve pas que leurs "sages" et maîtres ne connussent point aussi bien que nous ces périodes et leur succession. Au temps de Démocrite et d'Aristote le Cycle était déjà entré dans la courbe descendante de sa marche. [204]

Si ces deux philosophes ont si bien su discuter la théorie atomique et suivre l'atome jusqu'à son point de départ physique ou matériel, leurs devanciers peuvent être allés encore plus loin et reculer la genèse bien au- delà de la limite où Tyndall et d'autres semblent cloués sur place, n'osant pas franchir la ligne qui les sépare de "l'Incompréhensible". Les  arts perdus prouvent surabondamment que les découvertes des anciens en physiographie sont aujourd'hui mis en doute à cause des écrits peu satisfaisants de leurs physiciens et de leurs naturalistes ; Par contre, leur connaissance pratique de la phytochimie et de la minéralogie dépassait la nôtre et de beaucoup.

En outre, ils pouvaient connaître parfaitement l'histoire physique de notre globe sans communiquer leur savoir aux masses  ignorantes dans cette période des mythes religieux.

Ce n'est donc point uniquement des livres mosaïques que nous entendons tirer la preuve de notre argumentation ultérieure. Les anciens Juifs avaient puisé toutes leurs connaissances, religieuses et profanes, chez les peuples auxquels ils avaient été mêlés dès les âges les plus reculés. Même la plus ancienne de toutes les sciences, leur "doctrine secrète" cabalistique peut être suivie dans chacun de ses détails jusqu'à la source primitive, c'est-à-dire la Haute-Inde ou le Turkestan, longtemps avant l'époque où les nations Aryenne et Sémitique se sont séparées. Le roi Salomon, resté fameux pour son savoir magique tenait ses connaissances secrètes de l'Inde par Hiram, roi d'Ophir, et peut-être de Saba 253. Son anneau, généralement connus sous le nom de "sceau de Salomon", si célèbre pour son pouvoir sur les divers génies et démons, d'après toutes les légendes populaires, est également d'origine Hindoue.  Le Révérend Samuel Mateer, de la Société des missions de Londres, déclare être en possession d'un volume manuscrit très ancien traitant d'incantations magiques et de sortilèges en langage Malayâlim et donnant des indications pour produire une grande variété de phénomènes. Cette mention se trouve dans un écrit où le Révérend traite des prétentions et de l'habileté abominable des "adorateurs du diable" à Travancore. Comme de raison, il ajoute que "parmi ces incantations, beaucoup sont effrayantes de malignité et d'obscénité". II donne dans son travail le fac-similé de quelques amulettes portant des figures magiques et des dessins. Dans le nombre nous en trouvons un avec la légende suivante : "Pour faire disparaître le tremblement qui résulte de la possession démoniaque, tracez cette figure sur une plante ayant un jus laiteux et traversez là d'un clou : le tremblement cessera. 254" [205] Cette figure représente le sceau exact de Salomon ou le double triangle des Cabalistes. Les Hindous l'ont-ils pris du Cabaliste juif ou ce dernier de l'Inde, par héritage de son roi, le grand Cabaliste, le sage Salomon ? 255

 253 Josèphe. Antiquités vol. VIII, c. 2, 5.

254 The Land of Charity, p. 210.

255 Certains "adeptes" ne sont point d'accord avec les disciples de la pure Cabale Juive. Ils disent que la "doctrine secrète" est originaire de l'Inde d'où elle fut apportée en Chaldée et d'où elle passa postérieurement aux mains des "Tanaïm" Hébreux. Ces prétentions sont singulièrement corroborées par les recherches des missionnaires chrétiens. Sans l'avoir voulu, ces pieux et savants voyageurs sont venus à notre aide. Le Dr Caldwell dans sa Grammaire comparée des langues dravidiennes, p. 66 et le Dr Mateer, dans sa Land of Charity, p. 83, confirment pleinement nos assertions à savoir que le "sage" roi Salomon avait puisé toutes ses connaissances cabalistiques dans l'Inde comme le montre bien la figure magique ci-dessus reproduite. Le baobab, n'est pas, semble-t-il, un arbre originaire de l'Inde mais appartient au sol d'Afrique. On le trouve seulement dans plusieurs anciens centres de commerce étranger (à Travancore). Or le Dr Caldwell, missionnaire, se propose de prouver que des spécimens très anciens de cet arbre énorme pourraient bien "pour autant que nous sachions, ajoute-t-il, avoir été introduits dans l'Inde et plantés par des serviteurs du roi Salomon". La seconde preuve est plus concluante encore. Le Dr Mateer, dans son chapitre sur l'histoire naturelle de Travancore, dit : "Il y a un fait curieux relatif au nom de cet oiseau (le paon), fait qui jette un certain jour sur l'histoire des Ecritures. Le roi Salomon envoya sa flotte à Tharsis d'où elle revint trois ans après, rapportant de l'or, de l'argent, de l'ivoire, des singes et des paons (Les Rois, X, 22). Le mot employé par la Bible pour désigner le paon et le mot tukki. Comme naturellement, les Juifs n'avaient point de mot pour désigner le paon, avant qu'il eût été importé en Judée par le roi Salomon, il n'est pas douteux que ce mot tukki est simplement le vieux mot Tamil toki, qui désigne le paon. Le singe est également appelé, en hébreu, Koph : le mot indien est Kaphi : Nous avons vu que l'ivoire est abondant dans l'Inde méridionale. L'or est très commun dans les rivières de la Côte Occidentale. Par conséquent, le pays de Tharsis dont il s'agit était, indubitablement, la Côte Occidentale de l'Inde et les navires de Salomon étaient des navires qui faisaient le voyage des Indes". Nous pouvons de ces faits tirer encore une conclusion ; outre "l'or, l'argent, les singes et les paons", le roi Salomon et son ami Hiram, si célèbres en la Franc-Maçonnerie,  obtinrent leur "magie" et leur "sagesse" de l'Inde.

  

Mais laissons cette discussion oiseuse pour continuer notre étude plus intéressante, sur la lumière astrale et ses propriétés inconnues. [206]

En admettant, donc, que cet agent mythique est l'Ether, examinons ce que la science sait à son sujet.

Relativement aux divers effets des différents rayons solaires, Robert Hunt, F.R.S., dans ses Researches on Light in its chemical Relations, fait les réflexions suivantes :

"Les rayons qui donnent le plus de lumière, les rayons jaunes et orangés, ne produisent aucun changement de couleur dans le chlorure d'argent, "tandis que" les rayons qui ont le moins de pouvoir éclairant, les bleus et les violets, produisent le plus grand changement et dans un temps extrêmement court... Les verres jaunes arrêtent à peine n'importe quelle lumière, les verres bleus, au contraire, peuvent être foncés au point de n'en laisser filtrer que très peu".

Et nous voyons, cependant, sous l'action des rayons bleus la vie animale et végétale se développer d'une façon désordonnée tandis  que, sous l'action des rayons jaunes, elle est proportionnellement arrêtée. On ne peut expliquer cela d'une manière satisfaisante si ce n'est par l'hypothèse que les vies animale et végétale sont des phénomènes   électromagnétiques différemment modifiés mais dont les principes fondamentaux sont encore inconnus.

 M. Hunt estime que la théorie ondulatoire n'explique pas les résultats de ses expériences. Sir David Brewster, dans son Traité d'optique montre que "les couleurs de la vie végétale proviennent... d'une attraction spécifique que les particules de ces corps exercent sur les différents rayons lumineux". "C'est, dit-il, par la lumière du soleil que les sucs colorés des plantes sont élaborés, que les couleurs des corps sont modifiées..., etc... ) Il remarque "qu'il est difficile d'admettre que ces effets soient produits par la simple vibration d'un milieu éthéré". Alors, dit-il, il se voit forcé "par des faits de cet ordre, de raisonner comme si la lumière était matérielle. (?)" Le professeur Josias P. Cooke de l'Université d'Harward, dit qu'il ne "peut être d'accord avec ceux qui considèrent la théorie des ondes lumineuses comme un principe scientifiquement établi 256." La doctrine d'Herschell, veut que l'intensité de la lumière, par suite de chaque ondulation "soit en raison inverse du carré de la distance du corps lumineux". Si elle est exacte, elle porte une grave atteinte, pour ne pas dire le coup mortel à la théorie ondulatoire. Les expériences réitérées à l'aide de photomètres, ont prouvé qu'il avait raison mais, bien qu'un doute très accentué commence à percer, la théorie ondulatoire est encore debout.

256 Cooke. New Chemistry, p. 22.

 

Puisque le général Pleasanton, de Philadelphie, a entrepris de combattre cette hypothèse antipythagoricienne et qu'il y a [207] consacré tout un volume, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur à son récent ouvrage sur le Rayon bleu, etc... Nous laissons la théorie de Thomas Young qui, d'après Tyndall, "a placé la théorie ondulatoire de la lumière sur une base inébranlable", soutenir sa thèse, si elle le peut, avec l'expérimentateur de Philadelphie.

Eliphas Lévi, le magicien moderne, décrit la lumière astrale dans la phrase suivante : "Nous avons dit que, pour acquérir la puissance magique, deux choses sont nécessaires : dégager sa volonté de toute servitude et l'exercer en la contrôlant."

"La volonté souveraine est représentée  dans nos symboles par la femme qui écrase la tête du serpent et par l'ange radieux qui terrasse le dragon qu'il tient sous son pied et sous son glaive. Le grand agent magique, le double courant de lumière, le feu vivant et astral de la terre a été représenté, dans les anciennes théogonies, par le serpent à tête de taureau, de bélier ou de chien. C'est le double serpent du Caducée, c'est le vieux serpent de la Genèse, mais c'est aussi le Serpent d'airain de Moïse, enroulé autour du tau, c'est-à-dire le lingha générateur. C'est aussi le bouc des sorcières du Sabbat  et le Baphomet des Templiers, c'est le Hylé des gnostiques, c'est la double queue du serpent qui forme les pattes du coq solaire de l'abraxas et, enfin, c'est le Diable de M. Eudes de Mirville. Mais c'est réellement la force aveugle que les âmes doivent conquérir pour se libérer elles- mêmes des liens de la terre car si leur volonté ne les délivre pas "de cette fatale attraction, elles seront entraînées dans le courant par la force qui les a produites et elles retourneront au feu central et éternel."

Cette image en langue cabalistique, malgré son étrange phraséologie, est précisément celle qu'employa Jésus dont la pensée ne pouvait avoir qu'une signification possible : celle que lui attribuèrent les Gnostiques et les Cabalistes. Plus tard, les théologiens chrétiens l'ont interprétée différemment et, pour eux, elle est devenue la doctrine de l'Enfer. Mais littéralement elle veut dire tout simplement ce qu'elle dit – la lumière astrale, le générateur et destructeur de toutes formes.

"Toutes les opérations magiques, continue Lévi, ont pour but de nous libérer des étreintes de l'Ancien Serpent ; nous visons ensuite à lui  mettre le pied sur la tête et à le faire agir selon la volonté de l'opérateur. Dans le mythe évangélique, le Serpent dit : "Je te donnerai tous les royaumes de la terre si tu veux te prosterner et m'adorer." L'initié devra lui répondre : "Je ne m'agenouillerai point mais, toi, tu te prosterneras à mes pieds ; tu ne me donneras rien mais je me servirai de toi et je prendrai ce que je voudrai. Car je suis ton maître et ton Seigneur !" Tel [208] est le vrai sens de la réponse ambiguë faite par Jésus au tentateur... Le Diable n'est donc pas une Entité, c'est une force vagabonde, comme son nom l'indique. Un courant odique ou magnétique, formé par une chaîne (un cercle) de volontés pernicieuses, doit créer ce mauvais esprit que l'évangile nomme Légion et qui force un troupeau de pourceaux à se jeter dans la mer. Encore une allégorie évangélique montrant combien les natures basses et viles peuvent être entraînées par les forces aveugles que l'erreur et le péché mettent en mouvement." 257

Dans son important ouvrage sur les manifestations mystiques de la nature humaine, le naturaliste et philosophe allemand Maximilien Perty, a consacré un chapitre entier aux formes Modernes de la Magie. Nous lisons dans sa préface : "Les manifestations de la vie magique reposent, en partie, sur un ordre de choses tout autre que celui de la nature avec lequel nous sommes familiers, et qui comporte les idées de temps, d'espace et de causalité. Les possibilités d'expérimentation sont faibles,  les manifestations en effet, ne peuvent être provoquées à volonté ; on ne peut que les suivre et les étudier avec soin partout où elles ont lieu en notre présence. Nous ne pouvons que les grouper par analogie sous certaines rubriques distinctes pour être mieux à même d'en déduire les principes généraux et les lois". Ainsi, pour le professeur Perty, qui appartient évidemment à l'école de Schopenhauer, la possibilité et le caractère naturel des phénomènes qui ont eu lieu en présence de Kavindasami, le fakir, et qui sont décrits par l'Orientaliste Louis Jacolliot, sont pleinement démontrés de ce fait. Le fakir était un homme qui, grâce à l'entier assujettissement de la matière de son organisme corporel avait atteint cet état de purification dans lequel l'esprit est presque entièrement libéré de sa prison 258, et peut produire des merveilles. Sa volonté, que dis-je, un simple désir de sa part devient une force créatrice, et il peut commander aux éléments et aux puissances de la nature. Son corps n'est plus un obstacle pour lui ; aussi peut-il converser "d'esprit à esprit, de souffle à souffle". Sous ses mains étendues, une graine qu'il n'a jamais vue germera instantanément pénétrera dans le sol et ses bourgeons sortiront. Cette graine, Jacolliot l'avait prise au hasard dans un sac, parmi beaucoup d'autres d'une grande variété, il l'avait semée lui-même, dans un pot, après l'avoir marquée. Se [209] développant en moins de deux heures, la plante acquit une grosseur et une taille qui, dans des circonstances ordinaires, eussent exigé des semaines et des mois. Elle poussa, miraculeusement, à vue d'œil, sous les regards des spectateurs ébahis et bouleversa toutes les formules acceptées en Botanique. Est-ce un miracle ? En aucune façon. S'en est un, peut-être à la rigueur, si nous acceptons cette définition de Webster : un miracle est "tout événement contraire à la constitution et à la marche établies des choses – une déviation des lois connues de la nature". Mais nos naturalistes sont-ils prêts à démontrer que ce qu'ils ont une fois établi, d'après l'observation, est infaillible ? Ou bien peuvent-ils prouver que toutes les lois de la nature leur sont connues ? Dans le cas présent, le "miracle" est à peine plus marqué que les expériences bien connues du général Pleasanton de Philadelphie. Tandis que la végétation et la maturité de ses vignes étaient activées d'une manière incroyable par la lumière violette artificielle, le fluide magnétique émané des mains du fakir produisait des changements encore plus rapides et plus intenses dans les fonctions vitales des plantes Indiennes. Il ne faisait qu'attirer et condenser l'Akasa ou principe vital sur le germe. 259 Son magnétisme, obéissant à sa volonté attirait l'Akasa, en un courant concentré qui traversait la plante dans la direction de ses mains. Ainsi s'établissait un courant ininterrompu pendant le temps nécessaire. Son action contraignait le principe vital de la plante à construire cellule après cellule, couche après couche, avec une rapidité de maturation extraordinaire, jusqu'à ce que l'œuvre soit terminée. Le principe vital n'est qu'une force aveugle qui obéit à une influence qui la domine. Dans le cours ordinaire de la nature, le [210] protoplasme de la plante l'eût concentrée et guidée, mais à une vitesse normale. Cette vitesse est réglée par les conditions atmosphériques : elle s'accroît ou se ralentit proportionnellement au degré de lumière, de chaleur et d'humidité de la saison. Mais, le fakir, venant en aide à la nature, avec sa puissante  volonté et son esprit purifié du contact de la matière 260, condense, pour ainsi dire, l'essence de la vie de la plante dans son germe et la force à mûrir longtemps avant son heure. Cette force aveugle, entièrement subjuguée et soumise à sa volonté, lui obéit. S'il lui plaît que cette plante soit un monstre, elle le deviendra aussi sûrement qu'elle croît d'une façon normale en temps ordinaire. En effet, l'image concrète, esclave du modèle subjectif esquissé dans l'imagination du fakir est forcée de suivre l'original jusque dans ses moindres détails : De même la main et la brosse du  peintre suivent fidèlement l'image qu'ils copient dans son mental. La volonté du fakir magicien donne à la plante une matrice invisible mais parfaitement objective dans laquelle la matière végétale est amenée à se déposer et à prendre la forme voulue. La volonté crée ; car la volonté en mouvement est une force et la force produit la matière.

 257 Eliphas Lévi. Dogme et Rituel de la Haute Magie.

258 Platon fait allusion à une cérémonie pratiquée dans les Mystères au cours de cette cérémonie, on enseignait aux néophytes que les hommes sont dans cette vie, dans une sorte de prison et enseignait comment s'en évader temporairement. Comme d'habitude, les traducteurs trop érudits ont défiguré ce passage : en partie, parce qu'ils ne pouvaient pas le comprendre, en partie parce qu'ils ne le voulaient pas. Voyez Phédon, § 16, avec les commentaires d'Henry More, le philosophe mystique et platonicien bien connu.

259 Akasa est un mot sanscrit qui veut dire firmament, mais qui désigne aussi le principe impondérable et intangible de vie : ces lumières astrale et céleste qui combinées forment toutes deux, l'anima mundi. Elles constituent l'âme et l'esprit de l'homme, la lumière céleste formant son Nοuς, πνεuµα, ou esprit divin tandis que la lumière astrale forme sa Φuχη, âme ou esprit astral. Les particules les plus grossières de cette dernière entrent dans la composition de sa forme extérieure, son corps. Akasa est le mystérieux fluide nommé par la science scholastique : "l'éther qui pénètre tout". Il agit dans toutes les opérations magiques de la nature, produit les phénomènes mesmériques, magnétiques et spirituels. As, en Syrie, en Palestine et dans l'Inde signifie en même temps, le ciel, la vie et le soleil qui était considéré par les anciens sages comme le grand réservoir magnétique de notre univers. La prononciation adoucie de ce mot était Ah, dit Dunlap, "car l's se transforme continuellement en h de la Grèce à Calcutta". Ah c'est Iah, Ao et lao. Dieu dit à Moïse que son nom est Je suis (Ahiah), c'est un simple doublement de Ah ou Jah. Le mot As, Ah ou lah signifie : Vie, existence : c'est, évidemment, la racine du mot Akasa prononcé Ahasa en Indoustan : Le principe de vie ou le fluide divin donnant la vie. C'est le mot hébreu zuah qui veut dire le "vent", le "souffle", l'air en mouvement ou "l'esprit mouvant", suivant le Lexicon de Parkhurst. C'est bien ce même "Esprit de Dieu qui se mouvait à la surface des eaux."

260 Kavindasami, il faut se le rappeler, avait fait jurer à Jacolliot de ne pas s'approcher de lui, de ne pas le toucher aussi longtemps que durerait sa transe. Le moindre contact avec la matière aurait paralysé l'action de l'esprit libéré qui, s'il est permis d'employer une comparaison aussi prosaïque, serait rentré chez lui, comme un limaçon effarouché rentre les cornes à l'approche de toute substance étrangère. Dans certains cas, quand survient une brusque interruption de cette nature, l'infiltration en retour de l'esprit a lieu, parfois, si soudainement qu'elle brise complètement le fil délicat qui l'unit au corps. Le sujet en transe pourrait succomber. Voir, sur cette question, les nombreux ouvrages du Baron du Potet et de Puységur.

 

On pourrait objecter que le fakir était incapable de créer dans son imagination le modèle de la plante, Jacolliot l'ayant laissé dans l'ignorance de la semence choisie pour l'expérience. Nous répondrons que l'esprit de l'homme, comme celui de son Créateur, est omniscient par essence. A l'état normal, le fakir ne pouvait savoir et ne savait pas si la graine était celle d'un melon ou de toute autre plante. Mais, une fois en transe, c'est-à-dire mort corporellement, à toute perception extérieure, l'esprit pour lequel il n'existe ni obstacle matériel ni distance, ni temps, n'éprouve aucune difficulté à voir la graine déposée dans la terre du pot ou réfléchie fidèlement dans le cerveau de Jacolliot. Nos visions, nos  présages, et autres phénomènes psychologiques qui, tous existent dans la nature, corroborent ce fait.

Nous ferons peut-être bien de répondre maintenant à une objection possible. Les jongleurs Indiens, nous dit-on, font la même chose et aussi bien que le fakir, s'il faut en croire les journaux [211] et les récits des voyageurs. Cela ne fait pas de doute et cependant ces jongleurs errants ne sont ni purs dans leur manière de vivre ni considérés comme des saints soit par les étrangers soit par leurs concitoyens. D'ordinaire les indigènes les CRAIGNENT et les méprisent car ce sont des sorciers, des hommes pratiquant l'art noir. Alors qu'un saint homme comme Kavindasami n'a pour l'aider que son âme divine, étroitement unie avec l'esprit astral, et quelques pitris familiers (être purs, éthérés, qui se groupent autour de leur frère d'élection incarné), le sorcier ne peut appeler à son aide que cette classe d'esprits que nous appelons des élémentals.  Les semblables s'attirent : l'appât de l'argent, des desseins impurs, les vues égoïstes ne peuvent attirer d'autres esprits que ceux bien connus des Cabalistes Hébreux sous le nom de Klippoth, habitants d'Asiah, le quatrième monde. Les magiciens d'Orient les appellent afrits, ou esprits élémentaires de l'erreur, ou deus.

Voici comment un journal anglais décrit le tour étonnant de la croissance des plantes tel qu'il est exécuté par les jongleurs Indiens.

"Un pot de fleurs vide fut alors placé sur le sol par le jongleur. II demanda qu'on permît à ses camarades de lui apporter un peu de terreau provenant d'un petit parterre voisin. La permission accordée, un homme partit et, deux minutes après, revint avec une petite quantité de terre fraîche serrée dans un morceau de tissu. Cette terre fut déposée dans le pot de fleurs et légèrement tassée. Prenant alors dans sa corbeille un noyau sec de mangue, il le fit passer à tous les assistants pour leur permettre de l'examiner et de constater qu'il était bien ce qu'il paraissait être. Le jongleur enleva un peu de la terre du pot, mit le noyau dans le trou ainsi pratiqué, le recouvrit de terre et, après l'avoir légèrement arrosé, il cacha le pot à tous les regards en le recouvrant d'un linge maintenu par une petite tringle. Les voix des opérateurs s'élevèrent en chœur, les tambourins roulèrent et la graine germa. Un moment vint où le voile soulevé de côté laissa voir un bourgeon formé de deux longues feuilles d'un  brun foncé. Le linge fut replacé et l'incantation recommença. Peu de temps après, il fut soulevé pour la seconde fois et l'on put voir que les deux feuilles primitives avaient fait place à plusieurs autres de teinte verte et que la plante avait maintenant de neuf à dix pouces de hauteur. Une troisième fois, le feuillage fut plus épais et la tige  s'éleva à une hauteur de quatorze pouces. Lorsque le voile fut soulevé pour la quatrième fois, l'arbre en miniature mesurait environ dix huit pouces de hauteur et dix à douze mangues, de la grosseur d'une noix, pendaient à ses branches. Enfin, après un nouveau délai de trois ou quatre minutes, la toile fut entièrement enlevée et les fruits [212] ayant atteint leur volume parfait, sinon leur maturité, furent cueillis et passés aux spectateurs qui, les ayant goûtés, déclarèrent qu'ils étaient presque mûrs car ils étaient déjà sucrés."

Nous pouvons ajouter que nous fûmes personnellement témoin de cette expérience en Inde et au Tibet. Plus d'une fois, nous avons fourni nous-même le récipient en vidant une vieille boîte d'extrait Liebig. Nous le remplissions de terre, de nos propres mains, et nous y plantions une petite racine que nous remettait le faiseur de tours. Jusqu'à la fin de l'expérience, nous ne quittions pas des yeux le récipient qui était placé dans notre chambre. Toujours le résultat fut semblable à celui ci-dessus décrit. Imagine-t-on qu'un prestidigitateur serait capable d'exécuter ce tour dans des conditions analogues ?

Le savant Orioli, membre correspondant de l'Institut de France, cite un grand nombre d'exemples montrant les merveilleux effets obtenus par la puissance de la volonté agissant sur l'invisible Protée des mesméristes. "J'ai vu, dit-il, des personnes qui, en prononçant simplement certains mots, arrêtaient net des taureaux furieux, des chevaux lancés à fond de train et des flèches lancées dans les airs". Thomas Bartholini l'affirme également.

Le baron du Potet écrit : "Lorsque sur le parquet avec de la craie ou du charbon, je trace une certaine figure..., un feu, une lumière s'y fixe..., bientôt il attire à lui l'être qui s'en approche ; Il le détient et le fascine, et c'est inutilement qu'il essaye de franchir la ligne ; Une puissance magique l'oblige à rester immobile. Au bout de quelques instants il succombe, éclatant en sanglots. La cause n'est pas en moi, elle est dans ce signe entièrement cabalistique. C'est en vain  que  vous  emploieriez  la violence." 261

 261 La magie dévoilée, p. 147.

 

Au cours d'une série d'expériences remarquables faites par Regazzoni à Paris, en présence de certains médecins français bien connus, le 18 mai 1856, une réunion eut lieu le soir. Regazzoni, avec son doigt, traça une ligne cabalistique imaginaire sur le parquet sur laquelle il fit quelques passes rapides. Il avait été convenu que des sujets magnétiques, choisis par les investigateurs et le comité formé pour ces expériences, sujets étrangers, tous, à Regazzoni, seraient amenés les yeux bandés dans la pièce ; ils seraient conduits vers cette ligne, sans qu'un mot soit prononcé qui puisse leur indiquer ce qu'on attendait d'eux. Les sujets avancèrent sans se douter de rien, jusqu'à la barrière invisible et là, "comme si leurs pieds eussent été subitement paralysés et rivés au sol, ils restèrent immobiles sur le parquet, tandis que leur [213] corps, entraîné par l'élan de la marche, tombait en avant. La rigidité instantanée de leurs jambes était celle d'un cadavre et leurs talons étaient cloués, avec une précision mathématique, sur la ligne fatale !" 262

Dans une autre expérience, on convint qu'au signal donné par un des médecins, un simple regard, la jeune fille servant de sujet, dont les yeux étaient bandés, serait jetée à terre et comme frappée par la foudre en raison du fluide magnétique émis par la volonté de Regazzoni. Elle fut placée à une certaine distance du magnétiseur, le signal fut donné et, instantanément, le sujet fut précipité à terre, sans qu'un mot eût été prononcé ni un geste ébauché. Involontairement, un des spectateurs avança la main pour la retenir dans sa chute. Mais Regazzoni, d'une  voix de stentor lui cria : "Ne la touchez pas, laissez-la tomber ; jamais un sujet magnétisé ne se blesse en tombant." Des Mousseaux qui raconte le fait dit que "le marbre n'est pas plus rigide que ne l'était le corps du sujet. Sa tête ne porta pas sur le parquet, un de ses bras resta levé en l'air, une de ses, jambes était redressée tandis que l'autre était horizontale. Elle resta dans cette position incommode pendant un temps indéfini. Moins rigide est une statue de bronze." 263

262 Magie au XIXème siècle, p. 268.

263 Ibid.

 

Tous les résultats annoncés dans les conférences publiques sur le magnétisme étaient obtenus d'une manière parfaite par Regazzoni et toujours sans qu'un seul mot révélât ce que le sujet devait faire. Par un acte silencieux de sa volonté, il produisait les effets les plus surprenants sur le système physique de personnes qui lui étaient totalement inconnues. Des indications murmurées à son oreille par des membres du comité d'enquête étaient immédiatement exécutées par les sujets dont les oreilles étaient bouchées avec du coton et les yeux bandés. Bien plus, dans certains cas, il n'était pas nécessaire d'exprimer ce qu'on désirait au magnétiseur, car les injonctions mentales étaient exécutées avec une parfaite fidélité.

Des expériences d'un caractère analogue furent faites par Regazzoni, en Angleterre, sur des sujets qu'on lui amenait et qu'on plaçait à une distance de trois cents pas. La Jettatura ou mauvais œil n'est autre chose que l'émission de ce fluide invisible, chargé de mauvais vouloir ou de haine, d'une personne à une autre, et lancé avec l'intention de nuire. Il peut être également employé pour le bien ou pour le mal. Dans le premier cas, c'est de la magie ; dans le second, de la sorcellerie.

Qu'est-ce que la VOLONTÉ ? La "science exacte" peut-elle le dire ? Quelle est la nature de cette force intelligente, intangible et [214] puissante qui règne en souveraine sur toute la matière inerte ? La grande Idée Universelle voulut et le cosmos prit naissance. Je veux et mes membres obéissent. Je veux et ma pensée, franchissant l'espace qui n'existe pas pour elle, enveloppe le corps d'un autre individu qui ne fait point partie de moi- même, pénètre par tous ses pores et, dominant ses facultés, si elles sont plus faibles, le force à accomplir un acte déterminé. Elle agit comme le fluide d'une batterie galvanique sur les membres d'un cadavre. Les effets mystérieux de l'attraction et de la répulsion sont les agents inconscients de cette volonté ; la fascination telle qu'elle est exercée par certains animaux, par les serpents sur les oiseaux, notamment, en est une action consciente et le résultat de la pensée. La cire à cacheter, le verre et l'ambre, lorsqu'on les frotte, c'est-à-dire lorsqu'on excite en eux la chaleur latente existant dans chaque substance, attirent des corps légers : ils exercent une volonté inconsciente, car la matière inorganique aussi bien que la matière organique possède en elle une parcelle de la divine essence, si infinitésimalement petite soit-elle. Et comment pourrait-il en être autrement ? Bien qu'au cours de son évolution elle puisse avoir passé, du commencement à la fin, par des millions de formes diverses, elle doit toujours conserver son point germinal de cette matière préexistante qui est la première manifestation et l'émanation de la divinité elle-même.

Qu'est alors cet inexplicable pouvoir d'attraction, sinon une portion atomique de cette essence que les savants et les cabalistes s'accordent à reconnaître pour le "principe de la vie", l'akasa ? Admettons que l'attraction exercée par ces corps soit aveugle ; plus nous nous élevons sur l'échelle des êtres organisés de la nature, plus nous voyons que ce principe de vie développe des attributs et des facultés qui deviennent de plus en plus déterminés et marqués, à chaque échelon de cette échelle infinie. L'homme, le plus parfait des êtres organisés, ici-bas, l'homme chez qui la matière et l'esprit – c'est-à-dire la volonté – sont les plus développés et puissants, est le seul auquel il soit donné d'imprimer unie impulsion consciente à ce principe qui émane de lui. Seul, il est capable de communiquer au fluide magnétique des impulsions opposées et diverses, sans limite aucune, quant à la direction." Il veut, dit du Potet, et la matière organisée obéit. Elle n'a pas de pôles."

Le Dr Brierre de Boismont, dans son volume sur les Hallucinations, passe en revue une grande quantité de visions, d'apparitions, d'extases, généralement considérées comme hallucinations. "Nous ne pouvons nier, dit-il, que dans certaines affections morbides, nous constatons une grande surexcitation de la sensibilité qui prête aux sens une prodigieuse acuité de perception. Ainsi, [215] quelques rares individus voient à des distances considérables, d'autres annonceront l'approche d'une personne qui est réellement en route, bien que les personnes présentes ne la voient ni ne l'entendent venir." 264

 264 Brierre de Boismont. Des Hallucinations ou Histoire raisonnée des apparitions, des songes, des visions, de l'extase, du magnétisme, 1845, p. 301 (Edition française). – Voir aussi Fairfield. Ten years among the Mediums.

 

Un patient lucide, couché dans son lit, annonce l'arrivée d'une personne qu'il ne peut voir qu'à l'aide de la vision transmurale et cette faculté Brierre de Boismont l'appelle hallucination. Dans notre ignorance, nous avions naïvement supposé, jusqu'à présent, qu'il fallait qu'une vision fût subjective pour qu'on pût raisonnablement la qualifier d'hallucination. Elle ne doit avoir d'existence que dans le cerveau délirant du malade. Mais si ce dernier annonce la visite d'une personne se trouvant à des milles de distance et si cette personne arrive au moment précis annoncé par le voyant, dans ce cas, la vision n'est plus subjective ; elle est, au contraire, parfaitement objective puisqu'il a vu la personne dans l'action de venir. Et comment le malade pourrait-il voir à travers des corps solides et à travers l'espace un objet tout à fait hors de portée pour notre vue mortelle, s'il ne faisait usage, en cette circonstance, de ses yeux spirituels ? Est-ce une coïncidence ?

Cabanis parle de certains désordres nerveux dans lesquels les patients distinguent, à l'œil nu, des infusoires et d'autres êtres microscopiques que d'autres personnes ne pourraient apercevoir qu'avec de puissantes lentilles : "J'ai rencontré, dit-il, des sujets qui voyaient dans une obscurité cimmérienne aussi bien que dans une pièce bien éclairée..., d'autres qui suivaient, comme les chiens, des personnes à la trace et qui, par l'odorat, reconnaissaient des objets leur appartenant ou qui n'avaient été que touchés par elles. Ils faisaient preuve d'un flair constaté, jusqu'ici, uniquement chez les animaux." 265

265 Cabanis. Septième mémoire : De l'Influence des maladies sur la Formation des Idées, etc... Un respectable sénateur de l'Etat de New-York possède cette faculté.

 

C'est ainsi parce que la raison, Cabanis le reconnaît, ne se développe qu'aux dépens de l'instinct naturel. C'est une muraille de Chine s'élevant peu à peu sur le terrain du sophisme, qui finit par fermer les perceptions spirituelles de l'homme dont l'instinct est un exemple des plus importants. Arrivé à un certain degré de prostration physique, lorsque l'esprit et les facultés raisonnantes sont paralysés par l'épuisement du corps, l'instinct, cette unité spirituelle des cinq sens, voit, entend, touche, goûte et sent sans être gêné par le temps ni l'espace. Que connaissons-nous des limites exactes de l'action mentale ? Comment un médecin peut-il prendre sur lui de distinguer le sens imaginaire des sens réels, [216] chez un homme qui vit d'une vie spirituelle, dans un corps tellement privé de sa vitalité usuelle qu'il est incapable d'empêcher son âme de s'échapper de sa prison ?

La lumière divine, à l'aide de laquelle, n'étant plus bornée par la matière, l'âme a la perception des choses passées, présentes et futures, comme si elles se reflétaient dans une glace ; le coup mortel porté dans un moment de violente colère ou dans le paroxysme d'une haine longtemps inassouvie ; la bénédiction d'un cœur reconnaissant ou bienveillant et la malédiction lancée contre un être, coupable ou victime ; tout doit passer par cet agent universel qui, sous l'une de ces impulsions, est le souffle de Dieu et, sous l'autre, le venin du diable. Il a été découvert (?) Par le baron Reichenbach et appelé OD, intentionnellement ou non, nous l'ignorons. Mais il est singulier que le nom choisi soit précisément, un nom mentionné dans les livres les plus anciens de la Cabale.

 Nos lecteurs demanderont certainement ce qu'est alors cet invisible tout ? Comment se fait-il que nos méthodes scientifiques, quelque perfectionnées qu'elles soient, n'aient jamais découvert une des propriétés magiques qu'il possède ? A cela nous répondrons que ce n'est pas une raison, parce que nos savants modernes les ignorent, pour qu'il ne possède point toutes les propriétés dont les anciens philosophes l'avaient doté. La science rejette, aujourd'hui, ce que, demain, elle se verra  obligée d'accepter. Il y a un peu moins d'un siècle, l'Académie niait l'électricité de Franklin et, aujourd'hui, c'est à peine si on trouve un édifice sans paratonnerre. Tout en chassant sur la lisière du champ, l'Académie ne voit pas le champ lui-même. C'est ce que font souvent nos savants modernes par scepticisme volontaire et par docte ignorance.

Emepht, le premier et suprême principe, produisit un œuf. En le couvant, et en pénétrant la substance de sa propre essence vivifiante, le germe intérieur se développa et Phtha, le principe actif créateur en procéda et commença son œuvre. Par suite de l'expansion illimitée de la matière cosmique qui s'était formée sous son souffle ou volonté, cette matière cosmique – lumière astrale, æther, brouillard de feu, principe de vie (peu importe le nom qu'on lui donne), ce principe créateur ou loi d'évolution selon le nom que lui donne la philosophie moderne en mettant en mouvement ses puissances latentes, a formé les soleils, les étoiles, les satellites, réglé leur place par l'immuable loi de l'harmonie et les a peuplés "de toutes les formes et qualités de la vie". Dans les anciennes mythologie orientales, le mythe cosmogonique dit qu'il n'y avait que de l'eau (le père) et du limon prolifique (la mère, Ilus ou Hylé), desquels sortit la matière- serpent mondiale. C'était le dieu Phanès, le révélé, le Mot ou logos. L'empressement avec lequel ce mythe fut accepté, même par les chrétiens qui compilèrent [217] le Nouveau Testament, peut être aisément déduit du fait suivant : Phanès, le dieu révélé est représenté dans ce symbole serpentin comme un protogonos, un être pourvu de têtes d'homme, de faucon ou d'aigle, de taureau – taurus et de lion, avec des ailes de chaque côté. Les têtes se rapportent au Zodiaque et sont les emblèmes des quatre saisons car le serpent mondain est l'année mondiale, tandis que le serpent lui-même est le symbole de Kneph, la divinité cachée ou non révélée – Dieu le Père. Le temps est ailé et c'est pour cela que le serpent est représenté avec des ailes. Si nous rappelons que chacun des quatre évangélistes est représenté comme ayant près de lui un des quatre animaux décrits, groupés ensemble dans le triangle de Salomon, dans le pentacle d'Ezéchiel et qu'on les trouve dans les quatre chérubins ou sphinx de l'arche sainte, nous comprendrons, peut-être, le sens occulte de ce symbole et pourquoi les chrétiens primitifs l'ont adopté ; Comment il se fait que les catholiques Romains actuels et les Grecs de l'Eglise d'Orient représentent encore ces animaux dans les tableaux où figurent leurs évangélistes et illustrant quelquefois le texte des Evangiles. Nous comprendrons aussi pourquoi Irénée, évêque de Lyon, a tant insisté sur la nécessité du quatrième évangile ; d'après lui, il ne pouvait pas y en avoir moins de quatre parce qu'il y a quatre zones dans le monde et quatre  vents principaux soufflant des quatre points cardinaux, etc... 266

D'après un des mythes Egyptiens, la forme-fantôme de l'île de Chemmis (Chemi, ancienne Egypte), qui flotte sur les vagues éthérées de l'empyrée, fut appelée à l'existence par Horus-Apollon, le dieu soleil qui la fit évoluer de l'œuf du monde.

Dans le poème cosmogonique de Völuspa (le chant de la prophétesse), qui contient les légendes scandinaves de l'aurore même des âges, le germe fantôme de l'univers est représenté couché au fond du Ginnungagap – la coupe d'illusion, un abîme vide et sans bornes. Dans cette matrice du monde, d'abord région de ténèbres et de désolation, Nebelheim (la région des brouillards), tomba un rayon de lumière froide (l'æther) qui déborda de cette coupe et s'y congela. L'Invisible déchaîna alors un vent brûlant qui fit fondre les eaux glacées et dissipa le brouillard. Ces eaux, appelées les fleuves d'Elivâgar, distillées en gouttes vivifiantes, tombèrent pour créer la terre et le géant Ymir qui n'avait que "l'apparence humaine" (principe mâle). Avec lui fut créée la vache Audhumla 267 principe femelle), du pis de laquelle coulèrent [218] quatre courants de lait 268 qui se répandirent dans l'espace (la lumière astrale dans sa plus pure émanation). La vache Audhumla produit un être supérieur appelé Bur, beau et puissant, en léchant des pierres couvertes de sel minéral.

 266 Irénée : livre III, chap. II, sect. 8.

267 La vache est le symbole de la génération prolifique et de la nature intellectuelle. Elle était consacrée à Isis, en Egypte, à Christna en Inde et à une infinité d'autres dieux et déesses, personnifications des diverses forces productrices de la nature. La vache était considérée, en un mot, comme l'emblème de la Grande Mère de tous les êtres, tant mortels que dieux, et de la génération physique et spirituelle des choses.

268 Dans la Genèse, la rivière de l'Eden fut divisée et "devint quadruple", elle eut quatre têtes (Genèse, II, 5).

 

Or, si nous réfléchissons que ce minerai était universellement considéré par les anciens philosophes comme un des principes essentiels dans la création organique ; que les alchimistes voyaient en lui le dissolvant universel qui, disaient-ils, devait être tiré de l'eau et que tout le monde (la science moderne et les croyances populaires) le considèrent comme un ingrédient indispensable pour l'homme et les animaux, nous nous rendons aisément compte de la sagesse cachée dans cette allégorie de la création de l'homme. Paracelse appelle le sel "le centre de l'eau où les métaux doivent mourir"... etc., et Van Helmont appelle l'Alkahest : "Summum et felicissimum omnium salium", le plus réussi de tous les sels.

Dans l'Evangile selon Mathieu, Jésus dit : "Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel a perdu sa saveur, avec quoi faudra-il le saler ?" Poursuivant la parabole, il ajoute : "Vous êtes la lumière du monde, etc..." (V. 14). C'est plus qu'une allégorie. Ces paroles indiquent une signification directe et sans équivoque relativement aux organismes spirituel et physique de l'homme dans sa double nature. Elles montrent en outre sa connaissance de la "doctrine secrète", dont nous trouvons des traces directes dans les plus anciennes parmi les traditions populaires courantes, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, et dans les ouvrages des mystiques et des philosophes de l'antiquité et du moyen âge.

Mais revenons à la légende de l'Edda. Ymir, le géant, s'endort et transpire abondamment. Cette transpiration fait sortir de son aisselle gauche un homme et une femme, tandis que son pied leur donne un fils. Ainsi, tandis que la "vache" mythique engendre une race d'hommes supérieurs et spirituels, le géant Ymir engendre une race méchante et dépravée : les Hrimthursen, ou géants des glaces. Mettant ces notes en regard des Védas hindous, nous retrouvons la même  légende cosmogonique en substance et en détail, avec de légères modifications. Aussitôt que Bhagaveda, le Dieu Suprême a investi Brahma de pouvoirs créateurs, celui-ci produit des êtres animés, complètement spirituels, au début. Les Dejotas, habitants de la région du Surg (céleste), ne sont pas constitués pour vivre sur la terre. Aussi Brahma crée les Daints (géants qui deviennent les habitants des Patals 269 régions inférieures [219] de l'espace), qui eux aussi ne sont pas aptes à habiter Mirtlok (la terre). Pour remédier à cet inconvénient, le pouvoir créateur fait sortir de sa bouche le premier Brahmane qui devient ainsi le progéniteur de notre race. De son bras droit, Brahma crée Raettris, le guerrier, et, du gauche, Shaterany, la femme de Raettris. Puis, leur fils Bais sort du pied droit du créateur et sa femme, Bassany, du gauche. Tandis que, dans la légende scandinave, Bur (le fils de la Vache Audhumla), un être supérieur, épouse Besla, fille de la race dépravée des géants – dans la tradition Hindoue, le premier Brahmane épouse Daintary, fille aussi de la race des géants. Dans la Genèse, nous voyons les fils de Dieu prenant pour femmes les filles des hommes et produisant même les hommes puissants d'autrefois. Sans aucun doute, ces rapprochements de textes établissent une identité d'origine entre le Livre inspiré des Chrétiens et les "fables" païennes de Scandinavie et de l'Hindoustan. Les traditions de presque toutes les autres nations, si on les étudie, donneront un résultat analogue.

269 Patals. Les enfers et, en même temps, les antipodes. H.-P. B. (Note ne figurant pas dans la 1er édition).

 

Quel est le cosmogoniste moderne qui pourrait condenser un  tel monde de pensées dans un symbole aussi simple : Celui du serpent égyptien roulé en cercle ? Nous avons là, dans cet animal, toute la philosophie de l'univers : matière vivifiée par l'esprit, et ces deux évoluant conjointement du chaos (Force) toutes les choses qui devaient être. Pour indiquer que les deux principes sont fortement unis dans cette matière cosmique que symbolise le serpent, les Egyptiens lui font un nœud à la queue.

Il est un autre emblème important, qui, sauf erreur de notre part, n'a jamais attiré, jusqu'ici, l'attention de nos symbolistes ; il a trait à la mue du serpent. Le reptile, ainsi délivré d'une enveloppe grossière qui gênait son corps devenu trop volumineux pour elle, se reprend à vivre avec une activité nouvelle : de même l'homme, en rejetant son corps de matière grossière, entre dans une phase nouvelle de son existence avec des forces accrues et une vitalité plus intense. Par contre, les Cabalistes Chaldéens nous disent que l'homme primitif, en opposition à la théorie darwinienne, était plus pur, plus sage, beaucoup plus spirituel, en un mot d'une nature très supérieure à celle de l'homme actuel de la race adamique.  C'est indiqué par les mythes du Bur scandinave, des Déjotas Hindous et des mosaïques "fils de Dieu". L'homme primitif perdit sa spiritualité et se teinta de matière : C'est alors que, pour la première fois, il reçut un corps charnel. La Genèse a fixé le fait dans ce verset d'une  signification profonde :  "Pour  Adam  et  pour  sa  femme  le  Seigneur  Dieu  fit des vêtements de peau et les en revêtit 270." A moins que les commentateurs ne veuillent [220] transformer la Cause Première en un tailleur céleste, ces mots absurdes en apparence, peuvent-ils vouloir dire autre chose ? L'homme spirituel a atteint, par le progrès de l'involution, le point où la matière l'emportant sur l'esprit qu'elle domine, l'a transformé en un homme physique, c'est-à-dire en le deuxième Adam du troisième chapitre de la Genèse.

Cette doctrine cabalistique est beaucoup plus développée dans le Livre de Jasher 271 Au chapitre VII, ces vêtements de peau sont placés par Noé dans l'arche : il les a obtenus par héritage de Mathusalem et d'Enoch qui les tenaient d'Adam et de sa femme. Cham les dérobe à son père Noé, et les donne "en secret" à Cush qui, de son côté, les cache à ses fils et à ses frères pour les donner à Nemrod.

Quelques Cabalistes et même des archéologues disent : "Adam, Enoch et Noé, quant aux apparences extérieures, peuvent avoir été des hommes différents. En réalité, ils étaient la même personne divine 272." D'autres expliquent que plusieurs Cycles se seraient écoulés entre Adam et Noé. C'est-à-dire que chacun des patriarches antédiluviens figure comme représentant d'une race qui vécut dans une succession de Cycles et que chacune de ces races fut moins spirituelle que sa devancière. Ainsi, Noé, quoique bon, n'aurait pu soutenir la comparaison avec son aïeul Enoch, qui "marcha avec Dieu et ne mourut pas". D'où l'interprétation allégorique qui attribue à Noé cette tunique de peau, héritage du second Adam et d'Enoch, qu'il n'a point portée lui-même puisque Cham n'aurait alors pas pu la lui soustraire. Mais Noé et ses enfants ont franchi le déluge. Noé appartient à l'ancienne génération antédiluvienne qui était encore spirituelle  et bien qu'il ait été choisi dans le genre humain tout entier, en raison de sa pureté, ses enfants étaient post-diluviens. Le vêtement de peau porté par Cush "en secret", c'est-à-dire quand sa nature spirituelle commença à être teintée  de matière, est transmis à Nemrod le plus puissant et le plus fort des hommes physiques postérieurs au déluge, le dernier des géants antédiluviens 273.

270 Genèse. Chap. III, vers. 21.

271 Ce livre passe pour être un de ceux qui manquent dans les recueils canoniques des Juifs. Il en est fait mention dans Josué et dans le IIème, livre de Samuel. Il avait été découvert par Sidras, un des officiers de Titus pendant le pillage de Jérusalem. Il fut publié à Venise au XVIIème siècle comme le déclare la préface du consistoire des Rabbins. Cependant l'édition américaine et l'édition anglaise passent aux yeux des Rabbins modernes pour un faux du XIIèmesiècle.

272 Voyez Godfrey Higgins. Anacalypsis, citation empruntée à Faber.

273 Cory. Ancients Fragments, Bérose.

274  Nous renvoyons le lecteur pour de plus amples renseignements à la "Prose Edda" dans les Northern Antiquities de Mallett.

 

Dans la légende scandinave, Ymir, le géant est tué par les fils de Bur et les flots de sang coulant de ses blessures sont tellement abondants que l'inondation noie tous les individus appartenant [221] à la race des géants de brume et de glace. Seuls de cette race, Bergelmir et sa  femme se sauvent en montant dans une barque ; il peut, ainsi, perpétuer les  géants par une branche nouvelle provenant de l'antique souche. Mais aucun des fils de Bur ne fut englouti par le déluge. 274

 Lorsqu'on déchiffre le symbolisme de cette légende diluvienne, on comprend aussitôt le sens réel de l'allégorie. Le géant Ymir personnifie la rude matière organique primitive, les forces cosmiques aveugles, dans leur état chaotique avant d'avoir reçu l'impulsion intelligente de l'Esprit Divin qui les met en mouvement régulier et les soumet à des lois immuables. La progéniture de Bur est "les fils de Dieu" ou les dieux mineurs mentionnés par Platon, dans le Timée. C'est à eux qu'avait été confiée, comme il le dit, la mission de créer les hommes. En effet, nous les voyons emporter les restes déchiquetés d'Ymir dans le Ginnunga-gap, l'abîme chaotique, et les employer pour la création de notre monde. Son sang va former les océans et les fleuves ; ses os, les montagnes ; ses dents, les rochers et les falaises ; ses cheveux, les arbres ; etc. Son crâne forme la voûte céleste supportée par quatre colonnes représentant les quatre points cardinaux. Les sourcils d'Ymir viennent former le futur séjour de l'homme, Midgard. Ce séjour (la terre), dit l'Edda, doit, pour être correctement décrit dans ses plus minutieux détails, être conçu rond comme un anneau ou un disque, flottant au milieu de l'Océan Céleste (Ether). Il est entouré par Yœrmungand, le gigantesque Midgard ou Serpent Terrestre, tenant sa queue dans sa gueule. C'est le serpent mondial, matière et esprit, production et émanation combinées d'Ymir, la matière grossière rudimentaire et de l'esprit des "fils de Dieu" qui façonnèrent et créèrent toutes les formes. Cette émanation est la lumière astrale des Cabalistes et l'Ether, encore problématique et à peine connu, c'est "l'agent hypothétique d'une grande élasticité" de nos physiciens.

 On peut, grâce à cette même légende Scandinave de la création du genre humain, se faire une idée du degré de certitude auquel les anciens étaient parvenus au sujet de la nature trinitaire de l'homme. D'après le Vôluspa, Odin, Hönir et Lodur, qui sont les progéniteurs de notre race, trouvèrent dans une de leurs courses, sur les bords de l'Océan, deux bâtons qui flottaient sur les vagues, "impuissants, au gré des flots". Odin leur insuffla la vie, Hönir les doua d'une âme et du mouvement, Lodur leur accorda la beauté, la parole, la vue et l'ouïe. Ils donnèrent à [222] l'homme le nom d'Askr, le frêne 275 ; la femme fut appelée Embla, l'aulne. Ces premiers êtres sont placés dans Midgard (Jardin du milieu ou Eden) et ils héritent ainsi de leurs créateurs, la matière ou la vie inorganique ; le mental ou âme ; et l'esprit pur. La première correspond à la partie de leur organisme qui émane des restes d'Ymir, le géant-matière ; le second à la partie émanant des Æsirs ou dieux, les descendants de Bur ; le troisième procède de Vanr, le représentant de l'esprit pur.

Une autre version de l'Edda fait sortir notre univers visible des rameaux luxuriants de l'arbre mondial, l'Yggdrasil, l'arbre aux  trois racines. Sous la première racine coule la fontaine de vie, Urdar ; sous la seconde se trouve le puits célèbre de Mimer, dans lequel sont profondément enfouis la Vivacité d'Esprit et la Sagesse. Odin, l'Alfadir, demande une gorgée de cette eau : il l'obtient au prix d'un de ses yeux mis en gage. Dans ce cas, l'œil est le symbole de la Divinité se révélant elle- même dans la sagesse de sa création, car Odin le laisse au fond du puit profond. Le soin de l'arbre du monde est confié à trois vierges (les Normes ou Parques), Urdhr, Verdandi et Skuld, c'est-à-dire le Présent, le Passé, et le Futur. Chaque matin, tout en fixant le terme de la vie humaine, elles puisent de l'eau à la fontaine Urdar et en arrosent les racines de l'arbre du monde afin qu'il puisse vivre. Les exhalaisons d'yggdrasil (le frêne) se condensent, et, tombant sur la terre, elles appellent à l'existence et aux changements de forme chaque partie de la matière inanimée. Cet arbre est le symbole de la Vie universelle, organique aussi bien qu'inorganique ; ses émanations représentent l'esprit qui vivifie chaque forme de la création ; de ses trois racines l'une s'étend vers le ciel, la seconde est le séjour des magiciens – géants habitant de hautes montagnes – ; la troisième, sous laquelle coule la source Hvergelmir, est rongée par le monstre Nidhügg qui cherche constamment à induire au mal le genre humain. Les Tibétains ont aussi leur arbre du monde et sa légende remonte à une antiquité immémoriale. Chez eux, il se nomme Zampun. La première de ses trois racines s'étend aussi vers les cieux, jusqu'au sommet des montagnes les plus élevées ; la seconde traverse la région inférieure ; la troisième reste à mi-chemin et atteint  l'Orient.  L'arbre  mondial  des  Hindous  est l'Aswatha 276. Ses branches sont les éléments qui composent le monde visible et ses feuilles sont les Mantras des Védas, symboles de l'univers, dans son caractère intellectuel ou moral. [223]

275 Il est à remarquer, fait digne d'attention, que, dans le Popul-Vuh mexicain la race humaine est créée d'un roseau, et, dans Hésiode, d'un frêne, comme dans la légende Scandinave.

276 Voir Kann. Pantheum der Æltesten Philosophie.

 

Quiconque étudie soigneusement les anciens mythes cosmogoniques et religieux est forcé de reconnaître que cette frappante similitude de conceptions dans leur forme exotérique et leur esprit ésotérique n'est nullement le résultat d'une simple coïncidence : c'est bien au contraire la preuve d'une origine commune. Nous y voyons que, déjà voilée à nos yeux par la brume impénétrable de la tradition, la pensée religieuse de l'humanité se développait avec une sympathique uniformité dans  les parties du globe. Les Chrétiens donnent le nom de Panthéisme à cette adoration de la nature, dans ses vérités les plus cachées. Mais le Panthéisme qui adore et nous révèle Dieu dans l'espace, sous sa seule forme objective possible – celle de la nature visible –, rappelle perpétuellement à l'humain Celui qui l'a créé ; une religion de dogmatisme théologique ne sert qu'à LE dérober encore davantage à nos regards. Et, alors, laquelle de ces deux conceptions est la mieux adaptée aux besoins de l'humanité ?

La science moderne insiste sur la doctrine de l'évolution la raison humaine et la "doctrine secrète "font de même. Cette idée est confirmée par les légendes et par les mythes anciens, même par la Bible, pour qui sait lire entre les lignes. Nous voyons une fleur se dégager lentement d'un bouton et le bouton de la semence. Mais d'où cette semence provient-elle avec tout son programme de transformations physiques et ses forces invisibles, donc spirituelles, qui développent graduellement sa forme, sa couleur et son odeur ? Le mot évolution s'explique lui-même. Le germe de la race humaine actuelle doit avoir préexisté dans une race antérieure comme la graine dans laquelle gît, cachée, la fleur du printemps à venir, s'est développée dans le calice de sa mère, la fleur. La mère  peut ne différer que légèrement, mais cependant elle diffère de sa descendance future. Les ancêtres antédiluviens de l'éléphant et du lézard actuels étaient, peut-être, le mammouth et le plésiosaure. Pourquoi les dieux de notre race humaine n'auraient-ils pas été "les géants" des Védas, du Völuspa et du livre de la Genèse ? S'il est positivement absurde de croire que "la transformation des espèces" ait eu lieu dans le sens adopté par les évolutionnistes les plus matérialistes, il est fort naturel de penser que chaque espèce (en commençant par les mollusques pour finir avec l'homme-singe), a changé depuis sa forme primordiale propre. Supposons comme admis que tous "les animaux descendent simplement de quatre ou cinq couples progéniteurs 277", à la rigueur même "tous les êtres organisés qui ont vécu sur cette terre [224] sont issus d'une forme  primordiale unique 278". Malgré cela, un matérialiste aveugle, entièrement dépourvu d'intuition peut seul compter sérieusement voir "dans un avenir éloigné…, la psychologie établie sur une base nouvelle, celle de l'acquisition nécessaire et par degrés de chacun des pouvoirs, de chacune des facultés de l'intellect 279."

L'homme physique, produit de l'évolution, peut être abandonné à l'homme des sciences exactes. Lui seul peut nous éclairer sur l'origine physique de la race. Mais nous devons positivement refuser un  tel privilège au matérialiste, dès qu'il s'agit de l'homme psychique et de l'évolution spirituelle. En effet, ni lui, ni ses facultés ne peuvent être prouvés de façon concluante "comme produits de l'évolution, à la manière des plantes les plus humbles ou des plus infimes vermisseaux 280."

277 Origin of Species, p. 484.

278 Ibid. Nous ne pouvons accepter cette expression si ce n'est dans le sens que cette "forme primordiale" est la forme primitive concrète que l'esprit a revêtue en tant que Divinité révélée.

279 Ibid., p. 488.

280 Conférence par T.H.Huxley, F.R.S. : Darwing and Hæckel.

 

Cela posé, nous allons, maintenant, montrer l'hypothèse évolutionniste des anciens Brahmanes, telle qu'ils l'ont incorporée à l'allégorie de l'arbre mondial. Les Hindous représentent leur arbre mythique, qu'ils appellent Aswatha, d'une manière qui diffère de celle des Scandinaves. Ils le décrivent comme croissant dans une position renversée, branches en bas et racines en haut. Les branches figurent l'image du monde extérieur des sens, c'est-à-dire l'univers cosmique visible et les racines le monde invisible de l'esprit, parce que les racines ont leur genèse dans les régions célestes où, depuis la création du monde, l'humanité a placé son invisible divinité. L'énergie créatrice ayant tiré son origine de ce point primordial, les symboles religieux de chaque peuple sont autant d'exemples de cette hypothèse métaphysique exposée par Pythagore, Platon et d'autres philosophes. D'après Philon 281, "ces Chaldéens voyaient, parmi les choses qui existent, le Cosmos comme un simple point. Ce point lui-même était soit Dieu (Théos) soit ce qui, dans le Cosmos, est Dieu et comprend l'âme de toutes chose."

La pyramide égyptienne représente également d'une façon symbolique cette idée de l'arbre mondial. Son sommet est le chaînon mystique qui relie la terre au ciel et tient lieu de racines ; la base représente les branches s'étendant aux quatre points cardinaux de l'univers de matière.  La pyramide comporte l'idée que toutes choses ont leur origine dans l'esprit car, à l'origine, l'évolution a commencé par le haut et s'est donc faite vers le bas, [225] contrairement à la théorie de Darwin. En d'autres termes, il y eut une matérialisation graduelle des formes, jusqu'à ce qu'elles eussent atteint le point le plus bas fixé pour elles. C'est à ce point que la doctrine moderne de l'évolution entre dans l'arène de l'hypothèse spéculative. Arrivés à cette période, nous comprendrons mieux l'Anthropogénie de Hæckel. Ce philosophe remonte dans la généalogie de l'homme "jusqu'à sa racine protoplasmique fermentant dans la vase des mers qui existaient avant les plus anciennes roches fossilifères", selon le professeur Huxley. Nous pouvons croire l'homme évolué, "par modification graduelle, d'un mammifère d'organisme ressemblant au singe". C'est encore plus facile quand on se souvient que la même théorie a été émise selon Bérose, bien des milliers d'années avant son époque par Oannès ou Dagon, l'homme poisson, le semi-démon de Babylone 282. Sa phraséologie était plus condensée et moins élégante mais cependant aussi compréhensible. Ajoutons, le fait est intéressant, que cette antique théorie de l'évolution est conservée non seulement par l'allégorie et la légende, mais encore par le pinceau, sur les murs des anciens temples de l'Inde et, sous une forme incomplète, nous la retrouvons encore dans ceux d'Egypte et sur les dalles de Nimroud et de Ninive, exhumées par Layard.

281 Migration of Abraham, 32.

282 Cory. Anciens Fragments.

 

Mais qu'y a-t-il au fond de la théorie de Darwin sur l'origine des espèces ?   En ce qui le concerne, rien que des "hypothèses d'une vérification impossible". Car, ainsi qu'il le dit, il considère tous les êtres "comme les descendants directs de quelques rares individus qui vivaient longtemps avant que fût déposée la première couche silurienne". 283 Il n'essaie pas de nous montrer ce qu'étaient ces "rares individus". Mais ce mutisme remplit notre but tout aussi bien car, en admettant leur existence, le recours aux anciens, pour confirmer et développer son idée, lui mérite l'estampille de l'approbation scientifique. Songez à tous les changements subis par notre globe au point de vue de la température, du climat, du sol et, qu'on nous pardonne d'ajouter, en tenant compte de progrès récents, au point de vue de ses conditions électromagnétiques, il faudrait être vraiment téméraire pour oser affirmer que la science moderne contredit l'hypothèse ancienne de l'homme pré-silurien. Les haches de silex trouvées les premières par Boucher de Perthes, dans la vallée de la Somme, prouvent que des hommes doivent avoir existé à une époque dont l'ancienneté défie le calcul. Si nous en croyons Büchner, l'homme doit avoir vécu durant, et même avant la période glaciaire, subdivision de la période quaternaire ou diluviale qui s'étend, probablement, bien [226] au-delà de celle-ci. Mais qui peut dire ce que nous réserve encore la prochaine découverte ?

Or, si nous avons des preuves indiscutables de l'existence de l'homme à une époque si reculée, il doit y avoir eu d'étonnantes modifications dans son système physique qui correspondent aux changements de climat et d'atmosphère. Cela ne prouve-t-il pas, par analogie, qu'en remontant en arrière, il puisse y avoir eu d'autres modifications qui s'appliqueraient aux plus anciens ancêtres des "géants de glace" de la Vœluspa et leur auraient permis d'être les contemporains des poissons dévoniens et des mollusques siluriens ? Il est vrai qu'ils n'ont point laissé de haches de pierre, ni d'ossements, ni de dépôts dans les grottes ; mais, si les anciens étaient dans le vrai, les races, à cette époque, étaient composées non seulement de géants ou "d'hommes puissants" mais aussi de "fils de Dieu". Si ceux qui croient à l'évolution de l'esprit, aussi fermement que les matérialistes croient à celle de la matière, sont accusés d'enseigner des "hypothèses invérifiables", il leur est facile de retourner l'argument contre leurs accusateurs en leur rappelant que, de leur propre aveu, l'évolution physique est encore "une hypothèse non vérifiée, sinon invérifiable" 284. Les premiers ont, du moins, la preuve inductive des mythes légendaires dont l'immense antiquité est reconnue tant par les philologues que par les archéologues, tandis que leurs adversaires n'ont rien de pareil, à moins qu'ils n'utilisent une partie des inscriptions murales et en suppriment le reste.

283 Origin of Species, p. 448, 489, première édition.

284 Huxley. Darwin and Hæckel.

 

D'un côté les ouvrages de quelques érudits, justement réputés, contredisent nettement nos hypothèses, mais il est fort heureux que les recherches d'autres savants, non moins éminents, paraissent, au contraire, les confirmer pleinement. Dans l'ouvrage récent de M. Alfred Wallace, The Geographical Distribution of Animals, nous voyons l'auteur plaider sérieusement en faveur d'un "procédé lent de développement" des espèces actuelles, issues d'autres espèces qui les ont précédées, son estimation remontant à une série de cycles innombrables. Et, si c'est le cas pour les animaux, pourquoi pas pour l'animal-homme, précédé de bien plus loin encore par un homme tout à fait "spirituel" – un "fils de Dieu ?"

Revenons, maintenant, une fois encore, à la symbolique des anciens âges et à leurs mythes physico-religieux. Avant de clore ce travail, nous espérons démontrer avec plus ou moins de succès combien les conceptions antiques s'alliaient avec un grand nombre des découvertes de la science moderne en physique et philosophie naturelle. Sous les formules emblématiques et la phraséologie [227] particulière du clergé de jadis se cachent des allusions à des sciences que l'on n'a pas encore découvertes dans le cycle actuel. Si familiers que soient, pour un savant, l'écriture hiératique et le système hiéroglyphique des Egyptiens, il faut, avant tout, qu'il apprenne à sonder leurs archives. Il doit s'assurer, compas et règle en mains, que l'écriture figurée qu'il examine concorde, à une ligne prés, avec certaines figures géométriques fixes qui sont la clé secrète de ces archives. Après, seulement, il pourra risquer une interprétation.

Mais il est des mythes qui parlent d'eux-mêmes. Dans cette catégorie nous pouvons ranger les premiers créateurs androgynes de chaque cosmogonie. Le Zeus-Zên grec (æther), et Chthonia (la terre chaotique) et Métis (l'eau), ses femmes ; Osiris et Isis-Latone – le premier dieu représentant aussi l'æther, la première émanation de la Divinité Suprême, Amun, la source primordiale de la lumière ; la déesse figurant encore la terre et l'eau ; Mithras 285, le dieu né du rocher, symbole du feu mâle mondial ou la lumière primordiale personnifiée, et Mithra, la déesse du feu, à la fois sa mère et son épouse ; le pur élément du feu (le principe actif ou mâle) envisagé comme lumière et chaleur, en conjonction avec la terre et l'eau, ou la matière (éléments passifs ou féminins de la génération cosmique). Mithras est le fils de Bordj, la  montagne  mondiale  de  la Perse 286, de laquelle il jaillit, comme un étincelant rayon de lumière. Brahma, le dieu du feu et sa prolifique conjointe ; et l'Unghi hindou, la divinité brillante du corps de laquelle sortent mille torrents de gloire et sept langues de flamme et en l'honneur de laquelle les Brahmanes de Sagnikou conservent jusqu'aujourd'hui un feu perpétuel ; Siva, personnifié par la montagne mondiale des Hindous – le Mérou (Himalaya). Ce terrible dieu du feu que, d'après la légende, on dit être descendu du ciel, comme le Jehovah des Juifs, dans une colonne de feu, et une douzaine d'autres divinités archaïques bisexuées proclament bien haut leur signification cachée. Que peuvent en effet vouloir dire ces doubles mythes sinon le principe physico-chimique de la création primordiale ? La première révélation de la Cause Suprême, dans sa triple manifestation d'esprit, de force, et de matière : la corrélation divine à son point de départ évolutif, rendue allégoriquement comme le mariage du feu et de l'eau, produits de l'esprit électrisant, union du principe actif-mâle avec l'élément passif- femelle qui deviennent les géniteurs de leur enfant [228] tellurique, la matière cosmique, la prima materia dont l'esprit est l'éther, la LUMIÈRE ASTRALE !

285 Mithras était considéré, chez les Perses, comme le Theos ek petros, le dieu du roc.

 

Ainsi toutes les montagnes mondiales, l'œuf mondial de tant de légendes, les arbres, les serpents et les piliers mondiaux doivent être considérés comme renfermant des vérités de philosophie naturelle, scientifiquement démontrées. Toutes ces montagnes contiennent, avec des variantes insignifiantes, la description allégorique de la cosmogonie primitive ; les arbres mondiaux représentent l'évolution ultérieure de l'esprit et de la matière ; les serpents et les piliers mondiaux des rappels symboliques des divers attributs de cette double évolution, dans sa corrélation sans fin avec les forces cosmiques. Dans les solitudes mystérieuses de la montagne – matrice de l'univers – les  dieux (puissances) préparent les germes atomiques de la vie organique, et, en même temps, le breuvage de vie qui éveillera dans l'homme-matière, l'homme-esprit. Le soma, le breuvage sacrificiel des Hindous, est cette boisson sacrée. Car lors de la création de la prima materia, tandis que les parties les plus grossières étaient employées pour le monde physique embryonnaire, son essence plus divine pénétrait l'univers, pénétrait invisiblement le nouveau-né et l'enfermait dans ses vagues éthérées, développait et stimulait son activité, au fur et à mesure que, lentement, il sortait de l'éternel chaos.

286 Bordj est appelé une montagne de feu, un volcan. C'est pourquoi il contient feu, rochers, terre et eau, les éléments mâles et actifs et les éléments femelles ou passifs. Le Mythe est suggestif.

 

De cette poésie des conceptions abstraites, les mythes du monde passèrent, graduellement, aux images concrètes des symboles cosmiques, telles que l'archéologie les retrouve aujourd'hui. Le serpent, qui joua un rôle si marqué dans les symboles sacrés des anciens, a été dégradé par l'interprétation absurde de celui du Livre de la Genèse qui en fait un synonyme de Satan, le Prince des Ténèbres, alors qu'il est le  plus ingénieux de tous les mythes dans les divers symbolismes. Dans l'un, comme agathodaïmon, il est l'emblème de l'art de guérir et de l'immortalité de l'homme. Il encadre les images de la plupart des dieux de médecine et d'hygiène. La coupe de santé, dans les Mystères Egyptiens, était entourée de serpents. Comme le mal ne peut venir que d'une exagération du bien, le serpent, à d'autres points de vue, devint typique de la matière ; plus elle s'éloigne de sa source spirituelle primitive, plus elle devient sujette au mal. Dans les images égyptiennes les plus anciennes, comme dans les allégories cosmogoniques de Kneph, le serpent mondial, quand il représente la matière, est généralement enfermé dans un cercle gisant droit en travers de son équateur. Il indique ainsi que l'univers de lumière astrale hors duquel a évolué le monde physique, tout en limitant ce dernier, est lui-même limité par Emepht ou la Suprême Cause Primordiale. Phta produisant Ra, et les myriades de formes auxquelles il donne vie sont représentés comme sortant de l'œuf mondial, parce que c'est la [229] forme la plus familière du réceptacle dans lequel se dépose et se développe le germe de tout être vivant. Lorsque le serpent représente l'éternité et l'immortalité, il enferme le monde dans un cercle, en se mordant la queue et n'offrant aucune solution de continuité. Il devient alors la lumière astrale. Les disciples de l'école de Phérécydes enseignaient que l'éther (Zeus ou Zen) est la  région la plus élevée de l'empyrée qui renferme le monde supérieur et que sa lumière (astrale) est l'élément primordial concentré.

Telle est l'origine du serpent métamorphosé en Satan dans l'ère Chrétienne. C'est l'Od, l'Ob et l'Aour de Moïse et des Cabalistes. Lorsqu'il est à l'état passif, lorsqu'il agit sur ceux qui sont involontairement entraînés dans le courant de sa sphère d'attraction, la lumière astrale est l'Ob ou Python.  Moïse  avait  résolu  de  détruire  tous  ceux  qui,  sensibles à son influence, se laissaient entraîner sous la domination facile des êtres vicieux qui se meuvent dans les vagues astrales comme les poissons dans l'eau ; êtres qui nous environnent et que Bulwer-Lytton appelle dans Zanoni, "les gardiens du seuil". Il devient l'Od dès qu'il est vivifié par l'effluve consciente d'une âme immortelle, parce qu'alors les courants de l'astral agissent sous la direction d'un adepte, d'un esprit pur ou d'un magnétiseur capable, qui est pur lui-même et qui sait diriger les forces aveugles. Dans ces cas-là, même un esprit Planétaire élevé, un des  individus  de cette classe d'êtres qui n'ont jamais été incarnés (cette hiérarchie compte cependant beaucoup d'êtres ayant vécu sur terre), descend exceptionnellement dans notre sphère et, purifiant l'atmosphère environnante, rend le sujet capable de voir, et ouvre en lui les sources de la véritable prophétie divine. Quant au terme Aoûr, on l'emploie pour désigner certaines propriétés occultes de l'agent universel. Il appartient plus directement au domaine de l'alchimiste et n'offre point d'intérêt  pour la généralité du public.

L'auteur du système de philosophie Homoiomerian, Anaxagore de Clazomène, croyait fermement que les prototypes spirituels des choses, aussi bien que leurs éléments, se trouvaient dans l'éther sans limites où ils étaient engendrés, d'où ils sortaient par évolution et où ils rentraient en quittant la terre. Les Hindous avaient personnifié leur Akas'a  (ciel ou éther) et en avaient fait une entité divine. Comme eux, les Grecs et les Latins avaient déifié l'Æther. Virgile appelle Zeus : pater  omnipotens æther 287  ; Magnus, le grand dieu Ether. [230]

Les êtres, auxquels il est fait allusion ci-dessus, sont les esprits élémentals des Cabalistes 288, que le clergé chrétien dénonce comme des " diables ", ennemis du genre humain.

 286 Bordj est appelé une montagne de feu, un volcan. C'est pourquoi il contient feu, rochers, terre et eau, les éléments mâles et actifs et les éléments femelles ou passifs. Le Mythe est suggestif.

287 Virgile. Géorgiques, liv. II.

288 Porphyre et d'autres philosophes expliquent la nature de ces gardiens. Ils sont malfaisants et trompeurs ; toutefois, il en est de parfaitement inoffensifs et aimables, mais si faibles qu'ils ont la plus grande difficulté à communiquer avec les mortels dont ils recherchent incessamment la société. Les premiers ne sont pas doués d'une malice intelligente. La loi d'évolution spirituelle n'ayant pas encore permis le développement de leur instinct en intelligence, dont les clartés supérieures n'appartiennent qu'aux esprits immortels, leur faculté de raisonnement est encore à l'état latent et c'est pourquoi ces êtres sont eux-mêmes irresponsables.

Mais l'Eglise Latine contredit les Cabalistes. Saint Augustin a même une discussion à ce sujet avec Porphyre, le néo-Platonicien. "Ces esprits, dit-il, sont trompeurs, non en raison de leur nature, comme l'affirme Porphyre, le théurgiste mais par malice. Ils se donnent pour des dieux et pour les âmes des défunts." (Civit. Déc, liv. X, ch. 2). Jusque-là Porphyre est d'accord mais, " ces êtres ne prétendent pas être des démons [lisez : des diables], car en réalité, ils en sont !" ajoute l'évêque d'Hippone. Mais alors dans quelle catégorie placerons-nous les hommes sans tête que saint Augustin veut nous persuader avoir vus lui-même ? Ou les satyres de saint Jérôme qui, d'après son assertion furent exhibés à Alexandrie pendant longtemps ? C'étaient, nous dit-il, "des hommes avec des jambes et des queues de boucs". S'il faut l'en croire, un de ces satyres fut, à cette époque, mis en conserve dans un baril et expédié à l'Empereur Constantin !

 

Des Mousseaux remarque gravement : "Déjà Tertullien   formellement découvert le secret de leurs ruses" (Chapitre sur les démons).

Assurément, c'est une découverte inestimable. Maintenant que nous avons tant appris Sur les travaux intellectuels des saints pères, et sur leurs découvertes en anthropologie astrale, pourrons nous être surpris le moins du monde Si, dans le zèle de leurs explorations spirituelles ils ont négligé leur planète au point de lui refuser, parfois, non seulement le droit au mouvement, mais même sa sphéricité ?

Voici ce que nous relevons dans Langhorne, traducteur de Plutarque : "Denys d'Halicarnasse (L. II) est d'avis que Numa fit construire le temple de Vesta de forme circulaire pour représenter la terre, car, par Vesta, on entendait la terre." De plus, Philolaüs, d'accord avec tous les autres Pythagoriciens, soutenait que l'élément du feu était situé au centre de l'univers. Plutarque, parlant du même sujet, remarque que, selon les Pythagoriciens, "la terre n'est point immobile, ni située au centre  du monde ; elle fait sa révolution autour de la sphère de feu sans être une des parties les plus précieuses ou les plus importantes de la grande machine." Platon est dit avoir été également de cet avis. Il semble donc que les Pythagoriciens aient devancé la découverte de Galilée.

Une fois admise l'existence de cet invisible univers, comme il semble probable qu'on y viendra, si les spéculations des auteurs [231] de Unseen Universe sont jamais acceptées par leurs collègues, bien des phénomènes, mystérieux et inexplicables jusqu'ici deviennent simples. Cet invisible univers agit sur l'organisme des médiums magnétisés, les pénètre et les sature de fond en comble, qu'ils soient dominés par la puissante volonté d'un magnétiseur ou qu'ils obéissent à l'influence d'êtres invisibles produisant les mêmes effets. Une fois cette opération muette accomplie, le fantôme astral ou sidéral du sujet magnétisé quitte son enveloppe terrestre paralysée et, après avoir parcouru l'espace sans bornes, il s'arrête sur le seuil du "but" mystérieux. Pour lui, les portes qui marquent l'entrée de la "terre  du  silence"  ne  sont,  maintenant,  que  partiellement  entrouvertes ; elles ne le seront toutes grandes pour l'âme du somnambule entransé,  que le jour où s'étant unie avec son essence supérieure immortelle, elle aura quitté pour toujours son enveloppe mortelle. Jusqu'à ce moment, le voyant ou la voyante ne peut regarder que par une fente. Ce qu'on en verra dépendra de l'acuité de vue spirituelle du sujet.

La trinité dans l'unité est une idée commune à toutes les nations : les trois Dejotas, la Trimourti hindoue, les Trois Têtes de la Cabale Juive 289. "Trois têtes sont sculptées l'une dans l'autre et l'une sur l'autre." La trinité des Egyptiens et celle de la mythologie grecque étaient des images semblables de la première émanation triple avec ses deux principes mâles et un principe femelle. C'est l'union du mâle Logos ou sagesse, la Divinité révélée, avec la femelle Aura ou Anima Mundi (le saint Pneuma qui est la Sephira des Cabalistes et la Sophia des Gnostiques raffinés) qui a produit toutes choses visibles et invisibles. Tandis que la véritable interprétation métaphysique de ce dogme universel restait confinée dans les sanctuaires, les Grecs avec leurs instincts poétiques la personnifiaient dans une foule de mythes charmants. Dans les Dionysiaques de Nonnus, le dieu Bacchus, entre autres allégories, est représenté comme amoureux d'une brise  suave et douce (le saint Pneuma), sous le nom d' "Aura Placida" 290. Et, maintenant, laissons la parole à Godfrey Higgins : "Lorsque les Pères ignorants constituèrent leur calendrier, ils firent de cette "douce brise", deux saintes Catholiques Romaines ! !". Sainte Aura et sainte Placida naquirent ainsi. Mais ils ont fait mieux ; ils ont été jusqu'à transformer le joyeux et galant dieu en saint Bacchus. En fait, on montre à Rome son cercueil et ses reliques. La fête des bienheureuses saintes Aure et Placide tombe le 5 octobre et n'est pas éloignée de celle de saint Bacchus 291. [232]

Combien plus poétique et plus large est l'esprit religieux que l'on trouve dans les légendes "païennes" du Nord relatives à la création. Le vent du dégel souffle soudain dans l'abîme sans fond du puits mondial, le Ginnunga-gap, où luttent avec rage et fureur aveugle la matière cosmique et les forces primordiales. C'est "le Dieu non révélé" qui envoie son souffle bienfaisant du haut de Muspellheim, la sphère de feu empyréen dans les rayons étincelants duquel réside ce Grand Etre, bien au-delà du monde   de la matière ; l'animus de l'Invisible, l'Esprit qui plane sur les Sombres eaux de l'abîme met de l'ordre dans le Chaos, et une fois la première impulsion donnée à toute la création, la CAUSE PREMIÈRE se retire et reste pour toujours in statu abscondito 292.

289 "Tria capita exsculpta sunt, unum intra alterum et alterum supra alterum". – Sohar, "Idra Suta", sect. VII.

290 Littéralement : douce bise.

291 Higgins. Anacalypsis ; aussi Dupruis.

292 Mallett. Northern Antiquities, p. 401-406, et The Songs of a völuspa, Edda.

 

II y a de la religion et de la science dans ces chants scandinaves du paganisme. Comme exemple de science, prenons leur conception de Thor, fils d'Odin. Toutes les fois que cet Hercule du Nord doit saisir la poignée de son arme terrible, la foudre, ou marteau électrique, il est obligé de mettre ses gantelets de fer. Il porte aussi une ceinture magique, connue comme "ceinture de force" qui, toutes les fois qu'elle est ceinte par lui, accroît considérablement sa puissance céleste. Il voyage dans un  char traîné par deux béliers aux brides d'argent, et son front redoutable est ceint d'un bouquet d'étoiles. Son chariot a une lance en fer pointu, et les roues, qui lancent des étincelles, roulent sans cesse sur des nuages d'orage. Il lance avec une force irrésistible son marteau sur les géants de glace rebelles, et il les dissout et les réduit à néant. Lorsqu'il se rend à la fontaine Urdar, où les dieux se réunissent en conclave pour décider des destinées de l'humanité, il est le seul qui y aille à pied, les autres divinités sont montées. Il marche de peur qu'en traversant Bifrost (l'arc-en-ciel), le pont d'Aesir aux nombreuses couleurs, il ne l'incendie avec son char tonnant, et ne fasse en même temps bouillir les eaux d'Urdar.

Traduit en langue ordinaire, comment peut-on interpréter ce mythe, sinon en reconnaissant que les auteurs des légendes du Nord étaient bien versés dans l'électricité ? Thor, c'est l'électricité ; il se sert de son élément particulier, seulement lorsqu'il est protégé par des agents de fer, qui sont ses conducteurs naturels. Sa ceinture de force est un circuit fermé, autour duquel le courant isolé est forcé de passer, au lieu de se perdre dans l'espace. Lorsqu'il s'élance avec son char sur les nuages, il est l'électricité à l'état actif, comme les étincelles qui jaillissent de ses roues, et le bruit de tonnerre des nuages l'attestent. La lance de fer pointue du chariot, c'est la verge électrique ; les deux béliers qui lui servent [233] de coursiers sont les anciens symboles familiers de la puissance mâle génératrice ; leur bride d'argent est l'emblème du principe femelle, car l'argent est le métal de la lune, Astarte, Diane. C'est pourquoi, dans le bélier et dans sa bride, nous voyons combinés les principes actif et passif de la nature, en opposition, l'un poussant et l'autre retenant, tandis que tous deux sont soumis au principe électrique qui pénètre le monde et qui leur donne l'impulsion. Avec l'électricité donnant l'impulsion, et les principes mâle et femelle se combinant et recombinant sans cesse en corrélations permanentes, on obtient l'évolution constante de la nature visible, dont le couronnement est le système planétaire, symbolisé chez le mythique Thor par le diadème d'astres radieux, qui entoure son front. Lorsqu'il est en activité, sa foudre terrible détruit tout, même les autres forces Titanesques plus faibles. Mais il passe à pied l'arc-en-ciel Bifrost, parce que, pour frayer avec des dieux moins puissants que lui, il faut qu'il reste à l'état latent, ce qui lui serait impossible dans son char ; sans cela, il incendierait et anéantirait tout. La signification de la fontaine Urdar, que Thor redoute de faire bouillir, et qui cause sa réticence, ne sera comprise par nos physiciens que lorsque les relations électromagnétiques réciproques des innombrables éléments du système planétaire, maintenant à peine soupçonnées, seront complètement déterminées. Les récents essais scientifiques de MM. Mayer et Sterry Hunt nous permettent d'entrevoir quelques fragments de la vérité. Les anciens philosophes croyaient que, non seulement les volcans, mais les sources thermales, étaient produits par des concentrations de courants électriques souterrains, et que cette même cause donnait lieu aux dépôts minéraux de diverses natures qui forment des sources médicinales. Si l'on objectait à cela que le fait n'est point distinctement indiqué par les auteurs anciens, qui, dans l'opinion de notre siècle, connaissaient à peine l'électricité, nous pouvons tout simplement répondre que tous les ouvrages qui traitent de la Sagesse antique ne sont point connus de nos savants. Les eaux claires et fraîches d'Urdar étaient nécessaires pour arroser journellement l'arbre mystique mondial ; et si elles étaient troublées par Thor, ou l'électricité active, elles pourraient être converties en eaux minérales impropres à l'objet en vue. Les exemples ci-dessus corroborent l'ancienne prétention des philosophes qu'il y a un logos dans chaque mythe et un fondement de vérité dans toute fiction.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:39:48 +0000
CHAPITRE VI - PHENOMENES PSYCHO-PHYSIQUES https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/393-chapitre-vi-phenomenes-psycho-physiques https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/393-chapitre-vi-phenomenes-psycho-physiques

CHAPITRE VI

PHENOMENES PSYCHO-PHYSIQUES

 

Hermes, porteur de mes ordres, prend son bâton avec lequel il ferme les yeux des mortels et réveille les endormis.

 Odyssée V.

J'ai vu les anneaux de Samothrace bondir et la limaille d'acier s'agiter dans un plat d'airain aussitôt que l'on plaçait au-dessous la pierre d'aimant, et le fer paraissait s'envoler plein de terreur haineuse.

 LUCRECE.

Ce qui distingue spécialement les frères, c'est leur connaissance merveilleuse des ressources de l'art médical. Ils opèrent non par des charmes, mais par des simples.

 Ms. Exposé sur l'Origine et les attributs des vrais Rose-croix.

 

Une des plus grandes vérités qu'ait jamais émises un savant est la remarque faite par le Prof. Cooke, dans sa New Chemistry. "L'histoire de la Science montre, dit-il, que le siècle doit être préparé avant que les vérités scientifiques puissent y prendre racine et croître. Les avertissements stériles de la science ont été stériles, parce que cette semence de la vérité était tombée sur une terre aride ; et aussitôt que la plénitude des temps est venue, le grain a pris racine, et le fruit a mûri… Chaque étudiant est surpris de voir combien est faible la part de vérité nouvelle, que même les plus grands génies ont ajoutée à l'acquis antérieur".

La révolution par laquelle la chimie vient de passer est bien faite pour attirer l'attention des chimistes sur ce fait ; et il ne faudrait pas s'étonner si, dans un espace de temps moins long que celui qu'il a fallu pour l'effectuer, on se mettait à étudier avec impartialité les prétentions des alchimistes à un point de vue rationnel. La distance de l'étroit chenal à franchir et qui sépare la chimie nouvelle de l'alchimie ancienne est à peine plus grande (si elle l'est) que celle qui sépare le dualisme de la loi d'Avogadro.

De même qu'Ampère a été l'introducteur d'Avogadro auprès de la chimie contemporaine, de même Reichenbach aura [235] peut-être eu un jour le mérite d'avoir, avec son OD, aplani les voies à une juste appréciation de Paracelse. Il y a plus de cinquante ans qu'on luttait pour arriver à faire accepter les molécules, comme unités dans les calculs chimiques ; il peut se faire qu'il faille moins de la moitié de ce temps pour faire reconnaître le mérite extraordinaire du philosophe mystique suisse. Le paragraphe monitoire sur les médiums guérisseurs 293 qui sera trouvé ailleurs, aurait pu être écrit par un lecteur de ses œuvres. "Vous devez bien comprendre, dit-il que l'aimant est cet esprit de vie, dans l'homme, que le malade recherche, car tous deux s'unissent au chaos extérieur, et c'est ainsi qu'un homme bien portant est infecté par le malade, en vertu de l'attraction magnétique".

293 D'un journal spirite de Londres.

294 Hemmann. Medico-Surgical Essays, Berlin, 1778.

 

Les causes premières des maladies qui affligent l'humanité ; les relations secrètes entre la physiologie et la psychologie inutilement torturées par les savants modernes pour en tirer quelque lueur qui servira de base à leurs spéculations ; les spécifiques et les remèdes pour tous les maux du corps humain – tout cela est décrit dans ses  volumineux ouvrages. L'électro-magnétisme, la prétendue découverte du Professeur Oersted, avait été utilisé par Paracelse, trois siècles auparavant. On en a la preuve par l'examen critique de son procédé de guérison des maladies. Il n'y a pas lieu de s'étendre sur ses découvertes en chimie, car tous les auteurs loyaux et exempts de préjugés admettent déjà que c'était un des plus grands chimistes de son temps 294. Brierre de Boismont le qualifie de "génie", et il est d'accord avec Deleuze pour reconnaître qu'il a créé une nouvelle époque dans l'histoire de la médecine. Le secret de ses heureuses et magiques guérisons, pour employer l'épithète dont on se sert à son endroit, réside dans son souverain mépris pour les prétendues autorités de son temps. "Cherchant la vérité dit Paracelse, je me dis que, dans le cas  où il n'existerait pas de professeurs de médecine dans ce monde, comment ferai-je pour apprendre cet art. Il faudrait l'étudier dans le  livre grand ouvert de la nature, écrit par la main de Dieu…. On m'accuse de n'être point entré par la vraie porte. Mais quelle est la véritable porte ? Est-ce celle de Galien, celle d'Avicenne, de Mesne, de Rhasis, ou bien celle de l'honnête nature ? Pour moi, je crois que c'est cette dernière. C'est par cette porte-là que je suis entré ; c'est la lumière de la nature et aucune lampe d'apothicaire qui m'a montré le chemin".

Ce mépris complet des lois établies et des formules scientifiques, cette aspiration de l'argile mortelle à s'unir à l'esprit de la nature, et ce propos de ne chercher que lui pour la santé, l'aide [236] et la lumière de vérité, furent la cause de la haine invétérée des pygmées contemporains pour ce philosophe du feu et alchimiste. Quoi d'étonnant à ce qu'ils l'aient accusé de charlatanisme et même d'ivrognerie. De cette dernière accusation Hemmann l'a bravement et courageusement lavé, et démontré que l'accusation venait d'un certain "Oporinus qui vécut quelque temps avec lui pour apprendre ses secrets ; et que son plan avait échoué ; c'était la source de ces odieuses allégations, de ses disciples et des apothicaires". Il fut le fondateur de l'école du Magnétisme animal, et l'inventeur des propriétés occultes de l'aimant. Il fut flétri sous l'inculpation de sorcellerie par son temps, parce que ses guérisons étaient merveilleuses. Trois siècles plus tard, le baron du Potet a été aussi accusé de sorcellerie et de démonolâtrie par l'Eglise de Rome et de charlatanisme par les Académiciens d'Europe. Mais, comme le disent les philosophes du feu, il n'est pas un chimiste qui veuille condescendre à examiner le "feu vivant" autrement que le font ses collègues. "Tu as oublié ce que tes pères t'ont enseigné à ce sujet, ou plutôt tu ne l'as jamais su… c'est trop fort pour toi" 295.

 295 Robert Fludd. Treatise 111.

 

Un ouvrage sur la philosophie magico-spirite et la science occulte serait incomplet sans une notice particulière sur l'histoire du magnétisme animal, tel que nous le connaissons, depuis que Paracelse frappa par lui de stupeur tous les hommes de science de la dernière moitié du XVIèmesiècle.

Passons rapidement sur son apparition à Paris lorsqu'il y fut importé d'Allemagne par Anton Mesmer. Parcourons avec une attention sérieuse les vieux documents qui moisissent maintenant dans les archives de l'Académie des sciences de cette capitale, car nous y trouverons qu'après avoir repoussé tour à tour toutes les découvertes faites depuis Galilée, les Immortels mirent le comble à leur aveuglement en tournant le dos au magnétisme et au mésmérisme. Ils fermèrent  volontairement devant eux les portes qui donnent accès aux grands mystères de la nature qui sont cachés dans les sombres régions du monde psychique comme du monde physique. Le grand dissolvant universel, l'Alkahest était là,  tout  près d'eux ; ils l'ont laissé passer inaperçu ; et maintenant que près de cent années se sont écoulées, nous lisons l'aveu suivant :

"Il est vrai néanmoins qu'au delà des limites de l'observation directe, notre science (la chimie) n'est point infaillible, et que nos théories et nos systèmes, bien qu'ils puissent tous renfermer quelque noyau de vérité, subissent de fréquents changements, et, souvent, sont révolutionnés de fond en comble" 296. [237]

Pour affirmer aussi dogmatiquement que le mesmérisme et le magnétisme animal ne sont qu'hallucinations, il faut être en mesure de le prouver. Où sont-elles, ces preuves qui, seules, devraient donner de l'autorité à la science ? Mille fois les Académiciens ont eu des occasions de s'assurer de la vérité ; ils les ont toujours invariablement repoussées. C'est en vain que les mesméristes et les guérisseurs ont invoqué le témoignage des sourds, des boiteux, des malades, des mourants, qui ont été guéris et rendus à la vie, par de simples manipulations, et par "imposition des mains apostoliques". "Coïncidence ! Est leur réponse habituelle lorsque le fait est trop évident pour être absolument nié ; "feux follets", "exagération", "charlatanisme", sont les expressions favorites de nos nombreux Thomas modernes. Newton le guérisseur américain bien connu a accompli plus de cures instantanées que bien des médecins renommés de New-York n'ont eu de malades dans leur vie ; Jacob le Zouave a eu le même succès en France. Devons-nous donc considérer les témoignages accumulés des quarante dernières années sur ce sujet, comme des illusions, des compérages d'habiles charlatans, ou pure folie ? Mais le seul fait de supposer une duperie aussi prodigieuse équivaut déjà à s'accuser d'aliénation mentale.

 296 Prof. J.-P. Cooke. New Chemistry.

297 Directeur de la Revue Spirite (Note ne figurant pas dans la 1er édition)

 

Malgré la récente condamnation de Leymarie 297, les railleries des sceptiques et d'une grande majorité des médecins et des savants, l'impopularité du sujet, et, par-dessus tout, les persécutions infatigables du clergé catholique qui combat dans le Mesmérisme l'ennemi traditionnel de la femme, la vérité de ses phénomènes est si évidente et incontestable, que même la magistrature française a été forcée, bien qu'à contrecœur de le reconnaître tacitement. La célèbre clairvoyante, Mme Roger fut accusée d'extorsion d'argent en même temps que son magnétiseur le Dr Fortin. Le 18 mai 1876, elle fut assignée devant le tribunal correctionnel de la Seine. Son témoin était le baron du Potet, le grand maître du Mesmérisme en France depuis cinquante ans ; son avocat, le non moins célèbre  Jules Favre. Pour une fois la vérité triompha, et l'accusation fut abandonnée. Cette victoire fut-elle due à l'éloquence extraordinaire du défenseur, ou à la vérité incontestable et absolument irréprochable des faits ? Mais Leymarie, le directeur de la Revue Spirite, avait aussi les faits en sa faveur ; et de plus, le témoignage de plus d'une centaine de personnes  respectables, parmi lesquelles figuraient les premiers noms d'Europe. A cela il n'y a qu'une réponse, les magistrats n'ont point osé contester les faits du mesmérisme. Mais la photographie des esprits, les coups  frappés, l'écriture, les mouvements, les conversations, [237] et même les matérialisations d'esprits peuvent être simulés ; A peine existe-t-il aujourd'hui un phénomène physique en Europe ou en Amérique, qui ne puisse être imité (avec des appareils) par un habile prestidigitateur. Les merveilles du mesmérisme et les phénomènes subjectifs seuls défient les trompeurs, les sceptiques, la science austère et les médiums malhonnêtes. L'état cataleptique est impossible à feindre. Les spirites qui tiennent à proclamer leurs vérités et à les faire admettre de force par la science cultivent les phénomènes magnétiques. Magnétisez, sur la scène de "l'Egyptian Hall" une bonne somnambule plongée dans le sommeil mesmérique profond ; que son magnétiseur envoie son esprit libéré partout où il plaira au public ; Qu'on éprouve ainsi sa clairvoyance, et sa clair audience ; que l'on plante des épingles dans toutes les parties de son corps, sur lesquelles le magnétiseur a fait des passes ; qu'on lui enfonce des aiguilles dans la peau, au-dessous des paupières ; qu'on la brûle et la lacère avec un instrument pointu. "Ne craignez rien !" disent Regazzoni, du Potet, Teste, Pierrard, Puységur et Dolgorouky, "un sujet magnétisé ou endormi n'est jamais blessé !" Et lorsque vous l'aurez fait, que l'on invite  quelqu'un de ces magiciens populaires modernes qui ont soif de réclame, et qui prétendent être assez habiles pour imiter tous les phénomènes spirites à se soumettre aux mêmes épreuves 298.

298 Dans le Bulletin de l'Académie de Médecine, Paris, 1837, vol. I, p. 343 et seq., on trouve le rapport du Dr Oudet qui pour s'assurer de l'état d'insensibilité d'une dame plongée dans le sommeil magnétique, la piqua avec des épingles, introduisit même une longue épingle jusqu'à la tête dans la chair, et lui tint un des doigts au-dessus de la flamme d'une bougie pendant plusieurs secondes. Un cancer fut extrait du sein droit d'une Mme Plaintain. L'opération dura douze minutes ; pendant tout le temps la patiente conversa très tranquillement avec son magnétiseur et n'éprouva jamais la moindre sensation de douleur. (Bulletin de l'Académie de Médecine, tome II, p. 370).

299 Prophecy, Ancient and Modern, par A. Wilder. Journal Phrénologique.

 

Le discours de M. Jules Favre dans l'affaire Roger, dura, dit-on, une heure et demie, et avait tenu les juges et le public fasciné par son éloquence. Ceux qui comme nous ont entendu cet orateur n'auront pas de peine à le croire ; Mais la déclaration qui termine son plaidoyer était malheureusement prématurée et erronée, en même temps. "Nous sommes en présence de phénomènes que la science admet, sans essayer de les expliquer. Le public peut en rire, mais nos plus illustres docteurs les considèrent avec gravité. La justice ne peut plus ignorer ce que la  science a reconnu".

Si cette déclaration entraînante était fondée sur les faits, et si le magnétisme avait été impartialement examiné par un grand nombre, au lieu d'un petit nombre de savants, plus désireux de questionner sérieusement la nature que l'opportunisme, le public n'en rirait jamais. Le public est un enfant docile et soumis, et il [239] va partout où sa bonne le conduit. Il choisit ses idoles et ses fétiches, et il les honore en proportion du bruit qu'ils font, il se retourne ensuite avec un regard de timide flatterie pour voir si la gouvernante, la vieille Madame l'Opinion Publique, est satisfaite.

Lactance, l'ancien père de l'Eglise, disait que pas un sceptique de son temps n'aurait osé soutenir devant un magicien que l'âme ne survit pas au corps, et qu'elle périt avec lui ; "parce que le magicien l'aurait  réfuté séance tenante, en évoquant l'âme des morts, en les rendant visibles aux yeux humains, et en leur faisant prédire des événements futurs" 299. Il en fut ainsi des magistrats et des membres du parquet, dans l'affaire de Mme Roger ; le baron Du Potet était là, et ils eurent peur qu'en magnétisant, séance tenante, la somnambule, il ne les forçât, non seulement à croire au phénomène, mais encore à le reconnaître, ce qui eût été bien pis.

Revenons maintenant à la doctrine de Paracelse. Son style incompréhensible, quoique gracieux, doit être lu comme les rouleaux d'Ezechiel, "en dedans et en dehors". Le danger d'émettre des théories hétérodoxes était grand en ce temps-là ; l'Eglise était puissante, et les sorciers étaient brûlés par douzaines. C'est pour cette raison que Paracelse, Agrippa, et Eugène Philalètes se font remarquer par leurs déclarations pieuses, presque autant que par leurs œuvres alchimiques et magiques. Les idées de Paracelse, sur les propriétés occultes de l'aimant, sont expliquées en partie dans son célèbre livre Archidaxarum, dans lequel il décrit la teinture merveilleuse, remède extrait de l'aimant, et nommée Magisterium Magnetis, et en partie dans De Ente Dei et De Ente Astrorum : Lib I. Mais les explications sont toutes données dans un langage inintelligible aux profanes. "Chaque paysan voit, dit-il, qu'un aimant attire le fer, mais un homme sage cherche par lui-même… J'ai découvert que l'aimant, en dehors de ce pouvoir visible d'attirer le fer, en possède un autre caché".

II démontre plus loin que, dans l'homme, réside une "force sidérale", qui est une émanation des astres et des corps célestes, dont est composée la forme spirituelle de l'homme, l'esprit astral. Cette identité d'essence, que nous pourrions nommer l'esprit de la matière cométaire, est toujours en rapport direct avec les astres dont elle est tirée, et il existe ainsi une attraction mutuelle entre les deux car tous deux sont des aimants. La composition identique de la terre et des autres corps planétaires, et du corps terrestre de l'homme était une des idées fondamentales de sa philosophie. "Le corps vient des éléments, l'esprit (astral) vient des astres…L'homme mange et boit ce qu'il tire des éléments pour soutenir [240] son sang et sa chair ; mais c'est des astres que sont tirés l'intellect et les pensées qui alimentent l'esprit". Le spectroscope a démontré la vérité de cette théorie relative à la composition identique de l'homme et des astres ; les physiciens font maintenant des cours sur les attractions magnétiques du soleil et des planètes 300.

 300 La théorie d'après laquelle le soleil est un globe incandescent est, pour se servir de l'expression d'un rédacteur de revue, "en train de passer de mode". Il a été calculé que si le soleil dont nous connaissons parfaitement la masse et le diamètre, était un bloc solide de charbon et, si on lui donnait une quantité suffisante d'oxygène pour produire tous les effets dont nous sommes  témoins, il  serait  complètement  consumé  en  moins  de  cinq  mille années.  Et  cependant, il  y  a quelques semaines encore, on a soutenu, que dis-je ? l'on soutient encore que le soleil est un réservoir de métaux vaporisés !

  

Parmi les substances qu'on sait exister dans la composition du corps de l'homme, on a déjà découvert, dans les étoiles, l'hydrogène, le sodium, le calcium, le magnésium, et le fer. Dans toutes les étoiles observées, qui se comptent par centaines, on a trouvé de l'hydrogène, sauf dans deux. Maintenant, si nous nous rappelons combien on a décrié Paracelse et sa théorie de l'homme et des astres composés de substances semblables, combien les astronomes et les physiciens ont tourné en ridicule ses idées sur l'affinité chimique et l'attraction existant entre eux ; et ensuite, si nous constatons que le spectroscope est venu donner raison au moins à l'une de ses assertions, est-il si absurde de prédire qu'un temps viendra où toutes ses théories seront confirmées ?

Et maintenant, une question se présente tout naturellement. Comment Paracelse en est-il arrivé à connaître quelque chose de la composition des étoiles, alors que, jusqu'à une époque très récente, c'est-à-dire  la découverte du spectroscope, les éléments des corps célestes étaient complètement inconnus de nos savants académiciens ? Et même aujourd'hui, malgré le téléspectroscope et autres perfectionnements modernes très importants, à part un petit nombre d'éléments et une chromosphère hypothétique, tout est encore un mystère pour eux dans les étoiles. Paracelse aurait-il pu être si sûr de la nature de l'armée stellaire, s'il n'avait point eu des moyens dont la science ne connaît rien ? Et pourtant, quoique ne sachant rien, elle ne veut pas entendre prononcer seulement le nom de ces moyens qui sont la philosophie hermétique et l'alchimie.

Ne perdons pas de vue que Paracelse fut l'inventeur de l'hydrogène et qu'il en connaissait parfaitement toutes les propriétés et la composition longtemps avant que qui que ce soit parmi les académiciens orthodoxes y ait seulement songé ; Qu'il avait étudié l'astrologie et l'astronomie, comme l'ont fait tous les philosophes du feu : Et que, s'il a affirmé que l'homme est en affinité directe avec les astres, il savait fort bien ce qu'il avançait. [241]

Le point suivant que les physiologistes auront à vérifier est sa proposition selon laquelle la nutrition du corps ne s'opère pas seulement par l'estomac, "mais aussi d'une manière imperceptible par la force magnétique qui réside dans toute la nature, et dans laquelle chaque individu puise sa nourriture spécifique". L'homme, dit-il encore, tire non seulement la santé des éléments lorsqu'ils sont en équilibre, mais encore la maladie, lorsque leur équilibre vient à être rompu. Les corps vivants sont sujets aux lois de l'attraction et de l'affinité chimique, ainsi que l'admet la science ; la propriété physique la plus remarquable des tissus organiques, d'après les physiologistes, est la propriété d'imbibition. Quoi de plus naturel, dès lors, que cette théorie de Paracelse, que notre corps absorbant, attractif, et chimique rassemble en lui les influences astrales ou sidérales ? "Le soleil et les étoiles nous attirent à eux et nous, de notre côté nous les attirons". Quelle objection la science peut-elle faire à cela ? Ce que nous exhalons est indiqué dans la découverte faite par le Baron Reichenbach des émanations odiques de l'homme, qui sont identiques aux effluves de l'aimant, des cristaux, et, en fait, de tous les organismes végétaux.

L'unité de l'univers fut affirmée par Paracelse, qui dit que "le corps humain possède l'étoffe primitive (ou matière cosmique)" ; le spectroscope a démontré cette assertion, en faisant voir que les mêmes éléments chimiques qui existent sur la terre et dans le soleil se retrouvent aussi dans tous les astres. Le spectroscope fait encore davantage ; il montre que toutes les étoiles sont des soleils, pareils au nôtre, au point de vue de la constitution 301 ; Et que, comme le dit le professeur Mayer 302, la condition magnétique de la terre change avec chaque variation qui se produit à la surface du soleil, au point de dire qu'elle est soumise aux émanations du soleil. Les étoiles étant des soleils doivent aussi avoir des émanations qui nous affectent à un degré proportionnel.

"Pendant nos rêves", dit Paracelse, "nous sommes comme les plantes qui ont aussi un corps élémentaire et vital, mais qui ne possèdent pas d'esprit. Dans notre sommeil, notre corps astral est libre, et peut, grâce à l'élasticité de sa nature, soit tourner autour de son véhicule endormi, soit s'élever plus haut, et aller converser avec ses parents étoilés, soit même communiquer avec ses frères, à grande distance. Les rêves d'un caractère prophétique, la prescience, et les besoins actuels sont les facultés de l'esprit [242] astral. A notre corps élémentaire plus grossier, ces dons n'ont point été accordés, car, à la mort, il descend dans le sein de la terre, et se réunit aux  éléments  physiques,  tandis  que  les  divers  esprits  retournent aux étoiles." Les animaux, ajoute-t-il, "ont aussi leurs pressentiments, parce qu'ils ont eux aussi un corps astral".

Van Helmont, qui était disciple de Paracelse, dit la même chose, quoique ses théories sur le magnétisme soient plus largement développées, et encore plus soigneusement élaborées. Le Magnale Magnum au moyen duquel la propriété magnétique occulte permet à une personne d'en affecter mutuellement une autre est attribué par lui à cette sympathie universelle qui existe entre toutes choses dans la nature. La cause produit l'effet, l'effet remonte à la cause et réciproquement. "Le magnétisme, dit-il, est une propriété inconnue, d'une nature céleste, ressemblant beaucoup aux étoiles, et qui n'est nullement arrêtée par aucun obstacle d'espace ou de temps… Chaque être créé possède son pouvoir céleste propre et est étroitement allié avec le ciel. Ce pouvoir magique de l'homme qui agit ainsi extérieurement réside, pour ainsi dire, caché dans l'homme intérieur. Cette sagesse et force magique sommeille ainsi, mais elle est éveillée à l'activité par une simple suggestion, et elle est d'autant plus vivante que l'homme extérieur de chair et de ténèbres est dompté... Je dis que cet effet est provoqué par l'art cabalistique ; il réveille dans l'âme, ce pouvoir magique, quoique naturel, qui y sommeillait" 303.

303 De Magnetica Vulner Curatione, p. 772, 1. c.

 

Van Helmont et Paracelse s'accordent sur la grande puissance de la volonté, dans l'état d'extase ; ils disent que "l'esprit est répandu partout ; et que l'esprit est le milieu du magnétisme" ; que la primitive magie pure ne consiste pas en pratiques superstitieuses ni en vaines cérémonies, mais dans l'impériale volonté de l'homme. "Ce ne sont point les esprits du ciel et de l'enfer qui sont les maîtres de la nature physique, mais l'âme et l'esprit de l'homme, qui sont dissimulés en lui, comme le feu est caché dans le silex".

La théorie de l'influence sidérale sur l'homme a été professée par tous les philosophes du moyen âge. "Les étoiles sont formées des éléments des corps terrestres", dit Cornélius Agrippa. "Et c'est pourquoi les idées s'attirent réciproquement... Les influences s'exercent seulement avec le concours de l'esprit ; mais cet esprit est répandu partout dans l'univers, et il est en plein accord avec l'esprit de l'homme. Le magicien qui veut acquérir des pouvoirs surnaturels, doit posséder la foi, la charité et l'espérance

 Dans toutes choses, un pouvoir secret est caché, et c'est de là que viennent les pouvoirs miraculeux de la magie". [243]

La théorie moderne du général Pleasanton 304 sur les propriétés de la lumière bleue, concorde singulièrement avec les idées des philosophes du feu. Ses vues sur les électricités positive et négative de l'homme et de la femme, et sur l'attraction et la répulsion de toutes choses dans la nature semblent avoir été copiées sur celles de Robert Fludd, le Grand Maître des Rose-croix d'Angleterre. "Lorsque deux hommes s'approchent l'un de l'autre", dit le philosophe du feu, "leur magnétisme est passif ou actif ; c'est-à-dire positif ou négatif. Si les émanations qu'ils produisent sont rompues ou renvoyées, il en résulte de l'antipathie. Mais si elles passent de l'un à l'autre sans obstacle, il y a, dans ce cas, magnétisme positif, car les rayons procèdent du centre à la circonférence. Dans ce cas, il n'affecte pas seulement les maladies, mais il agit aussi sur les sentiments moraux. Ce magnétisme ou sympathie se retrouve non seulement chez l'homme, mais encore chez les plantes et chez les animaux" 305.

304 Cf. "On the influence of the Blue Ray".

305 Ennemoser. History of Magie.

 

Examinons maintenant comment, lorsque Mesmer eut importé en France son "baquet", et son système entièrement basé sur la Philosophie et les doctrines de Paracelse, la grande découverte psychologique et physiologique fut traitée par les médecins. Cela démontrera combien l'ignorance, la légèreté, et les préjugés peuvent être manifestés  par un corps scientifique, lorsque le sujet heurte ses théories les plus chères. C'est d'autant plus important, que c'est probablement à la négligence du comité de l'Académie de France des sciences en 1784, que sont dues les tendances matérialistes du public ; et certainement les lacunes que ses plus dévoués professeurs reconnaissent exister dans la philosophie atomique. Le comité de 1784 comprenait des hommes éminents tels que Borie, Sallin, d'Arcet et le fameux Guillotin, auxquels vinrent s'ajouter par la suite Franklin, Leroi, Bailly, de Borg et Lavoisier. Borie mourut peu de temps après, et fut remplacé par Magault. Il est impossible de révoquer en doute deux choses, savoir : que le comité commença ses travaux sous l'influence des préjugés très vifs, et uniquement parce qu'il en avait reçu l'ordre péremptoire du roi ; et en second lieu, que sa manière d'observer les faits délicats du mesmérisme fut peu judicieuse et mesquine. Le rapport, rédigé par  Bailly, était destiné à donner le coup de grâce à la nouvelle science. Il fut ostensiblement répandu dans les écoles et dans tous les rangs de la société, éveillant des sentiments d'une profonde amertume chez une grande partie de l'aristocratie et de la classe commerciale riche qui avaient patronné Mesmer, et avaient été témoins oculaires de ses cures. Ant. de Jussieu, Académicien [244] du plus haut rang, qui avait étudié à fond la question, avec l'éminent médecin de la Cour, d'Eslon, publia un contre-rapport rédigé avec la plus minutieuse exactitude, dans lequel il préconisait de faire observer soigneusement, par la Faculté de médecine, les effets thérapeutiques du fluide magnétique, et insistait sur la publication immédiate de leurs découvertes et observations. Sa demande fut appuyée par un grand nombre de mémoires, d'ouvrages de polémique, et de livres dogmatiques, développant des faits nouveaux. Les œuvres de Thouret intitulées : Recherches et doutes sur le Magnétisme Animal,  dans lesquelles était déployée une vaste érudition, stimulèrent les recherches dans les archives du passé ; et les phénomènes magnétiques chez les nations qui se sont succédé depuis l'antiquité la plus reculée furent placés sous les yeux du public.

306 Du magnétisme animal en France, Paris, 1826.

307 The Conservation of Energy, N.V., 1875.

 

La doctrine de Mesmer était tout simplement une reprise des doctrines de Paracelse, Van Helmont, Santanelli et Maxwell l'Ecossais ; Et il s'était même rendu coupable de copier des textes de l'ouvrage de Bertrand en les présentant comme ses propres principes 306. Dans le livre de Stewart 307, l'auteur envisage l'univers comme composé d'atomes, avec un agent intermédiaire entre eux faisant l'office de machine, et les lois de l'énergie pour la faire marcher. Le professeur Youmans nomme cela "une doctrine moderne", mais nous trouvons parmi les vingt-sept propositions mises en avant par Mesmer en 1775, juste un siècle auparavant, dans sa Lettre à un médecin étranger, ce qui suit :

  1. Il existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps vivants ;
  2. Un fluide universellement répandu et continu de façon à ne point admettre de vide, dont la subtilité est au-delà de foute comparaison, et qui, de sa nature, est susceptible de recevoir, de propager et de communiquer foutes les impressions de mouvement, est le médium de cette influence.

Il paraîtrait, d'après cela, que la théorie n'est pas si nouvelle après tout. Le professeur Stewart dit : "Nous pouvons considérer l'univers comme une vaste machine physique" et Mesmer dit :

  1. Cette action réciproque est assujettie à des lois mécaniques inconnues jusqu'à ce jour.

Le professeur Mayer, réaffirmant la doctrine de Gilbert que la terre est un grand aimant, remarque que les variations mystérieuses dans l'intensité de sa force paraissent être subordonnées [245] aux émanations du soleil, changeant avec les révolutions apparentes quotidiennes et annuelles de ce globe, et vibrant sympathiquement avec les immenses vagues de feu qui s'agitent à sa surface. Il parle de fluctuation constante, de flux et de reflux de l'influence dirigeante de la terre. Voici ce que dit Mesmer :

  1. De cette action résulte des effets alternants qui peuvent être considérés comme un flux et un reflux ;
  2. C'est par cette opération (la plus universelle de celles que nous offre la nature) que les relations d'activité se nouent entre les corps célestes, la ferre et ses parties constituantes.

Il y en a encore deux qui seront intéressantes à lire pour nos savants modernes :

  1. Les propriétés de la matière et des corps organisés dépendent de cette opération ;
  2. Le corps animal éprouve les effets alternés de cet agent ; et c'est en s'insinuant dans la substance des nerfs, qu'il les affecte immédiatement.

Parmi d'autres ouvrages importants parus entre 1798 et 1824, époque où l'Académie nomma sa seconde Commission pour étudier  le magnétisme, les Annales du Magnétisme animal, du baron d'Hénin de Cuvillier, lieutenant général, chevalier de Saint-Louis, membre de l'Académie des Sciences, et correspondant de plusieurs sociétés savantes d'Europe, pourraient être consultées avec avantage. En 1820, le Gouvernement prussien engagea l'Académie de Berlin à offrir un prix de trois cents ducats d'or, pour la meilleure thèse sur le mesmérisme. La Société Royale scientifique de Paris, sous la présidence de S.A.R. le duc d'Angoulême, offrit une médaille d'or pour le même objet. Le marquis de la Place, pair de France, un des quarante de l'Académie des Sciences, etc., publia un livre intitulé : Essai philosophique sur les Probabilités, dans lequel l'éminent savant s'exprime comme suit : "De tous les instruments dont nous pouvons nous servir pour connaître les imperceptibles agents de la nature, les plus sensibles sont les nerfs, particulièrement lorsque des influences exceptionnelles augmentent leur sensibilité… Les phénomènes singuliers qui résultent de cette extrême sensibilité nerveuse de certains individus ont donné naissance à diverses opinions sur l'existence d'un nouvel agent qui a été dénommé magnétisme animal. Nous sommes si loin de connaître tous les agents de la nature et leurs divers modes d'action, qu'il serait peu philosophique de nier des phénomènes tout simplement parce qu'ils sont inexplicables dans l'état actuel de nos connaissances. Il est strictement de notre devoir de les [246] examiner avec une attention d'autant plus scrupuleuse qu'il paraît plus difficile de les admettre".

Les expériences de Mesmer furent beaucoup perfectionnées par le marquis de Puységur qui se passa complètement d'appareils, et opéra des cures remarquables parmi les fermiers de ses propriétés de Busancy. Ces faits ayant été publiés, un grand nombre de personnes instruites expérimentèrent avec succès, et en 1825, M. Foissac proposa à la Faculté de Médecine d'instituer une nouvelle enquête. Un comité spécial composé des Drs Adelon, Parisey, Marc, Eurdin aîné, avec Husson comme rapporteur, unit ses efforts à ceux du savant, pour faire accepter la proposition. Il fit le viril aveu qu'en "science, une décision, quelle qu'elle soit, n'est jamais absolue ni irrévocable", et il nous fournit le moyen d'apprécier la valeur qu'il fallait attacher aux conclusions du comité de Franklin de 1784, en disant que "les expériences sur lesquelles était basé ce jugement paraissaient avoir été conduites sans la présence simultanée et nécessaire de tous les membres de, la Commission, et avec des prédispositions morales qui, suivant les principes du fait qu'ils étaient appelés à examiner, devaient motiver leur échec complet."

Ce qu'ils ont dit du magnétisme en tant que remède secret, a été dit bien des fois par les auteurs les plus respectés sur le spiritisme moderne et notamment : "Il est du devoir de l'Académie de l'étudier, de le soumettre à des épreuves, enfin d'en enlever l'usage et la pratique à des personnes tout à fait étrangères à l'art qui abusent des moyens qu'il fournit et en font un objet de lucre et de spéculation".

Ce rapport provoqua de longs débats, mais en mai 1826, l'Académie nomma une commission qui comprenait les illustres noms suivants : Leroux, Bourdois de la Motte, Double, Magendie, Guersant, Husson, Thillaye, Marc, Itard, Fouquier et Guénau de Mussy. Elle commença sur- le-champ ses travaux, qu'elle continua pendant cinq années, communiquant à l'Académie, par l'entremise de M. Husson, le résultat de ses observations. Le rapport renferme les comptes rendus de phénomènes classés en trente- quatre paragraphes différents, mais comme ce travail n'est  pas spécialement consacré à la science du magnétisme, nous nous contenterons de quelques courts extraits. Il affirme que ni le contact des mains, ni les frictions, ni les passes, ne sont invariablement nécessaires, puisque dans plusieurs occasions, la volonté, la fixité du regard avaient suffi pour produire les phénomènes magnétiques, même à l'insu de la personne magnétisée. "Des phénomènes thérapeutiques bien attestés" dépendent du magnétisme seul, et ne peuvent être reproduits sans lui. L'état de somnambulisme existe et "occasionne le développement de nouvelles facultés qui ont reçu la [247] dénomination de clairvoyance, intuition, prévision interne". Le sommeil (magnétique) a e été provoqué dans des circonstances où les sujets ne pouvaient voir, et étaient parfaitement ignorants des moyens employés pour l'occasionner. Le magnétiseur, s'étant une fois rendu maître de son sujet, peut le mettre complètement en état de somnambulisme, l'en tirer sans qu'il le sache, étant même hors de sa vue, à une certaine distance et à travers des portes fermées". Les sens extérieurs du dormeur paraissent être entièrement paralysés, et une nouvelle série de sens semble être mise en action. "Le plus souvent, le somnambule reste complètement étranger au fruit extérieur et inattendu fait à ses oreilles, tel que le son de vases en cuivre frappés avec violence, la chute d'un objet lourd, etc… On peut lui faire respirer de l'acide chlorhydrique ou de l'ammoniaque sans l'incommoder, et même sans qu'il le soupçonne". La commission pouvait "chatouiller ses pieds, ses narines, et les angles des paupières avec les barbes d'une plume, pincer la peau de façon à y provoquer des ecchymoses, le piquer sous les ongles avec des épingles enfoncées à une certaine profondeur sans causer la moindre souffrance et sans qu'il fît le plus léger signe qui indiquât le moins du monde qu'il en eût conscience. En un mot, nous avons vu une personne qui a été insensible à une des plus pénibles opérations de la chirurgie et dont l'attitude, le pouls ou la respiration ne manifestaient pas la plus légère émotion".

Voilà pour ce qui concerne les sens extérieurs ; maintenant voyons ce qu'ils ont à dire au sujet des sens internes qui peuvent justement être considérés comme démontrant une différence marquée entre l'homme et le protoplasme de mouton. "Pendant qu'ils sont dans cet état de somnambulisme", dit le comité, "les sujets magnétisés que nous avons observés conservent l'exercice des facultés qu'ils ont à l'état de veille. Leur mémoire paraît même être plus fidèle et plus étendue… Nous avons vu deux somnambules distinguer les yeux fermés les objets placés devant eux ; ils ont dit, sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes ; ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes d'un livre ouvert au hasard. Ce phénomène a eu lieu, même lorsque les paupières étaient closes au moyen des doigts. Nous avons rencontré chez deux somnambules  la faculté de prévoir des actes plus ou moins compliqués de l'organisme. L'un d'eux annonça plusieurs jours et même plusieurs mois à l'avance, le jour, l'heure et la minute où des attaques d'épilepsie devaient se produire et récidiver ; un autre prédit le moment de la guérison. Leurs prévisions se réalisèrent avec une exactitude remarquable".

La commission dit "qu'elle a recueilli et communiqué des faits suffisamment importants pour induire à penser que l'Académie doit encourager les recherches sur le magnétisme comme une très [248] curieuse branche de l'histoire psychologique et naturelle". La commission conclut en disant que les faits sont si extraordinaires, qu'elle peut à peine s'imaginer que l'Académie admettra leur réalité, mais elle affirme qu'elle a été constamment animée de sentiments honnêtes et guidée par des motifs d'un ordre élevé, "l'amour de la science et la nécessité de justifier les espérances que l'Académie avait conçues de son zèle et de son dévouement".

Ses craintes furent complètement justifiées par la conduite d'au moins un de ses membres qui s'était absenté au moment des expériences, et qui, nous dit M. Husson, "ne jugea point convenable de signer le rapport". Ce fut Magendie, le physiologiste qui, malgré la constatation faite au rapport officiel, qu'il n'avait pas été "présent aux expériences", n'hésita point à consacrer quatre pages de son fameux ouvrage sur la physiologie humaine à la question du mesmérisme. Et, après avoir fait un résumé sommaire des phénomènes allégués, sans les admettre aussi pleinement que l'érudition et les acquis scientifiques de ses collègues de la Commission semblaient l'exiger, il dit : "Le respect de soi-même et la dignité de la profession veulent qu'on traite ces choses avec prudence. Il (le médecin bien informé) se souviendra combien il est facile de voir le mystère dégénérer en charlatanisme et combien la profession est apte à se déshonorer même en apparence lorsqu'elle est appuyée par des praticiens respectables." Aucun mot dans le contexte ne révèle au lecteur qu'il avait été nommé par l'Académie pour faire partie de la Commission de 1826 ; qu'il avait été absent de ces réunions ce qui lui avait fait manquer l'occasion d'apprendre la vérité au sujet des phénomènes magnétiques, et qu'il prononçait son jugement ex-parte. "Le respect de soi-même et la dignité de la profession" exigeaient sans doute le silence !

Trente-huit ans plus tard, un savant anglais, dont la spécialité est l'étude de la physique et dont la réputation est encore plus grande que celle de Magendie, s'abaissa par une conduite tout aussi déloyale. Lorsque lui fut offerte l'occasion d'étudier les phénomènes spirites et d'aider à retirer cette étude des mains d'investigateurs ignorants ou malhonnêtes, le professeur Tyndall esquiva le sujet ; Mais dans ses Frayments of  Science, il se rendit coupable des appréciations peu chevaleresques que nous avons citées ailleurs.

Mais nous avons tort : il fit une seule tentative, et cela lui suffit. Il nous dit, dans ses Fragments, qu'il se plaça une fois sous une table pour voir comment les coups étaient frappés, et qu'il en sortit avec une indignation telle contre l'humanité qu'il n'en avait jamais éprouvé de pareille ! Israel Putnam, se traînant à quatre pattes pour surprendre et tuer la louve dans son repaire, nous fournit en partie un parallèle pour faire apprécier le courage du [249] chimiste tâtonnant dans le noir pour savoir l'horrible vérité ; mais Putnam tua sa louve, tandis que Tyndall fut dévoré par la sienne. "Sub mensâ desperado" devrait être la devise de ses armoiries.

Parlant du rapport de la Commission de 1824, le Dr Alphonse Teste, un distingué savant contemporain, dit qu'il fit grande impression sur l'Académie, mais sans entraîner beaucoup de conviction. "Nul ne pourrait mettre en doute la véracité des Commissaires, dont la bonne foi aussi bien que le grand savoir étaient incontestables, mais on les soupçonna d'avoir été dupés. Il y a en effet certaines vérités fâcheuses qui compromettent ceux qui y ont foi, et ceux surtout qui sont assez candides pour l'avouer publiquement." Que cela est vrai ! C'est ce qu'attestent les annales de l'histoire, dès les premiers temps jusqu'à ce jour. Lorsque le professeur Robert Hare annonça les résultats préliminaires de ses investigations sur le spiritisme, et bien qu'il fût un des plus éminents chimistes et physiciens de son temps, on le considéra néanmoins comme une dupe. Lorsqu'il prouva qu'il ne l'était pas, on l'accusa de gâtisme ; les professeurs du collège d'Harvard désavouèrent "son adhésion insensée à cette gigantesque mystification."

Lorsque ce savant commença ses investigations en 1853, il annonça qu'il "se sentait appelé, par devoir pour ses semblables, à user de toute son influence pour arrêter la marée de la folie populaire  qui montait rapidement en dépit de la raison et de la science, en faveur de la grossière illusion nommée spiritisme."Bien que, d'après sa propre déclaration, "il partageât l'opinion de Faraday sur la théorie des tables tournantes", il eut la vraie grandeur d'âme qui caractérise les princes de la science, d'étudier la question à fond et de proclamer ensuite la vérité. Il nous montre  comment il en fut récompensé par ses collègues. Dans une conférence donnée à New-York, en septembre 1854, il dit que "pendant plus d'un demi-siècle il s'est constamment occupé de recherches scientifiques, que son exactitude et sa précision n'ont jamais été mises en doute, jusqu'au moment où il est devenu spirite ; Et que son intégrité, comme homme, n'avait jamais été attaquée, jusqu'au jour où les professeurs de Harvard fulminèrent leur rapport contre ce qu'il savait être vrai et qu'eux ne savaient pas être faux."

Quelle douleur exprimée en peu de mots ! Un vieillard de soixante- seize ans, un savant d'un demi-siècle, abandonné pour avoir dit la vérité ! Et voici que Mr A.-R. Wallace, qui jusqu'ici avait été estimé parmi les plus illustres des savants britanniques, ayant proclamé sa croyance au spiritisme et au magnétisme, n'excite plus que la compassion. Le professeur Wagner, de Saint-Petersbourg, dont la réputation comme zoologiste est éminente, [250] subit à son tour la peine de sa naïveté exceptionnelle dans la manière outrageante dont il est traité par les savants russes ?

Il y a savants et savants ; et si les sciences occultes, dans l'exemple du spiritisme moderne, souffrent de la malice d'une classe, elles ont eu, dans tous les temps, leurs défenseurs parmi ceux dont les noms ont jeté un éclat sur la science elle-même. Au premier rang figure Isaac Newton, "le flambeau de la science", qui croyait pleinement au magnétisme, tel que l'enseignait Paracelse, Van Helmont et les philosophes de feu en général.

 Personne n'osera contester que sa doctrine de l'espace et de l'attraction universelle ne soit purement une théorie du magnétisme. Si ses propres paroles ont une signification, elles veulent dire qu'il fonde toutes ses spéculations sur "l'âme du monde", le grand agent magnétique universel, qu'il nomme le divin sensorium 308. "Ici, dit-il, la question roule sur un esprit subtil qui pénètre toutes choses, même les corps les plus durs, et qui est caché dans leur substance. Par la force et l'activité de cet esprit, les corps s'attirent mutuellement et adhèrent ensemble lorsqu'ils sont mis en contact. C'est par lui que les corps électriques agissent de loin comme de près, s'attirent ou se repoussent ; c'est par cet esprit aussi que la lumière se répand, qu'elle est réfractée et réfléchie et qu'elle réchauffe les corps. Tous les sens sont excités par cet esprit et c'est par lui que les animaux remuent leurs membres. Mais ces choses ne peuvent être expliquées en peu de mots, et nous n'avons pas encore assez d'expérience pour déterminer pleinement les lois en vertu desquelles cet esprit universel agit".

Il y a deux sortes de magnétisation ; la première est purement animale et l'autre est transcendante, dépendant de la volonté et du savoir du magnétiseur, aussi bien que du degré de spiritualité du sujet et de son aptitude à recevoir les impressions de la lumière astrale. Nous devons d'abord nous assurer que la clairvoyance dépend bien plus de la première que de la seconde. Le sujet le plus positif est forcé de se soumettre à la puissance d'un adepte comme Du Potet. Si sa vue est convenablement dirigée par le magnétiseur, magicien ou esprit, la lumière devra livrer à notre examen ses archives les plus secrètes ; car si elle est un livre toujours fermé pour ceux qui "voient et ne perçoivent pas", il est, d'autre part, toujours ouvert pour ceux qui veulent le voir ouvert. Ce livre contient un enregistrement intégral de tout ce qui a été, est, ou sera. Les moindres actes de notre vie y sont imprimés et mêmes nos pensées demeurent photographiées sur ses tablettes éternelles. C'est le livre que nous voyons ouvrir par l'Ange, dans [251] l'Apocalypse, "lequel est le Livre de vie, et c'est sur lui que les morts seront jugés suivant leurs œuvres." En un mot, c'est la MÉMOIRE DE DIEU !

308 Fundamental Principes of Nattiral Philosophy.

 

"Les oracles affirment que l'impression des pensées, des caractères, des  hommes,  et  autres  visions  divines,  apparaissent  dans  Æther… Les choses qui n'en ont point y prennent une forme", dit un ancien fragment des Oracles Chaldéens de Zoroastre 309.

Ainsi, la sagesse, la prophétie et la science anciennes et modernes concourent à confirmer les assertions des cabalistes. C'est sur les indestructibles tablettes de la lumière astrale qu'est marquée l'empreinte de chaque pensée que nous formons, de chaque acte que nous accomplissons ; c'est là que les événements futurs – effets de causes depuis longtemps oubliées – sont déjà tracés comme, un tableau vivant, pour l'œil du voyant ou du prophète. La mémoire – désespoir des matérialistes, énigme du psychologue, sphinx de la science – est, pour l'étudiant des anciennes philosophies, tout simplement un nom pour exprimer la puissance inconsciemment exercée par l'homme qui la partage avec beaucoup d'animaux inférieurs, pour regarder, avec la vue interne dans la lumière astrale, et y voir l'image des sensations et des événements passés. Au lieu de chercher des ganglions cérébraux, pour y retrouver des "micrographies des vivants et des morts, des scènes que nous avons visitées, et des événements auxquels nous avons été mêlés" 310, les anciens  allaient au vaste dépôt où ces archives de la vie de tout homme, aussi bien que chaque pulsation du cosmos visible, sont conservés pour toute l'éternité !

309 Simpl. in Phys., 143 ; "The Chaldean Oracles", Cory.

310 Draper. Conflict between Religion and Science.

 

L'éclair de mémoire qui, d'après la tradition, montre à l'homme qui se noie, les scènes depuis longtemps oubliées de sa vie mortelle – comme un paysage se révèle au voyageur à la lueur intermittente des éclairs – est tout simplement un coup d'œil rapide que l'âme en lutte jette dans les silencieuses galeries où son histoire est peinte en couleurs impérissables.

Le fait bien connu – confirmé par l'expérience personnelle de neuf personnes sur dix – que nous reconnaissons souvent comme familiers des scènes, des paysages, ou des conversations, que nous voyons ou entendons pour la première fois, et parfois dans des contrées que nous n'avions jamais visitées, est un effet des même causes. Ceux qui croient à la réincarnation invoquent ce fait comme une preuve additionnelle d'une existence antérieure dans d'autres corps. Ils attribuent cette reconnaissance d'hommes, de pays et de choses, que nous n'avons jamais vus, à des éclairs [252] de mémoire d'expériences antérieures de l'âme dans son existence antérieure. Mais les hommes de l'antiquité ainsi que les philosophes du moyen âge soutiennent énergiquement une opinion contraire.

Ils affirment que, bien que ce phénomène psychologique soit un des plus puissants arguments en faveur de la survivance et de la préexistence de l'âme, comme cette dernière est douée d'une  mémoire individuelle, autre que celle de notre cerveau physique, ce n'est point là une preuve de la réincarnation. Ainsi que l'exprime très bien Eliphas Lévi, "la nature ferme la porte après chaque chose qui passe et pousse la vie en avant" dans des formes plus parfaites. La chrysalide devient papillon ; mais celui-ci ne se transforme jamais de nouveau en larve. Dans le calme des heures nocturnes, lorsque nos sens corporels sont emprisonnés dans les fers du sommeil, et que notre corps élémentaire repose, la forme astrale devient libre. Elle se glisse alors hors de sa prison terrestre, et, suivant l'expression de Paracelse elle "fraye avec le monde extérieur", et voyage à travers les mondes visibles et invisibles. "Dans le sommeil, dit-il, le  corps astral (âme) est libre de ses mouvements ; il prend alors son essor vers ses ancêtres, et lie conversation avec les étoiles." Les rêves, les signes, la prescience, les pronostics, et les pressentiments sont des impressions laissées par notre esprit astral dans notre cerveau, qui les reçoit plus ou moins distinctement, suivant la quantité de sang dont il est pourvu pendant les heures du sommeil. Plus le corps est épuisé, plus l'homme spirituel est libre, et plus vivaces sont les impressions de notre mémoire d'âme. Après un sommeil lourd et robuste, sans rêves et ininterrompu, en se réveillant et en reprenant conscience, on peut ne se souvenir de rien. Mais les impressions de scènes et de paysages que le corps astral a vus dans ses pérégrinations sont toujours là, quoique latentes, sous la pression de la matière. Elles peuvent se réveiller à un moment donné et,  durant ces éclairs de la mémoire intime de l'homme, il s'opère un échange instantané d'énergies entre les univers visibles et les mondes invisibles. Un courant s'établit entre les micrographies des ganglions cérébraux et les galeries photo-scénographiques de la lumière astrale. Et celui qui sait qu'il n'a jamais visité dans son corps, ni vu le paysage ou la personne qu'il reconnaît, peut affirmer néanmoins qu'il les a vus et qu'il les connaît, car cette connaissance s'est faite pendant qu'il voyageait en "esprit". A cela, les physiologistes n'ont qu'une seule objection à opposer. Ils répondront que dans le sommeil naturel, parfait et profond, "la moitié de notre nature, qui est volitive se trouve à l'état inerte", et par conséquent hors d'état de voyager ;  d'autant  plus  qu'ils  considèrent  l'existence  de  quelque  chose comme un corps individuel astral [253] ou âme, comme à peine mieux qu'un mythe poétique. Blumenbach affirme que dans l'état de sommeil, tout rapport, toute relation entre le mental et le corps sont interrompus ; assertion démentie par le Dr Richardson F.R.S., qui rappelle honnêtement au savant allemand que "les limites précises et les connexions de l'esprit et du corps étant inconnues", ce qu'il avance dépasse évidemment ce qu'il peut savoir. Cet aveu joint à celui du physiologiste français Fournier, et à celui plus récent encore du Dr Allechin, éminent médecin de Londres, qui reconnaît franchement, dans une allocution aux étudiants, que "de toutes les recherches scientifiques qui touchent pratiquement aux intérêts de la société, il n'en est point qui repose sur des bases aussi incertaines et aussi peu sûres que la médecine", nous donne un certain droit à opposer les hypothèses des savants de l'antiquité à celles des savants modernes.

Nul homme, si matériel et grossier qu'il puisse être, ne peut éviter de mener une existence double ; l'une dans le monde visible, l'autre dans l'invisible. Le principe de vie qui anime son enveloppe physique se trouve surtout dans son corps astral ; et tandis que les parties les plus animales reposent, les parties plus spirituelles ne connaissent ni limites, ni obstacles. Nous savons très bien que beaucoup de gens instruits, aussi bien que des ignorants s'élèveront contre cette nouvelle théorie de distribution du principe de vie. Ils aimeraient mieux rester dans la bienheureuse ignorance et continuer à avouer que personne ne sait ni ne peut prétendre dire d'où vient ce mystérieux agent, et où il va, que de prêter un moment d'attention à ce qu'ils considèrent comme des théories antiques et surannées. Quelques-uns, se plaçant sur le terrain adopté par la théologie, objecteront que les animaux n'ont point d'âme immortelle, et, par conséquent, ne peuvent pas avoir d'esprit astral ; car, les théologiens de même que les laïques, vivent sous l'impression erronée que l'âme et l'esprit  sont une seule et même chose. Mais si nous étudions Platon et  les autres philosophes de l'antiquité, nous n'avons pas de peine à comprendre que, tandis que "l'âme irrationnelle", par laquelle Platon désigne notre corps astral, ou la partie la plus éthérée de notre être, ne peut avoir, tout au plus, qu'une continuité d'existence plus ou moins prolongée  au-delà  du tombeau ; le divin esprit, appelé à tort âme par l'Eglise, est immortel par essence même. (Tout lettré hébraïsant comprendra et appréciera très aisément la différence qui existe entre les deux mots ruah et nephesph). Si le principe de vie est quelque chose d'autre que l'esprit astral, et sans rapport  avec  lui,  comment  se  fait-il  que  l'intensité  des  pouvoirs de clairvoyance dépende tellement de la prostration corporelle du sujet ? Plus la transe est profonde, plus les signes de vie [254] donnés par le corps sont faibles, plus les perceptions spirituelles deviennent claires, et plus les visions de l'âme sont puissantes. L'âme, délivrée du fardeau des sens corporels, montre alors un degré d'activité et de puissance bien  supérieure à celui qu'elle pourrait déployer dans un corps fort et sain. Brierre de Boismont fournit des exemples répétés de ce fait. Les organes de la vue, de l'odorat, du goût, de l'ouïe et du toucher deviennent beaucoup plus aigus, chez un sujet magnétisé privé de la possibilité de les exercer corporellement, qu'ils ne le sont à l'état normal.

Ces seuls faits, une fois démontrés, se posent comme une preuve indiscutable de la continuité de la vie individuelle, au moins pendant une certaine période, après que le corps a été abandonné par nous, par usure ou par accident. Mais quoique durant son court séjour sur la terre, notre âme puisse être comparée à une lumière cachée sous un boisseau, elle brille pourtant, avec plus ou moins d'éclat, et attire à elle les influences des esprits apparentés ; et lorsqu'une pensée, bonne ou mauvaise, est engendrée dans notre cerveau, elle lui attire des impulsions semblables aussi irrésistiblement que l'aimant attire la limaille de fer. Cette attraction est proportionnée aussi à l'intensité avec laquelle l'impulsion de pensée se fait sentir dans l'éther ; et ainsi, l'on peut comprendre comment un homme s'impose à son époque avec tant de force, que l'influence est transmise – par les courants d'énergie sans cesse échangés entre les deux mondes, visible, et invisible – d'âge en âge, jusqu'à ce qu'elle affecte une grande partie du genre humain.

Il serait difficile de dire jusqu'à quel point les auteurs de Unseen Universe (l'Univers invisible) se sont laissés aller à penser dans cette direction ; mais on peut conclure qu'ils n'ont pas dit tout ce qu'ils auraient pu dire, en lisant le passage suivant :

"Qu'on l'envisage comme l'on voudra, les propriétés de l'éther sont, sans aucun doute, d'un ordre bien plus élevé dans le champ de la nature, que celles de la matière pondérable. Or, comme même les grands prêtres de la science trouvent encore ces dernières bien au-dessus de leur compréhension, sauf dans des cas particuliers, nombreux, mais de minime importance,  et souvent isolés, il ne nous siérait point de pousser plus loin nos spéculations. Il est suffisant pour le but que nous avons en vue, de savoir, d'après ce que l'éther fait, qu'il est capable d'infiniment plus de choses que l'on ne s'est encore hasardé à le dire."

Une des plus intéressantes découvertes des temps modernes est celle de la faculté, qui permet à une certaine catégorie de personnes sensitives de recevoir, d'un objet quelconque placé dans leurs mains ou appliqué sur leur front, des impressions sur le [255] caractère ou l'aspect de l'individu ou de l'objet, avec lequel il a été antérieurement en contact. Ainsi, un manuscrit, un tableau, un vêtement, un bijou – quelle qu'en soit l'antiquité, montre au sujet une image vivace de l'écrivain, du peintre ou de  la personne qui en a été porteur, même quand il aurait vécu du temps de Ptolémée ou d'Enoch. Bien plus, un fragment d'un  édifice ancien rappellera son histoire, et même les scènes qui se sont passées dans son enceinte, ou dans son voisinage. Un morceau de minerai provoquera la vision d'âme de l'époque où il était en voie de formation. Cette faculté est appelée par celui qui l'a découverte – M. Buchanan de Louisville, Kentucky – psychométrie. C'est à lui que le monde est redevable de cette importante addition aux sciences psychologiques ; et c'est à lui, peut-être, quand le scepticisme aura été terrassé par une telle accumulation de faits, que la postérité devra élever une statue. En annonçant au public sa grande découverte, le professeur Buchanan, s'en tenant au pouvoir que présente la psychométrie de dessiner le caractère de l'homme, dit : "L'influence mentale et physiologique accordée à l'écriture paraît être indestructible, car les plus anciens spécimens que nous avons examinés donnaient leurs impressions avec une force et une netteté peu affaiblies par le temps. D'anciens manuscrits, exigeant un antiquaire pour en déchiffrer  les étranges caractères, étaient facilement interprétés par la puissance psychométrique... La faculté de conserver l'empreinte du mental n'est point limitée à l'écriture. Les dessins, les tableaux, tout ce sur quoi la pensée, la volonté ou le contact d'un homme s'est fixé vient s'enchaîner intimement à cette pensée, à cette vie, de façon à les rappeler au mental d'un autre, lorsqu'il y a contact."

Sans pouvoir apprécier exactement, au début de sa grande découverte, toute la portée de ses paroles prophétiques, le professeur ajoute "Cette découverte, dans son application aux arts et à l'histoire, ouvrira une mine, de savoir intéressant." 311

L'existence de cette faculté fut expérimentée pour la première fois en 1841. Elle a été vérifiée depuis par mille psychomètres, dans différentes parties du monde. Elle prouve que tout événement dans la nature – malgré son peu d'importance – laisse son empreinte indélébile sur la nature physique ; et comme il n'y a pas eu une perturbation moléculaire appréciable, la seule déduction possible est que ces images ont été produites par cette force universelle – l'Ether ou lumière astrale. [256]

Dans son charmant livre intitulé The soul of Things (L'âme  des choses) le professeur Denton (géologue) 312 entre, avec grands détails, dans la discussion de cette question. Il donne une multitude d'exemples du pouvoir psychométrique, que Mrs. Denton possède à un degré très marqué. Un fragment de la maison de Cicéron à Tusculum, lui permit de décrire, sans avoir la moindre connaissance de la nature de l'objet qu'on plaçait sur son front, non seulement l'emplacement du grand orateur romain, mais encore ce qui se rapportait au précédent propriétaire de la maison, Cornélius Sulla Felix, habituellement connu comme Sulla le dictateur. Un fragment de marbre de l'ancienne Eglise Chrétienne de Smyrne fit apparaître devant elle l'assemblée des fidèles et les prêtres officiant. Des fragments apportés de Ninive, de Chine, de Jérusalem, de Grèce, du mont Ararat et d'autres endroits, lui représentèrent des scènes de la vie de personnages divers dont les cendres ont disparu depuis des milliers d'années. Dans bien des cas, M. Denton vérifia ces  renseignements, annales historiques en main. Mieux que cela, un morceau de squelette ou de dent de quelque animal antédiluvien permit à la voyante d'apercevoir la créature, telle qu'elle était de son vivant, et même de vivre pendant quelques instants, de sa vie, et d'éprouver ses sensations. Devant l'enquête du psychomètre, les replis les plus cachés du domaine de la nature dévoilent leurs secrets ; et les événements des époques les plus reculées rivalisent d'éclat, d'impression avec les circonstances passagères d'hier.

311 J.R. Buchanan M.D. Outlines of Lectures on the Neurological System of Anthropology.

312 W. et Elisabeth M.F. Denton. The soul of Things or Psychometric Researches and Discoveries. Boston, 1873.

 

L'auteur dit dans le même ouvrage : "Pas une feuille ne tremble, pas un insecte ne rampe, pas une vague ne se meut, sans que chacun de ces mouvements ne soit enregistré par mille scribes fidèles, dans des écrits infaillibles et indélébiles. Et cela est vrai de tous temps. Dès l'aurore de ce globe naissant, lorsqu'un rideau de vapeurs flottait encore autour de son berceau, jusqu'à ce jour, la nature n'a cessé de photographier toute chose. Quelle galerie de tableaux que la sienne !

Il nous semble impossible d'imaginer que les scènes qui ont eu lieu dans l'ancienne Thèbes ou dans quelque temple des temps préhistoriques ne soient photographiées que sur la substance de certains atomes. Les images des événements sont incrustées dans ce milieu universel, pénétrant tout, et conservant tout, que les philosophes nomment "l'Ame du Monde", et que M. Denton qualifie "d'Ame des Choses". Le psychomètre, en appliquant un fragment d'une substance à son front, met son soi intérieur en relation avec l'âme intime de l'objet qu'il manie. Il est maintenant [257] admis que l'Æther universel interpénètre toutes choses dans la nature, même les plus denses. On commence à admettre aussi qu'il conserve les images de toutes les choses qui surviennent. Lorsque le psychomètre examine son spécimen, il est mis en contact avec le courant de lumière astrale qui est en relation avec ce spécimen, et qui conserve les tableaux des scènes associées à son histoire. Ces scènes, d'après Denton, défilent devant ses yeux avec la vitesse de la lumière ; l'une après l'autre elles s'amoncellent l'une sur l'autre si rapidement, que c'est seulement par  un acte énergique de la volonté qu'il en retient une dans le champ de sa vision, assez longtemps pour pouvoir la décrire.

Le psychomètre est clairvoyant ; cela veut dire qu'il voit avec l'œil intérieur. A moins que sa force de volonté ne soit très puissante, à moins qu'il ne se soit pleinement entraîné à ce genre particulier de phénomène, et que sa connaissance des aptitudes de sa vue ne soit profonde, ses perceptions des lieux, des personnes et des événements doivent être nécessairement très confuses. Mais dans le cas de magnétisation, dans lequel cette même faculté de clairvoyance est développée, l'opérateur, dont la volonté domine le sujet, peut forcer celui-ci à concentrer son attention sur un tableau spécial, assez longtemps pour en observer tous les plus minutieux détails. De plus, sous la direction d'un magnétiseur expérimenté, le voyant dépasse le psychomètre naturel, dans la prévision des événements futurs qui se présentent à lui plus distincts et plus clairs. Si l'on objecte l'impossibilité de percevoir "ce qui n'existe pas",  nous poserons cette question : Pourquoi est-il plus impossible de voir ce qui sera que de rappeler la vue de ce qui est passé et n'est plus ? D'après la doctrine des Cabalistes, l'avenir existe dans la lumière astrale à l'état d'embryon, comme le présent existait dans le même état dans le passé. Tandis que l'homme est libre d'agir comme il lui plaît, la façon dont il usera de sa liberté était connue d'avance, et de tout temps ; non point, sur le terrain du fatalisme ou de la destinée, mais simplement en vertu du principe de l'harmonie universelle immuable ; de la même façon qu'on peut savoir à l'avance que, lorsqu'une note musicale est frappée, ses vibrations ne se changeront pas en celles d'une autre note. De plus, l'éternité ne peut avoir ni passé, ni futur, mais seulement le présent ; de même que l'espace illimité, dans le sens strict du mot, ne peut avoir d'endroits rapprochés ou éloignés. Nos conceptions limitées au champ étroit de notre expérience cherchent à déterminer, sinon une fin, du moins un commencement au temps et à l'espace ; mais rien de tout cela n'existe en réalité ; car s'il en était autrement, le temps ne serait pas éternel ni l'espace illimité. Le passé n'existe pas plus que l'avenir, ainsi que nous l'avons dit ; ce qui survit, c'est notre [258] mémoire : et nos souvenirs ne sont que les aperçus que nous saisissons de ce passé dans les courants de la lumière astrale, de même que le psychomètre les saisit dans les émanations astrales de l'objet qu'il tient.

Le professeur Hitchcock, parlant des influences de la lumière sur les corps et de la formation d'images sur ceux-ci, grâce à elle, dit : "Il semble que cette influence photographique pénètre toute la nature, sans que nous puissions dire où elle s'arrête. La seule chose que nous sachions, c'est qu'elle peut imprimer nos traits sur le monde qui nous entoure, en reproduire les modifications que la passion leur fait subir et remplir ainsi la nature de daguerréotypes de toutes nos actions... il peut se faire aussi qu'il y ait des procédés par lesquels la nature plus habile que n'importe quel photographe, tire et fixe ces portraits de façon que des sens plus perçants que les nôtres les aperçoivent comme s'ils se reproduisaient sur une grande toile tendue sur l'univers matériel. Peut-être, aussi, ne s'effacent-ils jamais de la toile et deviennent-ils les échantillons de la grande galerie  de tableaux de l'éternité." 313

313 Religion of Geology.

 

Ce "peut-être" du professeur Hitchcock a été transformé, depuis,  par la démonstration de la psychométrie, en triomphante certitude. Ceux qui comprennent ces facultés psychologiques et clairvoyantes critiqueront sans doute  la  notion  du  professeur  Hitchcock,  et  diront  que  des  sens  plus perçants que les nôtres sont nécessaires pour voir ces tableaux sur sa toile cosmique supposée et soutiendront qu'il aurait dû borner ses restrictions aux sens externes du corps. L'esprit humain, faisant partie de l'Esprit immortel Divin, n'apprécie ni passé, ni avenir, mais voit toutes choses comme dans le présent. Les daguerréotypes dont il est parlé ci-dessus sont imprimés sur la lumière astrale où, nous l'avons déjà dit – et d'accord avec les enseignements hermétiques dont la première partie est déjà acceptée et démontrée par la science – est enregistré tout ce qui a été, ce qui est et ce qui sera.

Dernièrement, quelques-uns de nos érudits ont prêté une attention particulière à une question jusqu'à présent stigmatisée comme "superstitieuse". Ils ont commencé à émettre des opinions au sujet des mondes hypothétiques et invisibles. Les auteurs de Unseen Universe ont été les premiers à prendre courageusement la direction, et déjà ils ont trouvé un partisan dans le professeur Fiske, dont les idées sont consignées dans l'ouvrage intitulé le Unseen World. Evidemment les savants tâtent le terrain douteux du matérialisme, et, le sentant trembler sous leurs pieds, ils se préparent à rendre moins déshonorante leur capitulation, en cas de [259] défaite. Jevons confirme ce que dit Babbage et tous les deux croient fermement que chaque pensée, déplaçant les particules du cerveau et les mettant en mouvement, les répand dans l'univers, et ils pensent que "chaque parcelle de matière existante doit être un registre de tout ce qui est arrivé 314." D'autre part, le Dr Thomas Young, dans ses conférences sur la philosophie naturelle, nous engage très fortement "à spéculer librement sur la possibilité de mondes indépendants ; quelques-uns existant dans différentes parties, d'autres s'interpénétrant les uns les autres, invisibles et inconnus, dans le même espace, et d'autres encore, auxquels l'espace n'est peut-être pas un mode nécessaire d'existence". 315

314 Principes of Science, vol. II, p. 455.

315 Principes of Science, vol. II, p. 455.

 

Si les savants, partant d'un point de vue strictement scientifique, tel que la possibilité de la transmission de l'énergie au monde invisible et le principe de la continuité se permettent de telles spéculations, pourquoi refuserait-on aux occultistes et aux spirites le même privilège ? D'après la science, les impressions produites sur une surface de métal poli sont imprimées  et  peuvent  être  conservées  pendant  un  temps  indéfini ;  et Draper démontre le fait très poétiquement. "Une ombre", dit-il, "ne tombe jamais sur un mur sans y laisser une trace permanente, trace qu'on pourrait rendre visible en recourant à des procédés convenables. Les portraits de nos amis ou les paysages restent invisibles sur la plaque sensible, mais  ils y apparaissent aussitôt qu'on la met dans un révélateur. Un spectre est invisible sur une surface métallique ou polie jusqu'à ce que notre nécromancie le fasse venir dans le monde visible. Sur les murs de nos appartements les plus privés, là où nous croyons que tout regard indiscret est exclu et que notre retraite ne peut être profanée, existe le vestige de toutes nos actions, des silhouettes de tout ce que nous avons fait". 316

Si une empreinte indélébile peut ainsi être produite sur la matière inorganique, si rien n'est perdu ou ne sort complètement de l'existence dans l'univers, pourquoi cette levée de boucliers contre les auteurs de Unseen Universe ? Sur quoi s'appuient les savants pour repousser l'hypothèse d'après laquelle "la pensée conçue pour affecter la matière d'un autre univers en même temps que celle du nôtre peut expliquer ainsi un -état à venir ?" 317

316 J -W. Draper. Conflict between Religion and Science, p. 132-133.

317 Unseen Universe, p. 159.

 

A notre avis, si la psychométrie est une des plus importantes preuves de l'indestructibilité de la matière, retenant éternellement les empreintes du monde extérieur, la possession de cette faculté par notre vue interne en est encore une plus grande de l'immortalité de l'esprit individuel de l'homme. Capable de discerner les [260] événements qui ont eu lieu il y a des centaines de milliers d'années, pourquoi n'appliquerait-il pas la même faculté à un avenir perdu dans l'éternité, dans laquelle il ne peut y avoir ni passé, ni futur, mais seulement un présent sans limites ?

Malgré les aveux de stupéfiante ignorance sur certaines choses faits par les savants eux-mêmes, ceux-ci persistent à nier l'existence de cette force spirituelle mystérieuse qui se trouve hors de la portée des lois physiques ordinaires. Ils espèrent encore pouvoir appliquer aux êtres vivants les mêmes lois qui, selon eux, régissent la matière inerte. Et ayant découvert ce que les Cabalistes appellent les "purgations grossières" de l'éther – la lumière, la chaleur, l'électricité et le mouvement – ils se sont réjouis de leur bonne fortune, ont compté les vibrations qui produisent les couleurs du spectre et, fiers de leurs exploits, ils refusent de regarder plus loin. Plusieurs hommes de science ont plus ou moins médité sur cette essence protéenne et, incapables de la mesurer avec leurs photomètres, ils l'ont dénommée "un intermédiaire hypothétique d'une grande élasticité et d'une extrême ténuité qui est supposé remplir tout l'espace, sans en excepter l'intérieur des corps solides" et "être le moyen de transmission de la lumière et de la chaleur" (Dictionnaire). D'autres, que nous nommerons les "feux follets" de la science – ses pseudo-rejetons – l'ont examinée également et ils ont même pris la peine, nous disent-ils, de la regarder avec de "puissants microscopes". Mais n'y apercevant ni esprit ni fantôme, et n'ayant non plus rien découvert dans ses vagues traîtresses qui eût un caractère plus scientifique, ils lui ont tourné le dos en traitant tous ceux qui croient à l'immortalité, en général, et les spirites, en particulier, de "fous insensés", de "visionnaires lunatiques" 318, sur un ton plaintif parfaitement adapté à leur piteux échec.

Voici ce que disent les auteurs de Unseen Universe :

"Nous avons chassé hors du monde objectif  l'opération de ce mystère, nommé Vie. L'erreur commise consiste à imaginer que, par ce procédé, on se débarrasse complètement d'une chose ainsi rejetée, et qu'elle disparaît entièrement de l'univers. Or, il n'en est point ainsi. Elle ne disparaît que du petit cercle de lumière, qu'on peut appeler l'univers de la perception scientifique. Appelez cela la trinité du mystère : le mystère de la matière, le mystère de la vie, et le mystère de Dieu et ces trois sont Un." 319

 318 F -R. Marvin. Lecture on Mediomania.

319 Unseen Universe, p. 84 et suivantes.

320 Unseen Universe, p. 89.

 

Partant du principe que "l'univers visible doit certainement finir, en tant qu'énergie transformable et probablement en tant [261] que matière ; partant aussi du principe de la continuité… qui, de son côté, exige la continuation de l'univers...", les auteurs de ce remarquable ouvrage se voient forcés de croire "qu'il existe quelque chose au-delà de ce qui est visible 320… et que le système visible ne constitue pas tout l'univers, mais n'en est peut-être qu'une faible partie". De plus, regardant en arrière aussi bien qu'en avant, à l'origine de cet univers visible, les auteurs soutiennent que, "si cet univers visible est tout ce qui existe, dans ce cas, sa première brusque manifestation est aussi bien une solution de continuité que sa destruction finale". (Art. 85) Par conséquent, comme cette rupture est en conflit avec la loi admise de la continuité, les auteurs arrivent à la conclusion suivante :

"N'est-il pas naturel d'imaginer qu'un univers de cette nature, que nous avons toute raison de croire exister et qui est uni par des liens d'énergie avec l'univers visible, est aussi capable d'en recevoir de l'énergie ?… Ne pouvons-nous considérer l'Ether ou le médium, comme n'étant pas simplement un pont 321 entre un ordre de choses et un autre, mais plutôt comme formant une espèce de ciment, grâce auquel les divers ordres de l'univers sont liés entre eux et ne font plus qu'un seul ? En somme, ce que nous nommons Ether peut n'être point un simple milieu, mais un milieu avec, en plus, l'invisible ordre de choses, de sorte que, lorsque les mouvements de l'univers visible sont transmis dans l'Ether, une partie en est portée comme sur un pont dans l'univers invisible où l'on s'en sert et où on les met en réserve. Mais quoi ! Est- il même nécessaire de retenir cette figure d'un pont ? Pourquoi ne pas dire tout de suite que lorsque l'énergie est transférée de la matière dans l'Ether elle l'est du visible à l'invisible ; Et que lorsqu'elle passe de l'Ether dans la matière c'est de l'invisible qu'elle entre dans le visible ?" (Unseen Universe, art. 198)

Précisément ; et si la Science voulait faire quelques pas de plus dans cette direction et sonder plus sérieusement "le milieu hypothétique", qui sait si l'abîme infranchissable de Tyndall, entre les processus physiques du cerveau et la conscience ne pourrait pas être franchi – au moins intellectuellement – avec une surprenante facilité et en sécurité ? [262]

 321 Que dites-vous de cela ! Des savants éminents du XIXème siècle confirment la sagesse de la fable scandinave citée dans le chapitre précédent. Il y a plusieurs milliers d'années l'idée d'un pont entre les univers visible et invisible a été exprimée allégoriquement par les "païens" ignorants dans "le chant de Völuspa des Eddas" et la "vision de Vala, la prophétesse". Qu'est-ce en effet que le pont de Bifrost, le radieux arc-en-ciel qui conduit les dieux à leur rendez-vous près de la fontaine Urdar, sinon la même idée que celle offerte à l'examen du penseur par les auteurs de Unseen Universe ?

 

Déjà, en 1856, un homme considéré alors comme un savant, le Dr Jobard de Paris, avait certainement les mêmes idées que les auteurs de Unseen Universe au sujet de l'éther, lorsqu'il étonna la Presse et le monde scientifique par la déclaration suivante : "J'ai fait une découverte qui m'effraye : Il y a deux sortes d'électricités ; l'une brutale et aveugle, est produite par les métaux et les acides ;" (La purgation grossière). "l'autre est intelligente et CLAIRVOYANTE !… L'électricité s'est dédoublée dans les mains de Galvani, Nobili et Matteuci. La force brutale du courant a suivi Jacobi, Bonelli et Moncal, tandis que la force intelligente s'est rangée du côté de Bois-Robert, Thilorier et du chevalier Duplanty. La boule électrique ou électricité globulaire contient une pensée qui n'obéit point à Newton ni à Mariotte, et ne suit que ses propres impulsions. Nous avons, dans les Annales de l'Académie, des milliers de preuves de L'INTELLIGENCE de l'étincelle électrique. Mais je m'aperçois que je deviens indiscret. Un pas de plus et j'allais vous dévoiler la clé qui nous permettra de contempler l'esprit universel." 322

322 L'Ami des sciences, mars 2, 1856, p. 67.

 

Ce qui précède, ajouté aux étonnantes confessions de la science et à ce que nous venons de citer de l'Unseen Universe, jette un jour nouveau sur la sagesse des âges depuis longtemps disparus. Dans un des chapitres précédents nous avons fait allusion à une citation de la traduction des Anciens Fragments par Cory dans laquelle on voit qu'un des Oracles Chaldéens exprime exactement la même idée sur l'éther et dans un langage qui ressemble à celui des auteurs d'Unseen Universe. Il dit que toutes choses dérivent de l'æther et que toutes y retourneront ; que les images de toutes choses y sont imprimées de façon indélébile, et qu'il est l'entrepôt des germes et des restes de toutes les formes visibles et même des idées. On dirait que cette circonstance corrobore singulièrement notre assertion que quelles que soient les découvertes que l'on fasse aujourd'hui, elles ont été devancées de plusieurs milliers d'années, par nos "candides ancêtres."

Au point où nous sommes parvenus, l'attitude prise par les matérialistes à l'égard des phénomènes psychiques étant parfaitement définie nous pouvons affirmer sans crainte que si la clé du problème était posée au seuil de "l'abîme", pas un de nos Tyndalls daignerait se baisser pour la ramasser.

 Combien timides paraîtraient à certains Cabalistes ces vains efforts pour résoudre le GRAND MYSTÈRE de l'éther universel ; Quoique bien en avance sur tout ce que les philosophes contemporains ont proposé, les théories mises en avant par les intelligents [263] observateurs de l'Unseen Universe étaient déjà une science familière pour les maîtres de la philosophie hermétique. Pour eux l'éther n'était pas un simple pont reliant les côtés visibles de l'univers, mais en traversant son arche, leur pied hardi suivait la route qui conduit aux portes mystérieuses, que nos penseurs modernes ne veulent ou ne peuvent pas ouvrir.

Plus les recherches des explorateurs modernes sont profondes et plus ils se trouvent en présence des découvertes des anciens. Elie de Beaumont, l'éminent géologue français, ose-t-il risquer une allusion à la circulation terrestre, relativement à quelques éléments de la croûte de la terre, il se trouve devancé par les anciens philosophes. Si nous demandons aux technologistes distingués quelles sont les plus récentes découvertes, au sujet de l'origine des dépôts métallifères, nous voyons l'un d'eux, M. Sterry Hunt, en nous prouvant comment l'eau est le dissolvant universel, énoncer la doctrine professée et enseignée par Thalès il y a plus de deux douzaines de siècles, à savoir que l'eau est le principe de toutes choses. Puis, le même professeur, s'appuyant sur l'autorité de de Beaumont, nous expose la circulation terrestre et les phénomènes chimiques et physiques du monde matériel. Tout en lisant avec plaisir qu'il "n'est point disposé à admettre que, dans les procédés chimiques et physiques, réside tout le secret de la vie organique", nous notons avec encore plus de satisfaction la loyale confession suivante : "A bien des égards, nous pourrions comparer les phénomènes du monde organique à ceux du règne minéral ; et nous apprenons en même temps que ces deux domaines sont tellement connexes et dépendants l'un de l'autre, que nous commençons à entrevoir une certaine vérité dans les connaissances de ces philosophes de l'antiquité, qui étendaient au monde minéral la notion d'une force vitale, ce qui les amenait à parler de la terre comme d'un grand organisme vivant, et à considérer les divers changements dans son air, ses eaux et ses gouffres rocheux, comme autant de processus appartenant à la vie de notre planète."

Toute chose en ce monde doit avoir un commencement. Les savants ont poussé dernièrement les choses si loin, en matière de préjugé, qu'il est étonnant que l'on ait fait cette concession à la philosophie de l'antiquité. Les pauvres, honnêtes éléments primordiaux sont depuis longtemps exilés, et  nos  ambitieux  hommes  de  science  luttent  à  l'envi  pour  décider qui ajoutera un élément de plus à la couvée fraîche éclose des soixante-trois (ou plus) corps simples. En attendant, une véritable guerre se livre en chimie au sujet du vocabulaire. On nous conteste le droit de nommer ces substances des "éléments chimiques", parce qu'elles ne sont pas des "principes primordiaux, ou des essences indépendantes dont [264] est formé l'univers" 323. Ces idées associées au mot élément étaient assez bonnes pour "l'ancienne philosophie de la Grèce" mais la science moderne les repousse ; car, comme le dit M. Cooke, ce sont  des "termes maladroits", et la science expérimentale "ne veut rien avoir à faire avec aucune espèce d'essences sinon celles que nous pouvons voir, sentir ou goûter." Elle ne veut connaître que celles qu'on peut mettre sous les yeux, sous le nez ou dans la bouche ! Elle abandonne les autres aux métaphysiciens.

Aussi, quand Van Helmont nous dit que "bien qu'il soit possible de convertir artificiellement en eau une portion homogène de la terre élémentaire – tout en niant que la nature seule puisse le faire car nul agent naturel n'a le pouvoir de transformer un élément en un autre" ; Lorsqu'il donne pour raison que les éléments restent toujours les mêmes, nous devons croire qu'il est, sinon un ignorant, tout au moins un disciple attardé de la "philosophie surannée de l'ancienne Grèce". Ayant vécu  et étant morts dans la bienheureuse ignorance simples futurs, qu'auraient bien pu faire des soixante-trois corps lui ou son maître Paracelse ? Rien, naturellement, que des spéculations métaphysiques folles, présentées dans l'inintelligible jargon commun à tous les alchimistes de l'antiquité et du moyen âge. Néanmoins, en comparant les notes, nous trouvons ce qui suit dans le plus récent ouvrage sur la chimie moderne : "L'étude de la chimie a révélé une classe extraordinaire de substances, d'aucune desquelles on n'a pu extraire par un procédé chimique quelconque une deuxième substance pesant moins qu'elle. Il n'est point de processus chimique par lequel nous puisions tirer du fer, une substance pesant moins que le métal qui a servi à la produire. En un mot, du fer nous ne pouvons extraire que du fer 324." Il apparaît en outre, suivant le professeur Cooke, qu' "il y a soixante-quinze ans, on ne savait pas qu'il y eût une différence" entre les substances élémentaires et les substances composées, car dans l'antiquité les alchimistes  n'avaient  jamais  conçu  que  "le  poids  est  la  mesure de la matière, et que, mesuré de la sorte, aucune matière ne se perd, mais au contraire, ils croyaient que dans des expériences 325 de ce genre, les substances employées subissaient une transformation mystérieuse... En un mot "on a gaspillé des siècles en vaines tentatives, pour transformer en or les métaux plus vils".

323 Cooke. New Chemistry, p, 113.

324 Cooke. New Chemistry, p. 110-111.

 

Le professeur Cooke, si compétent en matière de chimie moderne, est- il aussi informé sur ce que savaient ou ne savaient pas les alchimistes ? Est-il certain de comprendre le sens du [265] jargon des alchimistes ? Nous ne le sommes pas. Mais comparons ses idées exprimées ci-dessus avec de simples phrases écrites en anglais clair, quoique ancien, et tirées des traductions de Van Helmont et de Paracelse. Nous apprenons, par leurs propres indications, que l'Alkahest  provoque  les  transformations suivantes :

"1° L'alkahest ne détruit jamais les vertus séminales des corps qu'il a dissous ; Ainsi, par son action l'or est réduit en un sel d'or, l'antimoine en un sel d'antimoine, etc., ayant les mêmes vertus séminales, ou caractères, que la matière concrète originale ; 2° Le sujet exposé à son action est converti en ses trois principes, sel, soufre et mercure, et après, en sel seulement, qui devient volatil ensuite et se transforme, à la longue, entièrement en eau claire ; 3° Tout ce qu'il dissout peut être rendu volatil au bain de sable chaud ; et si, après avoir volatilisé le dissolvant, il en est extrait par distillation, le corps reste pur, sous forme d'eau insipide, mais toujours en quantité égale à son soi originel."

Plus loin, nous constatons que Van Helmont, l'ancien, affirme que ce sel dissout les corps les plus réfractaires, en substances ayant les mêmes vertus séminales, "d'un même poids que la matière dissoute" ; et il ajoute : "Ce sel, lorsqu'il a été distillé plusieurs fois (ce que Paracelse indique par l'expression : sal circulatum), perd toute sa fixité, et finit à la longue par devenir une eau insipide, égale en quantité au sel duquel elle a  été formée." 326

 325 Ibid., p. 106.

326 De Secretis Adeptorum. Werdenfelt ; Philalète ; Van Helmont ; Paracelse.

 

L'objection que pourrait faire le professeur Cooke, aux expressions hermétiques, en faveur de la science moderne, pourraient également s'appliquer aux écritures hiératiques égyptiennes, à savoir  qu'elles masquent ce qu'elles veulent cacher. S'il voulait profiter des travaux du passé, il devrait s'adresser à un cryptographe, et non à un satirique. Paracelse, comme tous les autres, a épuisé son génie à des transpositions de lettres et à des abréviations de mots et de phrases. Par exemple lorsqu'il écrit sutratur il veut dire tartre et par mutrin il veut dire nitrum, et ainsi de suite. Les prétendues explications de la signification de l'alkahest sont sans fin. Quelques-uns s'imaginaient que c'était un sel alcalin de tartre ; d'autres qu'il désignait l'Algeist, mot allemand, qui veut dire tout esprit ou spiritueux. Paracelse appelait habituellement sel "le centre de l'eau, dans laquelle les métaux doivent périr". Cela a suscité les plus absurdes suppositions et quelques personnes, comme Glauber, ont pensé que l'alkahest était l'esprit du sel. C'est être bien téméraire que d'affirmer que Paracelse et ses collègues ignoraient la nature des corps élémentaires et des corps composés ; [266] ils n'étaient peut-être pas désignés les mêmes noms qui sont de mode aujourd'hui, mais qu'ils les ont connus c'est un fait démontré par les résultats obtenus. Qu'importe le nom sous lequel Paracelse a désigné le gaz qui se dégage lorsque le fer est dissous dans l'acide sulfurique, puisqu'il est reconnu, même par nos princes de la science, comme l'inventeur de l'hydrogène ? 327 Son mérite est le même ; et quoique Van Helmont ait dissimulé sous le nom de "vertus séminales", sa connaissance du fait que des substances élémentaires ont leurs propriétés originales, que leur combinaison avec d'autres ne modifie que temporairement – et ne détruit jamais – il n'en est pas moins le plus grand chimiste de son temps, pouvant marcher de pair avec les savants modernes. Il affirmait que l'aurum potabile pouvait être obtenu avec l'alkahest, en convertissant la substance entière de l'or en sel, qui conserve ses vertus séminales et est soluble dans l'eau. Lorsque les chimistes apprendront ce qu'il entendait par aurum potabile, alkahest, sel et vertus séminales – ce qu'il entendait réellement, et non point ce qu'il prétendait vouloir dire ; ni ce que l'on a pensé qu'il entendait – alors, mais alors seulement, ils pourront avec sécurité, prendre ces airs dédaigneux  qu'ils ont pour les philosophes du feu, et les anciens maîtres, dont ils écoutaient respectueusement les enseignements mystiques. Une chose est claire, en tout  cas.  Dans  sa  forme  simplement  exotérique,  le  langage  de Van Helmont montre qu'il comprend la solubilité des substances métalliques dans l'eau, dont Sterry Hunt fait la base de sa théorie, des dépôts métallifères. Quels termes inventeraient nos savants contemporains pour dissimuler, tout en la révélant à moitié, leur audacieuse proposition, que le "seul Dieu de l'humanité est la matière périssable de son cerveau", si dans les caves de la Cour d'appel ou de la cathédrale, il y avait une chambre de torture, où le premier juge ou cardinal venu pourrait les envoyer à son gré.

327 Chemistry, par Youmans, p. 169 ; et Inorganic Chemistry, de W.-B. Kemshead, F.R.A.S.

328 Origin of Metalliferous Deposits.

 

Le professeur Sterry Hunt dit, dans une de ses conférences 328 : "Les alchimistes cherchaient en vain un dissolvant universel ; mais nous savons aujourd'hui que l'eau aidée en certains cas, par la chaleur, la pression, ou l'addition de certaines substances largement répandues, telles que l'acide carbonique, les carbonates et les sulfures alcalins, dissout les corps les plus insolubles ; de sorte qu'elle, pourrait, après tout, être considérée comme l'alkahest, ou le dissolvant universel tant cherché".

Cela ressemble fort à une paraphrase de Van Helmont ou de Paracelse lui-même ! Ils connaissaient aussi bien que les chimistes [267] modernes les propriétés dissolvantes de l'eau, et qui plus est, ils ne s'en cachaient pas ; ce qui prouve que, pour eux, ce n'était pas leur solvant universel. Beaucoup de commentaires et de critiques de leurs ouvrages existent encore et il n'y a guère d'ouvrage sur la question où on ne trouve au moins une de leurs propositions, dont ils n'ont jamais cherché à faire un mystère. Voici ce que nous lisons dans un ancien livre sur les alchimistes – une satire en plus – de 1820, écrite au commencement du siècle, c'est-à-dire, à une époque où les nouvelles théories sur la puissance chimique de l'eau étaient à peine à l'état d'embryon.

"Une chose contribuera peut-être à jeter un certain jour sur la question, c'est que Van Helmont, aussi bien que Paracelse considéraient l'eau comme l'instrument (l'agent) universel de la chimie – et de la philosophie naturelle ; et la terre, comme la base immuable de toutes choses – que le feu était considéré comme la cause suffisante de toutes choses – que les empreintes séminales étaient comprises dans le mécanisme de la terre – que l'eau, en dissolvant cette terre, et, en fermentant  avec  elle  à  l'aide  du  feu  produit toutes choses ; et que de là proviennent les règnes animal, végétal et minéral 329."

Les alchimistes comprennent parfaitement le pouvoir universel de l'eau. Dans les œuvres de Paracelse, de Van Helmont, de Philalèthes, de Pantatem, de Tachenius, et même de Boyle, "la grande caractéristique de l'alkahest de dissoudre et de modifier tous les corps sublunaires, l'eau seule exceptée", est très explicitement exprimée. Faut-il croire que  Van Helmont, dont le caractère privé était irréprochable, et dont le grand savoir était universellement, reconnu, ait solennellement déclaré qu'il était en possession du secret, si ce n'était que vantardise 330 ?

329 John Bumpus. Alchemy and the Alkahest, 85, J.S.F., édition de 1820.

330 Voir les ouvrages de Boyle.

 

Dans un discours prononcé dernièrement à Nashville (Tennessee), le professeur Huxley pose une règle relative à la validité du témoignage humain comme base de l'histoire et de la science, que nous sommes tous prêts à appliquer au cas présent. "Il est impossible, dit-il, que notre vie pratique ne soit pas plus ou moins influencée par les idées que nous nous faisons sur l'histoire passée des choses. L'une d'elles est le témoignage humain sous ses différentes formes, toutes les attestations des témoins oculaires, la transmission par la bouche même de ceux qui ont assisté aux événements, le témoignage de ceux qui ont consigné leurs impressions par l'écrit ou l'imprimé... En lisant les Commentaires de César, dans tous les passages où il raconte ses batailles avec les Gaulois, on se fie, dans une certaine mesure à ses dires. On accepte [268] son témoignage. On est convaincu que César n'aurait pas fait ces déclarations, s'il n'était pas persuadé de leur exactitude."

Eh bien, nous ne saurions logiquement admettre que la règle philosophique de M. Huxley soit appliquée d'une manière partiale à César. Ou ce personnage était naturellement  véridique,  ou  naturellement menteur ; Et puisque M. Huxley a réglé ce point à sa propre satisfaction, en ce qui concerne les faits militaires historiques, nous prétendons que César est aussi un témoin compétent et digne de foi, pour les augures, les devins et les faits psychologiques. Il en est de même d'Hérodote et des autres autorités antiques qui, à moins d'être, par leur nature même, dignes de foi, ne devraient pas inspirer confiance, même pour les affaires civiles ou militaires. Falsus in uno, falsus in omnibus. Et, par conséquent, si  nous pouvons nous fier à eux, au sujet des choses physiques, nous devons aussi le faire pour les choses spirituelles ; car suivant le professeur Huxley la nature humaine était la même dans les temps anciens qu'elle l'est de nos jours. Les hommes d'intellect et de conscience d'alors ne mentaient pas pour le plaisir de tromper ou de mystifier la postérité.

La probabilité que de tels hommes aient dénaturé les faits étant ainsi nettement écartés par un homme de science, nous ne voyons pas la nécessité de discuter ce point quant à Van Helmont et son illustre, mais malheureux maître, le tant décrié Paracelse. Deleuze tout en signalant dans les œuvres de Van Helmont beaucoup d'idées mythiques et illusoires – peut-être uniquement parce qu'il ne les comprenait pas – lui reconnaît néanmoins une vaste science, un "jugement pénétrant", et il dit en même temps qu'il a donné au monde de "grandes vérités". "Il fut le premier, ajoute-t-il, à donner le nom de gaz aux fluides éthérés. Sans lui, il est probable que l'acier n'eut pas donné une nouvelle impulsion à la science. 331" Quelle doctrine des probabilités faut-il appliquer pour nous rendre compte que des expérimentateurs capables de résoudre et de recombiner des substances chimiques, ainsi qu'on admet qu'ils ont fait, aient ignoré la nature des corps élémentaires, leurs énergies de combinaison, et le ou les dissolvants qui les désagrègent quand on le veut ?

 331 Deleuze. De l'opinion de Van Helmont sur la cause, la nature et les effets du magnétisme. Anim., vol. I, p. 45 et vol. II, p. 198.

 

Ce serait tout différent si ce n'était que des théoriciens, et notre argument perdrait de sa force ; mais les découvertes chimiques qui leur sont reconnues à regret, de l'aveu même de leurs plus cruels ennemis, nous donnent le droit de tenir un langage beaucoup plus énergique que celui que nous avons employé, dans la crainte d'être taxés de partialité. Et comme cet ouvrage est du [269] reste basé sur l'idée qu'il existe une nature plus élevée chez l'homme, et que ses facultés morales et  intellectuelles devraient être appréciées psychologiquement, nous n'hésitons pas à affirmer que, puisque Van Helmont a "solennellement" déclaré qu'il connaissait le secret de l'alkahest, aucun critique moderne n'a le droit de le traiter de menteur ou de visionnaire, avant de savoir quelque chose de plus certain sur la nature de ce menstruum universel allégué.

 "Les faits sont têtus", remarque M. A.-R. Wallace, dans sa préface de Miracles and Modern Spiritualism. 332 C'est pour cela que, comme les faits doivent être nos plus puissants alliés, nous apporterons tous ceux que les "miracles" de l'antiquité et des temps modernes nous fourniront. Les auteurs de Unseen Universe ont démontré scientifiquement la possibilité de certains prétendus phénomènes psychologiques, au moyen de l'éther universel. Wallace a prouvé que le catalogue entier des allégations contraires, y compris les sophismes de Hume, sont indéfendables en face de la stricte logique. M. Crookes a offert au monde des sceptiques ses propres expériences qui durèrent plus de trois ans avant qu'il ne fût convaincu par la preuve la plus indiscutable, celle de ses propres sens. On pourrait dresser une liste de savants, qui ont témoigné dans ce sens. Et Camille Flammarion, le réputé astronome français, auteur de beaucoup d'ouvrages qui, aux yeux des sceptiques, le feront classer parmi les "dupes", avec Wallace, Crookes et Hare, confirme nos paroles dans le passage suivant :

332 A -R. Wallace. An Answer to the Arguments of Hume, Lecky, etc., against miracles.

 

"Je n'hésite pas à affirmer ma conviction basée sur un examen personnel de la question, que tout savant qui déclare impossibles les phénomènes dénommés magnétiques, somnambuliques, médiumniques et autres inexpliqués par la science, parle sans savoir ce dont il parle ; tout homme habitué aux observations scientifiques, s'il n'est pas prévenu par une opinion préconçue, et si sa lucidité mentale n'est pas obscurcie par une illusion contraire, malheureusement trop commune dans le monde de la science, qui consiste à imaginer que toutes les lois de la nature nous sont déjà connues, et que tout ce qui dépasse les limites de nos formules actuelles est impossible, un tel homme est en droit d'exiger une certitude radicale et absolue de la réalité des faits auxquels il est fait allusion."

Dans Notes of an Enquiry into the Phenomena called spiritual, à la page 101, M. Crookes cite M. Sergeant Cox qui, après avoir donné à cette force inconnue le nom de psychique, l'explique en [270] ces termes : "Comme l'organisme est lui-même dans sa structure mue et dirigé par une force qui est ou qui n'est pas contrôlée par l'âme, l'esprit, ou le mental,  qui constitue l'être individuel que nous appelons "l'homme", on est de même en droit de conclure que la force qui est la cause des mouvements, en dehors des limites du corps, est la même que celle qui produit le mouvement en dedans de ces mêmes limites. Et comme la force extérieure est souvent dirigée par l'intelligence, c'est une conclusion également raisonnable que l'intelligence directrice de cette force extérieure est la même que celle qui dirige la force intérieurement".

Pour mieux comprendre cette théorie, nous la diviserons en quatre propositions, pour montrer ce que croit M. Sergeant Cox :

  1. Que la force qui produit les phénomènes physiques provient du médium (et par conséquent est engendrée en lui).
  2. Que l'intelligence, qui dirige la force pour la production des phénomènes (a), peut quelquefois être différente de celle du médium ; mais la "preuve" de ce fait est "insuffisante", et par conséquent (b) il est probable que l'intelligence dirigeante  est celle du médium lui-même. M. Cox appelle cela une "conclusion raisonnable".
  3. Que la force qui fait mouvoir la table est identique à celle qui fait mouvoir le corps du médium lui-même.
  4. Il combat énergiquement la théorie ou plutôt l'affirmation spirite, que les "esprits des morts sont les seuls agents de la production de tous les phénomènes".

Avant de poursuivre notre analyse de ces idées, nous devons rappeler au lecteur que nous nous trouvons placé entre les deux extrêmes, représentés par deux partis – les croyants et les incroyants à cette intervention d'esprits humains. Aucun des deux ne paraît en mesure de trancher la question posée par M. Cox : car, tandis que les spirites se montrent tellement gobeurs dans leurs crédulité, qu'ils en sont arrivés à croire que tout bruit et tout mouvement dans une séance est produit par des êtres humains désincarnés, leurs antagonistes nient dogmatiquement que rien ne peut être produit par des "esprits", parce qu'il n'y en a pas. Par conséquent ni les uns ni les autres ne se trouvent en situation d'examiner la question sans parti pris.

 S'ils considèrent la force "qui produit le mouvement dans le corps", et celle qui "occasionne les mouvements en dehors des limites du corps" comme étant de même essence, ils peuvent être dans le vrai. Mais là s'arrête l'identité de ces deux forces. Le principe de vie qui anime le corps de M. Cox est de la même [271] nature évidemment que celui de son médium ; et cependant il n'est pas le médium, pas plus que celui-ci n'est M. Cox.

Cette force que, pour plaire à M. Cox et à M. Crookes, nous pouvons tout aussi bien nommer psychique qu'autrement, procède par et non point du médium individuel. Si elle procédait de lui, elle serait engendrée en lui, et nous sommes prêts à montrer qu'il ne peut pas plus en être ainsi, dans les cas de lévitation des corps humains, de déplacement de meubles ou autres objets, sans contact, que dans les cas où cette force fait preuve de raison et d'intelligence. C'est un fait bien connu des médiums et des spirites que, plus le médium est passif meilleure est la manifestation ; Et, chacun des phénomènes en question exige une volonté consciente pré-déterminée. Dans les cas de lévitation, il nous faudra admettre que cette force autogénérée soulèverait la masse inerte, la dirigerait en l'air, et la redescendrait, en évitant les obstacles, et par conséquent, en faisant preuve d'intelligence, tout en agissant d'une façon automatique, le médium restant tout le temps passif. S'il en était ainsi, le médium serait un magicien conscient, et toute prétention à n'être qu'un instrument passif entre les mains d'intelligences invisibles serait inutile. Autant soutenir qu'une quantité suffisante de vapeur pour remplir une chaudière sans la faire éclater la ferait s'élever dans les airs ; ou qu'une bouteille de Leyde, chargée d'électricité, pourrait triompher de l'inertie de cette bouteille ou autre absurdité mécanique. Toutes les analogies semblent indiquer que la force qui agit en présence du médium sur des objets extérieurs provient d'une source qui est derrière le médium lui-même. Nous pourrions la comparer à l'hydrogène qui a raison de l'inertie du ballon. Le gaz, sous la direction d'une intelligence, s'accumule dans le récipient en volume suffisant pour vaincre l'attraction de la masse d'ensemble. C'est d'après le même principe que cette force fait mouvoir les meubles et accomplit d'autres manifestations : et bien qu'identique, dans son essence, avec l'esprit astral du médium, cela ne peut être uniquement son esprit, parce que celui-ci demeure dans une sorte de torpeur cataleptique lorsque la médiumnité est authentique. Donc la première des assertions de M. Cox paraît fondée sur une hypothèse mécaniquement insoutenable. Comme de juste, notre argumentation part de l'hypothèse que le cas de lévitation est un fait bien observé. La théorie de la force psychique pour être parfaite, doit pouvoir expliquer tous les "mouvements visibles… des substances solides", et la lévitation en fait partie.

Quant au second point, nous nions que "la preuve soit insuffisante" que la force qui produit les phénomènes est quelquefois dirigée  par d'autres intelligences que le mental du "psychique". Au contraire, il y a une telle abondance de témoignages pour [272] montrer que l'intelligence du médium, dans la majorité des cas, n'a rien à voir avec les phénomènes, que nous ne pouvons laisser l'assertion de M. Cox sans la relever.

Nous envisageons sa troisième proposition comme également illogique ; car, si le corps du médium n'est pas le générateur, mais simplement le canal de la force qui produit les phénomènes – question sur laquelle les recherches de M. Cox ne jettent aucune lumière – il ne s'ensuit pas que, parce que "l'âme, l'esprit ou le mental" du médium dirigent son organisme, ce soit "l'âme, l'esprit ou le mental" du médium qui soulève une chaise, ou frappe des coups correspondant aux lettres de l'alphabet.

Quant à la quatrième proposition, savoir que "les esprits des morts sont les seuls agents dans la production de tous les phénomènes", nous n'avons pas besoin de nous en occuper pour le moment, parce que nous traitons longuement, dans d'autres chapitres, la nature des esprits qui produisent les manifestations médiumniques.

Les philosophes, et en particulier ceux qui étaient  initiés aux Mystères, soutenaient que l'âme astrale est le duplicata impalpable de la forme extérieure grossière, que nous appelons le corps. C'est le périsprit d'Allan Kardec, et la forme spirituelle des spirites. Au-dessus de ce double interne, et l'illuminant comme un chaud rayon de soleil éclaire la terre, dans laquelle il fait fructifier le germe, dont il appelle à la vie spirituelle les qualités latentes qui y dorment, plane l'esprit divin. Le périsprit astral est contenu et confiné dans le corps physique, comme l'éther dans un flacon, ou le magnétisme dans le fer aimanté. C'est un centre et un moteur de force alimenté par les réserves universelles de force, et mis en mouvement par les mêmes lois générales qui emplissent la nature, et produisent tous les phénomènes cosmiques. Son activité inhérente occasionne les incessantes opérations physiques de l'organisme animal, et comme résultat final, sa destruction par usure et son propre départ. Il est le prisonnier, et non point l'habitant volontaire du corps. Il a un penchant si marqué pour la force extérieure universelle, qu'après avoir usé son enveloppe, il en sort pour aller vers elle. Plus l'enveloppe corporelle qui l'enserre est robuste, grossière et matérielle, et plus longue la durée de l'emprisonnement. Quelques personnes naissent avec des organisations si exceptionnelles, que la barrière qui empêche toute communication avec le monde de la lumière astrale, peut être facilement levée pour eux, si bien que leurs âmes peuvent voir ce monde, et même y passer, et en revenir. Celles qui le font consciemment et à volonté sont appelées magiciens, hiérophantes, voyants, adeptes ; celles qui le font, soit par le fluide d'un magnétiseur, soit par les "esprits", sont des "médiums". L'âme astrale, une fois [273] la barrière ouverte, est si puissamment attirée par l'aimant astral universel, que, quelquefois, elle entraîne avec elle son enveloppe, qu'elle tient ainsi suspendue en l'air, jusqu'à ce que le poids de la  matière l'emporte de nouveau, et que le corps redescende sur la terre.

Chaque manifestation objective, qu'elle consiste dans le mouvement d'un membre ou dans celui de quelque corps inorganique, exige deux conditions : volonté et force – plus la matière, ou ce qui rend visible à nos yeux l'objet mû de la sorte ; Et ces trois facteurs sont tous des forces convertibles, et constituent la corrélation des forces des savants. Elles sont à leur tour dirigées, ou plutôt adombrées par l'intelligence Divine, que ces hommes ignorent si soigneusement, mais sans laquelle le plus léger mouvement du plus humble vermisseau ne pourrait avoir lieu. Le plus simple comme le plus commun de tous les phénomènes – le bruissement des feuilles qui tremblent au léger contact de la brise – exige un constant exercice de ces facultés. Les savants peuvent bien les nommer lois cosmiques, immuables et fixes. Mais au-delà de ces lois, il nous faut chercher la cause intelligente qui, les ayant créées et mises en action, leur a infusé l'essence de sa propre conscience. Que nous la nommions Cause première, volonté universelle, ou Dieu, elle doit toujours produire de l'intelligence.

Et maintenant, qu'il nous soit permis de demander comment une volonté peut se manifester à la fois d'une  façon  intelligente  et inconsciente ? Il est difficile, sinon impossible, de concevoir l'intellection séparée de la conscience. Par conscience, nous n'entendons pas nécessairement une conscience physique ou corporelle. La conscience est une qualité du principe qui sent, ou, en d'autres termes, de l'âme ; Et souvent  celle-ci  déploie  une  grande  activité,  même  quand   le corps sommeille, ou lorsqu'il est paralysé. Lorsque nous levons machinalement le bras, nous pouvons croire que nous le faisons inconsciemment, parce que nos sens superficiels ne peuvent apprécier l'intervalle entre le projet et son exécution. Toute latente qu'elle soit pour nous, notre volonté vigilante a émis une force, et mis la matière en mouvement. Il n'y a rien dans la nature du plus banal des phénomènes médiumniques pour rendre plausible la théorie de M. Cox. Si l'intelligence manifestée par cette force n'est pas une preuve qu'elle appartient à un esprit désincarné, elle démontre encore moins qu'elle est sortie inconsciemment du médium ; M. Crookes lui- même nous parle de cas où l'intelligence n'aurait pu venir de personne dans la pièce, comme dans l'exemple où le mot however, caché par son doigt, et qu'il ignorait lui-même, fut correctement écrit par la planchette 333. Il n'y a pas [274] d'explication : la seule hypothèse admissible, si nous excluons l'intervention du pouvoir d'un esprit, est que la faculté de clairvoyance était mise en jeu. Mais les savants n'admettent pas la clairvoyance ; et si, pour échapper à la désagréable alternative d'attribuer les phénomènes à une cause spirite, ils nous accordent la clairvoyance, il leur faut soit accepter l'explication cabalistique de cette faculté, soit réussir ce que jusqu'à présent on n'a pu faire, présenter une théorie nouvelle qui cadre avec ces faits.

333 Crookes. Researches, p. 96.

 

De plus, si pour les besoins de l'argumentation, on admettait que, dan§ le cas de M. Crookes, le mot however a pu être lu grâce à la clairvoyance, que dira-t-on des communications médiumniques ayant un caractère prophétique ? Y a-t-il une théorie de l'impulsion médiumnique, qui explique l'aptitude à prédire des événements qui échappent aux connaissances possibles tant de celui qui parle, que de celui qui écoute ?

M. Cox devra essayer encore.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, la force psychique moderne, et les fluides oraculaires de l'antiquité, terrestres ou sidéraux, sont identiques, en essence – simplement une force aveugle. Tel est l'air. Et tandis que, dans un dialogue, les ondes sonores produites par la conversation des interlocuteurs affectent le même air, cela n'implique aucun doute sur la présence de deux personnes qui conversent. Est-il raisonnable de dire que, lorsqu'un agent commun est employé par un médium et un "esprit", pour communiquer, il ne doit y avoir qu'une seule intelligence à manifester. Comme  l'air  est  nécessaire  pour  l'échange  mutuel  des  sons,  de  même certains courants de lumière astrale, ou éther, dirigés par une Intelligence, sont nécessaires pour la production des phénomènes dits spirites. Mettez deux interlocuteurs dans une machine pneumatique vide d'air, et, s'ils pouvaient y vivre, leurs paroles resteraient des pensées inarticulées, car il n'y aurait point d'air en vibration, et, par conséquent, pas d'ondes pour arriver à leurs oreilles. Mettez le médium le plus doué dans  une atmosphère isolante, comme celle qu'un puissant magnétiseur familiarisé avec les propriétés de l'agent magique peut créer autour de lui, et aucune manifestation n'aura lieu, jusqu'à ce qu'une intelligence opposée, plus puissante que la volonté du magnétiseur, domine cette dernière, et mette fin à l'inertie astrale.

Les anciens distinguaient parfaitement entre une force aveugle agissant spontanément, et cette même force dirigée par une intelligence.

Plutarque, prêtre d'Apollon, en parlant des vapeurs oraculaires, qui n'étaient qu'un gaz souterrain imprégné de propriétés magnétiques enivrantes montre que leur nature était double, lorsqu'il leur adresse ces paroles : "Qui es-tu ? sans un Dieu qui [275] t'a créé et qui te donne l'existence ? Sans un daïmon (esprit) qui, agissant aux ordres de Dieu, te dirige et te gouverne ? Tu ne peux rien, et tu n'es rien qu'un vain souffle". Ainsi, sans l'âme ou l'intelligence qui l'habite, la force psychique ne serait qu'un "vain souffle."

Aristote soutient que ce gaz ou émanation astrale s'échappant de l'intérieur de la terre est la seule cause suffisante, opérant du dedans au dehors, pour vivifier toute plante ou être vivant, sur la croûte extérieure. Répondant aux négateurs sceptiques de son siècle, Cicéron animé d'une juste indignation s'écrie : "Et que peut-il y avoir de plus divin que les émanations de la terre qui affectent l'âme humaine pour lui faire prédire l'avenir ? La main du temps pourrait-elle dissiper cette vertu ? Croyez- vous parler d'un vin ou d'une viande salée 334". Est-ce que nos modernes ont la prétention d'être plus sages que Cicéron pour affirmer  que cette force s'est évaporée et que les sources prophétiques sont taries ?

334 De Divinatio livre I chap. 3.

 

Tous les prophètes de l'antiquité – sensitifs inspirés – émettaient disait-on leurs prédictions dans les mêmes conditions, soit sous l'influence d'une  impulsion  directe  de  l'émanation  astrale,  soit  sous  l'action  d'une vapeur humide s'exhalant de la terre. C'est cette matière astrale qui sert d'enveloppe temporaire aux âmes qui se forment dans cette lumière. Cornélius Agrippa exprime les mêmes idées quant à la nature de ces fantômes en disant qu'elle  est  humide.  "In  spirito turbido HUMIDOQUE 335".

Les prophéties sont faites de deux manières – consciemment par des magiciens capables de lire dans la lumière astrale ; ou inconsciemment, par ceux qui agissent par ce qu'on nomme inspiration. C'est à cette dernière catégorie qu'appartiennent les prophètes Bibliques et les modernes voyants entransés. Platon était si familier avec ce fait, qu'il dit de ces prophètes : "Personne dans la jouissance de ses sens n'arrive à la vérité prophétique et à l'inspiration… sauf dans un état de démence à la suite de maladie ou de possession…" (par quelque daïmon ou esprit) 336. "Quelques personnes les appellent prophètes ; elles ignorent que ce ne sont que des portes voix et qu'ils ne doivent point être qualifiés de prophètes, mais seulement de transmetteurs de visions et de prophéties", ajoute-t-il.

Dans la suite de son argumentation, M. Cox dit : "Les spirites les plus ardents admettent, en pratique, l'existence de la force psychique, sous le nom très peu approprié de magnétisme (avec [276] lequel, elle n'a pas le moindre rapport), car ils affirment que les esprits des morts ne sont capables de faire ce qu'on leur attribue, qu'en utilisant le magnétisme (c'est-à-dire la force psychique) des médiums 337.

 335 De Occulta Philosoph, p. 355.

336 Platon. Timée, vol. II, p. 563.

337 Crookes. Researches, etc., p. 101.

 

 Il y a encore ici un malentendu, conséquence de la diversité de noms donnés à ce qu'il est facile de démontrer n'être qu'un seul et unique composé impondérable. De ce que l'électricité n'est devenue une science qu'au XVIIIème  siècle, personne ne se hasardera à dire que cette force n'a

pas existé depuis la création ; bien plus, nous sommes en mesure de prouver que même les anciens Hébreux la connaissaient. Toutefois, si la science exacte n'en a pas fait la découverte avant 1819 en montrant la relation intime qui existe entre le magnétisme et l'électricité, cela n'empêche en aucune façon ces deux agents d'être identiques. Si l'on peut communiquer à une barre de fer des propriétés magnétiques en faisant passer  un  courant  d'électricité  voltaïque  sur  un  conducteur  placé d'une certaine façon près de cette barre, pourquoi ne pas accepter, à titre de théorie provisoire, qu'un médium puisse être aussi un conducteur, et rien de plus, pendant une séance ? Est-il antiscientifique de dire que l'intelligence de la "force psychique" qui attire des courants d'électricité des vagues de l'éther, et employant le médium comme conducteur, développe et fait agir le magnétisme latent, dont l'atmosphère de la chambre de séance est saturée, pour produire les effets désirés ? Le mot magnétisme en vaut un autre, tant que la science ne nous aura pas fourni quelque chose de plus qu'un agent purement hypothétique, doué de propriétés conjecturales.

M. Sergeant Cox dit que : "La différence entre les défenseurs de la force psychique et les spirites consiste en ce que nous prétendons qu'il  n'y a encore que des preuves insuffisantes de l'existence de tout autre agent dirigeant que l'intelligence du médium, et aucune preuve quelconque de l'action des "esprits" des morts". 338

Nous sommes pleinement d'accord avec M. Cox quant à l'absence de preuves que cette action est celle des esprits des morts ; mais pour le reste, nous trouvons que c'est une extraordinaire déduction tirée d'une "richesse de faits" selon l'expression de M. Crookes qui remarque : "En consultant mes notes, je trouve…une surabondance de preuves, une masse si écrasante de témoignages… que je pourrais en remplir plusieurs numéros de la Quarterly Review". 339 [277]

Voici quelques-uns des faits d'une "force probante écrasante" :  1° Mise en mouvement de corps lourds, avec contact, mais sans aucune impulsion mécanique ; 2° Phénomènes de percussion et autres sons ; 3° Modification du poids de corps ; 4° Mouvements de substances pesantes à distance du médium ; 5° Elévation en l'air, sans contact avec personne, de tables  et  de  chaises ;  6°  LÉVITATION  D'ETRES  HUMAINS 340  ;    7° Apparitions lumineuses. M. Crookes dit : "Dans les conditions les plus strictes, j'ai vu un solide lumineux de la grosseur, et à peu près de la forme d'un œuf de dinde, flotter sans bruit dans la chambre, parfois à une hauteur à laquelle aucun des assistants n'aurait pu atteindre sur la pointe des pieds, et puis descendant doucement jusqu'à terre. Il fut visible pendant dix minutes et avant de s'évanouir il frappa trois coups sur la table avec un bruit que fait un corps solide et dur". 341 Peut-être l'œuf était-il de même nature que le chat météorique de Babinet, classé dans les ouvrages d'Arago avec d'autres phénomènes naturels) ; 8° Apparition de mains, soit lumineuses par elles-mêmes, soit visibles à la lumière ordinaire ; 9° "Ecriture directe" par ces mêmes mains lumineuses, détachées, et évidemment douées d'intelligence (force psychique ?) ; 10° "Des formes et des visages de fantômes". Dans cet exemple, la force psychique vient d'un "coin de la salle", sous la "forme d'un fantôme", elle prend dans sa main un accordéon, et se met alors à parcourir la pièce, comme en glissant, et en jouant de l'instrument, Home, le médium, étant tout le temps en vue de tous. 342 Tout ce qui précède, M. Crookes l'a vu et expérimenté dans sa propre maison, en s'assurant scientifiquement de l'authenticité du phénomène, et il en a fait un rapport à la Royal Society de Londres. Quel accueil lui fit-on, pour avoir ainsi découvert des phénomènes  d'un caractère nouveau et important ? Que le lecteur consulte son livre pour avoir la réponse.

338 Crookes. Researches, etc., p. 101.

339 Ibidem, p. 83.

340 En 1854, M. Foucault, éminent médecin et membre de l'Institut de France, un des adversaires de de Gasparin, repoussant même la possibilité de pareilles manifestations, écrivait les mémorables paroles qui suivent : "Le jour où j'arriverai à faire mouvoir un fétu de paille, par la seule et unique action de ma volonté, ce jour-là, j'en serai terrifié". Voilà une parole significative. A peu près la même année, M. Babinet, l'astronome, répétait à satiété dans la Revue des Deux-Mondes, la phrase suivante : "L'élévation d'un corps en l'air, sans contact, est aussi impossible que le mouvement perpétuel, parce que le jour où cela pourrait se faire, le monde s'écroulerait". Heureusement que nous ne voyons pas encore le moindre indice de ce prétendu écroulement, et pourtant des corps sont lévités.

341 Ibidem, p. 91.

342 Ibidem, p. 86-97.

 

En outre de ces tours joués à la crédulité humaine par la "force psychique", M. Crookes rend compte d'une autre classe de [278] phénomènes, qu'il appelle des "cas spéciaux", et qui paraissent  (?) indiquer l'action d'une intelligence extérieure.

"Je me trouvais, dit-il, avec Miss Fox, alors qu'elle écrivait automatiquement un message à une personne présente, pendant qu'un autre message, sur un autre sujet, était donné alphabétiquement au moyen de "coups frappés", et, durant tout ce temps, elle parlait tranquillement avec une troisième personne, de choses tout à fait différentes des deux autres… Pendant une séance avec M. Home, une petite latte, se déplaça sur la table vers moi, en pleine lumière, et me transmit un message en frappant sur  ma main ; je répétais les lettres de l'alphabet, et le morceau de bois touchait ma main, lorsque j'énonçais la bonne lettre… Nous étions éloignés des mains de M. Home". La même latte, à la demande de M. Crookes, lui transmit un message télégraphique, à l'aide de l'alphabet Morse, de la même façon (avec cette particularité que l'alphabet Morse était tout à fait inconnu des assistants, et mal connu de M. Crookes lui-même), et, ajoute- t-il, je fus convaincu qu'un excellent opérateur Morse se trouvait à l'autre bout de la ligne, OU QU'IL FUT". 343 Serait-il impertinent de suggérer à M. Cox de rechercher l'opérateur dans son domaine privé : "la Région psychique ?" Mais cette même planchette fit encore plus et mieux. En pleine lumière du salon de M. Crookes, on lui demande message… "un crayon et quelques feuilles de papier avaient été posés au centre de la table ; Un instant après, le crayon se dresse droit sur sa pointe, et, après avoir avancé par saccades vers le papier, il tombe ; Il se relève et retombe encore... Après trois tentatives infructueuses, une petite latte de bois" (l'opérateur Morse) "qui se trouvait sur la table glisse vers le crayon et s'élève de quelques pouces au-dessus de la table ; le crayon se relève de nouveau, et s'appuyant sur la latte, ils font tous deux un effort pour écrire sur le papier. Il échoue et ils font un nouvel effort conjugué. A la troisième tentative, la latte renonce et ; le crayon reste comme il était tombé sur le papier, et un message alphabétique nous dit : "Nous avons essayé de faire ce que vous nous avez demandé, mais notre pouvoir est épuisé. 344" Le mot notre indiquant les efforts intelligents de la latte et de son ami le crayon, donne à entendre qu'il y avait là deux forces psychiques à l'œuvre.

Dans tout cela y a-t-il une preuve que l'agent dirigeant était "l'intelligence du médium" ? N'y avait-il pas au contraire toute indication que les mouvements de ces objets étaient guidés par des esprits "des morts", ou tout au moins par d'autres entités [279] intelligentes invisibles ? Certes, le mot magnétisme est aussi peu explicatif dans le cas présent que celui de force psychique ; néanmoins le premier a plus de raison d'être que le second, ne fût-ce que parce que le magnétisme transcendant ou mesmérisme produit des phénomènes identiques, quant aux effets, à ceux du spiritisme. Le phénomène du cercle enchanté du baron Du Potet et de Regazzoni est aussi contraire aux lois admises de la physiologie, que la lévitation  d'une  table,  sans  contact,  l'est  aux  lois  de  la philosophie naturelle. De même que les hommes forts ont souvent été incapables de soulever une petite table, ne pesant que quelques kilos, et l'ont brisée dans leurs efforts, de même une douzaine d'expérimentateurs, parmi lesquels, parfois, figuraient des académiciens, ont été absolument incapables de franchir la ligne tracée à la craie sur le sol, par Du Potet. Dans un cas, un général russe, bien connu pour son scepticisme, persista jusqu'à tomber sur le sol, en proie à de violentes convulsions. Dans ce cas, le fluide qui opposait une pareille résistance était-il la force psychique de M. Cox, qui dote les tables d'un poids extraordinaire et surnaturel ? S'ils provoquent les mêmes effets physiologiques et psychologiques, il y a de bonnes raisons de croire qu'ils sont plus ou moins identiques. Nous ne croyons pas que notre déduction puisse être rejetée raisonnablement. D'ailleurs, le fait, fût-il nié, cela ne l'empêcherait pas d'exister. Il fut un temps où toutes les Académies de la Chrétienté s'étaient mises d'accord pour nier l'existence de montagnes dans la Lune et où, si quelqu'un avait eu la témérité d'avancer que la vie existait dans les régions supérieures de l'atmosphère, aussi bien que dans les profondeurs insondables de l'océan, il aurait été traité de fou ou d'ignorant.

"Le Diable l'affirme – ce doit être un mensonge !" Se plaisait à dire le pieux abbé Almiguana, dans une discussion avec une "table spirite." Nous serons bientôt autorisés à paraphraser sa proposition en disant : "Les savants le nient, cela doit donc être vrai."

343 Crookes. Researches, p. 94.

344 Ibidem, p. 94.

 

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:40:34 +0000
CHAPITRE VII - LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/394-chapitre-vii-les-elements-les-elementals-et-les-elementaires https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/394-chapitre-vii-les-elements-les-elementals-et-les-elementaires

CHAPITRE VII

LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES

 

O toi, Grande Cause Première, la moins comprise.

 POPE.

D'où vient ce doux espoir, et ce désir profond Et ces aspirations vers l'immortalité ?

D'où ce secret effroi, cette horreur instinctive

De la chute dans le néant ? Pourquoi l'âme craintive Recule-t-elle ainsi devant la destruction ?

C'est le rayon divin qui brille en nous C'est le ciel qui nous montre notre au-delà Et qui s'annonce à l'homme pour l'éternité. Eternité ! Pensée terrible et douce.

ADDISON.

II y a un autre et meilleur monde.

 KOTZEBUE. L'Etranger.

 

Après avoir accordé tant de place aux opinions contradictoires des savants au sujet de certains phénomènes occultes de notre temps, il est juste de prêter attention aux spéculations des alchimistes médiévaux, et de certains autres hommes illustres. Presque sans exception, les savants de l'antiquité et du moyen âge croyaient aux doctrines secrètes de la sagesse. Ces doctrines comprenaient l'Alchimie, la Cabale Chaldéo-Judaïque, les systèmes  ésotériques  de  Pythagore  et  des  anciens  Mages,  et ceux des philosophes et théurgistes Platoniciens postérieurs. Nous nous proposons aussi, dans les pages suivantes, de parler des gymnosophes Indiens, et des astrologues Chaldéens. Nous ne devons point négliger de montrer les grandes vérités sous-jacentes aux religions incomprises du passé. Les quatre éléments de nos pères, la terre, l'air, l'eau, et le feu, contiennent pour l'étudiant de l'Alchimie et de l'ancienne psychologie, ou, comme on la désigne maintenant, de la magie, bien des choses dont notre philosophie n'a jamais rêvé. Nous ne devons pas non plus oublier que ce que l'Eglise appelle aujourd'hui Nécromancie, et les croyants modernes Spiritisme, ce qui englobe l'évocation des esprits défunts, est une science qui, [281] depuis l'antiquité reculée, a été à peu près universellement répandue sur la surface du globe.

Bien que ni alchimiste, ni magicien, ni astrologue, mais tout simplement grand philosophe, Henry More de l'Université de Cambridge, homme universellement estimé, doit être aussi considéré comme logicien perspicace, savant et métaphysicien. Pendant toute sa vie il a cru fermement à la sorcellerie. Sa foi en l'immortalité, et ses solides arguments en faveur de la survie de l'esprit, après la mort, sont tous basés sur le système de Pythagore, adopté par Cardan, Van Helmont, et autres mystiques. Selon lui, l'esprit, infini et incréé, que nous nommons habituellement Dieu, substance de la plus haute vertu et excellence, a produit tout par causalité émanante. Dieu est ainsi la substance primordiale, et tout le reste la substance secondaire ; si la première a  créé la matière, avec la faculté de se mouvoir par elle-même, elle, la substance primitive, est quand même la cause de ce mouvement, aussi bien que de la matière, et, pourtant, c'est avec raison que nous disons que la matière se meut elle-même. "Nous pouvons définir le genre d'esprit dont  nous parlons, comme une substance insaisissable, qui peut se mouvoir, se pénétrer, se contracter et se dilater et aussi pénétrer, mouvoir et modifier la matière" 345 qui est la troisième émanation. Il croyait fermement aux apparitions, et défendit énergiquement la théorie de l'individualité de chaque âme, chez qui "la personnalité, la mémoire et la conscience subsisteront sûrement dans l'état futur". Il divisait l'esprit astral humain, après son départ du corps, en deux entités distinctes : le "véhicule aérien" et le "véhicule æthéré". Pendant le temps que l'homme désincarné agit dans son enveloppe aérienne, il est soumis au destin, c'est-à-dire au mal  et à la tentation, attaché à ses intérêts terrestres, et par conséquent pas tout à fait pur ; Ce n'est que lorsqu'il quitte ce vêtement des premières sphères, et qu'il devient éthéré, qu'il est assuré de son immortalité. "Car quelle ombre ce corps peut-il jeter, lui qui est une lumière pure et transparente, comme l'est le véhicule éthéré ? Et c'est ainsi que s'accomplit  l'oracle, lorsque l'âme est montée dans cet état déjà décrit où seulement elle est hors des atteintes du destin et de la mortalité". Il termine son ouvrage en déclarant que cette condition transcendante et divinement pure était le but unique des Pythagoriciens.

345 Antidote, lib. I, cap. 4.

 

Quant aux sceptiques de son temps, il les traite avec mépris  et sévérité. Parlant de Scot, d'Adie et de Webster, il les nomme "nos saints nouvellement inspirés… les avocats jurés des sorcières, qui follement et témérairement, en dépit du bon sens et de toute raison, contrairement à toute l'antiquité, tous les interprètes et [282] même contrairement à l'Ecriture, ne veulent pas même admettre Samuel en scène, mais seulement un abject compère. Lequel doit-on croire de l'Ecriture ou de ces bouffons, gonflés seulement d'ignorance, de vanité et de stupide incrédulité ? Que chacun en juge", ajoute-t-il 346.

Quel langage cet éminent mystique aurait-il employé pour combattre nos sceptiques du XIXème siècle ?

Descartes, bien qu'ayant le culte de la matière, était un des maîtres les plus dévoués de la doctrine magnétique et, jusqu'à un certain point de l'alchimie. Son système de physique ressemblait beaucoup à celui d'autres grands philosophes. L'espace, qui est infini, est composé ou plutôt rempli d'une matière fluide élémentaire, et c'est l'unique source de toute vie, comprenant tous les globes célestes et les conservant perpétuellement en mouvement, il mentionne les courants magnétiques de Mesmer, sous le masque des tourbillons cartésiens, et tous les deux reposent sur le même principe. Ennemoser n'hésite pas à dire que tous les deux ont plus en commun "que ne le supposent généralement ceux qui n'ont pas soigneusement examiné le sujet" 347.

 346 Letter to Glanvil, auteur du Sadducismus Triumphatus, mai 25, 1678.

347 History of Magic, vol. II, p 272.

 

Le philosophe, Pierre Poiret-Naudé, était le plus ardent défenseur des doctrines du magnétisme occulte, et l'un de ses premiers propagateurs 348 en 1679. La philosophie magico-théosophique est amplement défendue dans ses ouvrages.

Le célèbre Dr Hufeland a écrit un livre sur la magie 349, dans lequel il propose la théorie de la sympathie magnétique universelle entre les hommes, les animaux, les plantes et même les minéraux. II confirme le témoignage de Campanella, de Van Helmont, et de Servius en ce qui concerne la sympathie existant entre les différentes parties du corps, aussi bien qu'entre toutes les parties des corps organiques et même inorganiques.

Telle était aussi la doctrine de Tenzel Wirdig. On peut même  la trouver dans ses ouvrages, exposée avec beaucoup plus de clarté, de logique, et de vigueur que dans ceux d'autres auteurs mystiques qui ont traité le même sujet. Dans son fameux traité The New Spiritual  Medicine, il démontre, sur le terrain du fait récemment reconnu de l'attraction et de la répulsion universelles – nommé aujourd'hui "gravitation" – que toute la nature est douée d'une âme. Wirdig appelle cette sympathie magnétique "l'accord des esprits". Chaque chose est attirée vers celles auxquelles elle ressemble, et converge vers les natures qui lui conviennent. De cette sympathie et de cette antipathie naît un mouvement constant dans [283] le monde entier et dans toutes ses parties et une communion ininterrompue entre le ciel et la terre qui produit l'harmonie universelle. Chaque chose vit et meurt par le magnétisme ; une chose en affecte une autre, même à de grandes distances, et ses "congénères" peuvent être influencés à tout instant soit pour la santé, soit pour la maladie, par la puissance de cette sympathie, malgré l'espace qui les sépare 350. "Hufeland", dit Ennemoser, "parle d'un nez qui avait été coupé dans le dos d'un portier, mais qui, lorsque le portier mourut, mourut aussi, et tomba de sa position artificielle. Les cheveux d'un morceau de peau, pris sur une tête vivante, grisonnèrent en même temps que ceux de la tête d'où il avait été prélevé."

348 Apologie pour tous les grands personnages faussement accusés de magie.

349 Berlin, 1817.

350 Nova Medicina Spirituum, 1675.

 

Kepler, le précurseur de Newton pour beaucoup de grandes vérités, et même pour celle de la "gravitation" universelle qu'il attribuait très justement à l'attraction magnétique, bien qu'il nomme l'astrologie, "la fille insensée d'une mère très sage", l'Astronomie, partage la croyance cabalistique que les esprits des étoiles sont autant d'intelligences. Il croit fermement que chaque planète est le siège d'un principe intelligent et qu'elles sont habitées par des êtres spirituels, qui exercent une influence sur les autres êtres habitant des sphères plus grossières et matérielles que les leurs, et spécialement notre terre 351. Comme les influences spirituelles, stellaires de Kepler ont été remplacées par les tourbillons de Descartes, plus matérialiste, que ses tendances athées n'ont pas empêché  de croire qu'il avait trouvé un régime qui prolongerait sa vie de cinq cents ans et plus, de même les tourbillons de ce dernier et ses théories astronomiques pourront bien, un jour ou l'autre, faire place aux courants magnétiques intelligents, dirigés par l'Amina Mundi.

Baptista Porta, le savant philosophe italien, malgré ses efforts pour prouver au monde la fausseté de ses accusations que la magie n'est que superstition ou sorcellerie, n'a pas été mieux traité que ses collègues, par les critiques ultérieures. Ce célèbre alchimiste a laissé un ouvrage sur la Magie Naturelle 352, dans lequel il base tous les phénomènes occultes possibles, pour l'homme, sur l'âme du monde, qui relie toutes choses entre elles. Il montre que la lumière astrale agit en harmonie et sympathie avec la nature entière ; que c'est de son essence que nos esprits  [284] sont formés ; Et que c'est en agissant à l'unisson avec leur source-mère, que nos corps sidéraux sont capables d'exécuter des merveilles magiques. Tout le secret réside dans la connaissance des éléments apparentés. Il croyait à la pierre philosophale "de laquelle le monde a une si haute opinion, que de tous temps on a tant vantée, et que quelques-uns ont heureusement découverte". Finalement, il émet bien des aperçus de valeur sur sa "signification spirituelle". En 1643, entre autres mystiques, parut  un moine, le père Kircher, qui professa un système complet de philosophie du magnétisme universel. Ses nombreux ouvrages 353 embrassent un grand nombre de sujets simplement effleurés par Paracelse. Sa définition du magnétisme est très originale, car elle contredit la théorie de Gilbert, que la terre est un gigantesque aimant. Il affirme que, quoique chaque parcelle de matière, et même les "forces" invisibles et intangibles soient magnétiques, elles ne constituent par elles-mêmes un aimant. Il n'y a qu'un AIMANT dans l'Univers et de lui procède la magnétisation de tout ce qui existe. Cet aimant, comme de juste, est ce que les Cabalistes nomment le  Soleil central Spirituel, ou Dieu. Le soleil, la lune, les planètes et les étoiles sont, dit-il, éminemment magnétiques ; mais ils le sont devenus par induction, en vivant dans le fluide magnétique universel – la lumière Spirituelle. Il démontre la mystérieuse sympathie qui existe entre les corps des trois règnes principaux de la nature, et il appuie sa démonstration d'un étonnant catalogue d'exemples. Un grand nombre de ces derniers ont été vérifiés, par les naturalistes, mais il y en a d'autres, bien plus nombreux, dont l'authenticité n'a pas été reconnue ; Aussi, nos savants, fidèles à leur politique traditionnelle et à leur logique équivoque, les nient. Il montre, par exemple, la différence qui existe entre le magnétisme minéral et le zoomagnétisme ou magnétisme animal. Il le démontre par le fait que, hors le cas du minerai magnétique de fer, tous les minéraux sont magnétisés par la puissance plus élevée du magnétisme animal, tandis que celui-ci le possède sous la forme d'émanation directe de la cause première, le Créateur. On peut aimanter une aiguille en la faisant simplement tenir par un homme doué d'une volonté puissante, et l'ambre développe sa propriété magnétique, plus par le frottement de la main de l'homme que par celui de tout autre objet ; ce qui prouve que l'homme peut communiquer sa propre vie, et, jusqu'à un certain point, animer les objets inorganiques. Cette faculté, "aux yeux des insensés est de la sorcellerie". "Le Soleil est le plus magnétique de tous les corps", dit-il, devançant ainsi de plus de deux siècles, la théorie moderne du général Pleasonton. "Les anciens philosophes n'ont jamais contesté ce fait", ajoute-t-il, "mais ils ont de tout temps compris que les émanations du soleil reliaient toutes choses à lui, et qu'il exerce cette puissance de lien sur tout ce qui se trouve directement placé sous ses rayons."

351 Il serait vain et trop long de prendre ici la défense de la théorie de Kepler au sujet de la relation entre les cinq solides réguliers de la géométrie et les magnitudes des orbites des cinq planètes principales, théorie qui fut assez raillée par le professeur Draper dans son Conflict. Nombreuses sont les théories des anciens auxquelles les découvertes modernes ont rendu justice. Quant aux autres, il faudra attendre le moment propice.

352 Magia Naturalis, Lugduni, 1569.

353 Athanase Kischer. Magnes sive de arte magnetici, opus tripartitum, Coloniae, 1654.

354 Lib. III, p. 643.

 

Comme preuve de cette affirmation, il allègue l'exemple  d'une quantité de plantes qui sont tout spécialement attirées par le soleil, et d'autres qui le sont par la lune, et qui, toutes, montrent leur irrésistible sympathie pour le premier en suivant sa course dans le ciel. La plante connue  sous  le  nom  Githymale 354    suit  fidèlement  son  seigneur, même lorsque le brouillard le rend invisible. L'acacia ouvre ses pétales à son lever, et les ferme à son coucher. De même, le lotus égyptien et le tournesol commun. La belladone témoigne la même prédilection pour la lune.

Comme exemples d'antipathies et de sympathies des plantes, il cite l'aversion que la vigne manifeste à l'égard du chou et son amitié pour l'olivier ; l'amour de la renoncule pour le nénuphar et de la rue pour le figuier. L'antipathie qui parfois existe, même entre des substances apparentées, est clairement démontrée, dans le cas du grenadier du Mexique dont les pousses, une fois coupées en morceaux, se repoussent avec "la plus extraordinaire férocité."

Kircher explique chaque sentiment dans la nature humaine, comme le résultat de changements dans notre condition magnétique. La colère, la jalousie, l'amitié, l'amour et la haine, sont tous des modifications de l'atmosphère magnétique qui se développe en nous, et qui émane constamment de nous. L'amour est une des plus variables, et, c'est pourquoi ses aspects sont innombrables. L'amour spirituel, celui  d'une mère pour son enfant, d'un artiste pour son art particulier, l'amour en tant qu'amitié pure, sont des manifestations purement magnétiques de sympathie, entre deux natures de même genre. Le magnétisme de l'amour pur est la source de toutes choses créées. Dans son acception ordinaire, l'amour entre les deux sexes est de l'électricité, et il le dénomme amor febris species, la fièvre des espèces. Il y a deux sortes d'attraction magnétique, la sympathie et la fascination ; l'une, sainte et naturelle, l'autre, mauvaise et contre nature. C'est à cette dernière, la fascination, que nous devons attribuer le pouvoir du crapaud venimeux qui, simplement, en ouvrant la gueule, force le reptile ou l'insecte qui passe, à s'y jeter et courir à sa perte. Le daim, aussi bien que de plus petits animaux sont attirés par l'haleine du boa, et sont irrésistiblement entraînés à se placer à sa portée. Le poisson électrique, la torpille, repousse le bras par un choc électrique, capable de l'engourdir pendant quelque temps. Pour que l'homme exerce [286] une pareille puissance dans un but bienfaisant, il faut trois conditions : 1° la noblesse de l'âme ; 2° une volonté forte et une faculté imaginative ; 3° un sujet plus faible que le magnétiseur ; autrement, il résistera. Un homme libre de préjugés mondains et de sensualité peut guérir, de cette façon, les maladies les plus "incurables", et sa vision devenir lucide et prophétique.

 Un exemple curieux de l'attraction universelle ci-dessus mentionnée entre tous les corps du système planétaire et tout ce qui est en relation avec eux, organique ou inorganique, est rapporté dans un étrange livre ancien du XVIIème  siècle. Il contient les notes de, voyage, et le rapport officiel

adressé au Roi de France, par son Ambassadeur, de La Loubère, sur ce qu'il avait vu dans le royaume de Siam. "Au Siam", dit-il, "il y a deux espèces de poissons d'eau douce, que l'on nomme le pal-out et le pla-cadi. Une fois salés et placés entiers dans la marmite, on les voit suivre exactement le mouvement de flux et de reflux de la mer, s'élevant ou descendant dans le récipient, au fur et à mesure que le flot monte ou descend" 355. De La Loubère a fait pendant longtemps des expériences dans ce sens sur ce poisson, de concert avec un ingénieur du Gouvernement, nommé Vincent, et par conséquent, il atteste et certifie avec toute l'autorité nécessaire ce fait, qu'au début on écarta comme une simple fable. Cette attraction mystérieuse est tellement puissante, qu'elle s'exerçait encore sur les poissons entièrement décomposés et tombant en lambeaux.

355 Notes d'une nouvelle Relation Historique du Royaume de Siam, par de La Loubère ambassadeur de France au Siam dans les années 1687-1688. Edition de 1692.

 

C'est tout particulièrement dans les pays qui ne jouissent pas des bienfaits de la civilisation, que nous devons chercher des explications de la nature, et observer les effets de cette subtile puissance, que les anciens philosophes nommaient "l'âme du monde". C'est uniquement dans l'Orient, et dans les immenses déserts inexplorés d'Afrique, que l'étudiant de la psychologie trouve une nourriture abondante pour son âme affamée de vérité. La raison en est manifeste. L'atmosphère des centres populeux est physiquement viciée par la fumée et les émanations des usines, des machines à vapeur, des chemins de fer, et des bateaux à vapeur ; et spécialement par les mauvaises émanations des vivants et des morts. La nature est aussi bien soumise que l'être humain, à certaines conditions pour pouvoir agir, et sa puissante respiration, pour ainsi dire, est aussi facilement gênée, arrêtée et empêchée, et la corrélation de ses forces détruite sur un point donné, que si elle était un homme. Non seulement le climat, mais aussi les influences occultes subies journellement modifient la nature physio-psychologique [287] de l'homme et même altèrent la constitution de la matière prétendue inorganique, à un degré que la science européenne est incapable de concevoir. C'est ainsi, que le London Medical and Surgical Journal engage les chirurgiens à ne pas emporter de lancettes à Calcutta, parce que l'expérience a démontré que l'acier anglais ne peut supporter l'atmosphère de l'Inde ; de même qu'un trousseau de clés anglaises ou américaines se couvre de rouille, vingt-quatre heures après avoir été apporté en Egypte ; tandis que des objets en acier du pays y restent inoxydés.

On a constaté de même qu'un Shaman de Sibérie, qui avait donné de stupéfiantes preuves de sa puissance occulte, parmi ses concitoyens Tschuktschens, a été graduellement et quelquefois complètement privé de ce pouvoir, dès son arrivée dans la brume et la fumée de Londres. L'organisme intérieur de l'homme est-il moins sensible aux influences climatériques qu'un bout d'acier ? Sinon, pourquoi douterions-nous du témoignage des voyageurs qui ont suivi le Shaman et l'ont vu exécuter journellement des phénomènes surprenants dans son pays natal, et révoquerions-nous en doute la possibilité de ces pouvoirs et de ces phénomènes, uniquement parce qu'il n'en peut faire autant à Paris ou à Londres ? Dans sa conférence sur les Arts perdus, Wendell  Philipps prouve que sans compter que la nature psychologique de l'homme est affectée par un changement de climat, les peuples Orientaux sont doués de sens beaucoup plus développés que ceux des Européens. Les teinturiers français de Lyon, qu'on ne peut surpasser en habileté, dit-il, "ont une théorie, qu'il existe une certaine nuance délicate de bleu, que les Européens ne peuvent voir. Et au Cachemire, où les jeunes filles font des châles qui valent 30.000 dollars, elles feraient voir (à ce teinturier lyonnais) trois cents couleurs distinctes, que, non seulement il ne pourra reproduire, mais qu"il ne pourra même pas distinguer". S'il existe une différence si grande entre l'acuité des sens extérieurs de deux races, pourquoi n'existerait-elle pas également dans leurs pouvoirs psychologiques ? Bien plus, si l'œil de la Cachemirienne voit objectivement une couleur, qui existe réellement, mais que l'Européen est incapable de distinguer, elle n'existe donc pas pour lui. Pourquoi donc refuser d'admettre que certains organismes particulièrement doués, auxquels on attribue la faculté mystérieuse dénommée seconde vue, voient leurs tableaux aussi objectivement que la jeune fille voit les couleurs ; et, que, par conséquent, ces tableaux, au lieu d'être de simples hallucinations subjectives créées par l'imagination, sont, au contraire, des réflexions de choses réelles et de personnes, empreintes sur l'éther astral, ainsi que cela est expliqué par l'ancienne philosophie des Oracles Chaldéens, et exposé par des modernes inventeurs Babbage, Jevons et les auteurs de Unseen Universe ? [288]

 "Trois esprits animent et font agir l'homme", enseigne Paracelse ; "trois mondes projettent sur lui leurs rayons ; mais tous les trois opèrent uniquement comme l'image et l'écho d'un seul et même principe constructeur et unificateur. Le premier est l'esprit des éléments (corps terrestre, et force vitale dans sa condition grossière) ; le second, l'esprit des astres (corps sidéral ou astral, l'âme) ; le troisième est le divin esprit (Augoeides)". Notre corps, étant en possession de "l'étoffe terrestre primitive", ainsi que Paracelse la nomme, nous pouvons, volontiers accepter la tendance des recherches scientifiques modernes, "de considérer le processus de la vie animale et végétale comme simplement physiques et chimiques". Cette théorie corrobore d'autant plus les assertions des philosophes de l'antiquité et de la Bible Mosaïque, que nos corps ont été faits de la poussière de la terre, et qu'ils y retourneront. Mais n'oublions pas que :

"Tu es poussière, et à la poussière tu  retourneras N'a point été dit de l'âme."

L'homme est un petit monde, un microcosme dans l'intérieur du grand univers. Comme un fœtus, il est suspendu par ses trois esprits, dans la matrice du macrocosme ; et tandis que son corps terrestre est en sympathie constante avec la terre, sa mère, son âme astrale vit à, l'unisson de l'anima mundi sidérale. II est en elle, comme elle est en lui, car l'élément qui pénètre tout remplit tout l'espace et il est, lui-même, l'espace infini et sans bords. Quant à son troisième esprit, le divin, qu'est-il, sinon un rayon infinitésimal, une des innombrables radiations procédant directement de la plus Haute Cause – la Lumière Spirituelle du Monde ? C'est la trinité de la nature organique et inorganique, spirituelle et physique, trois en un, dont Proclus dit que "la première monade est le Dieu Eternel ; la seconde l'éternité ; Et la troisième le paradigme, ou modèle de l'univers", les trois constituant la Triade intelligible. Toute chose, en cet univers visible, découle de cette Triade, et est elle-même une triade microcosmique. Elles se meuvent, donc en une majestueuse procession, dans le champ de l'éternité, autour du soleil spirituel, comme, dans le  système héliocentrique, les corps célestes se meuvent autour des soleils visibles. La Monade de Pythagore, qui vit "dans la solitude et les ténèbres", peut demeurer éternellement invisible sur cette terre, impalpable, et indémontrable par la science expérimentale. Toutefois, l'univers tout entier gravitera autour d'elle comme il l'a fait depuis le "commencement des temps", et à chaque seconde, l'homme et l'atome se rapprochent de plus en plus de ce moment solennel, dans l'éternité, où la Présence Invisible se révélera à leur vue spirituelle. Lorsque chaque parcelle de matière, même la plus sublimée, aura été rejetée [289] de la dernière forme qui constitue l'ultime chaînon de cette chaîne de la double évolution qui, à travers des millions de siècles et de transformations successives, a poussé l'entité en avant, et lorsqu'elle se retrouvera vêtue de l'essence primordiale, identique à celle de son Créateur, cet atome organique, jadis impalpable,  aura terminé sa carrière et les fils de Dieu "crieront de joie" une fois de plus au retour du pèlerin.

"L'homme, dit Van Helmont, est le miroir de l'univers, et sa triple nature est en relation avec toutes choses". La volonté du Créateur, à travers qui toutes choses ont été faites, et de qui elles ont reçu leur impulsion première, est la propriété de tout être vivant. L'homme, doué d'une spiritualité additionnelle, en a la plus large part sur cette planète. De la proportion de matière qui existe en lui dépend son plus ou moins grand degré d'aptitude à exercer sa faculté magique, avec plus ou moins de succès. Partageant cette puissance divine avec chaque atome inorganique, il l'exerce pendant tout le cours de sa vie, d'une façon consciente ou inconsciente. Dans le premier cas, lorsqu'il est en pleine possession de ses pouvoirs, il sera le maître, il dirigera et guidera le magnale magnum (l'âme universelle). Dans le cas des animaux, des plantes, des minéraux, et même de la moyenne de l'humanité, ce fluide éthéré, qui pénètre toutes choses, n'éprouvant pas de résistance, et étant abandonné à lui-même, les fait mouvoir comme son impulsion les dirige. Tout être créé dans cette sphère sublunaire est formé de ce magnale magnum avec lequel il est apparenté. L'homme possède un double pouvoir céleste, et il est allié au ciel. Ce pouvoir existe "non seulement dans l'homme extérieur, mais, à un certain degré aussi, chez les animaux, et peut-être dans toutes autres choses, car toutes choses dans l'univers se trouvent en relation les unes avec les autres ; ou, du moins, Dieu est dans toutes choses, comme l'ont fait observer les anciens avec une exactitude qui mérite notre admiration. Il faut que la force magique soit éveillée dans l'homme extérieur, aussi bien que dans l'homme intérieur. Et si nous appelons cela une puissance magique, seuls les ignorants seront effrayés par cette expression. Mais, si on le préfère, disons que c'est un pouvoir spirituel – spirituale robur vocitaveris. Un pareil pouvoir existe donc dans l'homme intérieur. Mais comme il y a une certaine relation entre l'homme intérieur et l'homme extérieur, cette force doit être diffusée dans l'homme tout entier" 356. [290]

356 Batiste d'an Helmont. Opera omnia, 1682, p. 720 et autres.

357 De la Loubère. Notes, etc. (voir ante), p. 115.

 

Dans une description détaillée des rites religieux, de la vie monastique et des superstitions des Siamois, de la Loubère cite, entre  autres, l'étonnante puissance que possèdent les Talapoins (les moines ou les saints hommes de Bouddha), sur les bêtes féroces. "Un Talapoin du Siam", dit-il "passera des semaines entières dans les bois touffus, sous un petit abri de branches et de feuilles de palmier, sans jamais faire de feu la nuit, pour écarter les bêtes féroces, comme le font tous ceux qui voyagent à travers les forêts de ce pays". Le peuple attribue à un miracle que les Talapoins ne sont jamais dévorés. Les tigres, les éléphants et les rhinocéros – dont le pays abonde – les respectent ; et les voyageurs, placés en embuscade en lieu sûr, ont souvent vu les bêtes féroces lécher les mains et les pieds des Talapoins endormis. "Tous font usage de la magie" ajoute le gentilhomme Français "et ils croient que  toute  la  nature  est  animée  (douée  d'une âme) 357 ; Ils croient aux génies tutélaires". Mais ce qui paraît le plus choquer l'auteur, c'est l'idée qui prévaut chez les Siamois, "que tout ce que l'homme a été durant sa vie corporelle, il le sera encore après sa mort". "Lorsque le Tartare qui règne maintenant sur la Chine" remarque de la Loubère "voulut contraindre les Chinois à se raser la tête, à la mode Tartare, plusieurs d'entre eux préférèrent souffrir la mort que d'aller, disaient-ils, dans l'autre monde, et paraître devant leurs ancêtres sans cheveux ;  s'imaginant  qu'ils avaient rasé aussi la chevelure de leur âme" 358 ! Mais ce qui est tout à fait erroné" ajoute l'ambassadeur "dans cette absurde opinion c'est que les Orientaux attribuent à l'âme la forme humaine plutôt que toute autre". Sans faire connaître aux lecteurs la forme particulière que ces enténébrés Orientaux devraient adopter pour  leurs âmes désincarnées, de la Loubère continue à exhaler sa bile contre ces "sauvages". Il attaque finalement la mémoire du vieux roi de Siam, le père de celui à la cour duquel il avait été envoyé, en l'accusant d'avoir follement dépensé plus de deux millions de livres à la recherche de la pierre philosophale. "Les Chinois, dit-il, réputés si sages, ont eu pendant trois ou quatre mille ans la folie de croire à l'existence d'un remède universel et de rechercher ce remède au moyen duquel ils espèrent s'affranchir de la nécessité de mourir. Ils se basent sur une tradition insensée, concernant quelques rares personnes qu'on dit avoir fabriqué de l'or, et avoir vécu pendant plusieurs siècles ; il y a quelques exemples enracinés chez les Chinois, les Siamois et autres Orientaux, relativement à ceux qui  se seraient rendus immortels, soit d'une façon absolue, [291] soit de  manière à ne mourir que de mort violente 359. Par conséquent ils donnent les noms de quelques individus qui se sont soustraits à la vue des hommes, pour jouir d'une vie libre et paisible. Ils racontent des merveilles, au sujet des connaissances de ces prétendus immortels."

358 Ibidem, p. 120.

359 Ibidem, p. 63.

 

Si Descartes, un Français et un savant, a pu, au sein de la civilisation croire fermement qu'on avait trouvé ce remède universel et que s'il pouvait s'en procurer, il vivrait au moins cinq cents ans, pourquoi les Orientaux n'auraient-ils pas le droit d'avoir la même croyance ? Le problème capital de la vie et de la mort est encore non résolu par les physiologistes Occidentaux. Même le sommeil est un phénomène, sur la cause duquel leurs opinions divergent grandement. Comment prétendent-ils alors assigner des limites au possible et définir l'impossible ?

Dès les temps les plus reculés, les philosophes ont affirmé  la singulière puissance de la musique, sur certaines maladies, spécialement sur celles de nature nerveuse. Kircher la recommande en ayant expérimenté les bons effets sur lui-même, et il donne une description détaillée de l'instrument dont il se servait. C'était un harmonica composé de cinq verres minces, placés en rang. Deux d'entre eux contenaient deux sortes de vin ; le troisième de l'eau-de-vie ; le quatrième de l'huile et le cinquième de l'eau. Il en tirait cinq sons mélodieux de la façon ordinaire, en frottant simplement ses doigts sur les bords des gobelets. Le son a une propriété d'attraction ; il chasse le mal qui accourt se mêler aux ondes sonores, et tous les deux réunis disparaissent dans l'espace. Asclepiades employait la musique dans le même but, il y a environ vingt siècles ; il sonnait une trompette pour guérir la sciatique, et ses sons prolongés faisant palpiter les fibres des nerfs, la souffrance cédait invariablement. Démocrite affirmait, de la même manière, que bien des maladies pouvaient être guéries par les sons harmonieux d'une flûte. Mesmer faisait usage du même harmonica que Kircher pour ses cures magnétiques. Le célèbre Ecossais Maxwell offrait de prouver aux diverses facultés de médecine qu'au moyen de certains procédés magnétiques à sa disposition il guérirait n'importe quelle maladie qu'elles auraient déclarée incurable telle que l'épilepsie, l'impuissance, l'aliénation mentale, la claudication, l'hydropisie et les fièvres les plus rebelles 360.

Le récit bien connu de l'exorcisme du "mauvais esprit de Dieu" qui obsédait Saül, se présentera à l'esprit de chacun à ce propos. Elle est rapportée ainsi : "Il arriva que lorsque le mauvais esprit venant de Dieu était sur Saül, David prit une harpe et [292] joua de sa main ; Saül fut soulagé et se trouva bien et le mauvais esprit se retira de lui" 361.

360 Voir ses Conf., XIII, 1. c. in præfatione.

361 I Samuel, XVI, 14-23.

 

Maxwell, dans sa Medicina Magnetica, expose les propositions suivantes qui sont les doctrines des alchimistes et des cabalistes.

"Ce que les hommes nomment l'âme du monde est une vie, comme le feu, spirituelle, légère, lumineuse et éthérée, comme la lumière elle-même. C'est un esprit de vie partout, et partout le même... Toute matière est dépourvue d'action, à moins d'être animée par cet esprit. Il maintient toutes choses dans leur condition particulière. On le trouve dans la nature, libre de toute entrave, et celui qui connaît la manière de l'unir avec un corps en harmonie avec lui, possède un trésor qui surpasse toute richesse.

 Cet esprit est le lien commun de toutes les parties de la terre ; il vit en toutes et par toutes. Adest in mundo quid commune omnibus mextis, in quo ipsa permanent.

Celui qui connaît cet esprit de vie universel et ses applications évitera tous les maux 362.

Si tu sais utiliser cet esprit et le fixer sur un corps particulier, tu accompliras les mystères de la magie.

Celui qui sait agir sur les hommes, au moyen  de cet esprit universel, peut guérir tous les maux, et cela à n'importe quelle distance. 363

Celui qui parviendrait à fortifier l'esprit particulier par l'esprit universel, pourrait continuer à vivre jusqu'à l'éternité. 364

II y a un mélange des esprits ou des émanations, même lorsqu'ils sont séparés et loin les uns des autres. Et quel est ce mélange ? C'est un épanchement éternel et incessant des rayons d'un corps dans un autre.

En attendant", ajoute Maxwell, "il n'est pas sans danger de parler de ces choses. Cela peut donner lieu à de nombreux et abominables abus."

Voyons maintenant quels sont les abus de la puissance magnétique chez quelques médiums guérisseurs.

362 Aphorisme, 22.

363 Ibidem, p. 69.

364 Ibidem, p. 70

 

L'art de guérir, pour mériter son nom, exige de la foi de la part du patient, ou une santé robuste, unie à une forte volonté chez l'opérateur. Avec de la patience et de la foi, on peut se guérir de presque toute disposition morbide. Le tombeau d'un saint ; une relique sacrée ; un talisman ; un morceau de papier ou d'étoffe, que [293] le supposé guérisseur a eu en mains ; un élixir ; une pénitence ou une cérémonie ; l'imposition   des   mains,   ou   quelques   mots prononcés d'une façon impressionnante, n'importe quoi fera l'affaire. C'est affaire de tempérament, d'imagination, d'autosuggestion. Dans des milliers de  cas, les guérisons portées au crédit du docteur, du prêtre ou de la relique, sont simplement le résultat de la volonté inconsciente du malade. La femme affligée d'une perte de sang, qui se glissait dans la foule, pour toucher la robe de Jésus, fut assurée que sa "foi" l'avait guérie.

L'influence du mental sur le corps est si puissante que, de tout temps, elle a accompli des miracles.

"Combien de guérisons inespérées, subites et prodigieuses ont été opérées par l'imagination, dit Salverte. Nos livres de médecine sont remplis de faits de cette nature, qu'il serait facile de faire passer pour des miracles 365."

365 Philosophie des Sciences Occultes.

366 1 Rois, I, 1-4, 15.

 

Mais qu'arrive-t-il si le patient n'a pas la foi ? S'il est physiquement négatif et réceptif, et si le guérisseur de son côté est robuste, fort, positif et déterminé, le mal peut être extirpé par l'impérieuse volonté de l'opérateur, volonté qui consciemment ou inconsciemment, attire l'esprit universel  de la nature, s'en renforce et rétablit l'équilibre dans l'aura du malade. Qu'il se serve en plus d'un crucifix, comme le fit Gassner ; qu'il impose les mains et la "volonté", comme le zouave français Jacob, ou comme le célèbre américain Newton qui a guéri plusieurs milliers de malades, ainsi que tant d'autres ; ou bien comme Jésus et quelques apôtres qu'il guérisse par une parole de commandement, le processus dans tous les cas est le même.

Dans tous ces exemples, la cure est radicale et réelle, sans fâcheux effets secondaires. Mais lorsqu'on est soi-même malade, et qu'on essaye de guérir les autres, non seulement on n'y réussit pas, mais encore il peut arriver que l'on communique au patient son propre mal, et qu'on lui enlève le peu de forces qu'il peut avoir. Le roi David, parvenu à la décrépitude, renforçait sa vigueur défaillante par le magnétisme vigoureux de la jeune Abischag 366 ; et les ouvrages de médecine nous parlent d'une dame âgée, de Bath en Angleterre, qui ruina successivement la constitution robuste de deux servantes, de la même façon. Les anciens sages, et Paracelse également, enlevaient le mal en appliquant un organisme sain sur la partie malade, et dans les ouvrages de ce philosophe du feu, leur théorie est nettement et catégoriquement exposée. Si une personne malade – médium ou non – tente de guérir, sa force peut être assez intense pour déplacer le mal, pour le chasser [294] de son siège actuel, et le transférer ailleurs, où il ne tardera pas à se montrer ; en attendant le malade se croit guéri.

Mais, qu'arrive-t-il si le guérisseur est malade moralement ? Les conséquences sont infiniment plus préjudiciables ; car il est plus aisé de guérir une maladie corporelle que de purifier une constitution atteinte de turpitude morale. Le mystère de Morzine dans les Cévennes, et celui des Jansénistes sont encore aujourd'hui un mystère pour les physiologistes, aussi bien que pour les psychologues. Si le don de prophétie, comme l'hystérie et les convulsions peuvent être transmis par "contagion", pourquoi pas tout autre vice ? Dans ce cas, le guérisseur communique à son patient devenu maintenant sa victime, le poison moral qui infecte son mental et son cœur. Son contact magnétique est une souillure ; son regard une profanation. Contre cette tare insidieuse le sujet passivement réceptif n'a aucune défense. Le guérisseur le tient en son pouvoir, sous le charme, et impuissant, comme le serpent tient un pauvre et faible oiseau. Le mal qu'un tel "médium guérisseur" peut faire est incalculable ; et malheureusement ils se comptent par centaines.

Mais, comme nous l'avons dit précédemment, il y a de véritables guérisseurs divins qui, malgré toute la malice et le scepticisme de leurs fanatiques adversaires, sont devenus célèbres dans l'histoire  du monde. Tels sont le curé d'Ars, Jacob de Lyon, Newton et d'autres. Tels aussi furent Gassner, l'ecclésiastique de Klorstele, et Valentin Greatrakes, l'ignorant et pauvre Irlandais, que patronna le célèbre Robert Boyle, président de la Société Royale de Londres en 1670. En 1870, on l'aurait enfermé dans un asile en compagnie d'autres guérisseurs, si un autre président de la même société avait eu à trancher son cas ; Ou le professeur Lankester l'eût assigné devant les tribunaux, en vertu de la loi sur le vagabondage, pour avoir traité des sujets de Sa Majesté, "par chiromancie ou autres pratiques".

Pour clore une liste de témoignages qu'on pourrait prolonger à l'infini, il suffit de dire que, du premier au dernier, de Pythagore à Eliphas Levi, du plus illustre au plus humble, tous enseignent que la puissance magique n'est jamais le fait de ceux qui s'adonnent à des vices. Seuls, les cœurs purs "voient Dieu", ou exercent les dons divins, seuls ils peuvent guérir les maux du corps, et compter pour eux-mêmes, avec une certaine sécurité, sur l'aide de "puissances invisibles". Seuls, ils peuvent rendre la paix aux esprits troublés de leurs frères et sœurs, car les eaux qui guérissent ne jaillissent point de sources empoisonnées ; les ronces ne produisent pas de raisins, et les chardons ne donnent pas de figues. Mais, malgré cela, "la magie n'a rien de surnaturel" ; c'est une science, et même le pouvoir de "chasser les démons" [295] n'en est qu'une branche, dont les initiés faisaient et font encore une étude spéciale. "L'art qui chasse les démons du corps des hommes est une science utile et profitable à l'humanité", dit Josèphe 367.

367 Josèphe. Antiquités, VIII, 2.

 

Ces aperçus suffisent pour montrer pourquoi nous nous en tenons à la sagesse des anciens, de préférence à toutes les théories nouvelles imaginées, d'après des événements modernes, concernant les lois des relations entre les mondes et les pouvoirs occultes de l'homme. Si les phénomènes d'une nature physique ont leur valeur comme moyen d'exciter l'intérêt des matérialistes, et de confirmer, tout au moins notre croyance en la survivance de nos âmes et esprits, on peut se demander si, sous leur aspect actuel, les phénomènes modernes ne font pas plus de mal que de bien. Combien y en a-t-il qui, en quête de preuves de l'immortalité, tombent bien vite dans le fanatisme ; et, comme le remarque Stow, "les fanatiques sont plutôt guidés par l'imagination que par le jugement".

Sans aucun doute, ceux qui croient aux phénomènes modernes peuvent se prévaloir, en faveur de leur foi, d'une grande variété d'avantages, mais le "discernement des esprits" ne figure évidemment pas dans ce catalogue de dons "spirituels". En parlant des "Diakkas", qu'un beau matin il avait découverts sous les frais ombrages du Summer Land, A.-J. Davis, le grand voyant américain, dit : "Un Diakka est un être qui prend un plaisir stupide à jouer des rôles, à faire des niches et à personnifier les personnages les plus divers ; les prières ou les paroles frivoles ont pour lui la même valeur ; dominé par sa passion pour les récits lyriques… et dépourvu de sens moral, il n'a aucun sentiment de justice, de philanthropie, ni d'affection. Il n'a aucune notion de ce que les hommes appellent la gratitude ; la haine ou l'amour se valent pour lui ; sa devise est souvent redoutable et terrible pour les autres ; L'EGOISME est tout ce qu'il connaît  de  la  vie  privée ;  et  l'annihilation  est  pour lui la fin de toute existence privée. Tout dernièrement, l'un d'eux disait à une dame médium, en signant Swedenborg : Tout ce qui a été, est, sera ou pourra être, tout cela JE LE SUIS. La vie particulière d'un être n'est pas autre chose que les fantômes agrégés d'atomes pensants, s'élevant dans leur course jusqu'au cœur central de la mort éternelle." 368  et 369

368 "Les Diakkas et leurs victimes terrestres ; une explication du faux et du repoussant dans le spiritisme", New-York, 1873, p. 10-11.

369 Voir le chapitre sur les esprits humains devenant habitants de la huitième sphère, et dont la fin est généralement l'annihilation de l'individualité personnelle.

370 Porphyre. Au sujet des bons et des mauvais démons ?

371 De mysteriis Egyptorum, lib. III, c. 5.

 

Porphyre, dont les ouvrages (pour emprunter l'expression d'un partisan aigri des phénomènes) "moisissent, comme tout [296] vieux rebut, dans les armoires de l'oubli, parle ainsi de ces Diakkas, si tel est leur nom, redécouverts de nouveau au XIXème siècle : "C'est avec le concours direct de ces mauvais démons, que sont accomplis toute espèce de sortilèges…

C'est le résultat de leurs opérations, et les hommes qui font du tort à leurs semblables par leurs incantations, rendent habituellement de grands honneurs à ces méchants démons, et tout particulièrement à leur chef. Ces esprits passent leur temps à nous tromper, par un grand déploiement de prodiges et d'illusions faciles. Leur ambition est d'être pris pour des dieux et leur chef voudrait être reconnu pour le Dieu suprême 370."

L'esprit qui signe Swedenborg – cité par Davis dans Diakka – et déclarant qu'il est le JE SUIS, ressemble singulièrement à ce chef des mauvais démons de Porphyre.

Quoi de plus naturel que certains médiums vilipendent les théurgistes anciens et expérimentés, lorsque nous voyons Jamblique, le professeur de la théurgie spirituelle, interdisant strictement tout effort pour produire de pareilles manifestations de phénomènes, si ce n'est à la suite d'une longue préparation, par une purification morale et physique, et sous la direction de théurgistes expérimentés. Il ajoute encore qu'à part de très  rares exceptions, "paraître allongée ou épaissie, ou bien être soulevée dans les airs" est, pour une personne, un indice certain d'obsession par de mauvais démons 371.

 Chaque chose, en ce monde, en son temps, et la vérité, quoique fondée sur des preuves irréfutables, ne prendra pas racine, ni ne poussera, si, de même que la plante, elle n'est pas semée à l'heure convenable. "Le siècle doit être préparé", dit le professeur Cooke ; et il y a une trentaine d'années, cet humble ouvrage lui-même aurait été voué à la destruction à cause de son contenu. Mais le phénomène moderne, malgré les scandales quotidiens, le ridicule dont l'accablent tous les matérialistes, et ses nombreuses erreurs, grandit et s'enrichit de faits, sinon de sagesse et d'esprit. Ce qui, il y a vingt ans, aurait paru tout simplement absurde, est écouté aujourd'hui que les phénomènes sont défendus par d'illustres savants. Malheureusement, si les manifestations augmentent chaque  jour de puissance, il n'y a pas d'amélioration correspondante dans le domaine de la philosophie. Le discernement des esprits laisse autant à désirer que jamais.

Parmi tous les auteurs spirites d'aujourd'hui, il n'en est peut-être pas un qui soit tenu en plus haute estime, pour le caractère, l'éducation, la sincérité et le talent, que Epes Sargent, de [297] Boston (Massachusetts). Sa monographie intitulée La preuve palpable de l'Immortalité, occupe, à juste titre, un haut rang parmi les ouvrages publiés sur cette question. Quoique tout à fait disposé à être charitable et indulgent envers les médiums et leurs phénomènes, M. Sargent se voit forcé de leur tenir ce langage : "Le pouvoir des esprits de reproduire les formes des personnes qui ont quitté la vie terrestre, suggère cette question ; jusqu'à quel point pouvons-nous être assuré de l'identité d'un esprit quelconque, quelles que soient les preuves données ? Nous ne sommes pas encore arrivés à ce degré de connaissance qui nous permette de répondre avec confiance à cette question… Le langage et les actes de cette sorte d'esprits matérialisés est encore une énigme pour nous." Quant à la portée intellectuelle de la plupart des esprits qui se cachent derrière les phénomènes physiques, M. Sargent est, sans aucun doute, considéré comme un juge très compétent et voici ce qu'il dit : "la grande majorité de ces esprits, de même que dans ce monde, sont d'une nature inintelligente". Nous serait-il permis de demander, si la question n'est pas indiscrète, pourquoi ils manquent ainsi d'intelligence, si ce sont des esprits humains ? Ou bien les esprits humains intelligents ne peuvent pas se matérialiser, ou alors les esprits qui se matérialisent n'ont pas d'intelligence humaine et par conséquent, suivant l'assertion même de M. Sargent, ils peuvent tout aussi bien être des esprits "élémentaires" qui ont entièrement cessé d'être humains ; ou ce sont les démons qui, suivant les Mages de la Perse et Platon, tiennent un rang intermédiaire entre les dieux et les hommes désincarnés.

L'expérience de M. Crookes est un sûr garant que de nombreux esprits "matérialisés" parlent à voix intelligible. Or nous avons montré, sur le témoignage des anciens, que la voix des esprits humains n'est pas et ne peut pas être articulée ; elle est comme un "profond soupir", ainsi que le déclare Emmanuel Swedenborg. Auquel des deux témoins devons-nous ajouter foi ? Est-ce le témoignage des anciens qui avaient l'expérience de tant de siècles de pratique théurgique, ou est-ce celui des spirites modernes qui n'en ont absolument aucune, et qui n'ont point de faits sur lesquels baser une opinion, sauf ceux qui leur ont été communiqués par des "esprits", dont ils n'ont pas les moyens de prouver l'identité ? Il y a des médiums dont les organismes ont évoqué parfois des centaines de ces formes prétendues humaines ; et cependant nous ne nous rappelons pas en avoir vu ni entendu un seul qui ait exprimé autre chose que les idées les plus banales, les lieux communs les plus vulgaires. Ce fait devrait certainement appeler l'attention des spirites les moins critiques. Si un esprit est capable de parler, et si la voie est ouverte aux êtres intelligents aussi bien qu'aux inintelligents, pourquoi ne nous donnent-ils [298] pas quelquefois des allocutions, qui approchent, dans une mesure quelconque, de la qualité des communications obtenues, au moyen  de  "l'écriture directe ?" M. Sargent met en avant une idée suggestive et pleine de conséquences, dans la phrase suivante : "La question de savoir jusqu'à quel point le fait de la matérialisation limite leurs opérations mentales et leurs souvenirs, ou jusqu'à quel point il sont limités par l'horizon intellectuel du médium, est encore à résoudre". 372 Si c'est le même genre d'"esprits" qui se matérialise et qui produit l'écriture directe et si, dans les deux cas, c'est par l'entremise des médiums qui produit l'écriture directe et si dans les deux cas, c'est par l'entremise des médiums qu'il se manifeste, dans  l'un ne disant que des niaiseries, tandis que dans l'autre il nous donne souvent des enseignements philosophiques sublimes, pourquoi leurs opérations mentales seraient-elles limitées "par l'horizon intellectuel du médium", dans un cas plus que dans l'autre ? Les médiums à matérialisations – du moins dans l'étendue de notre observation – ne sont pas plus dépourvus d'instruction que bien des paysans et des ouvriers qui à diverses époques, ont   présenté au monde, sous  des influences supérieures, des idées profondes et d'une grande élévation. L'histoire psychologie abonde en exemples à l'appui de cette thèse, et, dans le nombre, on remarque ceux de Jacob Boehme, le cordonnier ignorant mais inspiré, et de notre Davis. En fait d'inintelligence, point n'est besoin de chercher d'exemples plus frappants que ceux des enfants prophètes des Cévennes, poètes et voyants, comme ceux que nous avons cités dans les chapitres précédents. Lorsque des esprits se sont emparés d'organes vocaux, qui leur permettent de parler, il ne devait certainement pas leur être plus difficile de s'exprimer d'une façon conforme à leur éducation, à leur intelligence, et à leur rang social, que de tomber invariablement dans ce monotone niveau de lieux communs et, trop souvent même, de platitudes. Quant à l'espoir exprimé par M. Sargent, que "la Science du Spiritisme étant encore dans l'enfance, nous pouvons espérer voir un jour plus de lumière sur elle", nous craignons bien d'être dans le vrai, en répondant que ce n'est pas des "cabinets noirs", que cette lumière jaillira jamais. 373

373 Voir saint Mathieu, XXIV, 26.

 

Il est tout simplement ridicule et absurde d'exiger de quiconque apporte son témoignage sur les merveilles du jour et des phénomènes psychologiques, le diplôme de maître ès arts et ès sciences. L'expérience des quarante dernières années prouve que ce ne sont pas toujours ceux qui ont le plus d'entraînement scientifique qui sont les meilleurs juges en fait de sens commun et de bonne foi. Rien n'aveugle autant que le fanatisme ou le parti pris. [299] Nous en voulons pour preuve la Magie orientale ou le Spiritualisme des Anciens aussi bien que les phénomènes modernes. Des centaines, que dis-je des milliers de témoins, parfaitement dignes de foi, de retour d'un séjour ou de voyages en Orient, ont attesté le fait que des fakirs ignorants, des sheiks, des derviches et des lamas, avaient opéré des merveilles en leur présence, sans compères ni appareils. Ils ont affirmé que les phénomènes exhibés par ces hommes étaient tous en contradiction avec toutes les lois connues de la science et tendaient donc à démontrer qu'il existe dans la nature bon nombre de forces encore inconnues, dirigées, manifeste, en apparence, par des intelligences surhumaines. Quelle a été l'attitude prise par nos savants à cet égard ? Jusqu'à quel point ces témoignages d'hommes "scientifiquement" entraînés ont-ils fait impression sur leur esprit ? Les recherches de Hare, de Morgan, de Crookes, de Wallace, de Gasparin, de Thury, de Wagner, de Buttleroff, etc…, ont-elles ébranlé pour un moment leur scepticisme ? Comment ont-ils accueilli le récit des expériences personnelles de Jacolliot fakirs de l'Inde, et les explications psychologiques du professeur Perty de Genève ? Dans quelle mesure, le cri poussé par le genre humain, réclamant des preuves palpables et démontrées d'un Dieu, de l'âme individuelle et de l'éternité, les a-t-il émus, et quelle a été leur réponse ? Ils renversent et détruisent tout vestige des choses spirituelles, mais, ne savent rien édifier. "Nos creusets et les cornues de nos laboratoires ne nous donnent aucun de ces résultats", disent-ils "par conséquent, tout cela n'est qu'illusion". Dans ce siècle de froide raison et de préjugés, l'Eglise elle-même est tenue de  demander l'aide de la Science. Des croyances bâties sur le sable, des dogmes orgueilleux, mais sans racines, croulent sous le souffle glacial de l'examen, entraînant dans leur chute la véritable religion. Mais le besoin de quelque signe extérieur, d'un Dieu et d'une vie future, reste aussi tenace que jamais, dans le cœur de l'homme. Tous les sophismes de la science sont vains ; elle ne fera jamais taire la voix de la nature. Seulement ses représentants ont empoisonné les eaux limpides de la foi candide, et aujourd'hui l'humanité se mire dans les eaux troublées par la vase remuée au fond de cette source, jadis pure. Le Dieu anthropomorphe de nos pères est remplacé par des monstres anthropomorphes ; et, ce qui est pire encore, par le reflet de l'humanité elle-même dans ces eaux dont les vagues lui renvoient des images déformées de la vérité et des faits que fait surgir l'imagination égarée. Ce n'est point de miracle dont nous avons besoin", dit le révérent Brooke Herfort, mais bien des preuves palpables du spirituel et du divin. Ce n'est point aux prophètes que l'homme demande des "signes", mais plutôt aux savants. Les hommes sentent qu'en tâtonnant au bord, ou dans les retraites les plus [300] cachées de la création le chercheur doit à la fin atteindre les faits profonds sous-jacents à toutes choses, et quelques signes non équivoques de Dieu." Les signes sont là, et les savants aussi ; que pouvons-nous attendre encore de ces derniers, maintenant qu'ils ont si bien fait leur devoir ? Ces Titans de la pensée n'ont-ils pas fait tomber Dieu hors de Son sanctuaire Mystérieux, pour nous donner à sa place un protoplasme ?

Sir William Thomson disait en 1871 à la réunion British Association à Edimbourg : "La Science est tenue, par l'éternelle loi de l'honneur, de regarder en face et sans crainte tout problème qui peut lui être convenablement posé." Et, à son tour, le professeur Huxley remarque : "En ce qui concerne la question des miracles, je puis seulement dire que le mot impossible n'est pas applicable à mon avis, à la philosophie". Le grand Humboldt exprime l'opinion, qu' "un scepticisme présomptueux, qui repousse les faits sans examen de leur vérité est, à bien des égards, plus malfaisant qu'une crédulité aveugle."

Ces hommes n'ont pas été conséquents avec leurs propres enseignements. Ils ont repoussé l'occasion qui leur avait été offerte, par l'ouverture de l'Orient, d'examiner par eux-mêmes les phénomènes  que tout voyageur a affirmé avoir vus là-bas. Nos physiologistes et nos pathologistes ont-ils seulement songé à s'en servir pour résoudre cette question si importante de la pensée humaine ? Oh ! non ; ils n'auraient pas osé. Il ne faut pas s'attendre à ce que les principaux  Académiciens d'Europe et d'Amérique entreprennent jamais un voyage au Tibet et en Inde, pour y étudier sur place les merveilles des fakirs. Et si l'un d'eux se décidait, en pèlerin solitaire, à aller contempler tous les miracles de la création, dans cette terre des prodiges, pourrait-on s'attendre à ce qu'un de ses collègues prêtât foi à son témoignage ?

Il serait aussi fastidieux qu'inutile de recommencer un exposé des faits si vigoureusement faits par d'autres. MM. Wallace et W. Howitt 374 ont, à bien des reprises, admirablement signalé les mille et une absurdes erreurs, dans lesquelles les sociétés savantes de France et d'Angleterre sont tombées, par suite de leur scepticisme aveugle. Si Cuvier a pu négliger le fossile déterré en 1828, par Boué, le géologue français, uniquement parce que l'anatomiste se croyait plus sage que son collègue, et n'a pas voulu croire que des squelettes humains étaient enfouis à quatre-vingt pieds de profondeur dans la vase du Rhin ; si l'Académie des Sciences n'a point ajouté foi aux assertions de Boucher de Perthes en 1846, pour seulement se voir critiquée à son tour en 1860, lorsque la vérité [301] des découvertes et des observations de Boucher de Perthes fut pleinement confirmée par tout le corps des géologues qui avaient trouvé des armes de silex dans les alluvions du nord de la France ; et si l'on s'est moqué du témoignage de Mac Enery en 1825, sur sa découverte de silex travaillés, trouvés avec des débris d'animaux disparus, dans la Hole Cavern 375 du comté de Kent, et de celui de Godwin Austen en 1848 attestant les mêmes faits et encore plus ridiculisé,  si  c'est  possible  tout  ce  scepticisme  scientifique, toute cette ironie a été pour les savants un sujet de confusion en 1865, quand suivant Wallace, "tous les rapports précédents, depuis quarante ans, furent complètement confirmés, et où l'ont acquit la certitude que tout ce qui avait été dit était encore moins surprenant que la réalité". Qui donc serait désormais assez crédule pour admettre un seul instant l'infaillibilité de notre science moderne

Ainsi, les faits ont été discrédités les uns après les autres. De tous côtés on ne cesse de se plaindre. "On ne sait que peu de chose en psychologie !" soupire un F.R.S. 376 "Nous devons confesser que nous savons bien peu de chose, peut-être rien en physiologie", dit un autre ; et un troisième remarque que, "de toutes les sciences, il n'y en a pas une qui soit assise sur une base aussi incertaine que la médecine". "Que savons- nous, dit un quatrième, sur les fluides nerveux supposés… ? Rien encore" ; et ainsi de suite pour toutes les sciences sans exception. Et, en attendant, des phénomènes surpassant en intérêt tous les autres phénomènes naturels, et qui ne peuvent être expliqués qu'à l'aide de la physiologie, de la psychologie, et des fluides "encore inconnus" sont rejetés comme des illusions, ou même s'ils sont réels, ils "n'intéressent pas" les savants. Ou bien et c'est bien pire : Si un sujet dont l'organisme présente les particularités les plus essentielles des pouvoirs occultes, bien que naturels, s'offre spontanément pour être étudié, au lieu d'expérimenter sur lui d'une façon loyale et honnête, les savants (?) lui tendent un piège et on le récompense par une peine de trois mois de prison. Cela promet en vérité.

II est aisé de comprendre qu'un fait produit en 1731, pour prouver un autre fait survenu durant le pontificat de Paul III, par exemple,  soit révoqué en doute en 1876. Et lorsqu'on dit aux savants que les Romains conservaient des flambeaux allumés dans leurs sépulcres, pendant des années sans nombre, grâce à la nature huileuse de l'or ; et qu'une de ces lampes perpétuelles avait [302] été trouvée, brûlant avec un vif éclat, dans le tombeau de Tullia, fille de Cicéron, bien que ce tombeau n'eût pas été ouvert depuis quinze cent cinquante ans 377, ils sont, jusqu'à  un certain point, en droit de douter, même de refuser de croire ce fait, jusqu'à ce qu'ils se soient assurés, par le témoignage de leurs sens, que la chose  est possible.  Dans  ce  cas,  ils  peuvent  rejeter  le  témoignage de tous les philosophes de l'antiquité et du moyen âge. L'enterrement d'un  fakir vivant, et sa résurrection après trente jours d'inhumation pourra leur paraître suspecte. Il en sera de même des blessures mortelles que s'infligent certains lamas, qui présentent leurs entrailles aux assistants et guérissent, presque instantanément, ces horribles blessures.

374 Voir Miracles and Modem Spiritualism de Wallace et History of the supernatural de Howit vol. II.

375 Voir la conférence de Wallace faite devant la Société de Dialectique en 1871 : Réponse à Hume, etc.

376 Fellow Royal Society, membre de la Société Royale. (N.d.T.).

377 Φιλοζογος, Seconde édition de Bailey.

 

Pour ceux qui nient jusqu'au premier témoignage de leurs propres sens au sujet de phénomènes qui ont lieu dans leur pays même, et devant de nombreux témoins, les récits répandus dans les livres classiques et les récits de voyages, doivent naturellement paraître absurdes. Mais ce que nous ne parvenons pas à comprendre, c'est l'entêtement collectif des Académies, en présence des amères leçons du passé infligées à ces institutions qui ont si souvent "obscurci les choses par des discours sans intelligence". Comme le Seigneur répondant à Job "dans le tourbillon", la magie peut dire à la science moderne : "Où étais-tu quand j'ai posé les fondations de la terre ? Dis-le si tu as de l'entendement." Et qui es-tu pour oser dire à la Nature : "Tu n'iras pas au-delà ; ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots ?"

Mais qu'importe s'ils contestent et nient les faits ? Peuvent-ils empêcher les phénomènes de se produire aux quatre coins du globe, quand même leur scepticisme serait mille fois plus amer ? Les fakirs n'en continueront pas moins à être enterrés et ressuscités pour satisfaire la curiosité des voyageurs européens ; les lamas et les ascètes hindous n'en continueront pas moins à se blesser, à se mutiler, et à s'enlever les entrailles, sans pour cela, s'en porter plus mal ; et toutes les négations du monde entier n'auront jamais un souffle assez puissant pour éteindre les lampes inextinguibles, qui continuent à brûler dans les sanctuaires souterrains de l'Inde, du Tibet et du Japon. Le Rév. S. Mateer des missions de Londres parle d'une de ces lampes. Dans le temple de Trevandrum, dans le royaume de Travancore, Inde du Sud, "il y a, à l'intérieur d'un temple, un puits très profond dans lequel d'immenses richesses sont jetées tous les ans, et, dans un autre endroit, dans un creux recouvert d'une pierre, une grande lampe en or, dit-on, qui fut allumée il y a plus de 120 ans, continue encore à brûler, dit ce missionnaire, dans sa description de l'endroit. [303] Comme de raison, les missionnaires catholiques attribuent ces lampes à l'amabilité du diable. Le prêtre protestant, plus prudent, mentionne le fait, sans commentaire.

 L'abbé Huc a vu et examiné une de ces lampes, et de même ont fait d'autres personnes qui ont eu la bonne fortune de gagner la confiance et l'amitié des lamas et des prêtres d'Orient. On ne peut pas contester davantage les merveilles dont fut témoin le capitaine Lane en Egypte, les expériences à Bénarès de Jacolliot, et celles de sir Charles Napier ; ni la lévitation d'êtres humains, en pleine lumière du jour, qui  ne peut s'expliquer que par la théorie que nous avons présentée dans l'Introduction de ce livre (voir article sur l'Aéthrobatie). Ces lévitations sont attestées – outre M. Crookes – par le professeur Perty, qui affirme qu'elles se sont produites en plein air, et qu'elles ont duré quelquefois vingt minutes ; tous ces phénomènes et beaucoup d'autres ont été, sont et seront produits, dans tous les pays du globe, et cela malgré tous les sceptiques et savants qui sont issus de la boue silurienne.

Parmi les prétentions ridiculisées de l'alchimie se trouve justement celle des lampes perpétuelles. Si nous affirmons au lecteur que nous en avons vu, on nous demandera – si l'on ne révoque pas en doute notre sincérité – comment nous pouvons dire que les lampes que nous avons observées sont perpétuelles, puisque la durée de notre observation a été nécessairement limitée ? Simplement parce que, connaissant les ingrédients employés dans leur composition, la manière dont elles sont construites, et la loi naturelle applicable au cas, nous savons que notre déclaration peut être confirmée par un examen approprié. Quant à connaître l'endroit où s'adresser et comment arriver à la connaissance nécessaire, nos critiques l'apprendront, s'ils veulent s'en donner la peine, ainsi que nous l'avons fait. En attendant, citons quelques-unes des cent soixante-treize autorités qui ont écrit sur cette question. Aucun de ces auteurs, selon nos souvenirs, n'a dit que ces lampes sépulcrales brûleraient perpétuellement, mais bien un nombre indéfini d'années ; et l'on cite des exemples où elles ont brûlé pendant plusieurs siècles. S'il existe une loi naturelle en vertu de laquelle une lampe peut brûler, sans être alimentée, pendant dix ans, il n'y a pas de raison pour que la même loi ne lui permette de brûler pendant cent, et même mille années.

Parmi les personnages bien connus qui croyaient fermement, et soutenaient énergiquement que ces lampes sépulcrales brûlaient pendant des centaines d'années, et qu'elles auraient pu continuer à brûler peut-être toujours si elles n'avaient pas été éteintes ou brisées accidentellement, nous pouvons mentionner les noms suivants :  Clément  d'Alexandrie ; Hermolaus Barbarus ; Appien ; Burattinus ; Citesius ; Cœlius ; Costœus ; Casalius ; Cedrenus ; [304] Delrius ; Eric ; Fox ; Gesner ; Jacoboni ; Leander ; Libavius ; Lazius ; Pic de la Mirandole ; Philalèthes ; Licetus ; Maiolus ; Maturantius ; Baptista Porta ; Pancirollus ; Ruscellius ; Scardonius ; Ludovic Vives ; Volateranus ; Paracelse ; plusieurs alchimistes Arabes, et finalement Pline, Solinus, Kircher, et Albert le Grand.

Ce sont les Egyptiens qui en revendiquent l'invention, ces fils de cette terre de la Chimie. 378. Du moins, ce sont eux qui ont fait usage de ces lampes beaucoup plus que toutes les autres nations, à cause de leurs doctrines religieuses. L'âme astrale de la momie était censée s'attarder autour du corps, pendant le laps de trois mille années du cercle de nécessité. Attachée à lui par un fil magnétique qui ne pouvait être rompu que par un effort de sa part, les Egyptiens espéraient que la lampe perpétuelle, symbole de leur esprit incorruptible et immortel, déciderait enfin la partie la plus matérielle de l'âme à se séparer de sa demeure terrestre, et à s'unir pour toujours à son SOI divin. C'est pour cela que les lampes étaient suspendues dans les tombeaux des riches. Ces lampes sont souvent trouvées dans les caveaux souterrains des sépultures, et Licetus a écrit un grand ouvrage, pour prouver que, de son temps, partout où l'on ouvrait un sépulcre, on y trouvait une lampe brûlant, mais  qu'elle s'éteignait aussitôt, par suite de la profanation. Tite-Live, Burattinus et Michel Schatta, dans leurs lettres à Kircher 379 affirment que l'on trouvait beaucoup de ces lampes dans les cavernes souterraines de l'ancienne Memphis. Pausanias parle de la lampe l'or du temple de Minerve à Athènes, qui était l'œuvre de Callimaque, et brûlait une année entière. Plutarque 380 dit avoir vu dans le temple de Jupiter Ammon, une de ces lampes, ajoutant que les prêtres lui avaient assuré qu'elle brûlait depuis des années sans discontinuer et que, bien que placée en plein air, ni vent ni eau ne pouvaient l'éteindre. Saint Augustin, une autorité catholique,  décrit aussi une lampe du sanctuaire de Vénus, du même genre que les autres, inextinguible par le vent le plus violent ou par l'eau. On trouva une  lampe à Edessa, dit Kedrenus, qui "cachée en haut d'une certaine porte, brûla pendant cinq cents ans". Mais, de toutes ces lampes, celle mentionnée par Olybius Maximus de Padoue est de beaucoup la plus extraordinaire. Elle fut trouvée dans les environs d'Atteste, et Scardonius 381 en donne une brillante description. "Une grande urne de terre cuite en contenait une autre de dimension plus petite, et dans celle-ci une lampe allumée brûlait sans discontinuer depuis [305] 1.500 ans, au moyen d'une liqueur des plus pures, contenue dans deux flacons, l'un en or, et l'autre en argent. Ces flacons étaient confiés à la garde de Franciscus Maturantius, qui les estimait un prix énorme."

378 Psaume CV, 23. Le Pays de Cham ou chem, en Grec Ζδµι d'où viennent les termes alchimie et chimie.

379 Œdipi Ægyptiaci theatrum Hieroglyphicum, p. 544.

380 Lib. De defecta Oraculorum.

 

En faisant la part des exagérations, et en laissant de côté comme une négation gratuite et sans preuves, l'assurance donnée par la science moderne de l'impossibilité de pareilles lampes, qu'on nous dise si, dans le cas où il serait démontré que ces lampes inextinguibles ont réellement existé aux siècles des "miracles", les lampes qui brûlent dans les sanctuaires chrétiens et dans ceux de Jupiter, de Minerve et autres divinités païennes devraient être envisagées sous des aspects différents. D'après certains théologiens, il paraîtrait que les premières (car le Christianisme revendique aussi de telles lampes) brûlaient en vertu d'une puissance miraculeuse divine, et que la lumière des autres, produite par un art "païen", était entretenue par les artifices du démon. Kircher et Licetus font voir qu'elles fonctionnaient de ces deux façons. La lampe d'Antioche, qui brûla quinze cents ans sur une place publique au-dessus de la porte d'une église, était entretenue par la "Puissance de Dieu" qui "a fait un nombre infini d'étoiles, pour donner une lumière éternelle". Quant aux lampes païennes, saint Augustin nous assure qu'elles étaient l'œuvre du diable, "qui nous trompe de mille manières". Quoi de plus aisé pour Satan, que de faire apparaître un éclair de lumière, ou une flamme brillante aux yeux de ceux qui les premiers entrent dans un tel caveau souterrain ? C'est aussi ce qu'affirmaient tous les bons Chrétiens, pendant le pontificat de Paul III, lorsque à l'ouverture d'une tombe sur la voie Appienne, à Rome, on trouva le corps entier d'une jeune fille, nageant dans un liquide brillant, qui l'avait si bien conservée que le visage était fort beau, et comme plein de vie. A ses pieds brûlait une lampe, dont la flamme s'éteignit lorsqu'on ouvrit le sépulcre. D'après une inscription gravée sur la pierre, le corps avait été

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

inhumé depuis plus de quinze cents ans, et l'on supposa que ce devait être celui de Tulliola ou Tullia, fille de Cicéron. 382

381 Lib. 1, class. 3, Cap ult.

382 Tous les détails de cette histoire se trouvent dans l'ouvrage d'Erasmus Franciscus qui cite Pflaumerus, Pancirollus et beaucoup d'autres.

 

Les chimistes et les physiciens contestent que ces lampes perpétuelles soient possibles, en alléguant que toute substance qui se résout en vapeur ou         en fumée ne peut être permanente, mais doit infailliblement se consumer ; et comme l'aliment huileux d'une lampe allumée s'exhale en vapeur, il s'ensuit que la flamme ne peut durer perpétuellement, faute d'aliment. Les alchimistes, d'autre part, contestent que tout ce qui sert à l'entretien d'un feu [306] allumé doive nécessairement se convertir en vapeur. Ils disent qu'il existe, dans la nature, des choses qui non seulement résistent à l'action du feu et, partant, ne sont pas consumées, mais qui ne sont éteintes ni par le vent, ni par l'eau. Dans un ancien livre de chimie de l'année 1700, intitulé NEKPOKH∆EIA, l'auteur réfute quelques-unes des prétentions des divers alchimistes. Mais bien qu'il nie qu'un feu puisse brûler perpétuellement, il est presque disposé à croire à la possibilité qu'une lampe brûle pendant plusieurs centaines d'années. Nous avons en outre de nombreux témoignages d'alchimistes qui ont consacré des années à ces expériences et sont arrivés à la conclusion que la chose était possible.

Il existe certaines préparations spéciales d'or, d'argent et de  mercure, et aussi de naphte, de pétrole et d'autres huiles bitumineuses. Les alchimistes mentionnent également l'huile de camphre et d'ambre, le Lapis Asbestos seu Amianthus, le Lapis Carystius, Cyprius, et le Linum vivum seu Creteum comme ayant été employés pour ces lampes. Ils affirment que cette matière peut être préparée avec de l'or ou de l'argent, réduits en fluide, et ils indiquent l'or comme l'aliment le plus convenable pour cette flamme merveilleuse parce que, de tous les métaux, l'or est celui qui subit le moins de déperdition lorsqu'il est chauffé ou fondu, et que de plus, on peut lui faire réabsorber son humidité oléiforme aussitôt qu'elle se dégage, alimentant ainsi continuellement sa propre flamme une fois qu'elle est allumée. Les Cabalistes assurent que le secret en était connu de Moïse qui le tenait des Egyptiens, et que la lampe que le "Seigneur" ordonna de faire brûler sur le tabernacle était une lampe inextinguible. "Et tu ordonneras aux enfants d'Israël de t'apporter de l'huile pure d'olives concassées, afin d'entretenir les lampes continuellement." (Exode XXVII, 20)

 Licetus conteste de même que ces lampes aient été faites de métal, mais à la page 44 de son ouvrage, il fait mention d'une préparation de mercure filtré sept fois par le feu à travers du sable blanc, avec laquelle, dit-il, on pouvait fabriquer des lampes qui brûleraient  toujours. Maturantius et Citesius croient fermement, tous deux, que ce résultat peut être obtenu par un procédé purement chimique. Cette liqueur de mercure était connue des alchimistes sous les noms de Aqua mercuriales, Materia metallorum, Perpetua Dispositio, et Materia prima Artis, et aussi d'Oleum Vitre. Tritenheim et Bartolomo Korndof ont fait tous deux des préparations pour le feu inextinguible, et ils en ont laissé la recette. 383 [307]

 383"Sulphur. Alum ust. a 3 iv. ; sublimez-les en fleur à 3 ij auxquels ajoutez 3 j de borax de Venise cristallin (en poudre) ; versez là-dessus de l'esprit de vin fortement rectifié et laissez-le digérer, puis réduisez-le et versez-le de nouveau dessus ; répétez cette opération jusqu'à ce que le soufre fonde comme de la cire sans produire de fumée, sur une plaque de laiton chaude : Ceci est pour le pabulum, mais la mèche doit être préparée de la façon suivante : prenez des fils ou des bouts de Lapis Asbestos, environ de l'épaisseur de votre doigt médian et de la longueur de votre petit doigt, et mettez-les dans un verre de Venise et couvrez-les avec le soufre épuré ou aliment ci-dessus décrit, mettez le verre pendant vingt-quatre heures dans du sable si chaud que le soufre reste tout le temps en ébullition. La mèche ainsi imprégnée et enduite sera placée dans un verre de la forme d'une coquille, de telle manière qu'une partie dépasse la masse de soufre préparé ; mettez alors ce verre sur du sable chaud, et faites fondre le soufre de façon à saisir la mèche et lorsque celle-ci sera enflammée elle brûlera d'une flamme perpétuelle et vous pourrez placer cette lampe où vous voudrez."

Et voici l'autre :

"R. Salis tosti, lb j. ; versez dessus du vinaigre de vin très fort, et réduisez-le jusqu'à consistance d'huile ; ajoutez-y de nouveau du vinaigre, macérez et distillez-le comme auparavant. Répétez cette opération quatre fois de suite, et mettez ensuite dans ce vinaigre une livre de vitr. antimonii subtilis lœvigat lb. j. ; placez-le sur des cendres dans un récipient fermé pendant l'espace de six heures, afin d'en extraire la teinture, décantez la liqueur, remettez-en de nouveau et extrayez-la de nouveau ; répétez cette opération jusqu'à ce que vous en ayez fait sortir toute la teinte rouge. Faites coaguler tous vos extraits à la consistance de l'huile et rectifiez-les dans le bain-marie. Prenez ensuite l'antimoine, dont la teinture a été extraite et réduisez-le en poudre très fine, et mettez-le ainsi dans un récipient de verre ; versez dessus l'huile rectifiée que vous réduirez et distillerez sept fois jusqu'à ce que la poudre ait absorbé toute l'huile et qu'elle soit tout à fait sèche. Faites extraire avec de l'esprit de vin jusqu'à ce que toute l'essence en ait été extraite et mettez celle-ci dans un filtre avec du papier plié cinq fois et distillez-le alors, de façon que l'esprit en ait été retiré et qu'il ne reste au fond qu'une huile qui ne se consume pas, à utiliser avec une mèche de la même manière qu'avec le soufre décrit ci-dessus."

"Ce sont les lumières éternelles de Tritenheimus", dit son commentateur Libavius, "qu'en vérité, bien qu'elles ne s'accordent pas avec la constance de la naphte ces choses peuvent cependant illustrer mutuellement. La naphte n'est pas durable au point de ne pas brûler, car elle se volatilise et s'enflamme, mais si on la fixe en y ajoutant le suc du Lapis asbestinos, elle est capable de fournir un combustible perpétuel", dit ce savant.

 L'asbestos, qui était connu des Grecs sous le nom d'Aσδεστος ; ou inextinguible, est une sorte de pierre qui, une fois allumée, ne peut plus s'éteindre, comme nous l'apprennent Pline et Solinus. Albert le Grand le décrit comme une pierre couleur de fer, qui se trouve le plus souvent en Arabie. On le trouve généralement couvert d'une humidité presque imperceptible de matière oléagineuse, qui s'enflamme aussitôt qu'on l'approche de la flamme d'une bougie. Les chimistes ont fait des expériences sans nombre pour en extraire son huile insoluble, mais tous ont échoué, dit-on. Toutefois, nos chimistes sont-ils en mesure de dire que cette opération est absolument impraticable ? Si on parvenait à extraire cette huile, il ne peut y avoir de doute qu'elle constituerait un [308] combustible perpétuel. Les anciens pouvaient donc bien se vanter d'en posséder le secret, car, nous le répétons, certains expérimentateurs encore vivants ont réussi à le faire. Les chimistes qui l'ont vainement essayé affirment que le fluide ou liqueur extrait chimiquement de cette pierre avait plutôt la nature de l'eau que celle de l'huile, et qu'elle était tellement impure et épaisse qu'elle était incapable de brûler ; d'autres assurent, au contraire, que cette huile, aussitôt qu'on l'expose à l'air, devient si  épaisse et si solide que c'est à peine si elle coule et qu'une fois allumée elle ne produit pas de flamme, mais une fumée épaisse ; tandis que les lampes des anciens brillaient dit-on avec une flamme des plus pures et des plus brillantes, sans la moindre fumée. Kircher, qui montre qu'on peut l'épurer, pense néanmoins qui c'est si difficile que ce n'est accessible qu'aux plus hauts adeptes de l'alchimie.

Saint Augustin, qui attribue tous ces arts au bouc émissaire des Chrétiens, le diable, est carrément contredit par Ludovic Vives 384, qui prouve que toutes ces prétendues opérations magiques sont tout simplement le fruit de l'industrie de l'homme et d'une profonde étude des mystérieux secrets de la nature, tout merveilleux et tout miraculeux qu'ils paraissent.  Podocattarus,  chevalier  Cypriote 385,  possédait  du  lin  et de l'étoffe fabriqués avec un autre asbestos, que Porcacchius dit 386 avoir vus chez ce chevalier. Pline appelle ce lin linum vinum et lin indien, et il dit qu'il est fabriqué avec l'asbeston sive asbestinum, espèce de lin dont on fait une étoffe qu'on nettoie en la mettant dans le feu. Il ajoute que ce lin était aussi précieux que les perles et les diamants, car non seulement on n'en trouvait que très rarement, mais encore il était extrêmement difficile à tisser, en raison du peu de longueur des fils. Battu et aplati au marteau, et plongé ensuite dans de l'eau chaude, ce lin, une fois sec, peut facilement être divisé en fils comme de la filasse, et être tissé. Pline déclare avoir vu des serviettes faites de cette matière, et avoir assisté à leur nettoyage par le feu. Baptista Porta dit également avoir vu la même chose à Venise chez une dame de Chypre ; il appelle cette découverte de l'alchimie un secretum optimum.

Nous ajouterons que nous avons vu, de nos propres yeux, une lampe préparée de cette manière, et on nous a affirmé que depuis qu'elle a été allumée, le 2 mai 1871, elle ne s'est pas éteinte. Comme nous savons que la personne qui fait cette expérience est tout à fait incapable de tromper qui que ce soit, étant elle-même un expérimentateur zélé des secrets hermétiques, nous n'avons aucune raison de mettre en doute ses affirmations.

384 Commentaires sur le Traité de la Cité de Dieu de saint Augustin.

385 Auteur de De Rebus Cypriis, 1566 AD.

 

Dans sa description des curiosités du collège de Gresham, au XVIIème siècle, le Dr Grew exprime l'opinion que cet art et l'usage de cette étoffe sont tout à fait perdus ; Mais ce ne doit pas être à ce point, puisque nous voyons le Musée Septalius se glorifiant de posséder du fil, des cordages, du papier, et du filet fabriqué avec cette matière encore en 1726 ; quelques-uns de ces [309] articles même avaient été faits par Septalius, de ses propres mains, comme nous l'apprend Greenhill dans l'Art of Embalming, p. 361 (l'Art d'embaumer). "Grew" dit cet auteur, "paraît confondre l'asbestinus lapis avec l'amianthus et il les nomme en anglais thrumstone" ; il dit que cela pousse en fils ou filaments courts, d'un quart de pouce à un pouce de long, parallèles et brillants, aussi fins que ces petits fils que filent les vers à soie, et très flexibles comme du chanvre ou de l'étoupe. Que le secret n'en soit pas tout à fait perdu est prouvé par le fait que quelques couvents Bouddhistes de Chine et du Tibet en possèdent. Nous ignorons s'ils sont faits avec les fibres de l'une ou de l'autre de ces pierres, mais nous avons vu dans un monastère de femmes Talapoins, une robe jaune, comme en portent les moines Bouddhistes, jetée dans un foyer rempli de charbons ardents, et retirée deux heures après, aussi propre que si elle avait été lavée avec de l'eau et du savon.

L'asbestos ayant été soumis dernièrement en Europe et en Amérique à d'aussi sévères épreuves, on utilise maintenant cette substance pour des usages   industriels, tels que la couverture de toits, des vêtements incombustibles et des coffres-forts à l'épreuve du feu. Un dépôt très important, établi à Staten Island, dans la baie de New-York, livre  le minéral en paquets, comme du bois sec, avec des fibres de plusieurs pieds de long, La variété d'asbestos la plus fine, nommée χµιχντος (sans tache) par les anciens, tirait son nom de son lustre blanc satiné.

Les anciens fabriquaient encore les mèches de leurs lampes perpétuelles avec une autre pierre, qu'ils nommaient Lapis Carystius. Les habitants de la ville de Carystos paraissent n'avoir fait aucun mystère du procédé, car Matthœus Raderus dit 387 qu'ils "peignaient, filaient,  et tissaient cette pierre duveteuse dont ils faisaient des tuniques, des nappes, et autres objets, qu'ils nettoyaient quand ils étaient sales par le feu, au lieu de l'eau". Pausanias, dans Atticus, et Plutarque 388 affirment également que des mèches de lampes étaient fabriquées avec cette pierre ; mais Plutarque ajoute qu'on n'en trouvait déjà plus de son temps. Licetus est porté à croire que les lampes perpétuelles dont les anciens faisaient usage dans les tombes, n'avaient pas de mèche du tout, car on n'en avait trouvé que fort peu ; mais Ludovic Vives est d'un avis contraire, et il affirme qu'il en a vu un grand nombre.

De plus, Licetus est fermement persuadé qu'un "aliment pour le feu peut être mesuré avec une telle exactitude, qu'il met des siècles à se consumer de telle façon que la matière, sans produire d'exhalation, résiste énergiquement à l'action du feu, et que celui-ci [310] ne consume pas la matière, mais est empêché par elle, comme avec une chaîne, de monter". A cela, Sir Thomas Brown 389 répond, parlant des lampes qui ont brûlé pendant plusieurs centaines d'années enfermées dans de petits espaces, que "cela est dû à la pureté de l'huile, qui ne produit pas d'exhalaisons fuligineuses, qui étouffent le feu ; car si l'air avait alimenté la flamme, elle n'aurait duré que fort peu de temps, car l'air aurait été  vite absorbé et épuisé par le feu." Mais, il ajoute : "le secret de la préparation de cette huile incombustible est perdu"

386 Book of Ancient Funerals.

 387 Comment. on the 77th. Epigram of the IXth. book of Martial.

388 De Defectu Oraculorum.

389 Vulgar errors p. 124.

 

Non pas tout à fait ; le temps le prouvera, bien que tout ce que nous écrivons soit condamné d'avance, comme tant d'autres vérités.

 On nous dit, en faveur de la science, qu'elle n'accepte aucun autre mode d'investigation que l'observation et l'expérience. D'accord ; mais n'avons-nous pas les archives d'au moins trois mille années d'observation de faits qui démontrent les pouvoirs occultes de l'homme ? Quant à l'expérience, quelle meilleure occasion que celle fournie par les prétendus phénomènes modernes ? En 1869, divers savants Anglais furent invités, par la London Dialectical Society, à assister à l'examen de ces phénomènes. Voyons quelle fut la réponse de nos philosophes. Le professeur Huxley écrivit : "Je n'ai pas de temps à consacrer à cette enquête qui occasionnerait beaucoup de tracas et d'ennuis (à moins qu'elle ne soit bien différente de toutes les enquêtes de ce genre à ma connaissance)… Je ne m'intéresse pas à la question… et même en admettant que les phénomènes soient authentiques, ils ne m'intéressent pas. 390 " M. George Lewes écrit sagement : "Lorsqu'un homme dit que les phénomènes ne sont produits par aucune loi physique connue, il déclare qu'il connaît les lois en vertu desquelles ils sont produits. 391" Le professeur Tyndall exprime des doutes sur la possibilité d'obtenir de bons résultats dans une séance à laquelle il assisterait. Sa présence, de l'avis de M. Varley, jette partout la confusion. 392 Quant au  professeur  Carpenter, il écrit : "Je me suis assuré, par des recherches personnelles, que, tandis qu'une bonne partie de ce qui se passe pour des manifestations spirites est le résultat de fraudes intentionnelles, l'autre partie n'est qu'illusion. Il y a cependant certains phénomènes qui sont tout à fait authentiques, et doivent être considérés comme des sujets légitimes d'étude scientifique… mais la source de ces phénomènes ne réside pas dans une communication ab extra, mais dans la conditions subjective de l'individu qui opère, selon certaines lois physiologiques bien connues… Je donne à ce procédé le nom de [311] cérébration inconsciente…, et suivant moi, c'est à celle-ci qu'il faut attribuer une grande partie de  la  production  des  phénomènes dits spirites" 393

C'est ainsi que le monde est instruit par l'organe de la science exacte, que la cérébration inconsciente a la faculté de faire voler des guitares en l'air et de forcer les meubles à exécuter toutes sortes d'acrobaties !

 390 Rapport sur le Spiritisme de la London Dialectical Society, p. 229.

391 Ibidem, p. 230

392 Ibidem, p 265.

393 Ibidem, p. 266.

 

Voilà pour ce qui concerne les opinions des savants anglais. Les savants américains n'ont pas fait mieux. En 1857, un comité de l'Université de Havard prémunit le public contre l'étude de la question car elle "corrompt le sens moral et dégrade l'intelligence." On la taxait en outre "d'influence contagieuse, qui tend sûrement à affranchir la franchise chez l'homme et la pureté chez la femme." Plus tard, le professeur Hare, l'éminent chimiste, bravant l'opinion de ses contemporains, étudia le spiritisme et devint un croyant ; il fut aussitôt, non compos mentis ; et en 1874, lorsqu'un des journaux de New-York adressa une circulaire aux principaux savants de ce pays, leur demandant de faire des recherches et offrant de payer les frais, comme les invités de la parabole évangélique, "ils s'excusèrent d'un commun accord."

Cependant, malgré l'indifférence d'Huxley, la jactance de Tyndall,  et la cérébration inconsciente de Carpenter, maint savant aussi célèbre que ceux-là entreprit d'étudier l'indésirable question, et, convaincu par l'évidence, s'est converti. Et voici qu'un autre savant, un grand auteur, quoique non spirite, apporte ce loyal témoignage : "Que les esprits des morts reviennent occasionnellement parmi les vivants, ou hantent leurs anciennes demeures, a été, de tous temps, et dans tous les pays d'Europe, une croyance fixe, non pas restreinte au vulgaire, mais partagée aussi par les intelligents…Si le témoignage humain en pareille matière a une valeur quelconque, l'ensemble des preuves qui s'étendent depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours est aussi important et indiscutable que tout ce que l'on pourrait trouver en faveur de quoi que ce soit." 394

Malheureusement, le scepticisme humain est une forteresse qui défie tous les témoignages. Pour commencer par M. Huxley, nos savants n'acceptent que ce qu'ils veulent bien et rien de plus.

Oh shame to men ! devil with devil damn'd Firm concord holds – men only disagree, Of creatures rational…" 395. [312]

 394 Draper. Conflict between Religion and Science, p. 121.

395 "Oh honte à l'homme ! Le diable est constamment d'accord avec un autre diable ; les hommes seuls – de toutes les créatures rationnelles – ne s'entendent pas…" (Milton.Paradise Lost)

 

Comment expliquer ces divergences de vues entre des hommes qui furent instruits par les mêmes manuels et qui tirent leur savoir de la même source ? C'est sans doute une nouvelle preuve de l'aphorisme, qu'il n'y a pas deux hommes pour voir une même chose de la même façon. Cette idée est admirablement formulée par le Dr J.-J. Garth  Wilkinson,  dans une lettre adressée à la Dialectical Society.

"Je suis depuis longtemps convaincu", dit-il, "par l'expérience de ma vie de pionnier dans plusieurs hétérodoxies, qui se sont rapidement transformées en orthodoxies, que presque toute vérité est affaire de tempérament, ou qu'elle nous vient d'affections ou d'intuitions, et que la discussion et l'examen ne  font guère qu'alimenter le tempérament."

Ce profond observateur aurait pu ajouter à son expérience celle de Bacon, qui dit : …Un peu de philosophie porte l'homme à l'athélisme, mais la profondeur en philosophie conduit la pensée de l'homme à la religion."

Le professeur Carpenter vante la philosophie avancée du siècle actuel, qui "n'ignore aucun fait, si étrange qu'il soit, qui est établi par des preuves valables" ; et pourtant il serait le premier à repousser les prétentions des anciens au savoir philosophique et scientifique, quoique, chez eux aussi, il soit fondé sur des preuves "aussi valables" que celles sur lesquelles les hommes d'aujourd'hui appuient leurs propres prétentions à la distinction philosophique ou scientifique. Prenons par exemple dans le domaine de la science, l'électricité et l'électro-magnétisme, qui ont porté si haut les noms de Franklin et de Morse. Six siècles avant l'ère chrétienne, Thalès est censé avoir découvert les propriétés électriques de l'ambre ; et cependant, les dernières recherches de Schweigger, exposées dans ses ouvrages sur le symbolisme, ont parfaitement démontré que toutes les anciennes mythologies étaient fondées sur la science de la philosophie naturelle, et montrent que les propriétés les plus occultes de l'électricité et du magnétisme étaient connues des théurgistes des plus anciens Mystères mentionnés dans l'histoire, ceux de Samothrace. Diodore de Sicile, Herodote, et Sanchoniathon le Phénicien – les plus anciens historiens – nous disent que ces Mystères. viennent de la nuit des temps, remontant à des siècles, et peut-être des milliers d'années avant l'époque historique. Nous en trouvons une des meilleures preuves dans une très remarquable gravure,  qui  figure  dans  les  Monuments  d'Antiquité  Figurés  de  Raoul Rochette, dans laquelle, comme le "Pan aux cheveux hérissés", tous les personnages ont leur chevelure coulant dans toutes les directions, excepté celui du centre, représentant la Demeter Kabeirienne, dont émane la puissance, [313] et un autre, un homme agenouillé 396. Cette gravure, selon Schweigger, représente évidemment une partie de la cérémonie d'initiation. Et cependant, il n'y a pas si longtemps que les ouvrages élémentaires sur la philosophie naturelle ont commencé à être illustrés de têtes électrisées dont les cheveux se dressent dans toutes les directions, sous l'influence du fluide électrique. Schweigger nous fait voir que les plus importantes cérémonies religieuses étaient en relation intime avec la philosophie naturelle de l'antiquité maintenant perdue. Il démontre de la façon la plus détaillée, que dans les temps préhistoriques, la magie faisait partie des mystères, et que les grands phénomènes, les prétendus miracles – Païens, Juifs, ou Chrétiens – reposaient en réalité sur la connaissance secrète que les prêtres de l'antiquité possédaient sur la physique et toutes les branches de la chimie ou plutôt de l'alchimie.

Au chapitre XI, entièrement consacré aux merveilleuses découvertes des anciens, nous nous proposons de faire d'une façon plus complète la preuve de nos affirmations. Nous montrerons, d'après le témoignage des classiques les plus dignes de foi, qu'à une époque bien antérieure au siège de Troie, les prêtres instruits des sanctuaires étaient parfaitement au courant de l'électricité et même des paratonnerres. Nous n'ajouterons maintenant que quelques mots avant de laisser ce sujet de côté.

Les théurgistes comprenaient si bien les propriétés les plus infimes du magnétisme, que, sans posséder la clé perdue de leurs arcanes, mais en se servant uniquement de ce qu'on savait au sujet de l'électro-magnétisme à leur époque moderne, Schweigger et Ennemoser ont pu établir l'identité des "Jumeaux", les Dioscures, avec la polarité de l'électricité et du magnétisme. Selon Ennemoser, les mythes symboliques, pris d'abord pour des fictions dénuées de sens, sont maintenant reconnus comme "l'expression la plus ingénieuse, et en même temps la plus profonde, de vérités naturelles bien définies, strictement scientifiques." 397

 396 Voir Ennemoser. Histoire de la Magie, vol. II, et Schweigger. Introduction à la Mythologie par l'Histoire Naturelle.

397 Histoire de la Magie, vol. 2.

 

Nos physiciens s'enorgueillissent des découvertes de notre siècle, et chantent réciproquement leurs louanges. L'éloquence de leurs cours, leur phraséologie fleurie n'a besoin que de légères modifications pour se transformer en mélodieux sonnets. Nos modernes Plutarque, nos Dante, nos Tasse, rivalisent avec les troubadours de jadis, en poétiques effusions. Dans leur glorification sans bornes de la matière, ils chantent l'amoureux accouplement [314] des atomes errants, et les voluptueux enlacements des protoplasmes, en déplorant l'inconstance coquette des "forces", qui jouent d'une façon si provocante à cache cache, avec nos graves professeurs, dans le grand drame de la vie, qu'ils ont baptisé la "corrélation des forces". Proclamant la matière, seule et autocratique souveraine de l'Univers sans Limite, ils la font divorcer de force d'avec son conjoint, et ils placent leur reine devenue veuve, sur le grand trône de la nature, rendu vacant par l'exil de l'esprit. Et maintenant, ils cherchent à la faire paraître aussi attrayante que possible, en l'encensant et en se prosternant devant le sanctuaire élevé de leurs propres mains. Oublient-ils, ou ignorent-ils entièrement le fait, qu'en l'absence du souverain légitime, ce trône n'est plus qu'un sépulcre blanchi, au-dedans duquel tout n'est que pourriture et corruption ! Que la matière, sans l'esprit qui la vivifie, et dont elle n'est que la "grossière scorie", pour employer l'expression des hermétistes, n'est qu'un corps sans âme, un cadavre, dont les membres, pour se mouvoir dans une direction déterminée, exige un opérateur intelligent pour actionner la grande batterie galvanique, qu'on nomme LA VIE !

En quoi le savoir du siècle actuel est-il si supérieur à  celui  des anciens ? Lorsque nous parlons de connaissances, nous n'entendons point cette définition brillante et claire de nos érudits modernes pour les détails les plus insignifiants de chaque branche de science exacte ; ni cette intuition qui fait trouver un terme approprié pour chaque chose, toute insignifiante et microscopique qu'elle soit ; Un nom pour chaque nerf et chaque artère dans l'organisme humain ou animal ; Une appellation pour chaque cellule, filament ou nervure des plantes ; Ce que nous entendons, c'est l'expression philosophique et définitive de toutes les vérités de la nature.

On reproche aux plus grands philosophes de l'antiquité leur superficialité et leur ignorance de ces détails des sciences exactes dont les modernes sont si fiers. Les divers commentateurs de Platon l'accusent d'avoir entièrement ignoré l'anatomie et les fonctions du corps humain ; de n'avoir pas connu l'action des nerfs pour transmettre les sensations ; et de n'avoir rien de mieux à mettre en avant, que de vaines spéculations au sujet des questions physiologiques. Il a simplement généralisé les divisions du corps humain, disent-ils, et il n'a rien dit qui rappelle les faits anatomiques. Quant à ses idées sur la structure du corps humain, l'être microcosmique, image en miniature du macrocosme, elles sont beaucoup trop transcendantes pour que nos matérialistes sceptiques leur accordent la moindre attention. L'idée que cette structure est, comme l'univers, formée de triangles, parait par trop ridicule [315] à ses traducteurs. Seul, parmi ceux-ci, M. Jowett, dans son introduction au Timée, observe loyalement que le physicien moderne "ne consent qu'à contrecœur à admettre que ses connaissances ne sont que "les ossements d'un homme mort", qui lui ont permis de s'élever à de plus hautes connaissances. 398" Il oublie à quel point la métaphysique de l'antiquité est venue en aide aux sciences "physiques" d'aujourd'hui. Si au lieu de chercher chicane au sujet de l'insuffisance, et parfois même de l'absence de termes et de définitions strictement scientifiques dans les œuvres de Platon, nous les analysons avec soin, nous trouvons dans le seul Timée, tout limité qu'il soit, le germe de toutes les nouvelles découvertes. La circulation du sang et la loi de la gravitation y sont clairement mentionnées ; bien que le premier fait ne soit peut-être pas assez nettement défini, pour repousser les attaque réitérées de la science moderne ; Car, suivant le professeur Jowett, Platon ignorait totalement la découverte spécifique que le sang sort d'un côté du cœur par les artères, et revient de l'autre côté par les veines, quoiqu'il ait su parfaitement que le "sang est un fluide toujours en mouvement."

La méthode de Platon, comme celle de la géométrie, consiste à descendre des universaux aux particuliers. La science moderne cherche, en vain, la cause première dans les permutations des molécules ; Platon la chercha, et la trouva dans la majestueuse marche des mondes. Pour lui c'était assez de connaître le plan grandiose de la création, et de pouvoir suivre les mouvements majestueux de l'univers, à travers leurs changements, jusqu'à leur fin. Les menus détails, dont l'observation et la classification ont mis à l'épreuve la patience de nos savants modernes, ne préoccupaient guère les philosophes anciens. Aussi, tandis qu'un gamin de cinquième saura mieux discourir sur les menus détails de la science physique que Platon lui-même, par contre le plus obtus des disciples de Platon en savait plus long au sujet des grandes lois cosmiques et de leurs relations mutuelles et montrait une plus grande connaissance et un plus grand contrôle des forces occultes qui sont derrière ces lois, que le plus savant professeur de n'importe quelle Académie moderne.

398 B. Jowett, MA. The dialogues of Plato, vol. 11, p. 508.

 

Ce fait si peu apprécié et si négligé des traducteurs de Platon, explique les louanges que nos savants modernes se décernent aux dépens de ce philosophe et de ses compagnons. Leurs prétendues erreurs en anatomie et physiologie sont amplifiées outre mesure, pour satisfaire notre amour- propre ; si bien qu'à force [316] de nous bercer de l'idée de  notre supériorité scientifique nous finissons par perdre de vue la splendeur intellectuelle des siècles passés. C'est comme si en grossissant par l'imagination démesurément les taches de soleil, on en venait à penser qu'on en a tout à fait éclipsé la lumière.

L'inutilité des recherches scientifiques modernes est montrée par  le fait que, tout en ayant donné un nom aux plus infimes parcelles des minéraux, des plantes, des animaux et de l'homme, nos plus érudits professeurs sont incapables de nous dire quoi que ce soit de précis sur la force vitale, qui produit les changements dans ces différents règnes. Pour confirmer notre assertion, il faut chercher plus loin que les ouvrages de nos plus savantes autorités scientifiques.

II faut un certain courage moral à celui qui occupe une position élevée dans le monde savant, pour rendre justice aux anciens, en présence d'un sentiment public qui n'est satisfait que lorsqu'on les dénigre. Aussi, lorsque nous nous trouvons en présence d'un homme de cette catégorie, nous cueillons volontiers des lauriers, pour en faire hommage à ce savant courageux et loyal. Un tel homme est le professeur Jowett, maître au Collège de Baliol, et professeur de grec à l'Université d'Oxford, qui, dans sa traduction de Platon, parlant de la philosophie physique des anciens, en général, lui reconnaît les mérites suivants : 1° "Les physiciens des temps primitifs admettaient la théorie des nébuleuses". Elle ne date donc pas des découvertes télescopiques de Herschel ainsi que l'affirme Draper. 399 2° "Que  les  animaux  proviennent  des  grenouilles qui vinrent sur terre, et l'homme des mammifères était déjà enseigné par Anaximène au VIème siècle avant Jésus-Christ". Le professeur aurait pu ajouter que cette théorie était antérieure de plusieurs milliers d'années peut-être, à Anaximène" ; c'était la doctrine des Chaldéens, et l'évolution des espèces de Darwin et sa théorie du singe sont d'origine antédiluvienne. 3° "Philoléus et les premiers Pythagoriciens affirmaient que la terre était un corps comme les autres planètes, évoluant dans l'espace." 400 Ainsi, Galilée, en étudiant quelques fragments de Pythagore – qui, affirme Reuchlin, existaient encore du temps du mathématicien Florentin – familier d'ailleurs avec les enseignements des anciens philosophes, n'a fait que remettre en lumière une doctrine astronomique, qui prévalait dans l'Inde depuis l'antiquité la plus reculée. 401 [317] 4° Les anciens "supposaient que les plantes avaient un sexe tout comme les animaux". Il est donc prouvé que nos naturalistes modernes n'avaient qu'à emboîter le pas de leurs prédécesseurs. 5° "Les notes de musique dépendaient de la longueur relative, ou de la tension des cordes qui les produisaient, et elles se mesuraient par des rapports de nombres". 6° "Le monde est régi par des lois mathématiques, et même les différences qualitatives ont leur origine dans les nombres". 7° Enfin, "ils niaient énergiquement l'anéantissement de la matière, et en réalité ce n'était qu'une transformation." 402 "Bien qu'une de ces découvertes puisse être considérée comme un heureux hasard", ajoute M. Jowett, "on ne peut pas toutes les attribuer à de simples coincidences." 403

399 Conflict between Religion and Science, p. 240.

400 Plutarque, traduit par Langhorne.

401 Quelques érudits cabalistes affirment que l'original Grec des sentences Pythagoriciennes de Sextus, qui passe aujourd'hui pour perdu, existait encore à cette époque dans un couvent  de Florence et que Galilée en avait eu connaissance. Ils ajoutent, en outre, qu'un traité d'astronomie, manuscrit d'Archytas, disciple direct de Pythagore, dans lequel étaient consignées les plus importantes doctrines de leur école était en la possession de Galilée. Si quelque Rufinas s'en était emparé, nul doute qu'il ne l'eût dénaturé, comme le prêtre Ruffinas dénatura les sentences de Sextus ci-dessus mentionnées, les remplaçant par un texte frauduleux, dont il chercha à attribuer  la paternité à un certain évêque Sextus. (Voir Introduction à la vie de  Pythagore  de Jamblique, traduite par Taylor.)

402 Jowett. Introduction du Timée, vol. II, p. 508.

403 Ibidem. Vie de Pythagore, p. 17.

 

En résumé, la philosophie platonicienne était une science d'ordre, de système et de proportion ; elle embrassait l'évolution des mondes et des espèces, la corrélation et la conservation de l'énergie, la transmutation des formes matérielles, l'indestructibilité de la matière et de l'esprit. Sa position, à ce dernier point de vue, était en avance sur la science moderne, surmontant son système philosophique par une clé de voûte parfaite et immuable. Si la science a progressé à pas de géant dans ces dernières années, si nous avons des idées plus claires que les anciens sur la loi naturelle – pourquoi nos investigations, sur la nature et les sources de la vie demeurent-elles sans réponse ? Si le laboratoire moderne est, comme on le dit, tellement plus riche en résultats de recherches expérimentales que ceux de l'antiquité, comment se fait-il que nous ne marchions que dans des sentiers déjà battus longtemps avant l'ère chrétienne ? Comment se fait-il que le sommet le plus élevé que nous ayons atteint aujourd'hui, ne nous permette de voir, dans le lointain mystérieux des cimes inaccessibles de la connaissance que les preuves monumentales laissées par les explorateurs antérieurs pour jalonner les sites qu'ils avaient atteints et occupés avant nous ? [318]

Si les maîtres modernes sont tellement en avance sur les anciens, pourquoi ne nous rendent-ils pas les arts perdus de nos ancêtres postdiluviens ? Pourquoi ne nous donnent-ils pas les couleurs impérissables de Luxor, la pourpre de Tyr ; le vermillon brillant, et le bleu éclatant qui décorent les murs de ce temple, où les teintes sont encore aussi fraîches qu'au premier jour ? Le ciment indestructible des pyramides et des aqueducs anciens ; la trempe des lames de Damas, que l'on pouvait tourner comme un tire-bouchon dans leur fourreau, sans les rompre ; les superbes et incomparables teintes des vitraux que l'on retrouve dans la poussière des ruines antiques et qui rayonnent aux fenêtres des anciennes cathédrales ; et le secret de la fabrication du verre malléable ? Et si la chimie est si peu en état de rivaliser même avec le moyen-âge dans certaines branches des arts, pourquoi se vanter de quelques découvertes qui, selon toute probabilité, étaient déjà connues il y a des milliers d'années ? Plus l'archéologie et la philologie font de progrès, plus humiliantes pour notre orgueil sont les découvertes que l'on fait de jour en jour ; plus glorieux aussi sont les témoignages qu'elles apportent en faveur de ceux que l'on a considérés jusqu'à ce jour, peut-être à cause de la distance qui nous sépare de leur antiquité éloignée, comme des ignorants, pataugeant dans la boue épaisse de la superstition.

Pourquoi oublierons-nous que, des siècles avant que la proue de l'aventureux Génois ait fendu les mers occidentales, les vaisseaux phéniciens avaient déjà voyagé autour du globe, et porté la civilisation dans des régions aujourd'hui silencieuses et désertes ? Quel est l'archéologue qui osera affirmer que la même main qui donna les plans des Pyramides d'Egypte, de Karnak, et des milliers de ruines, vouées aujourd'hui à l'oubli, sur les berges sablonneuses du Nil, n'a pas édifié le monumental Nagkonwat au Cambodge ? Ou gravé les inscriptions hiéroglyphiques sur les obélisques et les portiques du village Indien abandonné, récemment découvert par lord Dufferin, en Colombie Britannique ? Ou ceux des ruines de Palenque et d'Uxmal en Amérique Centrale ? Est-ce que les reliques que nous gardons comme des trésors dans nos musées, derniers souvenirs "d'arts perdus" depuis longtemps, ne parlent pas hautement en faveur de la civilisation antique, ne sont-elles pas la preuve mainte fois répétée, que les nations et les continents disparus ont emporté avec eux, dans la tombe, des arts et des sciences que ni le premier creuset chauffé dans un cloître au moyen-âge, ni la dernière cornue brisée par un chimiste moderne, n'ont pas fait revivre ni ne feront revivre – au moins dans le siècle actuel.

404 Conflict between Religion and Science, p. 14.320

 

"Ils n'étaient point sans avoir quelque notion d'optique"concède aux anciens le professeur Draper, magnanime ; d'autres [319] vont jusqu'à la leur refuser. "La lentille convexe trouvée à Nemrod prouve qu'ils n'étaient pas sans connaître  les  instruments grossissants." 404. Oui-dà ? S'ils ne les connaissaient pas, tous les auteurs classiques ont donc menti. Car, lorsque Cicéron nous apprend qu'il a vu l'Iliade tout entière écrite sur une peau si petite qu'elle pouvait tenir dans une coquille de noix ; et quand Pline affirme que Néron avait une bague sertie d'un verre qui lui permettait de voir à distance les spectacles de gladiateurs, il serait difficile de pousser plus loin l'audace du mensonge. Certes, lorsque l'on nous dit que Maurice, du haut du promontoire de Sicile, pouvait voir toute la mer jusqu'à la côte d'Afrique, au moyen d'un instrument nommé nauscopite, nous devons croire de deux chose l'une : ou que tous ces témoins oculaires ont menti, ou que les anciens avaient une connaissance plus que superficielle en matière d'optique et de verres grossissants. Wendell Philips déclare qu'un de ses amis possède une bague extraordinaire "ayant à peu prèstrois quarts de pouce de diamètre, sur laquelle est gravée le corps nu du dieu Hercule. A l'aide d'une loupe on distingue l'entrelacement des muscles, et on compte chaque poil séparé  des  sourcils...  Rawlinson  rapporta  une pierre d'environ vingt pouces de long et dix de large, contenant un traité complet de mathématiques, qui serait absolument illisible sans lentille... Au muséum du Dr Abbott, il y a un anneau de Cheops, que Bunsen déclare dater de 500 ans avant Jésus-Christ. Le sceau de l'anneau est de la grandeur d'une pièce d'un franc, et la gravure qui y est exécutée serait invisible sans le secours d'une loupe. On montre à Parme un bijou jadis porté par Michel-Ange, dont la gravure remonte à 2.000 années, et représente sept femmes. Il faut une loupe puissante pour en distinguer les formes... Par conséquent", ajoute le savant conférencier, "le microscope, au lieu de dater de nos jours, avait déjà des frères dans les livres de Moïse, des frères en bas âge."

Les faits qui précèdent ne paraissent donc pas indiquer une simple notion d'optique. C'est pourquoi, tout en différant complètement d'avis avec le professeur Fiske, dans la critique qu'il fait, dans son Unseen World, de l'ouvrage du professeur Draper, Conflict between Religion and Science, le seul reproche que nous adressions au livre admirable de Draper, c'est que, comme critique historique, il emploie parfois ses instruments d'optique à contre-sens. Ainsi, pour grossir le prétendu athéisme du Pythagoricien Bruno, il le regarde à travers la lentille convexe ; et lorsqu'il veut parler des connaissances des anciens, c'est de la lentille concave qu'il fait évidemment usage. [320]

Il est intéressant de suivre, dans divers ouvrages modernes, les essais prudents des auteurs érudits, aussi bien chrétiens qu'incrédules, pour tracer une ligne de démarcation entre ce que nous devons croire ou ne pas croire chez les auteurs anciens. On ne leur accorde aucun crédit sans réserve. Si Strabon nous dit que Ninive avait quarante-sept milles de circonférence, et que l'on accepte son témoignage, pourquoi agit-on autrement à son égard, lorsqu'il atteste la réalisation des prédictions Sibyllines ? Quel sens commun y a-t-il à appeler Hérodote le "Père de l'histoire", en l'accusant ensuite de radoter, toutes les fois qu'il rend compte de manifestations merveilleuses, dont il fut le témoin oculaire ? Qui sait, après tout, cette précaution est-elle plus que jamais nécessaire, dès qu'on a baptisé notre époque, le Siècle des Découvertes. Le désenchantement pourrait être trop cruel pour l'Europe. Voici que l'on enseigne maintenant dans les livres d'école que la poudre à canon, qu'on croyait être l'invention de Bacon et de Schwartz, était déjà, des siècles avant notre ère, employée par les Chinois, pour niveler les collines et faire sauter les rochers. Draper dit qu' "au musée d'Alexandrie, il y avait une machine inventée par Hero, le mathématicien, quelque 100 ans avant Jésus-Christ, qui marchait  au moyen de la vapeur, et avait la forme de celles que nous nommons machines à réaction... Le hasard n'a rien eu à voir avec l'invention de la machine à vapeur moderne." 405 L'Europe s'enorgueillit des découvertes de Copernic et de Galilée, et nous savons maintenant que les observations astronomiques des Chaldéens remontent à peu prèsà l'époque du déluge fabuleux de Noé, que Bunsen fixe à 10.000 ans au moins avant notre ère. 406 Bien plus, un empereur de Chine, plus de 2.000 ans avant le Christ (donc avant Moïse), fit mettre à mort deux de ses principaux astronomes, pour n'avoir pas prédit une éclipse de soleil.

On peut noter, comme un exemple du peu d'exactitude des notions courantes au sujet des prétentions scientifiques de notre siècle, que les découvertes de l'indestructibilité de la matière et de la corrélation des forces, et surtout cette dernière, sont proclamées comme un de nos plus grands triomphes. C'est "la découverte la plus importante du siècle présent", dit Sir William Armstrong, président de la British Association. Mais cette "importante découverte" n'est pas une découverte du tout : Son origine, outre qu'on en trouve des traces dans les ouvrages des philosophes anciens, se perd dans la nuit des temps préhistoriques. On en découvre les premiers vestiges dans les rêveuses spéculations de la théologie Védique, dans  la  doctrine  de  l'émanation  et  de  l'absorption,  bref  [321]  dans  le nirvana. Jean Erigène l'a esquissée, dans son audacieuse philosophie du VIIIème, siècle, et nous engageons le lecteur à lire De Divisione Naturae, pour se convaincre de cette vérité. La Science dit que lorsque la théorie de l'indestructibilité de la matière (une très, très vieille idée de Démocrite, par parenthèse) fut démontrée, il devint nécessaire de l'étendre également à l'énergie. Aucune particule de matière ne se perd jamais ; aucune énergie dans la nature ne peut disparaître ; par conséquent, on a la preuve que l'énergie est également indestructible, et que ses diverses manifestations, ou forces, sous différents aspects, sont interchangeables et ne sont que les modes différents de mouvement des particules de matière. C'est ainsi que fut redécouverte la corrélation des forces. M. Grove déjà en 1842, donna  à chacune de ces forces chaleur, électricité, magnétisme et lumière... le caractère de convertibilité ; les reconnaissant capables d'être tantôt cause et tantôt effet. 407 Mais d'où viennent ces forces, et où vont-elles, lorsqu'elles nous échappent ? Sur ce point, la science est muette.

405 Conflict between Religion and Science, p. 311.

406 Bunsen. La place de l'Egypte dans l'histoire universelle, vol. V, p. 88.

407  W.R. Grove. Preface to the correlation of Physical Forces.

408 Timée, p. 22.

409 A commencer par Godfrey Higgins et jusqu'à Max Müller, chaque archéologue et philologue, qui a honnêtement et sérieusement étudié les religions anciennes, a compris que prises à la lettre, elles ne pouvaient conduire que sur une fausse piste. Le Dr Lardner a défiguré et dénaturé les doctrines anciennes, volontairement ou involontairement. La pravritti, ou l'existence de la nature vivante en activité, et la nirvritti ou repos, l'état de l'absence de vie, est la doctrine ésotérique Bouddhique. Le "pur néant" ou la non-existence, dans son sens ésotérique signifie "l'esprit pur", le SANS NOM, ou quelque chose que notre intellect est incapable de saisir, et donc, rien. Mais nous en parlerons plus loin.

 

La théorie de la "corrélation des forces", bien que passant aux yeux de nos contemporains, pour la "plus grande découverte de notre temps", n'explique ni le commencement ni la fin d'une seule de ces forces ; elle n'en indique pas non plus la cause. Les forces peuvent être convertibles et l'une produire l'autre, mais, malgré tout, la science exacte est incapable d'expliquer l'alpha ou l'oméga du phénomène. En quoi donc sommes-nous en avance sur Platon qui, discutant dans le Timée sur les qualités primaires et secondaires de la matière 408, et sur la faiblesse de l'intelligence humaine, fait dire à Timée : "Dieu connaît les qualités originelles des choses ; l'homme ne peut espérer atteindre qu'à la probabilité. Nous n'avons qu'à ouvrir une des brochures de Huxley et de Tyndall, pour y trouver précisément le même aveu ; mais ils renchérissent sur Platon  en n'accordant même pas à Dieu qu'il en sait plus long qu'eux ; et c'est peut- être là-dessus qu'ils fondent leurs prétentions à la supériorité ! Les anciens hindous fondaient leur doctrine de l'émanation et de l'absorption précisément sur cette loi. Le Tó 'Ov, le point primordial dans le cercle sans limites, "dont la circonférence n'est nulle part et le centre partout" émanant toutes choses, et les manifestant sous des formes multiples dans l'univers visible ; les formes changeant sans cesse, se mêlant, et après une transformation graduelle de l'esprit pur (ou le "néant" bouddhique) en la matière la plus grossière, commençant à se rétracter, et, graduellement à se replonger dans leur état [322] primitif, qui est l'absorption en Nirvana 409 ; qu'est-ce que tout cela sinon la loi de la corrélation des forces ?

 La Science nous dit que la chaleur développe de l'électricité, et que l'électricité produit de la chaleur ; que le magnétisme produit  de l'électricité et vice-versa. Elle nous dit que le mouvement résulte du mouvement même, et ainsi de suite, à l'infini. C'est l'A. B. C. de l'occultisme des premiers alchimistes. L'indestructibilité de la matière et de l'énergie étant découverte et prouvée par nos savants modernes, le grand problème de l'éternité est résolu. Qu'avons-nous besoin désormais de l'esprit ? Son inutilité n'est-elle point scientifiquement démontrée ?

Ainsi, les philosophes modernes n'ont pas fait un pas au-delà de ce que savaient les prêtres de Samothrace, les hindous, et même les Gnostiques Chrétiens. Les premiers l'ont démontré, dans l'ingénieux mythe des Dioscures, les "fils du ciel", les jumeaux dont parle Schweigger, " qui meurent et reviennent constamment ensemble à la vie parce qu'il est absolument indispensable que l'un meure pour que l'autre vive." Ils savaient aussi bien que nos physiciens que lorsqu'une force a disparu, elle s'est tout simplement transformée en une autre force. Bien que l'archéologie n'ait pas découvert d'appareil ancien pour ces conversions spéciales, nous sommes néanmoins fondés à affirmer, par déductions d'analogies, que presque toutes les religions anciennes étaient fondées sur l'indestructibilité de la matière et des forces, et en plus sur l'émanation du tout, hors d'un feu éthéré spirituel – ou soleil central, qui est  Dieu ou esprit. C'est sur la connaissance de la potentialité résidant dans cet esprit qu'était basée l'ancienne magie théurgique.

Dans le commentaire manuscrit de Proclus sur la magie, il donne l'explication suivante : "De même que les amoureux procèdent graduellement de la beauté apparente dans les formes sensibles à celle qui est divine ; de même les prêtres de l'antiquité, lorsqu'ils jugeaient qu'il y a une certaine alliance et sympathie mutuellement entre les choses de la nature, entre celles visibles et les forces occultes et qu'ils découvraient que toutes choses subsistent en tout, ils créaient une science sacrée, sur cette sympathie mutuelle et de cette similarité. Ils reconnaissaient ainsi, dans les [323] choses secondaires, les choses suprêmes dont les premières sont l'image grossière ; ils voyaient dans les régions célestes les propriétés terrestres subsistant d'une façon causale et céleste, et sur la terre, les propriétés célestes selon la condition terrestre."

Proclus signale ensuite certaines particularités mystérieuses des plantes, des minéraux, des animaux, qui toutes sont bien connues de nos naturalistes, mais dont aucune n'est expliquée. Tel est le mouvement de rotation du tournesol, de l'héliotrope et du lotus qui, avant le  lever du soleil, replient leurs feuilles, retirant pour ainsi dire leurs pétales en elles- mêmes, et les étalent ensuite petit à petit, à mesure que le soleil se lève, pour les replier de nouveau, lorsqu'il descend au couchant. Telle aussi la conduite des pierres solaires et lunaires, de l'héliosélène, du coq, du lion et d'autres animaux. "Or, dit-il, les anciens ayant étudié cette sympathie mutuelle des choses (célestes et terrestres), les appliquèrent pour des fins occultes de nature terrestre et céleste, et, par ce moyen, grâce à certaine similitude, ils attirèrent les vertus divines dans ce séjour inférieur... Toutes choses sont remplies de natures divines ; les natures terrestres recevant la plénitude de celles qui sont célestes ; mais les natures célestes les reçoivent à leur tour des essences super célestes, et chaque ordre procède graduellement en une belle descente, du plus haut au plus bas. 410 Car les éléments particuliers rassemblés en un seul, dans une région au-dessus de l'ordre de choses, se dilatent ensuite en descendant, diverses âmes étant ainsi distribuées, sous la conduite de leurs diverses divinités." 411

410 C'est exactement l'opposé de la théorie moderne de l'évolution.

411 Ficinus. Voir Excerpta et "Dissertation on Magie" ; Taylor. Platon Vol. 1, p. 63.

 

Evidemment Proclus ne défend pas par là une simple superstition, mais la science ; car tout en étant occulte et inconnue de nos savants qui en contestent la possibilité, la magie est une science. Elle est solidement et uniquement établie sur les mystérieuses affinités existant entre les corps organiques et inorganiques, productions visibles des quatre règnes, et les puissances invisibles de l'Univers. Ce que la science appelle  gravitation, les hermétistes de l'antiquité et du moyen âge le nommaient magnétisme, attraction, affinité. C'est la loi universelle qui est comprise par Platon, et expliquée dans le Tinée, sous le nom d'attraction des corps plus petits par les plus grands, des corps semblables par leurs semblables, ces derniers dégageant une force magnétique, plutôt qu'ils ne suivent la loi de la gravitation. La formule antiaristotélienne : que la gravité fait tomber tous les corps avec une égale rapidité sans égard à leur poids, la différence étant causée par quelque [324] autre agent inconnu, semblerait devoir forcément s'appliquer avec plus de vérité au magnétisme qu'à  la gravitation, puisque celui-ci attire plus en vertu de la substance, que du poids. Une connaissance complète et absolue des facultés occultes de chaque chose dans la nature, visible aussi bien qu'invisible ; leurs relations, leurs attractions et leurs répulsions mutuelles ; la cause de ces dernières, remontant jusqu'au principe spirituel qui pénètre et anime toutes choses ; l'aptitude à donner à ce principe les meilleures conditions de manifestation, en d'autres termes, la connaissance profonde et étendue des lois de la nature – telle était et telle est la base de la magie.

En passant en revue, dans ses notes sur Fantômes et Lutins, certains faits mis en avant par quelques illustres défenseurs des phénomènes spirites, tels que le professeur de Morgan, M. Robert Dale Owen et M. Wallace, parmi tant d'autres, M. Richard A. Proctor, dit qu'il "ne voit  pas la portée des remarques suivantes du professeur Wallace : "Comment peut- on réfuter ou expliquer de pareilles preuves", dit Wallace en parlant d'un récit d'Owen ? Les preuves de cette nature, toutes aussi bien fondées, sont produites par centaines, mais on n'essaie même pas de les expliquer. On les ignore, et dans bien des cas on prétend qu'une explication est impossible". A cela M. Proctor répond, avec infiniment d'esprit, que comme "nos philosophes déclarent que, depuis longtemps, ils ont décidé que ces histoires de revenants ne sont que des illusions ; par conséquent il n'y a qu'à les ignorer ; ils sont fort ennuyés de voir présenter de nouvelles preuves, et faire de nouveaux convertis dont quelques-uns sont assez déraisonnables pour demander qu'on fasse un nouveau procès en alléguant que le premier verdict était contraire aux preuves."

Et il ajoute : "Tout cela est une raison excellente pour que les convertis ne soient pas tournés en ridicule à cause de leur foi ; mais il s'agit de mettre en avant quelque chose de plus probant pour que les philosophes consacrent de leur temps à étudier la question. Il faudrait montrer que le bien-être de l'humanité est largement en jeu dans cette affaire, tandis que la nature triviale de la conduite des revenants est admise même par ceux qui y croient !"

Mme Emma Hardinge Britten a réuni un grand nombre de faits authentiques tirés des journaux mondains et scientifiques, qui tendent à montrer avec quelles sérieuses questions nos savants remplacent quelquefois le sujet irritant des "fantômes et lutins". Elle reproduit d'un journal de Washington le rapport d'un de ces conclaves solennels, qui eut lieu le soir du 29 avril 1854. Le professeur Hare, de Philadelphie, l'éminent chimiste, si universellement respecté pour son caractère individuel, ainsi que pour sa vie de travail [325] pour la science, "fut malmené et réduit au silence" par le professeur Henry, dès qu'il toucha au spiritisme.  "L'attitude impertinente d'un des membres de l'American Scientific Association D, dit l'auteur, "fut sanctionnée par la plupart des membres de ce corps distingué, et mentionnée ensuite par tous dans le procès-verbal. 412" Le matin suivant, dans le compte rendu de la session, le Sipitual Telegraph commenta ces événements comme suit :

"Il semblerait qu'un sujet de cette nature" (présenté par le professeur Hare "serait capable d'intéresser tout spécialement les savants. Mais l'American Association for the Promotion of Science 413 décida qu'il était indigne d'attention, ou alors qu'il était dangereux de s'en occuper, et que, par conséquent, ils déposeraient la requête sur le bureau. N'oublions pas, à ce sujet, de rappeler que l'American Association for the Promotion of Science aborda, pendant la même session, une discussion très savante, très étendue, très grave et très profonde, sur la cause qui faisait que les coqs chantaient entre minuit et une heure du matin". Sujet digne des philosophes ; il concerne, en outre, largement le bien-être de l'humanité entière.

Il suffit que l'on exprime la croyance qu'il existe une mystérieuse sympathie entre la vie de certaines plantes et celles des êtres humains pour être aussitôt tourné en ridicule. Malgré cela, les cas sont nombreux et bien prouvés, qui démontrent la réalité de cette affinité. Il y a eu des personnes qui sont tombées malades en même temps que l'on déracinait un arbre, planté le jour de leur naissance, et qui sont mortes le jour où l'arbre mourait. Et vice-versa, on a vu un arbre, planté dans les mêmes conditions, s'étioler et périr simultanément avec la personne, à la naissance de laquelle i1 avait été planté. M. Proctor dirait sans doute que le premier cas est un "effet de l'imagination", et le second une "curieuse coïncidence."

Max Müller cite un grand nombre de ces cas dans son essai On Manners and customs. Il montre que cette tradition populaire existe dans l'Amérique Centrale, dans l'Inde et en Allemagne. Il en suit la  trace presque dans toute l'Europe, la constate chez les guerriers Maoris, en Guyane Britannique et en Asie. Passant en revue les Researches into the Early History of Mankind, de Tyler, ouvrage dans lequel sont réunies beaucoup de ces traditions, le grand philologue fait les observations très justes que voici : "Si on ne les trouvait que dans les récits hindous et allemands, nous pourrions les considérer comme appartenant aux anciens Aryens ; [326] mais lorsque nous les rencontrons encore en Amérique Centrale, il ne nous reste qu'à admettre une communication entre  les colons européens et les conteurs américains indigènes... ou bien à chercher s'il n'y a pas d'élément intelligible et véritablement humain, dans cette prétendue sympathie entre la vie des fleurs et celle de l'homme."

412 Modern American Spiritualism, p. 119.

413 Le nom exact et complet de cette savante Société est The American Association for the Advancement of Science. On l'appelle toutefois pour simplifier The American Scientific Association.

 

La génération actuelle, qui ne croit à rien, en dehors de l'évidence superficielle de ses sens, rejettera sans doute jusqu'à l'idée d'un sympathique pouvoir, entre les plantes et les animaux et même les pierres. La taie qui couvre leur vue interne les empêche de voir autre chose que ce qu'il est impossible de nier. L'auteur du Dialogue Asclépien nous  en fournit la raison, qui pourrait peut-être s'appliquer au temps présent, et expliquer cette épidémie d'incrédulité. Dans notre siècle, comme alors,  "il y a une déplorable séparation entre la divinité et l'homme ; on ne croit ni n'entend plus rien en faveur du ciel, et toute voix divine est nécessairement réduite au silence." Ou, comme le disait l'empereur Julien, "la petite âme" du sceptique est "en vérité subtile ; mais elle ne voit rien par vision saine et sûre".

Nous sommes au bas d'un cycle, et évidemment dans un état de transition. Platon divise en périodes fécondes et stériles le progrès intellectuel de l'univers durant chaque cycle. Dans les régions sublunaires, les sphères des divers éléments, dit-il, restent éternellement en parfaite harmonie avec la nature divine ; "mais leurs parties", en raison d'une trop étroite proximité de la terre et de leur conjonction avec le terrestre (qui est matière et par conséquent le royaume du mal), "sont quelquefois  en accord, et quelquefois en désaccord avec la nature (divine)." Lorsque ces circulations (qu'Eliphas Lévi nomme "les courants de lumière astrale"), dans l'éther universel, qui contient en lui chaque élément, s'opèrent en harmonie avec l'esprit divin, notre terre, et tout ce qui lui appartient jouissent d'une période fertile. Les puissances occultes des plantes, des animaux et des minéraux sympathisent magiquement avec les "natures supérieures", et l'âme divine de l'homme est en parfaite intelligence avec ces natures "inférieures". Mais pendant les périodes stériles, ces dernières perdent leur sympathie magique, et la vue spirituelle de la majorité du genre humain est aveuglée au point de perdre toute notion des pouvoirs supérieurs  de  son  propre  esprit  divin.  Nous sommes dans une période stérile : le XVIIIème  siècle, durant lequel la fièvre maligne du scepticisme s'est si violemment déclarée, a greffé l'incrédulité, comme un mal héréditaire, sur le XIXème. L'intellect divin est voilé dans l'homme ; seul son cerveau animal raisonne.

La magie était jadis une science universelle, entièrement entre les mains du prêtre savant. Quoique le foyer en fût jalousement [327] gardé dans les sanctuaires, ses rayons illuminaient tout le genre humain. Comment expliquerait-on autrement l'extraordinaire identité de "superstitions", de coutumes, de traditions, et même de phrases, répétées en proverbes populaires, si répandus d'un pôle à l'autre, qu'on rencontre exactement les mêmes idées chez les Tartares et les Lapons, que chez les peuples du midi de l'Europe, les habitants des steppes russes, et les aborigènes d'Amérique du Nord et du Sud. Tyler montre par exemple qu'une des anciennes maximes de Pythagore : "Ne tisonnez point le feu avec un glaive", est aussi populaire chez une foule de nations qui n'ont jamais eu la moindre relation entre elles. Il cite De Plano Carsini, qui trouve que cette tradition était courante chez les Tartares dés 1246. Un Tartare ne consentirait à aucun prix à planter un couteau dans le feu, ni à le toucher avec un instrument tranchant ou pointu, de peur de couper "la tête du feu". Le Kamtchadal de l'Asie du Nord-Est le considère comme un grand péché. Les Indiens Sioux du Nord de l'Amérique ne toucheraient le feu, ni avec une aiguille, ni avec un couteau, ni avec un instrument tranchant. Les Kalmoucks partagent cette frayeur ; et un Abyssin mettrait plutôt ses bras nus jusqu'au coude dans un brasier, que de se servir auprès de lui d'un couteau ou d'une hache. Tyler qualifie également tous ces faits de "curieuses coïncidences." Toutefois Max Müller pense qu'ils perdent beaucoup de leur force, par le fait "qu'ils sont basés sur la doctrine de Pythagore."

Toute phrase de Pythagore, ainsi que c'est le cas pour la plupart des anciennes maximes, a une double signification ; et tandis qu'elle a un secs physique occulte, exprimé littéralement dans ses mots, elle renferme un précepte de morale qui est expliqué par Jamblique dans sa Vie de Pythagore. Ce "Ne creuse pas le feu avec un glaive" est le neuvième symbole, dans le Protreptique de ce Néo-platonicien. "Ce symbole, dit-il, exhorte à la prudence." II fait voir "qu'il ne faut pas opposer des mots tranchants à un homme plein du feu de la colère et ne pas discuter avec lui. Car, par des paroles impolies, vous troublerez et irriterez un ignorant, et vous-même vous en souffrirez. Héraclite atteste aussi la vérité de ce symbole. Car il dit : "II est difficile de lutter avec colère, car tout ce qu'on doit faire rachète l'âme." Et c'est très juste. En effet, en cédant à la colère, beaucoup changent les conditions de leur âme et rendent la mort préférable à la vie. Mais en gouvernant votre langue et en restant calme, l'amitié naît du conflit, le feu de la colère étant éteint et vous-même ne paraîtrez pas dépourvu d'intelligence." 414 [328]

414 Jamblique. De Vita Pythag., notes additionnelles (Taylor).

 

Nous avons eu parfois des craintes ; nous avons douté de l'impartialité de notre jugement, de notre compétence à critiquer avec tout le respect qui leur est dû les œuvres grandioses de nos philosophes modernes. Tyndall, Huxley, Spencer, Carpenter et quelques autres. Dans notre amour immodéré pour les "hommes de jadis", les sages primitifs, nous avons toujours craint de dépasser les limites de la Justice, et de refuser leur dû aux autres. Mais petit à petit, cette crainte naturelle a disparu, en présence de renforts inattendus. Nous avons constaté que nous n'étions qu'un faible écho de l'opinion publique, qui, malgré les obstacles, a trouvé quelque soulagement dans des articles pleins de valeur répandus dans les périodiques du pays. Un de ces articles parut dans le numéro de  la National Quarterly Review de décembre 1875, sous le titre : "Nos philosophes sensationnels d'aujourd'hui." C'est un article très bien écrit, discutant sans crainte les prétentions de beaucoup de nos les savants à des découvertes nouvelles sur la nature de la matière, sur l'âme humaine, le mental, l'Univers. Comment l'Univers est venu à l'existence, etc... "Le monde religieux a été fort impressionné, dit l'auteur de l'article, et non peu ému des paroles d'hommes comme Spencer, Tyndall, Huxley, Proctor et quelques autres de la même école." Tout en reconnaissant volontiers ce que la Science doit à ces Messieurs, l'auteur leur conteste "très énergiquement" le droit de revendiquer la moindre découverte. Il n'y a rien de nouveau dans les spéculations même des plus avancés parmi eux ; rien qui ne fût connu et enseigné, sous une forme ou sous une autre, il y a des milliers d'années. Il ne dit pas que ces savants "présentent leurs théories comme s'ils les avaient découvertes ; mais ils laissent croire la chose, et les journaux font le reste... Le public qui n'a ni le temps, ni l'envie d'examiner les faits, adopte, de confiance, l'opinion des journaux... et se demande ce qui suivra ! Les prétendus inventeurs de ces étonnantes théories sont attaqués dans les journaux. Parfois, les fâcheux savants entreprennent leur propre défense, mais nous n'avons pas connaissance d'un seul cas où ils soient venus franchement dire : "Messieurs, ne nous en veuillez pas ;  nous ne faisons que rééditer des histoires aussi vieilles que le monde." Cela eût été conforme à la vérité ; "Mais les savants et les philosophes eux-mêmes, ajoute l'auteur, ne sont pas toujours à l'épreuve de la faiblesse d'encourager toute opinion qui leur assurerait une place parmi les immortels. 415" [329]

Huxley, Tyndall et les autres sont devenus depuis peu les grands oracles, les "papes infaillibles" des dogmes du protoplasme, des molécules, des formes primordiales, et des atomes. Ils ont cueilli plus de lauriers et de palmes, pour leurs grandes découvertes, que Lucrèce, Cicéron,  Plutarque et Sénèque n'avaient de cheveux sur la tête. Et pourtant, les œuvres de ces derniers fourmillent d'idées sur le protoplasme, les formes primordiales, sans parler des atomes, qui ont fait donner à Démocrite, le nom de philosophe atomiste. Dans la même Revue, nous trouvons cette dénonciation suivante surprenante :

"Qui, parmi les gogos, n'a été surpris dans le courant de l'année dernière, des merveilleux résultats obtenus avec l'oxygène ! Quel étonnement Tyndall et Huxley n'ont-ils pas déchaîné en proclamant de leur manière doctorale et ingénieuse exactement les mêmes doctrines que nous avions citées d'après Liebig ; et cependant, en 1840 le professeur Lyon Playfair avait traduit en Anglais œuvres les plus avancées du baron Liebig 416 !"

Et l'auteur ajoute : "Une autre récente déclaration qui a surpris un grand nombre de personnes pieuses et simples, est celle que chaque pensée que nous exprimons, ou que nous essayons d'exprimer, produit un changement dans la substance cérébrale. Mais nos philosophes n'avaient qu'à consulter le livre du baron de Liebig pour trouver cela et bien d'autres choses encore. Ainsi, par exemple, ce savant proclame que "la physiologie a des raisons suffisantes et décisives pour formuler l'opinion que chaque pensée, chaque sensation est accompagnée d'un changement dans la composition de la substance cérébrale ; que chaque mouvement, chaque manifestation de force est le résultat d'une transformation dans sa structure ou dans sa substance." 417

 415 The National Quarterly Review ; déc. 1875.

416 Ibidem, p. 94.

417 Force and matter, p. 151.

 

Ainsi, dans les sensationnelles conférences de Tyndall, nous pouvons suivre, page par page, les notions de Liebig, entremêlées de  temps en temps de pensées encore plus anciennes, empruntées à Démocrite et autres philosophes Païens. Tout son bagage scientifique consiste en un pot pourri d'anciennes hypothèses, élevées par la grande autorité du jour au rang de formules quasi démontrées, et, présentées avec cette phraséologie pathétique, pittoresque, mielleuse et hautement éloquente qui lui est propre.

Le même chroniqueur nous fait voir en outre  nombre d'idées identiques et les matériaux nécessaires pour démontrer les grandes découvertes de Tyndall et d'Huxley, dans les ouvrages du Dr Joseph Priestley, auteur de Disquisitions on matter and Spirit (Dissertations [330] sur la Matière et l'Esprit), et même dans la Philosophy of History (Philosophie de l'Histoire) de Herder.

"Priestley, dit l'auteur, ne fut pas inquiété par le gouvernement, uniquement parce qu'il n'avait pas l'ambition d'acquérir la renommée, en criant, sur les toits, ses opinions athées. Ce philosophe... est l'auteur de soixante-dix à quatre-vingts volumes, et il a découvert l'oxygène. C'est dans ces nombreux ouvrages qu'il a "mis en avant des idées identiques à celles qui ont été trouvées aussi "saisissantes", aussi "hardies", etc... que ce qu'ont déclaré nos philosophes modernes.

Nos lecteurs, ajoute-t-il, se souviennent de l'émotion produite dans le monde philosophique, par les déclarations de quelques-uns de nos idéologues modernes, sur l'origine et la nature des idées, mais ces déclarations, comme beaucoup d'autres qui les ont précédées et suivies, ne contenaient rien de nouveau." "Une idée, dit Plutarque, est un être incorporel, qui n'a point d'existence par lui-même, mais qui donne figure et forme à la matière informe, et devient la cause de sa manifestation" (Plutarque. De Placitio Philosophorum).

Certes, pas un athée moderne, y compris M. Huxley, ne peut dépasser Epicure en matérialisme ; il ne peut que le singer. Qu'est-ce que son "protoplasme", sinon un réchauffé des spéculations des Swabhavikas ou Panthéistes hindous, qui affirment que toutes choses, les dieux aussi bien que les hommes et les animaux, sont issus de Swabhava ou leur propre nature 418 ? Quant à Epicure, voici ce que lui fait dire Lucrèce : "L'âme produite de la sorte doit être matérielle, parce que nous la voyons sortir d'une source matérielle ; parce qu'elle existe et qu'elle existe seule dans un système matériel ; parce qu'elle est nourrie d'aliments matériels ; qu'elle se développe avec le corps, mûrit avec lui, et décline lorsqu'il déchoit ; d'où il suit que, qu'elle appartienne à l'homme ou à la brute, elle doit mourir à sa mort." Rappelons, toutefois, au lecteur, qu'Epicure parle ici de l'Ame Astrale, et non de l'Esprit Divin. Cependant, si nous comprenons bien ce qui précède, le protoplasme de mouton de M. Huxley est d'une très ancienne origine, et peut revendiquer Athènes comme patrie, et comme berceau le cerveau du vieil Epicure.

Dans un autre passage, l'auteur que nous citons, craignant d'être mal compris et accusé de déprécier les travaux de nos savants, termine son étude en disant : "Nous voulons simplement prouver que tout au moins la partie du public qui se considère comme intelligente et instruite, devrait cultiver ses souvenirs, [331] et se rappeler, mieux qu'elle ne le fait, les penseurs"de pointe" du passé. Ce sont surtout ceux qui, soit à la tribune, soit dans la chaire, entreprennent d'instruire ceux qui acceptent leur enseignement, qui devraient ne pas oublier aussi facilement les anciens. Il y aurait ainsi moins de conceptions mal fondées, moins de charlatanisme, et surtout moins de plagiats qu'il n'y en a 419."

418 Burnouf. Introduction, p. 118.

419 The National Quarterly Reniew, déc. 1875, p. 96.

 

 

Cudworth remarque, avec raison, que la plus profonde ignorance, dont nos prétendus sages modernes accusent les anciens, est leur croyance à l'immortalité de l'âme. Comme le vieux sceptique Grec, nos savants ont peur, s'ils admettent l'existence des esprits et des apparitions, d'être obligés d'admettre aussi l'existence de Dieu ; et rien ne leur paraît trop absurde, pourvu qu'ils réussissent à écarter l'existence de Dieu. La grande armée des matérialistes de l'antiquité, pour sceptiques qu'ils nous paraissent aujourd'hui, pensaient différemment ; Epicure, qui rejetait l'immortalité de l'âme, croyait néanmoins en Dieu, et Démocrite reconnaissait formellement la réalité des apparitions. La plupart des sages de l'antiquité croyaient à la préexistence et aux pouvoirs divins de l'esprit humain.  C'est sur cette foi que la magie de Babylone et de la Perse fondait sa doctrine de machagistia. Les Oracles Chaldéens, que Plettho et Psellus ont tant commentés, exposaient et amplifiaient constamment leurs témoignages dans ce sens. Zoroastre, Pythagore, Epicharme, Empédocle, Kebes, Euripide, Platon, Euclide, Philon, Boëthe, Virgile, Cicéron, Plotin, Jamblique, Proclus, Psellus, Synesius, Origène, et enfin Aristote lui-même, loin de nier notre immortalité, l'affirment très formellement. Comme Cardon et Pompanatius, "qui n'étaient point partisans de l'immortalité de l'âme, dit Henry More, Aristote conclut expressément que l'âme rationnelle est un être distinct de l'âme du monde, quoique d'une même essence, et qu'elle préexiste avant de venir dans le corps. 420"

Des années se sont écoulées depuis que le comte Joseph de Maistre écrivait une phrase qui, si elle s'adapte à l'époque voltairienne pendant laquelle il vivait, s'appliquerait encore bien mieux à notre ère de scepticisme outrancier. "J'ai entendu", dit cet éminent écrivain,", j'ai entendu et lu des plaisanteries sans nombre sur l'ignorance des anciens qui voyaient toujours des esprits partout ; il me semble que nous sommes bien plus imbéciles encore que nos ancêtres, en nous obstinant à n'en voir jamais nulle part. 421"

420De Anima, lib. I, cap. 3.

421 De Maistre. Soirées de Saint-Pétersbourg.

]]>
bon.christo@free.fr (Super User) ISIS DÉVOILÉE Mon, 19 Jan 2015 11:41:34 +0000
CHAPITRE VIII - QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/395-chapitre-viii-quelques-mysteres-de-la-nature https://digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/isis-devoilee-1/395-chapitre-viii-quelques-mysteres-de-la-nature

CHAPITRE VIII

QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE

 

Ne croyez point que mes merveilles magiques soient accomplies

Avec l'aide des anges du styx évoqués de l'Enfer ; Elles sont l'effet de la perception des pouvoirs secrets

Des sources minérales, dans la cellule intime  de  la nature ;

Des herbes qui forment un rideau de leurs vertes tonnelles

Et des astres mouvants au-dessus des montagnes et des tours.

 TASSE. Chant XIV.

Mon cœur déteste à l'égal de l'Enfer

Celui qui pense une chose et en dit une autre.

 HOMERE. L'Iliade (Trad. Pope).

Si l'homme cesse d'exister lorsqu'il descend dans le tombeau, vous êtes obligé d'affirmer qu'il est la seule créature existante que la nature ou la Providence aient voulu tromper et abuser en lui donnant des aptitudes pour lesquelles il n'y a point d'objet ni de but.

 BULWER-LYTTON. A Strange Story.

 

La préface du dernier livre de Richard Proctor sur l'astronomie, intitulé : Our Place among Infinities, contient ces extraordinaires paroles  :

 "C'est leur ignorance de la place de la terre dans l'infini qui porta les anciens à considérer les corps célestes comme réglant favorablement ou défavorablement les destinées des hommes et des nations, et à dédier les jours, par série de sept, aux sept planètes de leur système astrologique."

Dans cette phrase M. Proctor formule deux assertions distinctes : 1° Que les anciens ignoraient la place de la terre dans l'espace infini. Et 2° qu'ils considéraient les corps célestes comme réglant favorablement ou non le destin des hommes et des nations. 422 Nous sommes certains qu'il y a au moins de bonnes raisons pour soupçonner que les anciens étaient au courant des notions du mouvement, de l'emplacement et des relations mutuelles des [333] corps célestes. Les témoignages de Plutarque, du professeur Draper et de Jowett sont assez explicites. Mais nous voudrions demander à M. Proctor comment il se fait, si les anciens étaient aussi ignorants de la loi de la naissance et de la mort des mondes, que, dans les rares fragments que la main du temps a épargnés et qui nous sont parvenus, l'on trouve, bien que donnés dans un langage obscur, tant de renseignements reconnus exacts à la suite des dernières découvertes de la science ? En commençant par la dixième page de l'ouvrage en question, M. Proctor esquisse une théorie de la formation de la terre et des changements successifs par lesquels elle a passé avant de devenir habitable pour l'homme. Il peint avec de vives couleurs la condensation graduelle de la matière cosmique, en sphères gazeuses revêtues d'une "coque liquide non permanente" ; leur condensation et la solidification définitive de la croûte extérieure ; le lent refroidissement de la masse ; les résultats chimiques qui accompagnent l'action de l'intense chaleur sur la matière  terrestre primitive ; la formation des terrains et leur distribution ; les changements dans la constitution de l'atmosphère ; l'apparition de la végétation et de la vie animale ; et enfin l'avènement de l'homme.

Or, reportons-nous aux plus anciennes écritures que nous ont léguées les Chaldéens, le Livre hermétique des Nombres 423, et voyons ce que nous trouverons dans le langage allégorique d'Hermès, Kadmus ou Thuti, le trois fois grand Trismegiste. "Au commencement des temps, le Grand invisible avait les mains pleines de matière céleste, qu'il répandit à travers l'infini ; ô prodige ! Voilà qu'elle devint des boules de feu et des boules de limon ; et elle s'éparpilla, comme le métal mouvant (le mercure), en une foule de petites boules et elles commencèrent à tourner sans cesse. Quelques-unes, qui étaient des boules de feu, se transformèrent en boules de terre ; et les boules de terre se transformèrent en boules de feu ;les boules de feu attendaient le moment de devenir des boules de terre ; et les autres leur portaient envie, en attendant de devenir des globes de pur feu divin.".

422 Nous n'avons pas besoin de remonter bien loin pour nous assurer que beaucoup de grands hommes croyaient la même chose. Kepler, l'éminent astronome, admettait pleinement l'idée que les astres et tous les corps célestes et même notre terre, étaient doués d'âmes vivantes et pensantes.

423 Nous n'avons pas connaissance qu'un exemplaire de cet antique ouvrage figure dans le catalogue d'aucune bibliothèque d'Europe ; mais il fait partie des livres d'Hermès", et un grand nombre d'auteurs philosophiques de l'antiquité et du moyen âge y font allusion et en citent des passages. Parmi ces autorités figurent le Rosarium philosophia d'Arnaud de Villeneuve, le Lucensis opus de lapide de Francesco Arnolphius, le Tractatus de transmutatione Metallorum d'Hermès  Trismegiste et sa Table d'Emeraude, et surtout le traité de Raymond Lulle intitulé : Ab angelis opus diainum de quintâ essentiâ.

 

Pourrait-on exiger une définition plus claire des changements cosmiques, que M. Proctor expose avec tant d'élégance ?

Nous y trouvons la distribution de la matière dans l'espace ; puis sa concentration sous forme de sphère ; la séparation des [334] sphères plus petites se détachant des plus grandes ; la rotation axiale, le changement graduel des globes, de l'état incandescent à la consistance terrestre ; et finalement la perte totale de chaleur, qui marque leur entrée dans la phase de mort planétaire. Le changement des boules de terre en boules de feu serait, pour les matérialistes, un phénomène comme celui de l'incandescence subite d'une étoile dans Cassiopée, en 1572, et d'une autre, dans Serpentaire, en 1604, qui fut notée par Kepler. Mais les Chaldéens, dans cet exposé, donnent-ils des preuves d'une philosophie plus profonde que celle de nos jours ? Ce changement en globes de "pur feu divin" signifie-t-il une existence planétaire continue, correspondant à la vie spirituelle de l'homme, après le redoutable mystère de la mort ? Si, comme nous le disent les astronomes, les mondes ont leurs périodes embryonnaires, d'enfance, d'adolescence, de maturité, de décadence et de mort, ne peuvent-ils, comme l'homme, continuer leur existence sous une forme sublimée, éthérée ou spirituelle ? Les mages l'affirment. Ils nous disent que la Terre, mère féconde, est sujette aux mêmes lois que chacun de ses enfants. Au temps fixé pour elle, elle enfante toutes les choses créées ; dans la plénitude de ses jours, elle descend dans le tombeau des mondes. Son corps grossier, matériel, se sépare lentement de ses atomes, en  vertu  de  la  loi  inexorable,  qui  exige  leur  arrangement  nouveau en combinaisons différentes. Son esprit vivifiant, perfectionné, obéit de son côté à l'attraction éternelle, qui l'entraîne vers le soleil spirituel  central, d'où il est originairement sorti, et que nous connaissons vaguement sous le nom de DIEU.

"Et le ciel était visible en sept cercles, et les planètes apparurent avec tous les signes, sous forme d'étoiles, et les étoiles furent divisées et comptées avec leurs régents, et leur cours rotatoire fut limité par l'air, et entraîné dans une orbite circulaire par l'action de l'ESPRIT divin. 424"

424 Esprit dans ce passage signifie la Divinité... Pneuma ό θέος. Hermès, IV, 6.

 

Nous mettons quiconque au défi d'indiquer un seul passage, dans l'œuvre d'Hermès, qui puisse le faire accuser d'avoir jamais admis cette énorme absurdité de l'Eglise Romaine, qui prétend, d'après la théorie du système géocentrique, que les corps célestes ont été créés pour notre usage et notre plaisir, et qu'il valait la peine pour le fils unique de Dieu de descendre sur ce fragment cosmique, et d'y mourir en expiation de nos péchés ! M. Proctor nous parle d'une enveloppe non permanente de matière fluide, enfermant un "océan plastique visqueux", dans lequel "se trouve un autre globe solide en rotation." Nous, de notre côté, prenant le  livre : Magia Adamica d'Eugenius Philaléthes, publié en 1650, nous trouvons à la page 12, cette citation de Trismégiste : [335] "Hermes affirme qu'au Commencement la terre était un marécage, une sorte de boue liquide, faite d'eau congelée, par l'incubation et la chaleur de l'esprit divin ; cum adhuc Terra tremula esset, Lucente sole compacta esto".

Dans le même ouvrage, Philalèthes, parlant toujours dans son langage étrange et symbolique, dit : "La terre est invisible... sur mon âme elle l'est, et qui -plus est, l'œil de l'homme n'a jamais vu la terre, et elle ne peut point être vue sans le secours de l'art. Faire cet élément invisible est le plus grand secret de la magie... quant à ce corps féculent et grossier, sur lequel nous marchons, c'est un composé, et non point de la terre, mais il y a de la terre en lui... en un mot, tous les éléments sont visibles, sauf un, c'est-à- dire la terre et lorsque tu auras atteint un degré de perfection suffisant, pour savoir pourquoi Dieu a placé la terre in abscondito 425, tu auras une excellente figure pour connaître Dieu lui-même, et comment il est visible, et comment il est invisible. 426" [336]

Des centaines d'années avant que nos savants du XIXème  siècle vinssent au monde, un sage de l'Orient s'exprimait comme suit, en s'adressant à la Divinité Invisible : "Car Ta Main Toute puissante qui fit le Monde d'une matière sans forme 427."

 

425 Magia Adamica, p. 11.

426 L'ignorance des anciens de la sphéricité de la terre est afirmée sans preuve. Quelle preuve avons- nous de ce fait ? Ce n'étaient pas les illettrés qui manifestaient cette ignorance. Même du temps de Pythagore, les païens l'enseignaient ; Plutarque l'attesta et Socrate est mort à cause d'elle. D'ailleurs, ainsi que nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, tout le savoir était confiné dans les sanctuaires des temples, d'où il se répandait fort rarement parmi les non-initiés. Si les sages et les prêtres de l'antiquité la plus reculée n'avaient été au courant de cette vérité astronomique, comment se fait-il qu'ils représentaient Kneph, l'esprit de la première heure, avec un œuf placé sur ses lèvres, l'œuf symbolisant notre globe, auquel il communique la vie au moyen de son souffle ? De plus, si, vu la difficulté de consulter le Livre des Nombres Chaldéen, nos critiques nous demandaient la citation des autres autorités, nous pourrions les renvoyer à Diogène Laërce, qui attribue à Manetho d'avoir enseigné que la terre avait la forme d'une boule. Le même auteur, citant très probablement le "Compendium de Philosophie Naturelle" fait l'exposé suivant de la doctrine des Egyptiens. "Le commencement est de la matière ΑρΧχην ρεū έιναι ūλην, de laquelle sont sortis les quatre éléments... La véritable forme de Dieu est inconnue ; mais le monde a eu un commencement et il est par conséquent périssable... La lune est éclipsée lorsqu'elle croise l'ombre de la  terre." (Diog. Laerce. Proain, 10, 11). D'ailleurs Pythagore est reconnu comme ayant enseigné que la terre était ronde, qu'elle tournait autour de son axe et qu'elle n'était qu'une planète comme n'importe quel autre corps céleste. (Voy. Fénelon : Vie des grands Philosophes) Dans la plus récente des traductions de Platon (Les dialogues de Platon, par Jowett), l'auteur. dans son introduction au Timée, nonobstant "un doute malheureux", né du mot ίίλεσθαι, qui peut se traduire par tournant ou par condensé, semble porté à croire que Platon était familier avec la notion de la rotation de la terre. La doctrine de Platon est exposée dans la phrase suivante : "La terre qui est notre nourrice (condensée ou) tournant autour du pôle qui s'étend à tout l'univers". Si nous en croyons Proclus et Simplicius, Aristote avait compris ce mot dans le Timée, dans le sens de tournant ou faisant une révolution (De Cœlo) et M. Jowett lui-même admet plus loin, qu' "Aristote attribuait à Platon la doctrine de la rotation de la terre". Il eût été extraordinaire, pour ne pas dire plus, que Platon, grand admirateur de Pythagore, et qui, comme initié devait connaître les doctrines les plus secrètes du grand sage de Samos, ait pu ignorer cette vérité astronomique élémentaire.

427 Sagesse de Salomon, XI, 17.

 

Il y a dans cette expression, plus de choses que nous ne voulons en indiquer ; mais nous dirons que le secret qu'elle renferme vaut la peine d'être scruté ; peut-être dans cette matière informe, la terre pré-Adamique, il y a-t-il une "puissance", avec laquelle MM. Tyndall et Huxley seraient bien aisé de faire connaissance.

Mais pour descendre des universaux aux particuliers, de l'ancienne théorie de l'évolution planétaire à l'évolution de la vie animale et végétale, en tant qu'opposée à la théorie de création spéciale, comment M. Proctor appellera-t-il le langage d'Hermès dans le passage suivant, s'il n'y voit pas une anticipation de la théorie moderne de l'évolution des espèces ? "Lorsque Dieu eut rempli ses puissantes mains de toutes les choses qui sont dans la nature, et dans ce qui l'entoure, les fermant de nouveau, il dit : Reçois de moi, ô terre sacrée, qui est destinée à être la mère de tout, afin que tu n'aies besoin de rien. Et alors ouvrant ces mains, telles  qu'il convient à un Dieu d'en avoir, il répandit sur elle tout ce qu'il était nécessaire pour la constitution des choses." Nous y voyons la matière primitive investie "de la promesse et de la puissance de produire toute forme future de vie", et la terre déclarée prédestinée à être la mère de tout ce qui jaillira désormais de son sein.

Plus explicite encore est le langage de Marcus Antoninus, dans son entretien avec lui-même. "La nature de l'Univers ne se complaît à rien, autant qu'à modifier les choses, et à les présenter sous une autre forme. Son idée est de jouer un jeu, et d'en commencer un autre. La matière est placée devant elle, comme un morceau de cire, et elle la pétrit et lui donne toute sorte de formes et de figures. Maintenant elle en fait un oiseau, et ensuite, de l'oiseau elle forme une bête, et d'autres fois une fleur, et puis une grenouille, et elle est satisfaite de ses opérations magiques, comme les hommes le sont de leurs propres fantaisies. 428"

428 Eugenius Philalèthes. Magia Adamica.

 

Avant qu'aucun de nos maîtres modernes ne songeât à l'évolution, les anciens nous apprenaient, par Hermès, que rien n'est brusque dans  la nature ; qu'elle ne procède pas par bonds et par sauts ; que toutes ses œuvres sont le fruit d'une lente harmonie, et qu'il n'y a rien de soudain, pas même la mort violente. [337]

Le développement lent de formes préexistantes était une doctrine professée par les Illuminés Rose-croix. Les Tres Matres montrèrent à Hermès la marche mystérieuse de leur œuvre, avant de condescendre à se révéler aux alchimistes médiévaux. Or dans le dialecte Hermétique, ces trois mères sont le symbole de la lumière, la chaleur, et l'électricité ou magnétisme, les deux derniers étant aussi convertibles que toutes les autres forces ou agents, qui ont une place assignée dans la moderne "corrélation des forces." Synesius fait mention de livres de pierre qu'il a trouvés dans le temple de  Memphis,  et  sur  lequel est gravée la  phrase  suivante :   "Une nature se complaît dans une autre ; une nature en maîtrise une autre, une nature en dirige une autre ; et, ensemble, elles n'en font toutes qu'une seule."

Le mouvement incessant, inhérent à la matière est indiqué dans la sentence suivante d'Hermès : "l'action est la vie de Phta" ; et Orphée appelle la nature ΙΙολuµήχάνος µάτηρ, "la mère qui fait beaucoup de choses", ou la mère ingénieuse, inventive, industrieuse.

M. Proetor dit : "Tout ce qui est sur et dans la terre, toutes les formes végétales et toutes les formes animales, nos corps, nos cerveaux, sont formés de matériaux, qui ont été tirés de ces profondeurs de l'espace qui nous environne de toutes parts." Les Hermétiques et les Rose-croix soutenaient que toutes choses visibles et invisibles, étaient produites par la lutte de la lumière avec les ténèbres, et que chaque parcelle de matière contient en elle une étincelle de la divine essence – ou lumière, esprit – qui par sa tendance à s'affranchir de ses liens et à retourner à la  source centrale, produisit le mouvement dans les parcelles, et de ce mouvement naquirent les formes. Hargrave Jennings, citant Robert Fludd, dit : "Ainsi, tous les minéraux, dans cette étincelle de vie, ont la possibilité rudimentaire des plantes et des organismes qui grandissent ; ainsi, toutes les plantes ont des sensations rudimentaires qui leur permettraient (au cours des siècles) de se perfectionner et de se transformer en créatures nouvelles et mobiles d'un degré plus ou moins élevé ou de fonctions plus ou moins nobles ; ainsi toutes les plantes et toute la végétation pourraient (en empruntant des voies détournées) passer dans des voies plus élevées, de progrès plus indépendant et plus complet, en laissant leur divine étincelle originelle de lumière se développer et briller d'un éclat plus vif, et pousser plus avant avec un but plus assuré, tout tracé par l'influence planétaire dirigée par les esprits (ou travailleurs) invisibles du grand architecte originel. 429" [338]

429 Hargrave Jennings. The Rosicrucians.

 

La lumière (la première mentionnée dans la Genèse), est appelée par les Cabalistes : Sephira, ou la Divine Intelligence, la mère de toutes les Sephiroth, dont la Sagesse Cachée est le père. La Lumière est le premier engendré, et la première des émanations du Suprême, et la Lumière est la Vie, dit l'Evangéliste. Toutes deux sont de l'électricité – le principe de vie, l'anima  mundi,  pénétrant  l'univers,  le  vivificateur  électrique  de toutes choses. La lumière est le grand magicien Protée, et, sous l'action de la Volonté Divine de l'architecte, ses vagues multiples et toutes-puissantes donnent naissance à toutes les formes, ainsi qu'à tout être vivant. De son sein gonflé d'électricité, sortent la matière et l'esprit. Dans ses rayons, se cache le commencement de toute action physique et chimique, et de tout phénomène spirituel et cosmique ; elle vivifie et désorganise ; elle donne la vie et produit la mort, et de son point primordial émergent graduellement à l'existence les myriades de mondes, corps célestes visibles et invisibles. Ce fut au rayon de cette Première mère, une en trois, que  Dieu, suivant Platon, "alluma un feu, que nous nommons maintenant le soleil 430", et qui n'est la cause ni de la lumière ni de la chaleur, mais seulement le foyer, ou, si l'on peut s'exprimer ainsi, la lentille, par laquelle les rayons de la lumière primordiale se matérialisent, sont concentrés sur notre système solaire, et produisent toutes les corrélations des forces.

Voilà pour ce qui concerne la première proposition de M. Proctor ; passons maintenant à la seconde.

L'ouvrage dont nous parlons comprend une série de douze essais, dont le dernier est intitulé : Thoughts on Astrology (Pensées sur l'Astrologie). L'auteur traite le sujet avec plus de considération que ce n'est l'habitude chez les hommes de sa classe, si bien qu'il est évident qu'il y a apporté toute son attention. Il va même jusqu'à dire : " Si nous envisageons la question sous son véritable aspect, nous devons reconnaître que, de toutes les erreurs dans lesquelles les hommes sont tombés, par suite de leur désir de pénétrer l'avenir, l'astrologie est la plus respectable, nous pourrions même dire la plus raisonnable. 431"

430 Timée.

431 Our Place among Infinites, p. 313.

432 Ibidem.

 

Il admet que "Les corps célestes règlent les destinées des hommes et des nations, de la façon la moins équivoque, vu que, sans l'influence souveraine et bienfaisante du principal de ces globes, le Soleil, toute créature vivante sur la terre périrait." 432 Il admet aussi l'influence de la lune, et ne voit rien d'étrange à ce que les anciens, raisonnant par analogie, prétendissent que si deux [339] de ces corps célestes étaient si puissants en influences terrestres, il était "naturel de penser que les autres globes en mouvement, connus des anciens, devaient aussi posséder leurs pouvoirs spéciaux. 433" En vérité, le professeur ne voit rien de déraisonnable dans la supposition que les influences exercées par les planètes aux mouvements plus lents "pussent être même plus puissantes que celles du soleil." M. Proctor pense que le système de l'astrologie "fut formé graduellement, et peut-être expérimentalement." On a pu déduire des  faits observés, certaines influences, la destinée de tel ou tel chef ou roi, par exemple, ayant servi de guide aux astrologues dans la détermination des influences particulières à tels ou tels aspects planétaires, qui s'étaient présentés au moment de sa nativité. D'autres ont pu être inventées et avoir été ensuite généralement acceptées, parce qu'elles étaient confirmées par quelques coïncidences curieuses.

Un trait d'esprit peut toujours être placé à propos, même dans un traité scientifique, et le mot "coïncidence" est aisément applicable à tout ce que l'on ne veut pas accepter. Mais un sophisme n'est point un truisme ; encore moins une démonstration mathématique, qui seule devrait servir de phare, au moins aux astronomes. L'astrologie est une science aussi infaillible que l'astronomie elle-même, à la condition, toutefois, que ses interprètes soient également infaillibles ; et c'est cette condition, sine qua non, d'une réalisation si difficile, qui a toujours été la pierre d'achoppement pour les deux. L'astrologie est à l'astronomie exacte ce que la psychologie est à la physiologie exacte. Dans l'astrologie et dans la psychologie, on fait un pas en dehors du monde visible de la matière, pour entrer dans le domaine de l'esprit transcendant. C'est la vieille lutte entre les écoles Platonicienne et Aristotélienne, et ce n'est pas dans notre siècle de scepticisme Sadducéen, que la première l'emportera sur son adversaire, M. Proctor, dans son rôle professionnel, est comme la personne peu charitable du sermon de la Montagne, qui, toujours prête à attirer l'attention sur la paille qui se trouve dans l'œil de son voisin dédaigné, ne sait pas s'apercevoir qu'elle a une poutre dans le sien. Si nous devions rappeler tous les échecs et les bévues ridicules des astronomes, nous craignons fort que la liste n'en soit de beaucoup plus longue que celle des erreurs des astrologues. Les événements actuels donnent pleinement raison à Nostradamus, que nos sceptiques ont tant tourné en ridicule. Dans un vieux livre de prophéties publié [340] au XVème siècle (l'édition est de 1453), nous lisons, parmi d'autres prédictions astrologiques, la prédiction suivante 434 :

433 Ibidem, p. 314.

434 La bibliothèque d'un parent de l'auteur du présent livre possède une copie de l'édition française de cet ouvrage unique. Les prophéties sont écrites en vieux français, et sont fort difficiles à déchiffrer pour ceux qui étudient le français moderne. Nous en donnons par conséquent  la traduction d'après une version anglaise qu'on dit avoir été prise d'après un livre dans la possession d'un propriétaire dans le Comté de Sommerset en Angleterre.

 

Dans deux fois deux cents ans, l'Ours attaquera le Croissant ; Mais si le coq et le taureau s'unissent, l'Ours ne vaincra pas. En deux fois dix ans ensuite, que l'Islam le sache et tremble, La Croix se lèvera, et le croissant à son déclin se dissoudra et disparaîtra.

Et juste deux fois deux cents ans après la date de la prophétie, nous avons eu la guerre de Crimée, durant laquelle l'alliance du Coq Gaulois avec le Taureau Anglais, vint mettre obstacle aux projets politiques de l'Ours Russe. En 1856, la guerre fut terminée, et la Turquie ou le Croissant fut sauvée de la destruction. Dans l'année 1876, les événements les plus inattendus d'un caractère politique se sont produits, juste encore  au moment où deux fois dix ans avaient passé depuis la conclusion de la paix. Tout semble annoncer l'accomplissement de la vieille prophétie ; l'avenir nous apprendra si le Croissant Musulman, qui semble en vérité décliner, "déclinera irrévocablement, s'il se dissoudra, et s'il disparaîtra."

En écartant par une explication apparente certains faits hétérodoxes, qu'il paraît avoir rencontrés sur son chemin, dans sa recherche du savoir,

M. Proctor est obligé plus d'une fois de recourir à ses chères "curieuses coïncidences". Une des plus curieuses est indiquée par lui dans une note (p. 301) en ces termes : "Je ne m'arrêterai pas à la curieuse coïncidence – si toutefois les astrologues chaldéens n'avaient pas découvert l'anneau de Saturne – qu'ils représentaient le dieu correspondant avec un anneau triple. Une faible connaissance de l'optique – telle qu'on peut l'inférer de la présence d'instruments d'optique dans les ruines Assyriennes – pourrait avoir fait découvrir les anneaux de Saturne et les lunes de Jupiter... Bel, le Jupiter Assyrien, était représenté quelquefois avec quatre ailes terminées par une étoile. Mais", dit-il, "il est possible que ce ne soit que de simples coïncidences."

 En somme, la théorie des coïncidences de M. Proctor suggère, en définitive, davantage l'idée du miracle, que les faits eux-mêmes. Nos amis les sceptiques paraissent très friands de coïncidences. Nous avons, dans le chapitre précédent, donné assez de témoignages pour montrer que les anciens doivent avoir eu des instruments d'optique aussi bons que les nôtres. Les instruments que possédait Nabuchodonosor étaient-ils donc d'une si faible puissance, [341] et le savoir de ses astronomes tellement à dédaigner, lorsque, suivant l'interprétation de Rawlinson des briques assyriennes, on voit que le Birs-Nemrod, ou temple de Borsippa, avait sept étages, symbolisant les cercles concentriques des sept sphères, chacun construit de briques et de métaux, correspondant à la couleur de la planète régente de la sphère qu'il représentait ? Est-ce encore une coïncidence que ce fait d'avoir appliqué, à chaque planète, la couleur que nos dernières découvertes télescopiques ont démontré être la vraie 435 ? Est-ce également une coïncidence qui fait indiquer par Platon, dans le Timée, sa connaissance de l'indestructibilité de la matière, de la conservation de l'énergie, et de la corrélation des forces ? "Le dernier mot de la philosophie moderne, dit Jowett, est la continuité et le développement, mais pour Platon, c'est le commencement et la base de la science. 436"

435 Rawlinson, vol. XVII, p. 30-32.

436 Jowett. Introduction au Timée, Dial. de Platon, vol. I, p. 509.

 

L'élément radical des plus anciennes religions était essentiellement sabaistique, et nous soutenons que leurs mythes et allégories, correctement et complètement interprétés, concorderont parfaitement avec les notions astronomiques les plus exactes d'aujourd'hui. Nous dirons plus ; il n'y a guère de loi scientifique – soit d'astronomie physique, soit de géographie physique – qui ne se retrouve dans les ingénieuses combinaisons de leurs fables. Ils ont allégorisé les causes les plus importantes, ainsi que les plus insignifiantes, des mouvements célestes ; la nature de chaque phénomène y était personnifiée ; et, dans les biographies mythiques des dieux et des déesses de l'Olympe, un homme bien versé dans les derniers principes de la physique et de la chimie peut retrouver leurs causes, leurs influences mutuelles et leurs relations, incorporées dans la conduite et les actes de ces capricieuses divinités. L'électricité atmosphérique, dans ses états neutres et latents, est symbolisée d'habitude par des demi-dieux et déesses, dont le champ d'action est plus limité à la terre, et qui, dans leur essor exceptionnel  vers  les  régions  plus  élevées,  déploient leur puissance électrique, toujours dans la stricte proportion de l'accroissement des distances de la terre ; les armes d'Hercule et de Thor n'étaient jamais plus terribles et plus mortelles que lorsque les dieux s'élevaient dans les nuages. Nous ne devons pas perdre de vue qu'avant l'époque où le  Jupiter Olympien fut anthropomorphisé par le génie de Phidias en Dieu Tout- Puissant, le Maximus, le Dieu des dieux, et abandonné ainsi à l'adoration des multitudes, dans la primitive et abstraite science des symboles, il était avec ses attributs la personnification de l'ensemble des forces cosmiques. Le Mythe était moins métaphysique [342] et moins compliqué, mais plus véritablement éloquent, comme expression de la philosophie naturelle. Zeus, l'élément masculin de la création, avec Chthonia ou Vesta (la terre), et Métis (l'eau) la première des Océanides (les principes féminins), était considéré, suivant Porphyre et Proclus, comme le zoon ek zoon,  le principal des êtres vivants. Dans la théologie Orphique, la plus ancienne de toutes, il représentait, métaphysiquement parlant, à la fois la potentia et l'actus, la cause non révélée, et le Démiurge, ou le créateur actif, considéré comme émanation de l'invisible puissance. Dans cette dernière fonction démiurgique, conjointement avec ses consorts, nous trouvons en lui tous les agents les plus puissants de l'évolution cosmique – l'affinité chimique, l'électricité atmosphérique, l'attraction et la répulsion.

C'est en suivant ses représentations dans cette signification physique, que nous voyons combien les anciens étaient versés dans toutes les branches de la science physique, dans ses développements modernes. Plus tard, dans les doctrines de Pythagore, Zeus devint la trinité métaphysique ; la monade évoluant de son SOI invisible, la cause active, l'effet, et la volonté intelligente, qui, ensemble, formaient la Tetractys. Plus tard encore, nous voyons les Néoplatoniciens laissant de côté la monade primitive, en raison de son incompréhensibilité pour l'intellect humain, ne plus spéculer que sur la triade démiurgique de cette divinité, visible et intelligible dans ses effets ; la suite métaphysique aboutit avec Plotin, Porphyre, Proclus et autres, à considérer Zeus comme le père, Zeus Poseidon ou dunamis, le fils ou pouvoir, et l'esprit ou nous. Cette triade fut aussi acceptée dans son ensemble par l'école d'Irénée au IIème siècle ; la différence la plus substantielle entre les Néoplatoniciens et les chrétiens, consistant simplement dans le mélange, opéré de force, par ceux-ci, de la monade incompréhensible, avec sa trinité créatrice réalisée.

Sous son aspect astronomique, Zeus-Dionysus a son origine dans le Zodiaque, l'ancienne année solaire. Dans la Lybie, il prenait la forme d'un bélier, et il était identique avec l'Amun Egyptien qui engendra Osiris le dieu-Taureau. Osiris est aussi une émanation personnifiée du Père Soleil, étant lui-même le Soleil dans le Taureau, le Père Soleil étant le Soleil dans le Bélier. Comme ce dernier, Jupiter est figuré par un bélier, et comme Jupiter Dionysus ou Jupiter-Osiris, il est le taureau. Cet animal, c'est bien connu,  est  le  symbole  de  la  puissance  créatrice ;  de  plus,  la Cabale explique, par l'entremise d'un de ses principaux maîtres, Simon-ben-Jochai (qui vivait au Ier siècle avant J.-C.), l'origine de cet étrange culte des taureaux et des vaches. Ce ne sont ni Darwin ni Huxley – les fondateurs de la doctrine d'évolution, et de son complément nécessaire, la transformation des espèces – [343] qui pourront trouver quelque chose contre la justesse de, ce symbole, à moins que ce ne soit le malaise qu'ils  pourraient éprouver d'avoir été devancés par les anciens jusque dans cette découverte moderne. Nous donnerons ailleurs la doctrine des cabalistes, telle que l'enseigne Simon-ben-Jochai.

On peut aisément démontrer que, de temps immémorial, Saturne ou Kronos, dont l'anneau fut très positivement découvert par les astrologues Chaldéens, et dont le symbolisme n'est nullement une "coïncidence", était regardé comme le père de Zeus, avant que celui-ci ne devînt lui-même le père de tous les dieux, et la plus haute divinité. Il était le Bel ou Baal des Chaldéens, chez qui il avait été originairement importé par les Akkadiens. Rawlinson soutient que ce dernier venait de l'Arménie ; mais s'il en est ainsi, comment expliquer le fait que Bel n'était que la personnification Babylonienne du Siva Hindou, ou Bala, le dieu du feu, le créateur omnipotent, et en même temps, la Divinité destructrice, à bien des égards supérieure à Brahma lui-même ?

"Zeus, dit un hymne orphique, est le premier et  le dernier, la tête et les extrémités ; de lui procèdent toutes choses. Il est un homme et une nymphe immortelle (élément mâle et femelle) ; l'âme de toutes choses ; et le principal moteur dans le feu ; il est le soleil et la lune ; la source de l'océan ; le demiurge de l'univers ; une puissance, un Dieu ; le puissant créateur et le gouverneur du cosmos. Tout, le feu, l'eau, la terre, l'éther, la nuit, les cieux, Métis, l'architecte primitive (la Sophia des Gnostiques,  et  la  Sephira  des  Cabalistes),  le  bel Eros, Cupidon, tout est contenu dans les vastes dimensions de son corps glorieux". 437

437 Stobœus. Eclogues.

 

Ce bref hymne de louange contient le plan de toute conception mythopœique. L'imagination des anciens était aussi illimitée que les manifestations visibles de la Divinité elle-même, qui leur fournissaient les thèmes de leurs allégories. Encore ces dernières, pour exubérantes qu'elles paraissent, ne s'écartent jamais des deux idées principales, que l'on peut toujours retrouver marchant de pair dans leur imagerie sacrée ; ils s'attachaient étroitement aux aspects de la loi naturelle aussi bien physique que morale ou spirituelle. Leurs recherches métaphysiques ne se heurtent jamais aux vérités scientifiques, et l'on peut avec raison qualifier leurs religions de croyances psycho-physiologiques des prêtres et des savants qui les fondèrent sur les traditions du monde à son enfance, telles que les esprits non faussés des races primitives les avaient reçues, et sur leurs propres connaissances expérimentales, mûries de toute la sagesse des siècles écoulés. [344]

En tant que soleil, quelle meilleure image pouvait-on trouver pour Jupiter émettant ses rayons dorés, que de personnifier cette émission en Diane, la vierge Artemis, illuminant tout, dont le plus ancien nom est Diktynna, littéralement le rayon émis, du verbe dikein. La lune n'est pas lumineuse, et elle ne brille qu'en reflétant la lumière du soleil ; de là sa représentation comme la fille du soleil, la déesse de la lune, elle-même Lune. Astarté, ou Diane. Comme la Diktynna crétoise, elle porte une couronne faite avec la plante magique diktamnon ou  dictamnus, l'arbrisseau toujours vert, dont le contact, dit-on, développe et guérit à la fois le somnambulisme ; et comme Eilithyia et Junon Pronuba, elle est la déesse qui préside aux naissances ; c'est une divinité Esculapienne, et l'usage de la couronne de dictame, en association avec la lune, montre une fois de plus la profonde observation des anciens. Cette plante est connue en botanique comme douée de propriétés sédatives puissantes ; elle croit sur le mont Dicté, montagne de Crète, en grande abondance ; d'un autre côté, la lune, selon les meilleures autorités en magnétisme animal, agit sur les humeurs et le système ganglionnaire, ou les cellules nerveuses, siège d'où procèdent toutes les fibres nerveuse qui jouent un rôle si prépondérant dans la magnétisation. Pendant l'enfantement, les femmes de Crète  étaient couvertes de cette plante, et ses racines étaient administrées, comme les plus propres à calmer les douleurs aiguës, et à tempérer l'irritabilité si dangereuse dans cette période. Elles étaient placées en outre  dans l'enceinte du temple consacré à la déesse, et si possible, sous les rayons directs de la resplendissante fille de Jupiter, la brillante et chaude lune orientale.

Les Brahmanes hindous et les Bouddhistes ont des théories compliquées sur l'influence du soleil et de la lune (les éléments masculin et féminin) qui contiennent des principes positifs et négatifs, les contraires de la polarité magnétique. "L'influence de la lune sur les femmes est bien connue", écrivent tous les auteurs anciens sur le magnétisme ; et Ennemoser, de même que Du Potet, confirme dans tous leurs détails les théories des voyants hindous.

Le respect que les Bouddhistes professent pour le saphir, qui était aussi consacré à la Lune dans tous les autres pays, est peut-être fondé sur quelque chose de plus scientifiquement exact qu'une pure et simple superstition. Ils lui attribuent une puissance magique, que tout étudiant du magnétisme psychologique comprendra aisément, car sa surface polie d'un bleu sombre produit des phénomènes somnambuliques extraordinaires. L'influence variée des couleurs du prisme sur le développement de la végétation, et spécialement celle du "rayon bleu" n'a été reconnue que récemment. Les Académiciens se querellaient sur l'inégale puissance calorique des rayons du prisme, jusqu'à ce qu'une série d'expériences du [345] Général Pleasonton soit venue démontrer que, sous le rayon bleu, le plus électrique de tous, le développement tant animal que végétal augmentait dans une proportion véritablement magique. Ainsi, les recherches d'Amoretti sur la polarité électrique des pierres précieuses montrèrent que le diamant, le grenat et l'améthyste sont – E, tandis que le saphir est + E. 438 Nous sommes donc en mesure de faire voir que les plus récentes expériences de la science ne font que confirmer ce que les sages hindous savaient déjà, avant qu'aucune Académie moderne ne fût fondée. Une ancienne légende hindoue dit que Brahma, étant devenu amoureux de sa propre fille Oushas (le ciel et parfois aussi l'aurore) il prit la forme d'un chevreuil (ris'ya), et Oushas celle d'une biche (rôhit) et ils commirent ainsi le premier péché. 439. Témoins de cette profanation, les dieux furent tellement épouvantés, que prenant, d'un commun accord, leur corps le plus effrayant (chaque dieu possédant autant de corps qu'il le désire), ils produisirent Boûthavan (l'esprit du mal) qui fut créé par eux dans le but de détruire cette incarnation du premier péché commis par le Brahma lui- même. Ce que voyant, Brahma-Hiranyagarbha 440 se repentit amèrement et commença à répéter les Mantras ou prières de la purification ; et, dans sa douleur, il versa sur la terre une larme, la plus chaude qui fût jamais tombée d'un œil ; Et c'est de cette larme que fut formé le premier saphir.

438 Kieser. Archiv., vol. IV, p. 62. En fait, beaucoup des anciens symboles étaient de simples jeux de mots sur les noms.

439 Voir Rig Vedas, le Aitareya-Brahmanes.

 

Cette légende moitié sacrée, moitié populaire, montre que les Hindous connaissaient quelle était la plus électrique des couleurs prismatiques ; bien plus, l'influence particulière du saphir était aussi bien définie que celle des autres minéraux. Orphée enseigne comment il est possible d'impressionner toute une assistance avec la pierre d'aimant ; Pythagore accorde une attention particulière à la couleur et à la nature des pierres précieuses ; tandis qu'Apollonius de Tyane apprend à ses disciples les vertus secrètes de chacune d'elles, et change chaque jour ses bagues, faisant usage d'une pierre particulière pour chaque jour du mois, selon les lois de l'astrologie judiciaire. Les Bouddhistes affirment que le saphir produit la paix du mental, l'équanimité, qu'il chasse toutes les mauvaises pensées, en établissant une circulation saine dans l'homme. Une batterie électrique agit de même si son fluide est bien dirigé, disent nos électriciens. "Le saphir", disent les Bouddhistes, "ouvre les portes closes et les demeures pour l'esprit de [346] l'homme ; il inspire le désir de la prière, apporte avec lui plus de paix que toute autre gemme ; mais celui qui le porte doit mener une vie pure et sainte." 441

440 Brahma est aussi appelé par les Brahmanes hindous, Hiranyagarbha, ou l'âme unité, tandis qu'Amrita est l'âme suprême, la cause première qui émana d'elle-même le Brahma créateur.

441 Marbod. Liber lapid. ed Beekmann.

 

Diane-Lune, est fille de Zeus et de Proserpine qui représente la Terre dans son travail actif, et, selon Hésiode, comme Diane Eilythia-Lucina, elle est fille de Junon. Mais Junon, dévorée par Saturne ou Kronos, et rendue à la vie par Métis l'Océanide, est connue aussi comme la Terre. Saturne, comme évolution du Temps, avale la terre dans un des cataclysmes préhistoriques, et c'est seulement lorsque Métis (les eaux), en se  retirant  dans  ses  nombreux  lits, dégage le continent, que l'on dit que Junon est rendue à sa première forme. L'idée est exprimée aux 9° et 10° versets du premier chapitre de la Genèse. Dans les fréquentes querelles conjugales entre Jupiter et Junon, Diane est toujours représentée comme tournant le dos à sa mère, et souriant à son père, quoiqu'elle le réprimande souvent pour ses nombreuses fredaines. Les magiciens de Thessalie, dit- on, étaient obligés, pendant ces éclipses, d'attirer son attention sur la terre, par la puissance de leurs charmes et de leurs incantations, et les astrologues Babyloniens et les mages ne cessaient leurs charmes qu'après avoir ramené entre le couple irrité une réconciliation, à la suite de laquelle Junon "souriait radieuse à la brillante déesse" Diane, qui, ceignant son front du croissant, retournait à ses lieux de chasse dans les montagnes.

Il nous semble que cette fable représente les différentes phases de la lune. Nous, habitants de la terre, nous ne voyons jamais qu'une moitié de notre radieux satellite, qui tourne ainsi le dos à sa mère Junon. Le soleil, la lune et la terre changent constamment de position, l'un par rapport  à l'autre. Avec la nouvelle lune, survient toujours un changement de temps ; et parfois le vent et les tempêtes pourraient bien suggérer l'idée d'une querelle entre le soleil et la terre, surtout quand celui-là est caché par des nuées d'orage grondantes. De plus, la nouvelle lune, lorsque sa partie sombre est tournée de notre côté, est invisible pour nous ; et ce n'est qu'après une réconciliation entre le soleil et la terre, qu'un croissant lumineux devient visible du côté le plus proche du soleil, quoiqu'en ce moment-là, Luna ne soit pas illuminée par les rayons directs de cet astre, mais par la lumière solaire reflétée de la terre à la lune, et renvoyée par celle-ci à la terre. C'est pour cela, disait-on, que les astrologues de la Chaldée et les magiciens de Thessalie, qui probablement surveillaient et déterminaient aussi soigneusement que Babinet le cours des corps célestes, forçaient, par leurs incantations, la lune à descendre sur [347] la terre, c'est-à-dire à montrer son croissant, ce qu'elle ne pouvait faire qu'après avoir reçu le " sourire radieux " de la terre, sa mère, qui ne le lui accordait qu'après la réconciliation entre les époux. Alors Diane-Luna, ayant orné sa tête du croissant, s'en retournait chasser dans ses montagnes.

Quant à mettre en doute la science intrinsèque des anciens, à cause de leurs "superstitieuses déductions des phénomènes naturels", cela serait aussi juste que, si dans cinq siècles d'ici, nos descendants considéraient les disciples du professeur Balfour Stewart comme d'anciens ignorants, et lui- même comme un philosophe superficiel. Si la science moderne, dans la personne   de   ce   docteur,   condescend   à   faire   des   expériences pour déterminer si l'apparition de taches sur la surface du soleil a quelque rapport direct ou indirect avec la maladie des pommes de terre, et trouve qu'il en existe, et que, de plus, "la terre est très sérieusement affectée par ce qui se passe dans le soleil" 442, pourquoi les anciens astrologues seraient-ils tenus pour des insensés ou pour de fieffés coquins ? Il y a la même relation entre l'astrologie naturelle et la judiciaire, qu'entre la physiologie et la psychologie, entre le physique et le moral. Si, dans les derniers siècles, ces sciences ont dégénéré en charlatanisme, du fait de quelques imposteurs âpres au gain, est-il juste d'englober dans cette accusation ces hommes puissants et sages de jadis, qui, par leurs persévérantes études et la sainteté de leur vie, ont immortalisé le nom de la Chaldée et de Babylone ? Assurément, ceux que l'on reconnaît aujourd'hui pour avoir calculé exactement les observations astronomiques "remontant jusqu'à cent ans après le déluge", du haut de l'observatoire de "Bel entouré de nuages", comme le dit Draper, ne peuvent guère être considérés comme des imposteurs. Si leur manière d'enseigner au peuple les grandes vérités astronomiques diffère du "système d'éducation" actuel, et si elle paraît ridicule à quelques-uns, la question subsiste de savoir laquelle des deux méthodes est la meilleure. Pour les anciens, la science marchait toujours de pair avec la religion, et l'idée de Dieu était inséparable de celle de ses œuvres. Tandis que dans notre siècle il n'y a pas une seule personne, sur dix mille, qui sache (si jamais elle en a eu seulement une idée), que la planète Uranus vient après Saturne, et qu'elle tourne autour du soleil en quatre-vingt-quatre ans ; que Saturne suit Jupiter et met vingt-neuf ans et demi à faire sa révolution complète dans son orbite ; Tandis que Jupiter accomplit la sienne en douze années, les masses sans éducation de Babylone et de la Grèce, avaient l'esprit pénétré de la notion qu'Uranus était le père de Saturne, et Saturne celui de Jupiter, les [348] considérant de plus comme des divinités ainsi que leurs satellites et compagnons. Nous pouvons peut-être en conclure que les Européens n'ayant découvert Uranus qu'en 1781, on relève une curieuse coïncidence dans les mythes ci-dessus mentionnés.

442 The Sun and the Earth. Conférence par le Professeur Balfour Stewart.

 

Nous n'avons qu'à ouvrir le premier livre venu sur l'Astrologie, et à comparer les descriptions données dans la fable des douze maisons, avec les découvertes les plus récentes de la Science sur la nature des planètes et des   éléments dans chaque astre, pour voir que, sans le moindre spectroscope, les anciens avaient acquis ces mêmes connaissances. A moins que l'on ne veuille encore envisager ce fait comme une "coïncidence", nous pouvons apprendre, jusqu'à un certain point, le degré de la chaleur solaire, la lumière et la nature des planètes, en étudiant tout simplement leurs représentations symboliques dans les dieux de l'Olympe et les douze signes du Zodiaque, à chacun desquels on attribue, en Astrologie, une propriété particulière. Si les déesses de notre  propre planète ne diffèrent pas des autres dieux et déesses, ayant tous une nature physique analogue, cela n'indique-t-il pas que les guetteurs, qui jour et nuit veillaient au haut de la tour de Bel, en communion avec les divinités évhémérisées, avaient remarqué, avant nous, l'unité physique de l'Univers et le fait que les planètes qui brillent au-dessus de nos têtes  sont composées précisément des mêmes éléments chimiques que la nôtre. Le Soleil dans le Bélier, Jupiter, est en Astrologie un signe masculin, diurne, cardinal, équinoxial, oriental, chaud et sec, et répond parfaitement au caractère attribué au volage "Père des dieux". Lorsque le coléreux Zeus- Akrios arrache de son ardente ceinture la foudre qu'il lance du haut des cieux, il déchire les nuages et descend en Jupiter Pluvius, en torrents de pluie. Il est le plus grand et le plus élevé des dieux, et ses mouvements sont aussi rapides que ceux de la foudre elle-même. Or, la planète Jupiter, on le sait, tourne si rapidement sur son axe, que chaque point de son équateur parcourt une distance de 450 milles par minute ; un excès immense de développement de force centrifuge à l'équateur, résultat de cette vitesse, a, croit-on, extrêmement aplati cette planète aux pôles ; et en Crète, sa personnification, le dieu Jupiter, était représentée sans oreilles. Le disque de la planète est zébré de raies sombres ; variant en largeur, celles-ci paraissent être en relation avec sa rotation sur son axe et sont produites par des perturbations dans son atmosphère. La face  du Père Zeus, dit Hésiode, devint mouchetée de fureur, lorsqu'il vit les Titans prêts à se révolter.

Dans le livre de M. Proctor, les astronomes paraissent spécialement condamnés par la Providence à rencontrer toute espèce de curieuses "coïncidences", car il cite beaucoup de cas, parmi une "multitude", et même des "milliers de faits" (sic). A cette liste [349] nous  pourrions ajouter l'armée d'Egyptologues et d'Archéologues, qui, dans ces derniers temps, ont été les favoris de la capricieuse Dame Chance, qui choisit généralement plutôt des "Arabes aisés" et autres gentlemen de l'Orient, pour jouer auprès d'eux le rôle de bienveillants génies venant au secours des Orientalistes dans l'e